MAISTRE JEHAN DES BOULONS
Aucuns me ont voulu pugnir,
A tort, sans cause et sans raison:
Mais je les en feray repentir.
Ainçois qu'i soit longue saison.
J'en ay esté mis en prison ""JJ»
A Chartres, une espace de temps:
Mais m'en feront reparacion,
Ou je n'en seray pas content.
S.\LLEBRY.
K' 39 r. Hz sont faulx et mauvaises gens
De vous avoir fait desplaisir, 'î>'io
Et en seroie desplaisant.
Se on vous faisoit aucuns aunuyz:
Mais vous vouldroie secourir,
A mon povoir, ne doubtez pas,
Vous faire service et plaisir, '5H'>
Maistre Jehan, en tout vostre cas.
GL.VSIDES.
Ne nous espargnez hault ne bas, Maistre Jehan, et je vous emprie.
S'aucuns vous font noise ou debatz.
Pour vous serons, ne doubtez mie. i54o
Mais deux niotz fault que je vous dye
Touchant le fait de ceste guerre,
Comment les seigneurs ont envye
Pour aller le pays conquerre.
Vous savez bien que les seigneurs i565
Veullent aller devant Orléans;
Entre nous autres serviteurs,
Nous n'en sommes pas fort contens;
Car on dit qui sont malles gens,
Et que y seront fors à avoir. i55o
Qu'en dictes vous? en savez riens?
Je croy que le povez savoir.
F' 39 v°. MAISTRE JEHAN DES BOILLONS.
On dit bien qu'on y vieult aller,
Et mectre le siège devant;
Mais je n'en vouldroys point parler i555
A personne, ne tant ne quant;
Car pour quoy inconvénient
Venir à aucuns en pourroit.
Dont il ne seroit pas content.
Lessons le moustier là où il est. 1060
SALLEBRY.
Maistre Jehan, mais en conscience,
De mon cas et de ma personne ,
Se je y vois, quelle espérance
Y présumez vous, malle ou bonne?
Vous savez qu'on' s'abandonne i565
Plus hardyment, quant on est seur
' Sic. Lisez que on, ])our la mesure.
Ainsi que fortune le donne , Quant il advient qu'on a bon eur.
Maistre Jehan li^ regarde, et hoche la teste et di(
MAISTRE JEHAN
Il n'est nuUy si grant seigneur
Qui ne puisse bien varyer, >'^io
v io r' Ny n'est point si bon devyneur
(Jui en peust justement jugier; Et, pour vostre cas abréger.
Je n'y saiche que chose honneste, Ne vostre corps point en dangier, 1-^7^
Mais que vous gardez vostre teste.
GLASIDES.
Et puis de moy, que vous en semble?
Doy ge point aller en l'armée?
J'ay ouy dire que l'assemblée
En grant point [est] ^ bien ordonnée: 1Ô80
Depuis vingt ans ne fut trouvée
Bataille où y eult tant de monde.
Et est la plus belle assemblée ;
De tous pays gens y abonde.
MAISTRE JEHAN
C'est une science parfonde, i585
Pour en jugier, pour le voir dire;
En eur, mal eur n'y a que une onde,
Pour avoir le milleur en pire.
Je n'en vouldroye riens mesdire
JNe bien ne mal de telle puissance. '5ç)o
' I.p ms. donne et.
Dieu le scet, il nous doit suffire:
C'est reluy qui tient la balance.
K» lo v°. GLASSIDES.
Mais de moy, par vostre semblance.
Se je y vois, que présumez vous?
MAISTRE JEHAN
Bien et bonne espérance, 'SqS
Et matière de bon propoux;
Que vous ne morrez point de cou.\
De canons ne de ferrement.
GLASSIDES.
Cest dont à mon lit, à repoux?
MAISTRE JEHAN
Ne sans seigner aucunement. 1600
GLASSIDES.
J'en ay grant resjoyssement.
Beau sire, et vous en remercye.
Suis à vostre commandement, Et le seray toute ma vie.
« MAISTRE JEHAN
Quelque chose que je vous dye. '6o5
N'y prenez point grant asseurance; Mieulx vous vauldroit n'y aller mie .
Car tout guerre gist en doubtance.
F- In 1°. SALLEBRY.
Maistre, j'ay bonne espérance.
Et, mais que soyons retournez, 1610
Nous aurons à vous congnoissance.
Desoremais nous gouvernerez.
Et sommes tous habandonnez A suyvre vos enseignemens.
