‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 42 sur 158 · LE RECEVEUR DE LA VILLE · texte numérisé non relu

LE RECEVEUR DE LA VILLE

Est il dont vray ce que tu dis, Ou'i viennent devant ceste ville?

LE CHASSEUR

Ouyl, monseigneur, certain en suis.

LE RECEVEUR

Sont il beaucoup?

LE CHASSEUR

Bien trente mille, F' 44 r". Et est vray comme l'euvangille ,

Lesquelz vendront devant Orléans.

LE RECEVEUR

Aniy, tu es gent et habille.

Tien, voy là vingt escuz contîlnt.

LE CHASSEUR-

Messeigneurs, je vous remercye, Vous m'avez 8onné beau présent.

Dieu par sa grâce je supplie Qui soit en tous voz faiz garant.

Et s'en va le messagier; puis dit

LE RECEVEUR

Messeigneurs, vous voyez présent Les nouvelles de ce messaige ,

F' hh

Que les Anglois, comme j'entend, 1725

Nous veullent venir faire oultraige.

H fault assembler le conseil,

En nostre chambre de la ville,

Pour penser de nostre appareil,

Et garder nostre domicilie, 1780

Nostre pays, qui est fertille,

Qui désirent fort à avoir;

Si fault trouver voye et stille

A deffendre nostre manoir.

Premièrement nous fault avoir 1735

Le cappitaine de Viliars,

Le sire de Guitry, pour voir.

Aussi messire Mathias,

Avec le sire de Coras,

Poton de Saintrailles aussi, iii>'>

Et son frère gasconnois,

Qu"i s'en viengnent trestous icy.

Messagier, va, je te prye,

Qui viengnent à nous en la chambre,

Présentement, je les supplie, 17A5

Que nous y allons les attendre.

Et que leur plaist à eulx rendre.

Pour nouvelles qui sont venuz.

LE MESSAGIER, clerc de la ville.

Je voys le message entreprandre

A messeigneurs, sans .tarder plus. 1700

Je voy là, assis là dessus,

Le cappitaine de Viliars,

Et emprès luy y est sans plus

Le vaillant sire de Coras.

Dénoncer je leur vois le cas, 17"):")

Comme il m'a esté commandé, F° /i5 r°. Puis à messire Mathyas,

Car il a esté demandé.

Pose. — Et dit

Messeigneurs, je viens devers vous.

De par messeigneurs les bourgeois, 1760

Qui vous prient que viengnez vous tous.

En la chambre, présent, les voir;

Que, ainsi comme je congnois,

11 leur est venu des nouvelles,

Je croy, du party des Anglois;

Ne scay si sont bonnes ou belles.

LE SIRE DE VILLARS, cappitaine de Monlargis.

Amy, retourne, et si leur dy

Que nous allons par devers eulx.

Le sire de Coras aussi.

Et d'y aller sommes joyeulx. 1770

LE SIRE DE CORAS, gascon.

Y aller suis contant, et vieulx Leur faire service et plaisir, Oij je pourray, en tous les lieux Oià il me vouldront requérir.

F" 45 v'. LE MESSAGIER, clerc de ia ville.

Messeigneurs, je voue remercye, 1775

Pour achever vois mon messaige ^ Je voy là très grant seigneurie Assemblée, et très grant bernaige,

' Vois (je vais) pour achever mon messaige.

Voy là Poton, très noble et saige,

Avec le sircde Saintrailles, 1780

Qui est garn^ d'un gent coraige ,

Hardy et prudent en bataille.

Y est messire Mathias,

Avec le sire de Guitry.

Anoncer je leur vois mon cas, ^785

Et à tous ceulx qui sont icy.

Messeigneurs, venu suis droit cy.

De par les bourgeois, humblement.

Que viengnez à eulx, par ainsi

Que ce soit tout présentement. 1790

POTON

Nous le ferons joyeusement.

Et retourne à eulx, de ce pas.

Leur dire que assemblement • Nous y allons; ne l'oublye pas.

