‹ Le mistère du Siège d'Orléans, publié pour la première fois d'après le manuscrit unique conservé à la Bibliothèque du VaticanChapitre 45 sur 158 · UNG GENDARME · texte numérisé non relu

UNG GENDARME

Paix! villain, qu'an malle contrée , Ayez vous et mis en malan.

Par Dieu, ta teste en sera frotée, Se tu en parles de cest an !

Le presfre vient à Sallebry et dit :

Monseigneur, plaise vous savoir -2175

Que Nostre Dame de Clery F" 5/1 r\ Fut robée de vos gens asoir ^

Je le vous asseure et le diz , Et sont revenuz aujourd'uy Emporter tout le remanant. aiSo

SALLEBRY.

Je ne croy pas avoir celuy Le voloir faire de mes gens-.

' Asoir pom" arsoir, hier au soir. (personne de mes gens) qiii le veuille faire.

^ .le ne crois pas avoir celui de mes gens qui en soit capable.

Sa LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

LE PRESTRE

Monseigneur, je vous certiffie

Que ce sont vos gens proprement,

Qui l'église ont pris et ravye «'85

Et pillée tout entièrement.

SALLEBRY.

Ne m'en parlez plus, que tu uiens,

(Jue mes gens ne l'ont point robée;

Et es ung mauvais garnement

D'avoir ceste chose trouvée. i'9t'

Puis s'en va et dit le prestre :

Helas! tu es bien désolée.

Très doulce Dame de Glery, ,

D'avoir esté ainsi pillée

De ces mauvaises gens icy.

Or, est le peuple en grant soussy 219^

Et en grant desolacion.

Benoiste Dame, ayez mercy

Du pays et compassion !

Puis V a pause. — Et ceulx d'Orléans parleront et le reiev£ur :

LE RECEVEUR

F" ô'i v°. Messeigneurs et noz bons amis.

Mectez vous sus tous, je vous pry. ascm

On m'a dit que noz anemis ' ^ Sont venuz jusques à Glery; Anuyt ou demain seront icy, Pour nous vouloir tous assigier.

LE SIRE DE VILLARS

11 est tout vray, certain en suy, jaos

Y fault bien y remédier.

POTON

Je conseille qu'i fault aller

Visteraent vers le Portereau,

Pour les Augustins bruller

Et tout jusques au rees de l'eau. î-jio

Chascun entende à son créneau.

Et aussi qu'on voise en sa garde.

Se besoing sourvient tout nouveau :

Et congnois que l'eure se tarde.

Puis y a pause. — Et yront bruller les Augustins et Isiut le Porlcreau, et dit Saiiebry :

F' ô-i r°. SALLEBRY.

Messeigneurs, en vostre ordonnance 2si5

Et en armes chascun se tiengne, A frapper d'espieu et de lance.

Et en grant devoir se maintiegne.

En vous priant que vous souviengiie Du bon roy Henry, noble et saige. 2220

Et que nul de vous ne se faigne.

En ayant tous gentil coraige.

Gardez vous bien, je vous emprie, Que vous gaignez terre sur eulx :

A ceste première saillie, 222.5

Soyez preux et adventureux, . Adfin que vous leur faciez peur A ceste première rencontre.

.S(> LE MISTERE DU SIEGE D'()RLEA^S.

Or sus, enffans, soyez soigneux,

Et qui sara riens, si le monstre. -jaSo

Puis ceuix d'Orléans sauldront on armes au devant, et sonnera le befl'rov et cryront à rarme! D'un cousté el d'autre, canons, trompetas; et en v aura bauroup mors d'un cousté et d'autre; et, à la fin, se reculleront les François en leur bnulvarl fait de raf;olz et de terre devant les Tourelles. Puis dit

SALLEBR'Ï.

Or, messeigneurs, la Dieu niercy.

Mous avons eu sur eulx victoire.

y° 55 v'. Et leur a convenu aussi

A bien grant hasle leur retraire.

Il ont illecques voulu faire 530.5

Ung taudis de terre et fagotz:

Y pert' trop bien à leur manière Qui sont bien maleureux et soz.

GLASIDAS.

Messeigneurs, pour vous advertir.

Nous fault avoir ce bouloart, ^-^j'»

Qui nous peut faire desplaisir

A toute heure, soit toust ou luv\.

Nous sommes cy à descouvert.

Qu'il ont leurs faubourgs et églises

Brûlez toutes de part en part, '''1^

Par quoy je double - qu'i nous nuyse.

LE CO^^TE DE SUFORT

Cappitaine, vous dictes voir,

Y nous peut faire grant grevance, Et, pour ce, le convient avoir

' Il parait, il appert.

" Je crains . je redoute.

A force d'espée et de lance.

Et y mectre grant diligence A l'avoir de force et d'assauit:

Et Tarons bien, comme je pense.

Se ce n'est par nostre defl'ault.

ia5o

F" .Vi r'. LE SIRE D'ESCALLES.

Il fault que tantost nous lavons Et assigier ^ l'artillerie , Nos bombardes et noz canons.

Incontinent n'arrestera mye, ^ .\vant qui soit dem.ain compile,

Je vous le rendre en voz mains.

De ce ne vous soussiez mye, Et en moront^ tous les villains.

LE SIRE DE LISLE. maresclial.

Y le fault avoir par engins.

Par assault ou par autrement.

Que chascun demain soit en point.

Pour leur bailler l'esbatement, Garniz de tous abillement.

D'escheiles, de cordes, crochetz:

Nous les arons legierement Et incontinent despechez.

>26tl

FOUQLAMBERGE.

Aussi, messeigneurs, qu'on entende A faire chascun son logeis De son pavillon et sa tante, Tout ainsi conmie on a apris.

Assigier, asseoir, mettre en batterie.

Mnroiit , pour morroul , mourront.

Afin que ne soyons surpris

Des François, de jour ou de nuyt. ■'37-j

Nous convient faire des taudis,

Et faire guet sans mener bruit.

P .56 V". LE .SIRE DE GRES

Demain nous conviendra avoir

Ce bouloart, sans plus atendro, isSo

Et y faire chascun devoir,

Pour demain au matin le prandre.

