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le sel de tartre, sinon parce qu'ils n'exercent pas sur les particules d'eau une telle attraction ?»
Ce n'est point ici le lieu de suivre les développements immenses que prit, en physique, la doctrine de l'attraction moléculaire ; en chimie même, cette notion ne nous intéresse qu'autant qu'elle intéresse la notion du mixte.
Assurément, la doctrine de l'attraction moléculaire différait essentiellement, dans son principe, des doctrines Epicuriennes et Cartésiennes ; au lieu d'expliquer tous les phénomènes de la nature par la figure et le mouvement, elle évoquait un troisième élément irréductible, la force, et les Epicuriens comme les Cartésiens repoussaient avec horreur l'intervention de cette qualité occulte.
Toutefois, comme les Epicuriens et les Cartésiens, les Newtoniens supposaient les corps formés de particules distinctes les unes des autres. A la vérité, les Newtoniens n'étaient pas obligés de formuler des hypothèses précises et détaillées touchant la figure de ces particules, car ils pouvaient attribuer à des lois différentes d'attraction ou de répulsion ce que leurs prédécesseurs expliquaient par la figure des particules ; par là, ils évitaient le caractère naïf et presque enfantin des raisons invoquées par Descartes, par Boyle ou par Lémery, et ils triomphaient volontiers de cet avantage.
Pourquoi les diverses parties des corps solides adhèrent-elles si fortement les unes aux autres .^ Les Epicuriens ont invoqué, pour expliquer la dureté de leurs corps solides, l'enchevêtrement des crochets et des ramifications que portent les atomes. « C'est à coup sûr,
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observe Newton, donner oomme réponse ce qui est en question. » Les Cartésien^ ont imaginé que les particules des corps sont collées les unes aux autres par le repos. (( Pour composer le corps le plus dur qui puisse être imaginé, disait Descartes (i), je pense qu'il suffît si toutes ses parties se touchent, sans qu'il reste d'espace entre deux, ni qu'aucune d'elles soit en action pour se mouvoir. Car quelle colle ou quel ciment y pourrait-on imaginer outre cela, pour les mieux faire tenir l'une à l'autre ? » Ce ciment fait de repos, réplique NcAvton, est une qualité occulte, ou plutôt un pur néant. «Pour moi, je préfère inférer de la cohésion des corps que leurs particules s'attirent mutuellement avec une certaine force qui, lorsque les particules sont en contact, devient extrêmement grande ;... et qui, au contraire, lorsque les particules sont assez éloignées pour que leur dislance devienne sensible, cesse entièrement d'agir. »
Descartes, nous l'avons vu, assimilait (2) les gaz à des fascines de menues branches posées les unes sur les autres ; Boyle avait insisté sur cette hypothèse : « Les particules de l'air, disait-il (3), peuvent être regardées comme de petits ressorts qui, gardant leur courbure, peuvent être transportés de place en place sans que leur grandeur totale éprouve de changement ; mais aussi comme de petits ressorts qui peuvent se déployer d'eux-
(i) Descartes, Le Monde ou le Traité de la Lumière, chap. m.
(3) Descartes, Les Météores, chap. i, art. III.
(3) R. Boyle, New experiments physico-mechanical, louching ihe spring oj 'Ihe air; and ils effects, made for Ihe most part in a new pneumalical engine^ cxperiment I.
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mêmes, dont les parties s'écartent, tandis que, considéré dans son ensemble, chaque petit ressort change à peine de place ; de même que les deux extrémités de Tare, au moment oîi le coup est tiré, s'écartent l'une de l'autre, pendant que le milieu de l'arc demeure fixe dans la main de l'archer. » Newton repousse la puérilité de ces hypothèses : (( On aura beau se représenter les molécules de l'air comme des lames élastiques et rameuses, comme des branches d'osier pliées sur elles-mêmes et enchevêtrées, on parviendra difficilement à expliquer l'expansibilité de l'air ; on ne le peut faire qu'en attribuant aux molécules une force répulsive qui les oblige à se fuir l'une l'autre. »
De même, au lieu d'expliquer, comme Lémery, la substitution d'un corps à un autre dans une réaction chimique par une certaine proportion de pointes et de pores. Newton attribue ce déplacement à la grandeur relative des attractions mises en jeu : « Lorsqu'on verse du sel de tartre déliquescent dans une solution d'un métal quelconque, le métal est chassé de la dissolution et se précipite au fond du vase sous forme d'un limon ; cette expérience ne montre-t-clle pas clairement que les particules acides de la liqueur sont attirées plus fortement par le sel de tartre que par le métal, et, par cette attraction plus puissante, sont transportées du métal au sel de tartre ? y>
L'étude de telles substitutions permet de ranger les métaux selon Tordre de grandeur de l'attraction qu'ils exercent sur .un acide tel que l'eau-forte : « Une solution de fer dans l'eau-forte dissout la cadmie qu'on y plonge et abandonne le fer ; une solution de cuivre dissout le fer et
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abandonne le cuivre ; une solution d'argent dissout le cuivre et abandonne l'argent ; si Ton verse une solution de vif-argent dans Teau-forte sur du fer, du cuivre, de Tétain ou du plomb, ce métal est dissous et le vif-argent se précipite ; ces expériences ne montrent-elles pas que les particules acides de Teau-forte sont plus fortement attirées par la cadmic que par le fer, plus fortement par le fer que par le cuivre, par le cuivre que par l'argent ; qu'elles éprouvent une plus forte attraction pour le fer, le cuivre, Tétain ou le plomb que pour le vif-argent ? »
Ce passage a inspiré tous les chimistes qui, de Geoffroy à Bergmann, ont construit des labiés d'affinités.
