VI PRÉFACE
manuscrits du Vatican, il n'en esl ]ias qui mérite davantage d'atlirer l'attention des savants qui s'occupent de lancienne poe'sie française, et nous ne pouvons nous empêcher de remercier le savant acade'micien qui nous l'a signalé, du vif plaisir que nous a fait e'prouver la lecture de cette naïve et intéressante composition, dont nous aurions voulu rapporter une copie inte'grale ou du moins une analyse de'taille'e. n
Cette analyse détaillée, l'un de nous la rapportait précisément à la même époque. Jointe aux extraits de M. Keller et à ceu\ de MM. Daremberg et Renan, elle put donner une idée assez exacte du Mystère du sn'ge iTOrUam poui' (pie les juges les plus compétents, et entre autres le savant doyen de la Faculté des lettres de Paris, M.Victor Le (jlerc, fussent d'avis que cette composiliou méritait de prendre place dans la grande collection des monuments inédits relatifs à notre histoire.
En conséquence, M. H. Fortoul, alors ministre de l'instruction publique, voulut bien nous charger d'aller transcrire le poëme à Rome et de le publier. Mais un peu plus tard le même ministre conçut, et fit approuver par S. M. l'Empereur, le projet d'une collection des Anciens poètes de la France, et, dans le rapport qui précède le décret du 13 février i856, il annonça l'intention de placerdans le nouveau recueil recette composition surprenante (pi'il venait de faire copier d'après les manuscrits du ^aticau, et où un contemporain de Jeanne d'Arc a mis en scène le siège d'Orléans ei la mission de l'héroïne.??
La mort si prématurée et si regrettable de M. H. Fortoul lit modifier le plan du recueil immense où il voulait donner place au Mystère du siège d'' Orléans. Mais, pour ne point retarder indéfiniment une publicalion d'un caractère patriotique, S. Exe. M. Rouland s'empressa de décider qu'elle aurait lieu dans la collection à laquelle elle ajoute aujourd'hui un nouveau volume.
l'KEFACK. vu'
lîeinonluiis maintenant le cours du temps [lour essayer tle résoudre quelques questions qui se présentent tout d'abord à l'esprit. A quelle époque le Mystère du siège (ÏOvléans a-t-il été composé? A-t-il été représenté soit à Orléans, soit ailleurs? Etait-il destiné à la rej)résentation?
Sur les deux premiers points, le manuscrit du Vatican, qui ne contient ni date ni nom d'auteur, ne nous fournit aucune réponse positive, et les chroniqueurs contemporains, les historiens d'Orléans ne nous éclairent pas davantage. La seule chose assurée, d'après l'écriture, c'est que le poëme est du xv'' siècle. Pour essayer X de fixer une date plus précise, on ne peut s'appuyer que sur un petit nombre d indications, qu'on voudrait moins vagues, mais qui n'en ont pas moins leur importance.
On sait que le jour même de la délivrance d'Orléans, en i^-jq, fut organisée spontanément une procession solennelle dans laquelle .'' figurèrent la Pucelle, le Bâtard d'Orléans, les autres seigneurs ou capitaines ([ui avaient concouru à la défense de la ville, le clergé, les bourgeois, le peuple. Depuis lors, la fête commémorative de ce grand événement fut ainsi célébrée chaque année au même anniversaire, c'est-à-dire le huitième jour de mai. Tous les habitants d'Orléans étaient invités à se joindre à la procession et devaient y porter un cierge allumé. Les douze procureurs de la ville y assistaient, et le cierge qu'ils tenaient était garni d écussons aux armes d'Orléans. On y portait les châsses des saints protecteurs de la cité, etc. Mais bientôt on jugea à propos, pour rendre la fête ])lus complète, d'ajouter à la cérémonie religieuse un spectacle et des divertissements d'un autre caractère.
On lit dans les comptes de la ville, de i435 :
vm PREFACE.
■'A Guillmune le charron et Michelet Filleul, pour don à eulxfaict pour leur aider à paier leurs eschajfaulx et aultres dépenses par eux faictes le .viif. jour de mai mil. cccc. ivir. , que Hz firent certain mistaire ou lioloart du pont durant la procession, payé .m. réaux d'or. Pour ce ja sols p. ^^
Que représentait le mystère dont il est ici question? Les comptes lie la commune ne donnent pas d'autres renseignements, et les historiens de la ville sont muets à cet e'gard. Mais n'est-il pas infiniment probable qu'il représentait l'événement dont on célébrai! l'anniversaire? Quel spectacle plus intéressant pouvait- on otTrir aux Orléanais que celui d'un fait d armes dont ils étaient fiers à juste tilre et auquel un grand nombre d'entre eux avaient pris une si glorieuse part?
D'ailleurs, pour i^Sc), cette conjecture devient une certitude. On trouve, en effet, dans les comptes de commune de cette année les mentions ci-a|)rès :
"A Mahiet Gauleluer, paintre, le .un' jour du inoys d avril, pour faire les jusarmes et haches et une fleur de Hz et deux godons, par marché fait ii. lui en la chambre de la dicte ville, pour faire la feste (lu lièvement des Tourelles', is Uv. 16 sols p. n
«i4 Jehan Chanteloup, pour avoir vacqué neuf journées à faire les eschajfaulx de la procession des Tourelles, et pour unze charroiz pour mener et ramener le hois qu'il failloit à faire lesdiz eschaffaulx; pour ce ââ sols p.i^
Enfin on lit dans le registre des comptes de la même année un article sur lequel nous appelons l'attention du lecteur :
r A Jehan Hilau'e,pour l'achat d'un eslandart et bannière qui furent a Monseigneur de Reys pour faire la manière de l'assault comment les Tourelles furent prinses sur les Anglois. le vni' jour de may:
C'est-à-dire de l'abandon du fort des Tourelles par les Anjflais.