Et faire tous les villains pendre,

Tous ceulx qui servent '^ dedans. ^

Pour le brûler et mectre en cendre, ■js'fs

En despit des chiens d'Orléans.

Puis ) a pau.se. — Et se retrairont les Anglois, et puis rcui.v de la ville. Dit

LE RECEVEUR

Messeigneurs, y nous fault penser

A deffendre le bouloart.

Que les Angloys se sont vantez

Qu'i l'aront demain toust ou tari. 339»

Sy fault bien y avoir regart.

C'est la delTence des Tourelles.

Et nostre secours d'autre part,

Pour noz gens retraire en icelles.

LE .SIRE DE VILLARS

Je croy bien que vous dictes voir, 3995

Que demain nous arons l'assault; " 07 r°. Si nous convient y bien pourvoir,

Et tous en armes sans deffault; Mais je vous diray qui nous fault

LE MISTERE.DU SIEGE D'ORLEAiNS. . 89

Que les dames et les bourgeoises ^Son

Facent boullir huilles et chaulx.

Pour les gecter sur les musailles.

POTON

Cela nous est bien neccessaire , Et faire finance de cendres;

Mais que le vent leur soit contraire . -^SoS

Leur fera beaucoup de nuysance; Puis sacler en croix à puissances, Grans doux clouer en chausse trappes, Aultres manières de defl'ences, Comme crochez et grans agraffes. " «Sio

LE SIRE DE SAINTRAILLES

Y fault aussi faire finance

De lances, de feu tout ardant.

Que c'est une bonne deffence

A lasaull, et huille boulant,

Et gresses chauldes bien bruant, 23i5

A leur gecter sur leurs visaiges.

Vous n'y devez espargner riens

A ces faulx Angloys plains de rages.

LE SIRE DE GUITRY

Dictes aux dames qu'il entendent

A faire les provisions, -j^ao

•ïy V . Gommes huilles, gresses boulantes,

Que à l'assault nous serviront, Et qu'on y mené des' canons Et grant force d'artillerie;

Que je scay de vray que seront' ^825

Assaillis brief, n'en doublez mie.

' Seront, pour serons.

Puis chascun se reiraict, et se abiHera de harnoiz chascun ainsi qu'il pourra, à tous' les noix blanches; puis dit

SALLEBRY. .

Glacidas, gentil cappitaine,

H vous fault si^ bien faire devoir;

A ce matin, en bonne estraine,

Y fault ceux d'Orléans esmouvoir; aSSo Leur bouloart nous fault avoir.

Qu'en dictes vous, sire la Polie, La manière de y proveoir?

Y devons nous aller à foulle?

LE SIRE DE LA POLLE, conte do Siilurl.

Il me semble premièrement -j^sr)

Que voz gens doivent estre prestz;

Et puis vous ordonnerez comment

On devra faire puis après,

Et voz escl) elles, par exprès.

Pour monter dessus à grand force, ^^'h

Avant que vous les assaillez;

De mal entreprandre c'est torce.

CLASIDAS.

F" 58 r°. Monseigneur, je conseilleroye

Que fissiez sonner les trompâtes.

Et que veissiez voz gens en voye. ^^i^^

Pour faire voz besoignes nectes ;

Et, se autrement vous le faictes.

Sans mectre ordre à vostre besoigne.

A tous, atout, avec.

Si pour ci, ici.

Vous ne savez où vous en estes,

Et la chose trop s'en esloigne. a3r,o

SALLEBRY.

(Juan dictes vous, conte d'Escalles?

Vous voyez là leur bastille;

Ce sont choses especialles, - .

Chascun n'en scet pas le stille.

Je dy que les gens de la ville 3355

Ne savent de nostre entreprise;

Dont, par voye soudaine et abille,

Pourroit bien par nous estre prise.

LE SEIGNEUR D'ESCALLES.

Je vous diray ce qui me semble.

Non pourtant il n'est riens certain; j.se..

Mais voz gens avoir tous ensemble, Avant que baillez le hutin.

Devez avoir à ce matin.

Y n'est pas qu'entre huit et neuf; F'SKv". A dix heures, frappez à plain, -236:.

Et n'espargnez ne viel ne neuf.

SALLEBRY.

Puis doncques que le conseillez,

Je le feray de point en point.

Et mes gens tous appareiller,

Sur les dix heures, tout à point. -2370

Et que nul ne se faigne point.

Que, se leur bastille avez.

Vous verrez fouyr les villains.

Qui ne sauront plus où aller.

Pose. — Et puis dit

LE RECEVEUR

Messeigneurs, ainsi que j'entend, . -^SyO

Tous les Anglois sont assemblez.

Ne autre chose je n'atend

Que ne nous viengnent resveiller.

Je vous pry que, sans délayer.

Chascun soit prest cy en présence, a-^^^'

Pour les Anglois contraryer,

A nostre povoir et puissance.

POTON

Sus, seigneurs, faisons diligence

Et allons trestous vers le pont;

Que des Englois est leur puissance, s^si

Et de ce cousté là y sont.

LE SIRE DE S.\INTRA1LLES

(lliier IVere, on m'a dit qui vont

Derrière les Augustins;

Je ne scay pourquoy y le font,

Mais sont armez et en grant point. aSpo

LE SIRE DE VIUARS

De cela je ne doubte point, Aujourd'uy nous feront quelque elfroy.

LE SIRE DE GlITRY.

Aller y fault à toutes fins, De cela je ne doubte point.

MESSIRE MATHI.4S.

On y doit, comme aux Sarrazins. 3390

Y courir et en grant arroy; De cela je ne double point, Aujourd'uy nous feront quelque effrov.

Fuis luut va en armes sur le pont et dedans ies Tourelles, et au buuluarl jiiani lorcf gens d'armes et tous les seigneurs dessus nommez. Puis dit Saliejjry :

SALLEBRY.

Çà, niesseigneurs, i'eure est venue. H est dix lieures proprement. a'ioo

K" 09 >°- Que trois mille saillent en rue.