Newton repousse donc, le plus souvent, les hypothèses aventureuses sur la figure des molécules auxquelles étaient condamnés les Epicuriens et les Cartésiens ; il ne les évite pas toujours. Pour expliquer par les accès de facile réflexion et de facile transmission les couleurs des lames minces, il est contraint d'attribuer une forme particulière aux projectiles lumineux. Un des admirateurs de Newton, des plus fervents, sinon des plus compétents, Buffbn (i), soutint contre Clairaut cette hypothèse : Toutes les lois particulières d'attraction moléculaire ne sont que de simples modificafions de la loi de l'attraction universelle, en raison inverse du carré de la distance ; elles n'en paraissaient différentes que parce qu'à très petite distance, la figure des atomes qui s'attirent fait
(i) BuFFON, Mémoires de l'Académie des Sciences pour 17^5 (parus en 1749). — Clairaut, ibid. — Buffon, Histoire naturelle, générale et particulière, servant de suite à l'histoire de la Terre et d'introduction à l'histoire des minéraux. Supplément, t. I. Paris, 1774.
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autant et plus que la masse pour Texpression de cette loi. Cette opinion fut acceptée ou développée par Macquer (i), par Guy ton de Morveau (2), par Monge (3),
parBergmann (4).
Fondant en une vaste synthèse les doctrines de Newton et celles de Leibnitz, adversaire déclaré des Atomîstes et des Cartésiens, le P. Bosco vich (5) repousse les vues de Buffon; pour lui, les particules élémentaires entre les*quelles s'exercent les attractions ou les répulsions moléculaires sont sans étendue, partant sans figure. Mais sous l'influence des forces qui tendent à les rapprocher ou à les écarter, ces points matériels peuvent former des groupements, des sortes d'édifices. Newton admettait déjà l'existence de ces sortes de groupements, lorsqu'il écrivait dans son Optique : « Il peut se faire que les plus petites particules de matière soient reliées entre elles par des attractions extrêmement fortes et qu'elles constituent des particules plus grandes, exerçant les unes sur les autres des forces altraclives moindres ; puis qu'un grand nombre de ces particules plus grandes, s'accolant de même les
(i) lyiACQUER, Diclionnaire de chimie, deuxième édition. Paris, 1778, art. Affinité.
(2) GuYTON DE MpRVEAU, Digressions académiques. Dijon, 1772. — Encyclopédie méthodique (Chimie, Pharmacie et Métallurgie)^ t. I. Paris, 1786, art. Affinité ; t. II. Paris, 179a, art. Attraction.
(3) Monge, Encyclopédie méthodique. Dictionnaire de physique, t. I. Paris, 1793, art. Affinité et Attraction.
(4) Bergmank, Opuscula, dissertalio XXXIII, §1. — Traité des affinités électives. Paris, 1788, p. 2.
(5) R. J. BoscoviCH, De lege virium in natura existentium. Rome, 1755. — Theoria philosophiœ naturalis redacta ad unicam legem virium in natura existentium. Vienne, 1768.
unes aux autres, constituent des particules encore plus grandes, douées d'une force attractive encore plus faible; et ainsi de suite, jusqu'à ce que l'on arrive à ces particules, les plus grandes de toutes, dont dépendent les opérations chimiques et les couleurs des corps naturels; ces particules, par leur cohésion, constituent les corps dont les dimensions tombent sous les sens. » Suivant cette idée de Newton, Boscovich admet que les points matériels, éléments de tous les corps, peuvent se grouper en édifices moléculaires plus ou moins compliqués; que ces molécules complexes diffèrent les unes des autres par leur figure extérieure, la distribution des points matériels en cette figure, les actions qu'elles exercent les unes sur les autres. Les particularités de ces molécules expliquent les , propriétés diverses des solides, des liquides et des gaz, et ces explications offrent de grandes analogies avec celles qu'admettaient les Epicuriens et les Cartésiens.
Les trois grandes Ecoles Atomis tique, Cartésienne et Newtonienne se trouvent amenées ainsi à concevoir du mixte la même idée.