LANCELOT
Vous usez de grosses paroHes, «'i^o
Et autre chose n'y povoir.
LA HIRE
De tous voz diz ce sont l'rivolles.
Et ne les puis acomparoir;
Mieulx vaulsist en vostre manoir.
Engleterre, frire voz solles. 6/1 'ir.
K°i58v'. . LANCELOT DE LISLE.
Vous usez de grosses paroiles.
Et autre chose n'y povoir.
Face chascun bien son devoir; ■ \
Le musir font les poires molles.
Lors se deppartiroiit l'un de l'autre. Et tout incontinenl vient uuy ciinoii d'Orléans qui enlieve la teste de Lancelot de Lisle, et y a grani bruit; et emporte on le corps devant Tallebot et les seigneurs. El dit
TALLEBOT.
Hé Dieu! qui a fait cest oultrage ei.îo
Le iiiit-sir. le nuiser ou le moisir.
D'avoir ce prince mis à mort Tant noble, prudent et tant saige?
Je voi cy ung grand desconfort.
Après Sallebry, le plus fort
Estoit, et tant prudent en guerre 6655
Que son pareil, ne de son port, On peust finer en Engleterre.
A! Orléans, tu l'as bien traby Soubz l'ombre de trêve et de paix; Tu las piteusement meurtry, ' fi'ifio
Luy qui mal n'y pensa jamès!
F° iSg r°. Nous as tu servv d'un tel mes
Soubz couleur de parlementer, Pai' ton voloir faulx et mauvais
En trayson voulu traicter? fi'i''5
Je renonce à Dieu et ses sains, Que de ce cas me vengeray.
Et Orléans tiendray en mes mains, Avant ung mois, ou je morray.
Ne honnne nul n'espargneray, 6/170
Ne enflant tant petit ou grant.
Que tout à l'espée je mecteray, Sans jamès en espargner riens.
MESSIRE JEHAN FACETOT.
Voicy grant inconvénient,
Et ne puis pas cecy entendre : 6675
Y parloit à eulx en présent
Par trêves; je ne puis comprandre Comment il ont fait cest esclandre, De l'un l'autre en parlementant. . . •
Y convient bien le leur cbier A'endre 648r. A la ville et es babitant.
LE CONTE DE SUFFORT
J«' croy bien, ainsi que j'entent.
Que de la trêve estoit cessée, F° i:j()ï°. Et a esté en revenant ,
Qu'il a eu la vie finée; 6^85
Mais est trayson esprouvée.
On doit avoir temps et espace De retourner en sa contrée Chascun soy retraire en sa place.
MESSIRE JEHAN DE LA POLLE
Voicy grant deul et grant doniniaige Oi^^
Du sire Lancelot de Lisle,
Tant prudent, tant plaisant et saige.
Qui n'en fut onc de plus habille.
Par luy nous eussions eu la ville
Avant trois jours, par son moyen, tsiç)''
Et luy estoit très bien facille:
Que tous ses faiz venoient à bien. .
LE SIRE D'ESCALLES.
Quant à moy je n'y entant riens:
Voicy très mauvaise besoigne
De trayson, je le soustiens. * 65oo
Et est es François grant vergoigne.
Mes, que qui tarde ou qui esloigne.
Je me vengeray de sa mort:
Que n'est si grant que, qui en groigne.
(Jue i'espargne, foible ne fort. - , 65i>5
F 1 Cn. r°. TALLEBOT.
Il fuiivient faire ses obsecres
LE MISTERE DU SIEGE DORLEANS. 253
Et l'enterrer hoiiiiesteiiient.
Liiy qui estoit bailly de Cliaj'tres, Vouldroye qu'il y fu[s]t \ra\emeiit.
, Penser nous en fault grandement 65 10
De son obit en grant honneur:
Que conduit nous a loyaulment.
Comme prince de grant valleur.
FACETOT.
H est raison certainement
De faire pour Iny grant prière: 65i5
En ung seurceur' honnestement
Soit conduit et en grant lumière.
Puis, au seurplus, nous fault retraii'e
En noz tantes, avoir conseil
De ceste guerre cy parfaire. 65ao
Qui nous donne tant de traveii.
Luis icy y a pause. — Et prandroat le corps de Lauceiut de Liste; et ce pendant airiveioni Vilhirs. Saintrailies et Poton vers te Roy.
LE SIRE DE VILLARS
Or sommes nous cy arrivez A Chinon, sans nul forfaiture, F° 160 *°. Ne sans que nul nous. ait grevez
Et sans avoir nul adventure. 65q5
Y nous fault aller sans demeure Devant le Roy, luy reciter Comme nostre cas le procure.
Et ne devons plus arrester.
SAINTRAILLES
Je le voy là en son palais:
■ Seurceui . cerciieil.
25i LK MISTEHE DL SIEGK D'OULEAi\S.
Y le taiilt aller saluer.
Et liiy compter tout par exprès
Comme nostre fait peut aller.
POTON
Sire de Villars, pour parler
Nous vous en baillerons la charge, '■^•">35
Pour nostre cas bien propposer
Et le fait de nostre messaige.
VILLARS
Très hault et excellent seigneur, Rov de France, souverain sire,
■ Vers vous icy en tout honneur 65io
Volons vous dénoncer et dire Que on nous a voulu eslire De venir en vostre présence p i6i I . Des nouvelles pour vous redire,
Adfin y mectre pourvoyance. ' 6.'')'i5
Vray est que sommes cy d'Orléans
Envoyez des princes qu'i sont.