MAISTRE JEHAN
Di(?u vous vueille bien l'amener; i6i5
Mais je ne sauroie dire quant.
SALLEBM.
Adieu, maistre Jehan des Boiilons, Nous vous reverrons briefvement.
MAISTRE JEHAN
Adieu, mes enfl'ans.
GLASIDES.
Adieu dont. 1620
SALLEBRY.
Adieu, maistre Jehan des Boiilons.
En brief temps nous vous reverrons.
F'4i %'. MAISTRE JEHAN.
Gardez vous, entïans, saigemenl.
GLASSIDES.
Adieu, maistre Jehan des Rodions.
Nous vous reverrous brefvement. 161.5
Puis s'en vont rians, et y a pause longue. — Et s'en vont desabiller; puis retournent et viennent les princes de toutes parts, bannières, estandars: et dit
SALLEBRÏ.
Très haulx et très puissans barons, Contes et ducz qui icy sont, Vous savez tous l'appoinctement .
Comme, par vos oppinions.
Avez l'ait les conclusions i63o
D'aller à Orléans promptenient, Et y mener totallement Nous et nos gens entièrement.
Au mains dix huit ou vingt mille, Pour le premier commancement, i635
F°i2i'. Gens expers, plains de hardement.
De guerre saichant le stille.
Or doncques, par vostre ordonnance, Acomplir je vueil, en présence,
Le voyaige de corps et biens, i6'io
Et y faire de ma puissance.
Tout à mon povoir et science.
Et sans que je y espargne riens.
Mais entre vous, princes puissans.
Qui estes saiges et prudens, i645
Advisez de ceulx qui viendront; Car, en tel cas, il appartient Qu'il y ait bien gens suffisans.
Pour gouverner ung si grant mont'.
Et me semble que bon seroit, itJâo
Se sire Tallebot youloit Avoir parte de la conduicte; Mieux la besoigne s'emporteroit. Qu'il est en armes fort extrait A faire une telle poursuite. '65 5
' Moiule.
ôà LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.
•le vous le dy et m'en acquitte.
Que la chose si est licite,
S'il luy plaisoit à venir,
La chose en seroit mieuix produicte, *
D'avoii- une personne duicte, >66o
Pour ung tel fait entretenir.
P 42 v'. TALLEBOT.
Messeigneurs , qui ne vous desplaise.
Et sous vostre correction, * Je me sens ung peu à malaise,
Pour i'eure, de complexion; lefi.j
Et n'est pas mon intencion
\ aller, pour I'eure présente,
Ne de moy nulle mencion
Ne faictes, ne n'ayez atente.
Voicy le conte Sallebry 1670
Esleu, vous savez, lieutenant;
Il y en a assez de luy
Et est aussi assez savant.
En guerre preux et suffisant.
Pour gouverner ung y tel ost, 1675
Avec plusieurs notables gens,
Qui sont d'y aller en propoux.
SALLEBRY.
M^sseigneuj's, dont je vous diray, Puis que ce n'est pas son plaisir.
Le voyaige accompliray, 1680
Au mieuix que pourray, sans faillir.
Messeigneurs, qui volez venir, P° i3 1 . Aprestez vous tous sans attendre.
Au plus matin je vueil partir,
Chascun vueille en son fait entendre. i685
Puis y a pause longue tant que tout soit venu, et tout arrive, et dit ung chasspur de marée
LE CHASSEUR
Je m'en voys, sans attendre plus,
A ceulx d'Orléans, leur anoncer
Et leur dire qu'il est conclud
Les vouloir aller destrousser,
Et comment se sont amassez ifiyo
Anglois pour Orléans desconfire,
Adfin que ilz veullent penser
En ce qu'i vouldront faire ou dire.
Lors vient, et y a une petite pose. — Et dit le chasseur de marrée
LE CHASSEUR
A VOUS, messeigneurs les bourgeois, Je VOUS viens dire des nouvelles. 'figS
Venu suis de l'oust des Anglois.
F" /i.3 v°. Qui vous sont rudes et rebelles.
Que les nouvelles sont ytelles :
Conclud si ont assemblemenî
Vostre ville, tours et tourelles wo"
Mectront du tout à finement, Et est certain, avant trois jours, Qu'i seront devant vostre ville.
Sans vous donner aucun secours, Assauldront vostre bastille. '7o5
Les verrez venir à la fille, Car ilz ont ainsi entrepris.
Et n'y aura nul si abille
Qui ne soit par eulx mort ou pris.