LE MESSAGIER, clerc de la ville.

Hz sont assemblez ung grant tas. >i9^

En la chambre, qui vous attendent.

LE SIRE DE S.\1NTRAILLES

F" 46 r'. Sans aller plus ne hault ne bas.

Nous yrons, puis qui nous demandent.

LE MESSAGIER dit :

Messeigneurs, j'ay tout accompiy A tous les princes et barons, si les verrez tantost icy; Car ilz m'ont dit qu'ilz y vendront,

70 LE MISTERE DU SIEGE D'ORXEANS.

Et très joieulx, certes, y' sont De venir à vos niandement. ■

LE RECEVEUR

Remerciez ilz en seront if*o5

De nous, bien et honnesteintnit.

Icv V a pause. — Et viennent tous les seigneurs devant les bourgeois de la villp; puis se lieve le receveur, et dit

LE RECEVEUR

Nos très chiers et aymez seigneurs.

Vous soyez tous les bien venuz:

En vous avons ports et faveurs.

Et sommes à vous bien tenuz; :«io

FvMj V'. Si serez de nous soustenuz.

De nostre petite puissance, Si vous plaist, et entre tenuz.

En prenant tout en pacience.

Messeigneurs, vous diray le cas i»i.:.

Pourquoy nous vous avons mandez, ()ue nous voulons, en tous estas.

\ vous estre uniz et bandez.

Sans rien faire ne commander

Chose qui soit qui porte branle: 1820

Croyez le et bien l'entendez , Et mieulx en serons, se nous semble.

Or sommes nous bien advertiz .

De vray on nous a rapporté.

Que les Anglois veulent venir iHa.j

Devant Orléans, de vérité; Et l'ont conclud et appoincté Dedans Chartres, pour tout certain.

' Y poui- ils.

Et sont une grant quantité,

Qui n'atendent huy ne demain. '83o

Or est, niesseigneurs et amys,

Nostre deliberacion

Que, encontre nos anemis.

Tant que nous viverons , tenir bon .

Sans nulle coniposicion, '*^35

Ne avoir à eulx accordance,

Mais morir sans rémission,

Ainçois que avoir leur aliance.

Il ont nostre maistre et seigneur

Prisonnier dedans Angleteri'e: ^ 'Sio

Hz ont faulx et desloyal cueur

D'avoir le corps, vouloir sa terre.

Nous aymerions mieulx morir en serre.

Que jamès nous nous consentisions;

S'ilz ne l'ont par force de guerre, 'S^i^

Autrement pas ne nous auront.

Nous voulons avoir vostre advis.

Pour encontre eulx remedyer.

Aussi pour garder le pays,

Qui veullent venir exciller'. '8Ô0

Pour subvenir à l'encombrier

Qu'i pourroient faire cy devant,

Aussi pour les conti-aryer,

A les rebouter en tous sens.

Dictes en voz oppinions '855

Et tout qui est bon estre affaire.

Voz advis et intencions

De ce qu'il nous est neccessaire.

Vous estes en ceste matière

Exciller, détruire.

Plus expers et plus congnoissans, >86o

Et mieulx en savez la manière Qu'entre nous autres habitans.

LE SIRE DE VILLARS, cappitainede Muiilarj;is.

Messieurs les bourgeois et marchans.

Qui nous avez cy recité F' 47 v". Comment vous estes désirant i865

Garder vostre noble cité, Qui est de grant auctorité, Une chambre des fleur de liz, . C'est vraye amour et équité,

* Comme bons et loyaulx amys; 1870

Pour donques la cité defl'endre Et tenir en grant seureté, Il la fault garder et entendre En toute grande célérité.

Or, ne savez dé quel costé i.875

Pourront venir voz anemis; Par quoy, en bonne vérité, On n'en peut dire son ad vis.

Vous avez voz faulxbourgs puissans, Qui sont de très grant ediffice; iMo

Se vous sei'oient très fort nuysans, Qui n'y mectra bonne police , Et si vous sera tout propice D'estre abatuz et mis jus,

Qu'i ne vous tourne à préjudice, î885

Et en dangier d'estre confus.