Pour le preqiier commancement; Puis après et consequamment Quatre autres mille, qui yront

Frapper très vigoreusement, -ihar,

Qui les premiers refraichiront.

Et puis après, se nous voyons Qu'ayez forte resistence.

Nous mesmes nous y mectrons

Incontinant, à grant puissance. -i'ni'

Or sus, messeigneurs, qu'on conimance, Et c^ez pour les espouenter; Puis, ce pendant, par ordonnance Je feray trompetes sonner.

Alors grant nombre des Anglois feront un cry : à l'arme! à l'assault! i'inint George! et entreront près du bouloart dedanz les fossez, à lances, traict et haches. Puis ceulx de la ville pareillement ci-jront à l'arme! à l'assault! dedans la ville, et sauldront à grant puissance pour venir secourir les Tourelles et bouloart. Et les l'emnies grant force apporteront de la ville au. bouloart sceaulx pleins de gresse, huilies,cendres, chaulx, sacles boullant et fumier; et les gens d'armes les gecteront sur les Anglois; et gecteront chausses trappes, que les auront apportées les femmes, et y aura grant bataille main à main audit bouloart et grant fait d'armes. Et sonnera le baffroy de la ville sans cesser durant l'assault. Et y aura des Angloys gectez par terre de dessus le dit bouloart mors grant quantité, et des François pareillement,

9/, LE MISTERE DU SIEGE D ORLEA^S.

qu'on portera mors pai- sus le pont en la ville. Puis cessera la bataille et sonnera on une reiraicte, que les Anglois se retrayeront , et n'auront point gaigné ledit honloarl. Puis, après la pose, dit

SALLEBRY.

F-'fior". Mes amis, y nous faiilt relrairc '-'"'^

El reposer sans nul dellault;

Que nous avons eu fort affaire

En ce merveilleux grant assault.

James je n'en vis de plus cliault.

Ne où je veisse tant morir •^''■^°

De noz gens; c'est pai- leur deffault.

Que il ont esté trop hastiz;

Mais, par saint George et tous les sains.

Avant ({u'i soit si\ jours entiers,

La bastille entre mes mams ^'ja.i

F° 60 V". Aray, et iray des premiers ;

Et les ribaulx à mes lévriers

Feray menger enmy la place,

Nobles marcbans ou escuiers,

Sans avoir de moy autre grâce. 2'.3o

Pensez que j'ay grand desplaisance : *

Tant de gens de bien qui sont mors,

Par deffault de inadvertence

Qui ne fussent puissans et fors.

J'en ay en moy si grans remors ^ ^^'■■^■>

Que je ne scay à qui le dire.

Plus de trois mille suis recors.

c\ peine en pui ge parler de ire.

Si les fault prandre et emporter.

Mectre en terre honnorablemenl, ■^''''"

Et pour iceulx faire chanter

Service, bien honnestement.

LE MISTERE DU SIEGE DORLEAA'S. 95

Et que en voise vistement Prandre les corps de n«z amis,

Et faire leur enterrement ' 2'i45

En terre saincte et leur obis.

Oultreplus, nous convient penser . De ceste très diverse guerre. #

Et tous ensemble propenser

A ces Orlenois cy conquerre; ^'iSo

Que je vueil les ruer par terre.

Eulx et la ville mectre à fin.

Ne aultre chose ne vueil querre Que de en venir à une fin.

p fil r". Sus, messeigneurs, conseillez nous : 2455

Le pis avons de la journée.

Et si ne scay par quel propoux Ne comment s'est ainsi portée.

Nous l'avyons très bien ordonnée ; Mais ilz y ont eu grant secours. -!^'i'>t'

Qui a desvoyé nostre armée Et leur a fait tourner le doux.

CLASIDAS.

Par tous les sains qui sont lassus.

De ce fait cy me vengeray.

Si j'en puis venir au dessus. a/iGi

Homme ne femme n'espargnera\ :

Et, des bourgeoises, en feray

A ma voulenté et plaisir, •

Ne jamès je n'en partiray

Que je n'en fa*ce mon désir. ''j?"

LE CONTE DE SL'FOfiT

Messeigneurs, poui' vous advertir.

hHo

■16 LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEA.NS.

Une besoigne j'ay songée, Et le vous diray sans faillir, Sans nul grever de'nostre armée:

Mais que la chose soit celée Et menée bien secrètement :

1^ Leur bastille soit niynée

Toute jusques au fondement.

F' fil V". LE SIRE D'ESCALES.

Faire le nous fault voirement

Et le plus toust que on pourra:

Y niectre bien et largement

Des pyonniers, qui m'en croira.

Incontinant elle cherra;

Et tous ceulx qui seront dedans.

Se j'en suis creu, on les pendra s'iS.^

A ung gibet incontinent.

FOUQUAMBERGE.

Nous avons été durement

Debatuz durant ceste guerre:

Travaillé en suis grandement.

Que je n'en scayquel conseil querre. ''lyf

Recullé m'en suis à grant erre

D'uylles et de gresses boillantes.

Qui sembloit que pluye et tonnerre

Cheussent du ciel par grans tourraantes.

LANCELOT D£ LISLE, mareschai d'Angleterre.

J'ay esté tousjours en la pfesse ^'içt^t

Mes gens et moy, par telle façon

Que j'ay le corps plain d'uille et gresse

Aussi puante que poison;

Et en ont gecté à foison F»6ar'. La l'aulsc clienaille d'OHeans, ■y-^>"o

Si en feray tel pugnicion Que mengiez en seront aux chiens.

LE SIRE DE GRES

H nous convient avoir noz gens

Qui leans sont mors es fossez;

Y sont de trois à quatre cent •î.'îo.j

L'un sur i'autre tous amassez.

Il est temps, sire, en penser

Pour les mectre dedans la terre.

Et pour eulx on fera Dieu prier,

Pour noz bons amis d'Angleterre. jOio

S.\LLEBRY.

