‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 18 sur 158 · PREFACE. XXV · texte numérisé non relu

PREFACE. XXV

argument pour assigner à la rédaction de ce document la date approximative de i/iôy. Or, il n'est pas question de cet Aymar de Poisieu dans le mystère, et nous voyons là un nouvel indice de son ancienneté. En effet, s'il eût été composé dans la dernière moitié du xv*" siècle, on n'aurait pas manqué d'y faire figurer ce seigneur, que la faveur de Louis XI éleva au commandement dune division de francs-archers comprenant lOrléanais.

Les noms des mêmes personnages, principalement ceux des chefs anglais, sont étrangement défigurés dans les deux ouvrages que nous comparons; mais ils n'y sont pas orthographiés, ou, si 1 on veut, estropiés de la même façon; et cette remarque ne s'ajjjdique pas seulement aux noms d'hommes, mais encore aux noms de lieux : par exemple, le fort dont la rej)rise décida la levée du siège est appelé fort des Tourelles dans le mystère comme dans les comptes de l'hôtel de ville dOrléans de cette époque, tandis que le rédacteur du journal du siège écrit toujours les Tournelles. Ces différences d'orthographe, lorsqu'elles se produisent avec persistance, n'éloignent-elles pas toute idée de calque, tout soupçon de plagiat?

En somme, si les deux ouvrages se ressemblent tant, en dépit des différences que nous venons de noter, c'est qu'ils ont une commune origine, c'est qu'ils ont été écrits sans doute dans la même ville, par deux Orléanais, qui l'un et l'autre, et chacun de son côté, ont puisé aux mêmes sources, consulté les mêmes notes ou registres, et recueilli les mêmes souvenirs en sinspirant des mêmes sentiments.

Cette origine orléanaise ne nous semble pas plus douteuse pour l'un que pour l'autre. Sans parler de la provenance du manuscrit de notre mystère, qui faisait partie de la bibliothèque de lOrléanais Petau, l'influence locale se révèle presque à chaque page du poëme. L'auteur, bien qu'il ait donné à la Pucelle la place ol le

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rôle qui lui conviennent, s'est beaucoup moins proposé, disons-ie, de faire une œuvre en son honneur que de célébrer la délivrance de la ville et du duché d'Orléans. Il s'arrête lorsque son cadre est rempli, c'est-à-dire lorsque les Anglais ont été chassés de l'Orléanais, à la suite de la bataille de Patay. Le duc d'Orléans, absent et prisonnier, n'y est jamais oublié; ses droits y sont rappelés fréquemment; et si les chefs anglais périssent, c'est pour lui avoir manqué de foi. Le receveur de la commune, représentant des bourgeois de la ville, occupe souvent la scène, et témoigne en toute occasion les meilleurs sentiments. De même, la fidélité des Orléanais, leur vaillante résistance y est particulièrement rappelée et vantée, même par la Pucelle, qui termine en engageant les citoyens d'Orléans à garder à jamais mémoire de leur délivrance et à la célébrer chaque année par des fêtes et des processions. C'est le dernier mot de la pièce, et il est significatif.

Mais ce qui constitue la véritable originalité de l'œuvre que nous publions, considérée comme document historique, c'est le relief quelle donne à certains faits, la vie dont elle les anime. Quelle que fût son inexpérience, le versificateur du xv^ siècle, du moment qu'il entreprenait de faire parler et agir des personnages historiques devant leurs contemporains, devait entrer assez avant dans la réalité pour satisfaire ou tout au moins pour ne pas blesser le sentiment du public. S'il n'est pas toujours dans la vérité absolue, il se maintient au moins dans la vérité relative et donne au fait la forme acceptable et acceptée au moment où il écrit. Ses personnages parlent, sinon comme ils ont parlé réellement, au moins comme ils ont pu parler. Il en résulte que, dans le développement des scènes, dans les tirades qu'il met dans la bouche des acteurs, on trouve nécessairement des traits qui ne sont pas dans les chroniques et qui nous transportent à l'époque dont il traduit un glorieux épisode. Qu'on lise, par exemple, la scène où la

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