MESSIRE MATHIAS.aragonnois.

Entre vous, messeigneurs bourgeois, Je voy que vous avez bon vouloir,

Comme bons et loyauix François

(Chascun le peut assez savoir 1800

p itB 1°. Et bien en faictes le devoir),

De vouloir garder vostre ville; Vous en estes mieulx à valloir.

On doit garder son domicilie.

Et, pour vous dire mon advis, 1895

Saulve l'onneur des escoutans.

Quant ad ce faire suis commis.

Je diray comme je l'entend Et que chascun en soit content :

C'est qu'il fault les faulx bourgs abalre, i()oo

Que chascun en soit consentant'.

Sans faire bruit ne sans debatre.

LE SIRE DE GUITRY

11 est bien de nécessité Que les faulx bourgs soient abatuz, Car, par iceulx, adversité 1905

En seroient tantost,advenuz.

Quant voz anemis seroient venuz Logier dedans vos faux bours.

Vous seriez bien povres et nuz.

Sans y trouver voyes ne tours. t<)io

Les portes n'oseriés saillir, Non pas monter sur la muraille .

Que vous ne fussiez assailliz Et batuz d'estoc et de taille.

Si conviendra, comment qu'il aille, mj'S

F° '18 s'. Bruller voz faulx bourgs et abatre ,

' Vers rayé. On lit au-dessus, d'une autre main ; Demoliz en ung instant.

Ou vous ne feriez chose qui vaille; Il ne s'en fault de riens debatre.

LE SIRE DE CORAS

Mes bons seigneurs, je vous diray

Qui me semble que devons faire : i9-"'

Chascun est bien délibéré

De tenir bon, c'est la manière,

Et le devons ainsi parfaire

Et résister allencontre,

Pour parvenir à la victoire. '<)•!•">

Se chascun scet biens, si le monstre.

Premièrement, nous pretenderons

A abatre le Portereau',

Pour sauver et garder le pont,

()ui est ung très noble joyau. mi-*"

Le bouloart qui est sur l'eau,

(]ue vous appeliez les Tourelles "-.

Qui est bel et fait de nouveau.

Garder nous le fault à merveilles.

Vous avez auprès une église i9-^''

Fondée des Augustins^;

Vous ne pourriez par nulle guise

James parvenir à voz lins,

S' elle n'est mise par voz mains

En ruyne , au rees de la terre: m»'"'

Le commendra à toutes fins

Qui vouldra soustenir la guerre.

' Fauboiu-g d'Orléans, sur la rive gauche coudaires, s'élevait au Ikiu! du (khiI i-l au-

de la Loire, en face de la ville. dessus de la dix-huiliètiie arclie.

Le fort des Tourelles , qui se composait ' Couvent d'Augustitis. situé au Porl

de deux grosses tours et de deux tours se- reau.

F" 'il, r . LE SIRE DE SAINTRAILLES, gascon.

Vous demandez nostre conseii

Entre vous, messieurs d'Orléans,

Lequel vous tourne à grant traveil m)'i'>

Et à grant inconvénient.

De quoy nous sommes desplaisans

Du mal et de la grant oll'ence

Que, pour ce cas, faire convient;

Mais en Dieu avez confiance. 195.1

Vous estes bons loyaulx Fi^ançois,

On en voit l'expérience;

Pour riens ne vouldriés estre Anglois

Ne avoir à eulx acointancc.

Dont y fault', pour resistence, lo^s

Et faire ce qu'il appartient,

Et mectre tout en oubliance

Le mal et l'inconvénient;

Je dy qui faut brûler, abatre

Le Portereau entièrement, i9<i..

Qui vouldra les Anglois embatre

Et résister vaillamment;

Que les Tourelles bonnement

Ne pourriez tenir ne delTendre,

Sans mectre tout présentement u/ib

L'église et Portereau en cendre. .

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