Je l'ay dit qu'on les voise querre, Et suis bien contant et d'acort, Se les leur y veullent requerre, Qu'i les ayent sans descort;

Et ne vueil pas, soit droit ou tort, 3-5 1 5

Que, durant qu'i les sarreront.

De guerre on leur face effort.

Nul de nous, tant qu'il y seront.

Allez, et leur dictes aussi

Que je suis bien contant qui preignent aôao

Leurs gens, toutes foiz par ainsi Que des nostres nul ne retiegnent; Et aussi que bien leur souvieignent ' F° 63 v°. De leur assault rigorieulx,

Et que à la raison y viegnent aôaô

Ou que mal en sera pour eulx.

' Lisez souviegne, souvienne.

Pose. — Et vont emporter les corps chascun de sa part. Puis dit SaHel)r\ durant qu'on les amasse :

SALLEBRY.

Oultre plus vous avez cy dit,

Par voz advis, qu'i seroit bon

De niyner sans nul contredit

Leur bouloart, par grand rendon, aSHo

Adfin que avoir le puissons

Par mine et par artillerie;

Et croy bien que ceste façon

Est bonne, je n'en doubte mie.

Donques que tantoust, sans atendre. aô.^ô

Y soit mis deux cens pyonniers,

Pour le faire de là descendre

Avant qu'il soit deux jours entiers.

Entre vous les cinquantiniers

Faictes tantost ceste entreprise, 25/10

Et y prenez de bons ouvriers

Qui en puissent savoir la guise.

PREMIER CINQUANTINIER.

Messeigneurs , nous acomplirons Vostre voloir incontinant, F° 63 r". Et leur bouloart mynerons «.ôfib

Du tout jusques au fondement; Mais convient neccessairement N'y toucher jusques à la nuyt.

Car les François aucunement En pourroient bien oyr le bruit. 3550

SALLEBRY.

Vous dictes bien : ainsi le faire Le devez et est très bien dit;

Je congnois qu'en ceste matière Estes saige et bien instruit,

Et vous pry que sans faire bruit 3.55".

Le faciez, si secrètement (}ue les François ayent desduit De leur derrenier sacrement.

II' CINQUANTINIER.

Nous le ferons si saigement,

Par telle façon et telle voye, 2560

Que homme soubz le firmament

N'en voyra riens parmy la voye.

La chose sera celée et coye,

Que des François nul n'en sara

Nouvelle, jusqu'à ce qui voye 3505

Que dessoubz luy y tumbera.

SALLEBRY.

Je vous empry tant que je puis.

Que la chose soit ainsi faicte, F° 63 V-. Et adfin qu'ilz soient surpris

De la mauvaistié qu'il ont faicte; 2.570

Que pensez que pas ne me haicte '

De tant de nos gens mectre à mort

Par voye faulce et contrefaicte,

Non pour avoir esté plus fort.

Allez et faictes diligence, 3075

Puis, ce pendant, nous penserons

Pour nous venger de leur offence,

De Toiiltraige que fait nous ont.

Avant que d'ici nous partions,

(lar vous pensez bien qiiil ne nie plaît pas qu'ils aient mis à mort, etc.

la.

Leur ville, faubours et cité, ^580

Par force d'armes nous Tarons, Sans nulle difficulté.

Adout les pyoniiiers mineront et assortiront bombardes et canons contre le dit liouioart. Et puis dit

LE RECEVEUR

Messeigneurs, avez veu coninienl Nous ont assailliz rudement

En cest assault noz anemis, 5085

Qui a tenu incessamment Quatre heures tout entièrement.

Sans avoir aucun delay pris; Mais nenpourtanl ont eu le pis,

Que sur nous n'ont il riens conquis. 2090

h" 64 r'. Et nous est demouré la place

Oii leur gens y sont mors et pris.

Plus de cinq cens, à mon advis,

Leans estans à T'enreverse.

L'assault a esté merveilleux aôpj

En fait d'armes et oultraigeux.

Comme je dy, et longuement,

Dont la perte est tournée sur euix:

Que nous sommes victorieux

Encontre leur grant hardement. 2600

Il avoyent en pensement

De mectre tout à finement

Et en fusion de bataille:

Mais ont trouvé resistement

Encontre leur faulz pensement. ■ a6o5

Que y n'ont fait chose qui vaille.

Si vous prions que au seurplus.

Pour obvyer à leur abus

Et à leur mauvaise entreprise.

Vous requérant de plus en plus ^Cio

Que tousjours nous facions du mieulx En fait d'armes et vaillantise, Et aussi, comment qu'on advise, Pour trouver moyen et la guise

A ces Angloys résister; -ifiis

Car du tout à vostre devise Voulons obeyr sans faintise Et à voz bonnes voulentez.

Doncques, messeigneurs, s'il vous plaist. Nous vous supplions par exprès ■jtiac

Que vous dyez qu'il est de faire.

p f)ù v°. Vous voyez le besoing qui est,

Gomment noz anemis sont prestz .

De jour et de nuyt, pour mal faire.

Si est dont chose neccessaire atiaô

De conseil, en ceste matière, En fait de bien nous gouverner.

■ Vous savez qu'i tiennent frontière .

Pour nous vouloir du tout deffaire.

Sans y vouloir riens espargner. 2680

Pour ce, messeigneurs, advisez En dire voz oppinions.

Et vous en veillez conseiller De l'affaire que nous avons;

Que toutes noz intencions 2635

Est de soustenir pour le Roy Sa ville et les environs.

• Ou y mourir en desarroy.

LE SIRE DE VILLARS

Nous avons congnu les Angloys

De leur force et de leur puissance. atifio

Dont lesquelz, ainsi que congnois.

Il ont fait une grant vaillance.

L'assault a esté à oultrance, Et de coraige merveilleux;

Nonobstant, résistance 5045

Y a esté faicte contre eulx.

Les bourgeoises y ont servy D'uylles, gresses et autres choses.

F' 05 r°. Et aux Anglois a beaucoup miyt

En cest assault, bien dire lose: ifi5o

Et le mal, comme je suppose.

Est tourné sur noz anemis.

Comme chascun dit et proppose.

Il leur est advenu le pis.

