III
Il me semble que povez bien Parler à elle, très chier sire, Et sans faire double de rien.
' Pour Et quel mal ferez de l'oiujr?
Que ne vous peut sourdre ne nuyre.
Vous oyriez bien ung niolin bruyre yoSS
Ou ung bateleux par les cbamps;
Vous ne la devez escondire,
Quant pour une fille n'est riens.
Je vous diray que on fera
Pour l'esprouver, connue je pense : " 9960
Aucuns de vostre court lauldra
Et que ce soit vostre présence,
Savoir s'elle aura congnoissance
Que ce ne soit pas vous, clner sire;
Derrière oirrez sa loquence 9965
Et tout ce qu'elle vouldra dire.
PREMIER CONSEIL
Je conseille qu'ainsi soit fait.
Ung autre sera en lieu de vous
Et derrière serez en retrait,
Que vous orrez tout comme nous : 9970
Assavoir s'elle muera propoux
De ce que luy demanderons.
Cecy ne vous donne ne toult ' ;
S'i vous plaist, ainsi le ferons.
LE ROY
Quant à moy, j'en suis bien contant 9970
Que vous le faciez tout ainsi; Et prenez de mes vestemens, Puis la mandez pour venir cy.
F° 303 v. La charge vous baille dessy
' Ni enlève.
Et du tout pour Tinterroger; 9980
Je seray de vous près d'icy, Que je vueil bien l'ouyr parler.
Çà, messagier, diligemment
Vous yrez devers la Pucelle,
Et la saluerez doulcement, 9985
Que elle est gente, bonne et belle;
Et luy rapportez la nouvelle
Qu'elle viengne devers le Roy.
De présent veult parler à elle;
Il atand qu'elle viegne à soy. 9990
MESSAGIER
.fe luy vois faire le messaige
Le plus toust que faire pourray.
A la dame de hault parage
Le voloir du Roy luy diray;
Avecques moy l'ameneray 9995
Pardevers luy présentement.
II*
Or va, et icy l'atendray F° 254 r". Pour la recevoir humblement.
MESSAGIEB.
Dame, le vray Dieu vous salue!
Le Roy par devers vous ni'envoye, 10,000
Qui désire vostre venue,
Et luy est bien tart qu'i vous voye.
Si vous plaist, vous mectrez en voye,
Que en son palais vous atant.
LA PUCELLE
Mon ainy, que Dieu vous provoye! 10,005
Y aller très bien me consens.
Pose. — Puis vient devers le Roy et princes. Dont le 11° conseillier dit à l'entrée de In salle ce (]ui s'ensuit :
II' CONSEILLIER
Jpjiannc, bien soyez vous venue Et toute vostre compai<>nie.
Du Roy humblement serez receue
A grant joie et à chiere lye. ' 10,010
Voy le là en salle joHie, F°95/iv". Belle fille, oi^i il vous atant;
Saluez le, je vous emprie.
C'est le roy de France excellant.
Lors la Puceile le regarde, et tout à l'entour d'elle, puis dit
LA PUCELLE
A nom Dieu, qu'i ne vous desplaise, 10,01.5
Se n'est il pas, je le scay bien, Cestui f[ui est assis en chaise; Il ne luy ressemble de rien.
— / - Le vray Roy et bon crestien
Le congnoistray mes que le voye; 10,020
Et nonpourtant vostre maintien Mon esperit ne se desvoye.
LE ROY
Plus dissimuler n'en pourroye.
Fille, comment vous portez vous?
LA PUCELLE
Vous estes cil que je queroye, 10,025
Vray roy de France par sus tous.
V a55 1°. Lois la Puceile se agenouille devant luy et lui baise les piez, et dit
LA PUCELLE
Vous avez héu du couroux Et de l'annuy pour vostre royaulnie.
Que Angiois, sans cause et propoux, • Veullent avoir vostre heaulme; • jo,o3o
Chier sire, vueil à vous parler Comme il m'est en commandement, Que Dieu m'a volu révéler De ses secrectz aucunement.
Vostre royaume est en grant torraent io,o35
Pour le présent et en dangier; Si veult que ayez recouvrement Par mes faiz et vous solagier.
Et m'a commandé que vous die
Que par moy le siège d'Orléans tu.oio
Soit levé, sans quel que nul die, Des Angiois qui sont là devant.
Il y ont esté longuement En espérant de l'avoir,
Doncques Dieu n'en est pas contant: io,o45
Les en feray deremparoir^ Puis après, vous merray sacrer F°255.v". A Rains, comme vray roy de France,
A qui est le droit droicturier,
' Désemparer. — On trouve souvent dans ce fo'éme plaisu poui y;/M/îi( ou *■ pour r; cesl ici la permutation contraire.
Sans que autre y ait joïssance. - io,o5f.
Dieu vous a eu en souvenance
D'une prière d'un tel jour
Que luy fistes en reverance,
Dont ii vous a pris en amour.
Si faictes donc diligemment io,o50
Que je soye en présent armée,
Et me baillez gens mesmement
Que à Orléans soye menée,
Que par ma longue demeurée
Les François n'ont pas eu du mieul.x. io,o6m
Faictes que je soye abillée
De harnois et gens vertueux;
Que je vueil bouter les Anglois
Dehors du royaulme entièrement,
En le delessant es François io,o65
A qui il est totallement ;
Et se par mon commandement
Ne retournent en leur pays,
Pugniz par moy très grièvement,
Qu'ilz en seront tous esbays. 10,070
LE ROY
Fille, je suis très fort joyeux De voz paroUes, doulce amie.
F' a56 r°. Priant à Dieu, le roy des cieulx,
Qu'i vous dont joye et bonne vie.
Et que bien la chose acomplie 10.075
Puisse estre par vostre moyen; Tenu à vous, je vous affie, Je le seray sur toute rien.
Messeigneurs et mes bons amis, Faictes qu'elle soit convoyée 10,080
De par vous jusque eu son logis
Et très grandement honnorée,
De noz biens aussi festoyée
Tout au niieulx rjue faire pourra,
Que elle est de nous bien aymée, lo.oss
Et tout plaisir on luy fera.
m CONSEILLIER.
Chier sire, nous la convoyrons
En son logis honnestement.
Et grandement la festairons,
Tous ses gens honnorablement. 10,090
LE ROY
Aujourd'uy adviseray comment A pencer dont vous m'avez dit.
LA PUCELLE
Faictes le et diligemment; V" -jhû \ . Je le dy pour vostre proullit.
Adoiil 1m cnnvoyent jusques à son logeis; puis retourneront, et di)
LE ROY
Or avez vous, vous tous, ouye 1 0,095
Présent sa proposition :
Que chascun de vous si en die
Tout selon son intencion.
A vostre deliberacion
Vueil faire ce que [vous] direz, 10,100
Et la consultacion
Feray comme vous ordonnerez.
im LE MISTERE DU SIEGE D'ORLEANS.
PREMIER CONSEILLER
Sire, c'est une grant matière Que ceste fille cy propose.
Et une chose fort à faire '"■'""'
De ce qu'elle dit et qu'elle ose; Onques de si estrange chose Je u'ouy parler en ma vie.
Tant plus y pense et mains ose
En parler, je vous certillie. 'O'*""
Se je dy que la devez prandre, F" 2571-°. Et il adviengne le contraire,
Ce sera une grant esclandre Ou royaume et un grant vitupère:
Par quoy je n'y congnois manière >o.Mt>
Pour vous bonnement conseiller.
Et ainsi que le devez faire.
Je ne scay comment en parler.