Pareillement des habitans
Qui bieu leur devoir, sire, font.
Des Anglois y sont ung grant mont 6:yoo
Qui ont assigé vostre ville;
Sont es faubours et environs,
Et renfort leur vient à la fdle.
Monseigneur le Bastart y est .
Et plusieurs autres grans seigneurs, 6555
Lesquelz vous mandent, par exprès,
Que vous pensez de leurs labeurs:
Qu'il endurent de divers heurs,
Et plusieurs et divers assaulx;
Sy Imu- font An<;lois grans rigueurs • «560
Sans avoir d'eulx aucuns consaulx.
Sire, si vous prient hunibiement
Que secours vous leur envoyez.
Pour secourir aucunement
Orléans, qu'i veullent dévoyer, • ' 'isfif'
En peine et en doleurs noyer.
Sont qui ne savent plus que faire;
Dont, s'i vous plaist, les solager
De ce (jiii leur est neccessaire. •■
LE ROV.
Messeigneurs, bien venuz soyez; ' 6670
v° i(ii \\ De vostre venue j'ay grant joye.
Je désire fort à savoir Des nouvelles la droicte voye.
Et sachez que bien y pensoye
De mes bons arays secourir, fi575
Ne delesser ne les vouldroye, Qu'en dangier peussent encourrir.
Depuis huit jours j'ay cy mandé Les princes que vous voyez cy,
Et à tous leur ay demandé 658o
De leur bon voloir tout ainsi; Dont lesquelz, leur bonne mercy.
Se oflVent pour moy niorir et vivre, Et sont prest à partir dessy.
Vous les voyez cy à délivre : *585
Messire Guillaume Estuart, Avec le sire de Gaucourt; Sii'e de Verdung, que Dieu gart.
Et ces gendarmes à l'entour Sont tous prest, pour le faire court. < " «590
Qui sont de mille à douze cent.
Vous les ennienrez sans séjour, Lesquelz sont hardiz et vaillant.
Oultre plus, des vivres aussi
Avocques vous je vous en baille, 6595
(Jiip vous n'aurez de riens soucy, i)ue de maintenir la bataille.
Et de ce que pourray, sans faille, Je vous aideray, ne doubtez, V ifia r". De corps, de biens, comment qu'il aille, 6600
Du tout vous vouldré conforter.
Et du plaisir que vous me faictes, Mes bons amis, je vous mercye, En peine et en traveil vous estes
Pour rnoy, et je n'en doubte mie; 66o5
Mes jamès, je vous certifTie, Ne vous fauldray, ne près ne loing.
Ou soyez en quelque partie, Se vous avez de moy besoing. ' ' •
VILLARS
Chier seigneur, nous vous mercyons " . ©610
De l'onneur et du grant plaisir;
Pour vous vivre et morir voulons,
A vous loyaulment vous servir.
De noz corps et biens secourir.
Vous ayder de nostre puissance, 6616
Sans en riens vers vous deffaillir,
Bien et loyaulment, sans différence.
SAINTU AILLES.
Chier seigneur, nous avons esté Du premier et commancernenl.
Sans en partir, n'y ver n'esté, 66ao
Dedans Orléans certainement, Où les Anglois cruellement F° i(i-î v°. Y ont fait diverses saillies,
Et grans faiz d'armes vrayeraent.
Où plusieurs lurent mors et pris. (seas
Sy avons tous résisté i •
Contre leur mauvaise entreprise.
Et ung chascun s'est bien porté
En t'ait d'armes et vaillantise.
Si fault penser par quelque guise ' 663o
On les puisse venir à chef.
Et q'un chascun de nous advise
Qu'i ne nous en viengne meschef.
POTON
Noble roy, croyez de certain
Que ceulx d'Orléans ont beaucou|j peme, 6635
Et ont enduré maint hutin
Et mainte mauvaise sepmaine.
Si vous ayment d'amour certaine,
Que y sont tous délibérez
De soustenir vostre demaine , ■ •' eeio
Jusques à mort, sans varyer.
LE ROV
Certes, je le croy fermement: »
En eulx j'ay parfaicte fiance ; ^-^
Qu'i ne me fauldronl nullement, F° i63 r". Ne pour niorir, comme je pense. 66û5
C'est la ville de toute France En laquelle plus je me fie, Et où j'ay plus d'espérance
■258 LE AUSTERE DU SIEGE DORLEAiNS.
Pour recouvrer ma seigneurie.
Messeigneurs, quant il vous plaisa .,- ;- M00
Vous partirez trestous ensemble, ;'
Et chascun de nous en fera ,
A son povoir, comme il me semble. .. , ;
Faictes tant que les autres exemple t ' <
Preignent garde à voz puissans faiz, t^«5n
Et que vous ayez roriilambe,
(ju'il en soit parlé à jamès.
MESSIRE GILLES ESTUART, frère du connestable d'Escosse.
Sire, ne vous doubtez de nous; ,
Que nous y ferons tel devoir
Que parlé en sera tousjours - 6660
De nostre puissance et povoir.
Si ne désire que mouvoir
Pour voir les Anglois d'Engleteire,
Et pour encontre eulx me prouvoir ,.
En hutin et force de guerre. 666.";
LE SIRE DE GAL'COrRT.
Sire, je vouldroye jà estre : ;
Devant Orléans, pour assaillir F° 16.3 v°. Les Anglois; je les vueil congnoistre
Et les visiter à plaisir.
Ma voulenté et mon desii- 6670
Si est de les persécuter.
Et sur eulx fièrement ferir A mon vouloir, de tous coustez.