Et au regard du bouluart. J655

Je n'oseroie conseiller

De le tenir ne toust ne tart,

Que y nous a fort travaillez.

Mieux vauldroit l'abactre et bruUer.

Et le mectre tout au néant. 5660

Que par luy vensist encombriei-,

Ne aucun inconvénient.

LE SraE DE COURAS.

Quant à moy, je conseillerove

Le bouluart estre abatu,

Par telle façon et par tel vove -2665

Qui fut de tous point demolu.

\ous savez, a esté batu

De bombardes et gros canons;

Il est froissé et tout rompu,

Et convient que l'abandonnons. 2670

Mais me semble qu'i convient faire Autre bouluart sus le pont, f°65t°. Pour aucunement nous retraire.

Se aucuns dangier nous voyons.

Et qui soit fait tout front à front :?fi7."i

Comme au droit de la Belle Croix ' :

Par ce point le pont garderont-.

Le passaige et les destroiz.

LE SIRE DE GUITRY

Je croy qu'il n'est pas à tenir,

Et ne seroit que confusion 26S0

Pour faire de noz gens morir,

Ny autre chose n'y gaignerons;

Que il n'est ne puissant ne bon.

Mais tout molu et afliné.

Et, qui pis est encore, dit on -ifiss

Que les Anglois l'ont tout myné.

Par quoy, le plus toust qu'on pourra .

Le faire bruller et abatre:

Ne qui ainsi le lessera.

Il pourroit noz Torrelles batre. •369(.

Et, par icelui, nous combatre.

En nous faisant grant violence:

Dont nul ne s'en doit point debatie.

Et puis qu'il n'est pas de deffence.

LE SIRE MATHIAS

Au regart de le faire abatre. 2695

Il est bien expédient,

Croix en bronze doré, qui s'élevait, à cette époque, entre la onzième et ia douzième arche du pont.

" Lisez garderons.

F°66r". Sans plus en parler ne debatre,

Que il ne proflite de riens;

Mais par luy inconvénient

Nous peut venir par le garder. "7^"

Si conseille que incontinent

On le voist abatre et bruller.

Oultre plus, il nous convient faire

Sus le pont aultre bouluart.

Pour tenir la ville en frontière, "■-/^■'

• A la garder de celle \part.

Puis y nous convient, d'autre part.

Rompre une arcbe de nostre pont.

Pour nous garder d'aucuns azart.

Ainsi que par fortune vont. "T^

LE SIRE DE SAINTRAILLES

J'é ouy voz oppinions :

Me semble que faire se doit, C'est ung bouluart sus le pont, Comme au droit de la Belle Croix:

Que s'iî advenoit aux destroix 2715

Nostre fortiffication , Noz ennemis reculleroit\ Qui n'aront dominacion.

Encore pour nostre seureté

De rompre une arche il est mestier; 979°

S'i nous prenoit neccessité, Y ne pourroient pas apresser.

r° fifi N". Et les pourroit on rebouter

Par force d'armes et puissance,

Et ne se pourroient efforcer =7a5

A nostre ville faire offence.

' Lisez reciikroient . et plus haut, advenoient.

LE iMISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. 105

Je conseille qu'on s'en avance,

Et faire tout le contenu,

Nous niectre tous en ordonnance;

Lf' temps est bref, je l'é cognu. 0730

Aucuns m'ont dit que en a veu

Des pyonniers tout à l'entour.

Qui l'ont myné et desmolu

Pour nous bailler ung mauvais tour.

Et dy que nous devons attendre 2735

D'ores en avant ne tant ne quant;

Le bouloart fault mectre en cendre,

Et l'ompre une arche incontinent;

Que, se vous [estoient]^ surprenant,

Suyvre vous pourroient en la ville l>7'io

\oz anemis jusques dedans,

Et faire des maulx ung cent mille.

LE RECEVEDR.

Messeigneurs, du tout en la forme Que verrez qui sera du mieulx,

Chascun de vous bien s'en informe. 27 'i5

De le faire sommes joyeux; l'° t)7 r\ Que pour certain nous sommes ceulx

De voloir à vous estre uniz En toute place et en tous lieux,

Et voz volentez acomplir. 2750

Et de ceste heure, sans attendre.

Allons y dont mectre le feu, Sans arrester en place et lieu.

Et l'abactre et le mectre en cendre.

' f^e texte donne estiez.

LE STRE DE SAINTRAILLES

Ghascuii veille son harnoiz prandre, 2755

Puis qu'ainsi est qu'il est conclu.

LE SIRE DE VILLARS

Et de ceste heure, sans atendre.

Allons y dont mectre le feu.

POTON

Il nous convient aussi entendre

Aux Tourelles, ce n'est pas jeu. 37G0

Que nui n'y voise sans adveu,

Et penser de se bien detïendre.

LE SIRE DE GUITRY

Et de ceste heure, sans atendre, Allons y dont mectre le feu, r 67 v". Sans arrester en place et lieu, " ■J7(i.'>

Et l'abatre et le mectre en cendiv.

Lors partiront eu armes et ordonnauce, et yrout mectre ie feu dedans le bouloart. Et y a pause. — Et mectront à bas tout ie dit bouloart, et en feront incon tinent ung au droit de ia croix, sus ie pont, et abalront une arche devers ia ville. Après cela fait, dit

SALLEBRY.

Seigneurs, ducz, [comtes] et barons.

Mectez vous tous en ordonnance:

Vous voyez que les François font.

Ne scay pour quelle espérance. 2770

Hz ont abatu, par oultrance.

Leur bouloart et desmolu.

Tout à coup, en une instance.

Ne scay qu'il ont trouvé ou veu;

Conseillez nous qu'il est de faire, -iji'i

Durant que nous sommes icy.

Trouver nous convient la manière De les avoir par quelque si.

Vous avez veu comment aussi ''"•'>*< ' • Leur bouloart ont mis par terre: ->7ï>"

Je congnois assez par ainsi Qu'i ne sont pas las de la guerre.

LE CONTE DE SLFFORT

Quant à moy, je conseilleroye

Que on leur baillast ung assault.

Ainsi comme je le vouldroye, :!78.5

Qui leur fust fort cruel et chault.

Depuis le bas jusques en hault

De leurs Tourelles et muraille.

Vous les aurez, sans nul delïault.

Que ilz n'ont deffence qui vaille. ^ny

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

Mon frère dit bien vrayement :

Que, se vous avez leurs Tourelles,

Vous avez tout entièrement,

()ue y ne se fient qu'en icelles.

Vous avez gens qui, par escbelles, 2795

Les vous poursuivront de si près.

Que, maugré les villains rebelles.

Par force d'arme les arez.

LE SIRE D'ESCALLES.

Vous les aurez legierement.

De cela je ne doubte point. ^'^oo

F° 68 \°. Baluz sont jusqu'au fondement

De nostre trait, de nos angins; Et conseille que, à toutes fins, A ce beau matin de dimenche.

Les assaillez de point en point, ^SoS

Sans avoir le bras en la manche.

FOUQUAMBERGE.

Faictez sonner incontinent

Voz trompetes, comment qui soit.

Sans que on n'oye Dieu tonnant

Du bruit que ferez oreandroit. aSio

Et baillez l'assault si estroit.

Depuis le pié jusques à mont.

Se nul est qui se trouve au droit.

L'envoyerez pesclier aux poissons.

LE BAILLY D'ESVREUX-

Je suis de vostre oppinion, 281a

Que, ce matin, vous y vueillez

Vous mectre en grant affection.

Et bien grandement employer.

Vous avez le jour bel et cler.

Et avez loisir et espasse; «Sso

Frappez dedans comme un sanglier.

Et que vostre povoir tout passe.

P fi(, r". LANCELOT DE LISLE, baiiiy de Chartrt-s.

Mes gens et mov, nous sommes prestz

De bailler l'assault promptement.

En ce fait vaillans et expers, 2825

Et pour escheller proprement.

Ne faictes que commandement

LE MISTEUE DU SIEGE D'ORLEA.\S. 109

Pour commancer quant on vouldra.

Vous verrez merveilleusement

Que ma compaignie y sera. jSSo

CLASIDAS.

Promptement on commencera A tirer grosse artillerie, Que leur gresse leur tumbera Ou au mains la greigneur partie.

Puis voz gens prestz pour la saillie, 2835

. A ce beau dimenche matin; Vous les aurez nen doubtez mie, Nul d'eux n'atendra le butin.

LE SIRE DE GRES

Vous aurez, je croy, les Tourelles Des François bien legierement, aS^o

Que, ou point qu'i sont et ytelles, N'y a defTence aucunement.

F' 69 v^ Debrisées jusqu'au fondement

Sont de bombardes et canons;

Hz y morroht finablement, 28^5

Que nul abry leans y n'ont.

LE SIRE DE PONS

Et, se leur Tourelles prenez.

Vous pourrez dire seurement

Que leur cité et ville avez,-

Sans avoir nul destourbement: •iHi>u

Que vous batrez entièrement

Leur ville, par telle façon.

Que nul d'eulx [n'osera] ' nullement

Saillir dehors de la maison.

' Le manuscrit porte : ne sera.

LE SIRE DE MOLINS

Vivres ne leur pourront venir 2855

De nulle part, il est certain.

Vous pouvez la Beausse tenu

Et la rivière en vostre main:

ils morront tous leans de fain.

Ne nul ne les garantira ; -^860

Avant ung mois aurez la fin.

Sans coup ferir on les aura.

SALLEBR\.

Messeigneurs, je le croy ainsi.

Et n'en taiz double nullement.

L'assault sera baillé dessi. ^865

A ceste heure cy propremenl:

Mais dire vueil mon pensement

D'un songe qui m'est advenu.

En ceste nuyt, en mon dormant.

Dont j'ay esté ung peu esraeu. -^870

.le vous dirav m'estoit advis

Qu'en ung fort lialier je chassoye

Après ung sanglier, que je vis.

Que je rencontré en ma voye;

Et tout ainsi que haloye > -^^i-j

Mes chiens après le sanglier.

Et comme je le regardoye,

Se transfigura en lévrier.

Tantoust après, je ne vis plus

Lévrier ne le sanglier aussi. -jSSo

Je m'avance à courre sus

A mes chiens, tretout ainsi.

En disant : Hare! ve le cy!

Firent semblant de reculler, • Et fuz pour certain esbay, ^885

Que ung loup me vint esgratigner, Lequel loup me prist au visaige Pour le premier commanceraent, Et me fist ung villain oultraige.

Guidant en morir proprement, «Sgo

Lors m'escriay en mon dormant.

Par si très grant merancollye, '7o\'. Me resveille subitement,

Cuidaut qu'i fut fait de ma vie.

CONTE DE SUFFORT

Puis, sire, qu'en voulez vous dire? -2^5

Volez vous dont en songe croire?

Maintes foiz je le songe pire,

Et en ay encore bien mémoire;

Mais vous savez et est notoire :

En songe nul ne doit penser; 2900

Chacun scet, et est chose voire.

Le songe est toujours mensonger.

CLASIDAS.

(lomnient! ce' songe estoit vrays.

Plusieurs ne fussent mes en vye.

Les bergiers des champs seroient roys, 0905

Et noldesse seroit bergerie.

L'aultrier, sur une gallerye,

Je songe que du hault cheoye.

Par force de vent et de pluye.

Et à la fin que je noyaye. igio

Ce |)oiii' se , si.

LE SIRE D'ESCALLES.

Nulluy ne se doit arrester En songe n'en divinerie, i" 7' r\ Et s'en doit on du tout oster.

Que cela n'est que resverye;

Et vient cela par fantasie, 3ç)'5

Par faulte de repoux avoir.

Boutez vous en hors, je vous prie.

Et pensons de l'assault prouvoir.

SALLEBRY.

C'est très bien dit. Dont ordonnez

Des premiers qui bailleront lassauU. ayao

Et voz trompetes si sonnez,

Pour donner dedans sans defl'ault.

Faictes qui soit cruel et cbault.

Et frappez dedans de randon.

Sans espargner nul tant soit hault iii^'o

Ne à niercy ne à ranson.

Adonl les h'ompetes des Anglois sonneront, et le baffroy de la ville jiareillenient; et cryront ceulx de la ville à l'arme! et chascun va sur le pont, et trouve leii le sire de Saintrailles tout armé avec ses gens; et dit

LE SIRE DE SAINTRAILLES

Messeigneurs , mectez vous en rant.

Et y allez par ordonnance; p 71 \°. Que à ung chacun je deffens •

Y aller, sans avoir licence. ^gSo

Vous^ qui estes gens de dell'ence.

Montez à mont sus les Tourelles.

' S'adi'essanl îi ime troupe des défenseurs de la ville.

LE MISTERE DU SIEGE DOULEANS. 113

Et y montrez vostre vaillance,

Ainsi comme sus infidelles.

Après, vous', pour les refreschir, , agss

Pour leur donner ayde et secours.

Puis les blessez, pour les guérir,

Faictes les apporter bien tous.

Afin que autres, sans.sejours,

Se puissent bouter en leur place, agio

Et secourir à tous propoux.

Sans faire faulte ne falace. .

Puis se renouvellera l'assault en grant fait d'armes et longuement; el plusieurs morts et blessez des François; puis dit

LE SIRE DE SAINTRAILLES

Enffans, enfi'ans, retrayez vous.

Je voy que nous avons le pire,

Et sont fort plus puissans que nous. 29^5

JNoz gens endurent trop niartire; Retrayez vous, sans plus le dire, Ou je voy que vous estes mors.

Que chascun de vous se retire, F° 79 r'. Et se boute tout point dehors. agao

Puis ici lestrompetes des François sonneront une retraicte, et descendront tous des Tourelles, et apporteront des mors et blecez, et habandonneront lesdites Tourelles, se reculleront jusques en la ville; et y aura une arche rompue et plusieurs se tiendront au bouloart nouveau fait; et les Angloys monteront dedans les Tourelles, crj'ant wV/e gaignée, et mecteront leurs estandars dessus lesdites Tourelles et lances, faisant grant bruit. Puis dit

GLASIDAS.

Messeigneurs, nous avons gaigné, L'acteur désignait ici une seconde troupe.

Mi LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.

A ce coup, honneur et chevance,

Sans avoir gueres barguigné,

Par force d'armes et puissance ;

Et avez à vostre plaisance 2955

Leurs Tourelles et boulouart.

Par vostre proesse et vaillance

Des bons amis de ngstre part.

LE CONTE DE SUPPORT

Vous v<3yez noz gens là dedans.

Comment il ont gaigné la place; 2960

I ° 72 ^' Bien povons dire que Orléans

Est nostre, pour peu de menace.

Sy fault bien que pardon ou grâce

Leur faciez, ou y sont tous mors.

Vous les aurez en peu d'espasse, 3965

Vers vous ne sont puissans ne forts.

FOUQUAMBERGE.

Nous devons bien faire grant chiere,

Et avoir bien le cueur en joye,

Quant leur bouloart et frontière

Avez soubmiz par ceste voye. 2970

De leur ville je ne donroye

Pas un bouton que ne l'ayez;

Elle est vostre, c'est chose vraye,

Nul ne vous en peut délayer. ,

SALLEBRY. #

J'é grant désir que sus ce soir •uj-jb

De m'aler esbatre là mont\ Pour voir la ville à mon vouloir.

Là-haut.

Leurs edifiices et maisons,

El aussi que nous regardions,

Pour assiéger, l'artillerye agSo

De noz bombardes et canons,

Pour mieulx faire nostre saillie.

F" 7:! 1'. LE PRINCE D'ESCALLES.

C'est bien dit. Quant il vous plaisa '

Nous yrons pour veoir leur cité;

A voir fort plaisant vous sera, ^igSfj

Qu'elle est de grant auctorité.

James n'eulrent adversité,

C'est ce qui les a fait tenir;

Et puis ayment de loyaulté

Leur roy Charles et pour morir. 2990

LANCELOT DE LISLE

De trop l'aymer bien repentir

Y se pourroient, est grand folye ^.

Nul ne les peut plus secourir.

Ne leur ayder, quoy qu'on nous die;

Et est à eulx grant resverye ag^ô

De vouloir tenir longuement.

Que y luy ^ perdront tous la vie ,

Et defineront piteusement.

SALLEBRY.

J'é volenté certainement

De monter en hault en présence, 3ooo

Pour voir la ville plainement.

Que à la voir je prens plaisance.

Sic, pour plaint. ' Que y luy . . . . cai' ils y perdront, etc.

" Le manuscrit porte ; et grand folye.

F' 73 v'. Glassidas, j'ay espérance

Que nous l'arons en peu de temps.

GLASSIDAS

H n'en fault avoir nulle doubtance 3oo5

Que ne l'ayez incontinent.

SALLEBRY.

J'é désir d'y vouloir aller,

Glassidas, et je vous emprie

Que avec moy vous en viengnez.

Et pour me tenir corapaignie. Soiy

GLASSIDAS

Monseigneur, mais, je vous emprie.

Allons y sans atendre plus; Que joyeux suis, je vous aflie, D'avoir les François ruez jus.

Puis y a pause. — Sallebry et Giasidas vont et montent au\ Toiiiflles. Puis dit

l£ RECEVELIi.

Messeigneurs et mes bons amis, :ioi5

Les Torrelles avons perdus, F° 74 r". Et sont dedans noz anemis.

Qui n'ont pas esté deiïendus.

Si nous fault penser, au seurplus.

De bien garder nostre cité, ' Soao

Que par eulx ne soyons confuz.

Et mis en grant adversité.

LE SIRE DE VILLARS

Y ne se fault point esbayr

Se pordus avons les Torrelles,

Qui ii'estoient pas pour tenir, ■'oaa

Pour deffence bonnes ne belles;

Mais mieulx vault leur lesser icelles

Que nous les tensisions à tort.

De nous soufrir mourir pour elles

Et noz gens de piteuse mort. 3o3o

LE SIRE DE SAINTRAILLES

J'en suis de ceste oppinion,

Que moy j'ay fait noz gens retraire,

Les voyans à confusion

Navrez, morir à vitupère;

N'aultre chose n'y saurons faire, 3o35

Qu'elles n'estoi<^nt pas de deffence.

Trouver nous fault aultre manière

Pour faire à eulx resistence.

V°7' »'• POTON

Messeigneurs les bourgeois d'Orléans.

N'ayez point peur, je vous emprie; 3o4o

Je voys que vous estes dolans.

Et avez la chiere esbaye

Des Torelles, dont vous supplie

Que vous ne vous veillez soucier

De la ville, qu'i n'aront mie So'jS

Legierement sans secouer.

MESSIRE MAÏHIAS.

Point esmouvoir ne vous veillez

A faire chiere ne semblant.

Que nullement troublez soyez

De manière ne autrement. 3o5o

(Jue se estes esbayssant.

Aux anemis donrez coraige De vous estre plus ravissant.

Et plus vous faire de dommaige.

LE SIRE DE GUITRY

Ne vous esbayssez de riens, 31.55

Que nous avons bonne deffence.

f; 75 i^ Des Tourelles, c'est mains que néant.

Ne n'en ayez nulle desplaisance; Mais faictes mectre à puissance

Artillerie au bouloart, ' 3o6o

Pour les batre, comme je pence.

Incessamment et toust et tart.

LE SIRE DE CORRAS

y ne se fault nul esbayr.

Mais vaillamment résister;

Nous sommes pour les assaillir. 3o65

Et pour les aller deffyer.

Si. vous devez dont ralyer

Sans démener merancolie.

Que à voz anemis donner

Coraige de cbiere bardie. 8070

LE RECEVEUR

Penser vueil de l'artillerie.

Pour renforcer le bouloart.

LE SIRE DE VILLARS

Faictes le dont, je vous eraprie, Sans atendre qui soit plus tart.

F" 75 v". LE RECEVEUR.

, Nous y ferons, de nostre part, :u<-j:,

En ce cas, toute diligence; Que chascun y aura regart.

Ainsi que j'ay espérance.

Puis icy y a pause. — Et puis dit Glasidas à Sallebry à la fenesli-i' îles Tnurl'elles, que cliascun le pourra bien voir.

GLASSIDAS

Très noble conte Sallebry,

Venez voir à ceste fenestre. 3o8o

' James ne fustes en party

Qui vous fut plus plaisant à estre; Regarder^ à destre à senestre.

Ne fut jamais plus gente place ,

C'est comme ung paradis terrestre , ' 3oH5

Et aussi comme un lieu de grâce.

Or, est il vostre de présent, Nul ne le vous peut contredire.

Que vous estes comme dedans.

Il n'y a comme riens à dire. 3090

¥' 76 r'. Vous en serez seigneur et sire.

Pour le tenir en vostre main.

De France c'est le miel et cire, Et où tout gist pour faire fin.

Vous n'avez plus trois pas de voye, 3095

Que ne l'ayez pour heritaige.

Vous les tenez, c'est chose vraye.

Prisonniers comme en une caige.

Sur eulz avez tel avantaige

' Sic, pour regardez.

Qu'i ne savent plus où fouyr. 3ioo

Leans sont en vostre servaige, Pour les faire vivre ou morir.

SALLEBRY.

Je prans en nioy ung grant plaisir A voir ceste noble cité;

Si convient les faire morir, iioS

Ce sera grant adversité, Et grant dommaige en vérité; Et n'est que par inadvertence .

Comme par une hostinité,

Où il ont bouté leur plaisance. 3"o

Clasidas, j'amasse trop mieulx Qu il eussent en eulx bon voloir De leur rendre, quan, si mes dieux ' 1" T*"' > • Je les vouldroye recevoir.

En voulant faire leur devoir 3ii5

De nous estre bons et loyaulx.

Dont, je voy par leur nonchaloir

Qui souffreront beaucoup de maul.x.

A mercy les vouldroie prandre;

Mais je croy qu'i n'en feront riens. 3 120

Par quoy, morir les feray et pendre.

Tous ceulx qui sont leans dedans,

Et leurs femmes et leurs enfl'ans.

Jà personne n'espargneray.

Que tant qu'i sont, petis et grans, Siaô

Du tout à Tespée je mecteray.

' Telle est la leçon du manuscrit, qu'il sens paraît être celui-ci : n-Clasidas, j'aime-

l'iiut sans doute corriger ainsi : quant, si m'ait rais mieux qu'ils fassent dispose's à se rendi-e

Dieux (si Dieu m'aide), locution qui revient (de leur rendre, de rendre eux), car, de par

à chaque instant dans les anciens textes. Le Dieu, je les recevrais volontiers à merci.';

LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS. Ii)l

Lors sortira ung canon dune tour nommée Nostre Dame, qui viendra le frapper -parmy la moictié de la teste, en la joue, et lui crèvera ung œil. Puis cherra tout à l'enreverse, et Glasidas le cuidera relever. Et y a pause de trompetes; — et loiit grans admiracions les Englois estant aux Tourelles, qui auront vcu le coup. Et puis s'ecrye Glasidas et dit

GLASSIDAS

Ha! hay! maudicte journée!

Voicy piteux cas advenu. .

F" 77 r". Or, est bien perdue nostre armée, .

Et tout nostre estât devenu; 3i.Ho

Luy qui a fait et soustenu

Du tout nostre ost par sa vaillance,

Et si très bien entretenu,

Qu'il avoit conquis toute France.

Puis viennent les seigneurs à Glasidas, et dit

LE CONTE DE SUPPORT

Glasidas, et quelle contenance! .Bi35

Qui a il de cryer ainsi?

GLASIDAS.

Messeigneurs, regardez l'offence!

MESSIRE JEHAN DE LA POLLE

Glasidas, et quelle contenance!

GLASIDAS.

Vous voyez, en vostre présence,

Mort le bon conte Sallebry. 3«ûo

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