‹ Le mixte et la combinaison chimique: essai sur l'évolution d'une idéeChapitre 18 sur 30 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Non seulement chaque combinaison chimique a une composition parfaitement déterminée, mais encore les compositions des diverses combinaisons chimiques ne sont pas entièrement indépendantes les unes des autres ; tel est le résultat des travaux entrepris par Richter à la fin du xviii* siècle (i).

A une dissolution neutre de nitrate de baryte, mêlons une dissolution également neutre de sulfate de potasse ; il se précipite du sulfate neutre de baryte et la dissolution reste, elle aussi, parfaitement neutre ; elle contient du sulfate dépotasse, sans aucun excès d'acide ni d'alcali ; ce fait, ou plutôt cette loi de la permanence de la neutralité dans les doubles décompositions salines, dont on pourrait citer beaucoup d'exemples, analogues au précédent, était encore, en 1777, inconnu de Wenzel ; il est le fondement des recherches de Richter.

Analysons l'observation que nous venons de rapporter.

(i) Richter, Anfangsgriinde der Stôchyometrie oder Messkunst chemischer Elemente, 1792-1793. — Mitlheiluncjen iiber die neueren Gegenstânden der Chemie, 4° fasc, 1795.

Il s'est décomposé assez de nitrate de baryte pour que la baryte obtenue neutralise exactement l'acide sulfurique du sulfate de potasse ; en même temps, l'acide nitrique provenant de cette décomposition neutralise exactement la potasse du sulfate de potasse. Si donc nous prenons les masses d'acide sulfurique et d'acide nitrique qui neutralisent une même masse de baryte, ces masses d'acide sulfurique et d'acide nitrique neutraliseront aussi une même masse de potasse.

Plus généralement, considérons une série d'acides Al, Ag, A3... et une série de bases B^, Bj,, B3... Un sel neutre, formé par Taoide A^ et la base Bj, renferme une masse m^ d'acide et une masse n^ de base. Supposons que, pour neutraliser la masse m^ de l'acide A^, il faille respectivement des masses n^, n^-*-, des bases B^, B3... ; que, d'autre part, pour neutraliser la masse n^ de la base B^, il faille respectivement des masses m^, m^..., des acides Ag, Ao. . , ; si l'on forme un sel neutre au moyen de l'acide A , et de la base B^, on peut être certain que la masse de l'acide et la masse de la base y seront dans le rapport de

mp à n^.

Ainsi, parmi les nombreux sels que l'on peut former en combinant cbacun des acides A^, Ag, A3..., avec chacune des bases B^, Bg, B3..., il suffit d'analyser tous ceux que l'on peut former en combinant le seul acide A^ avec chacune des bases B^, B2, B3..., et aussi tous ceux que l'on peut former en combinant la seule base B^ avec chacun des acides A^, A^, A3..., pour que la composition de tous les autres soit connue d'avance.

BerthoUet, qui, par Fischer, a connu la découverte

FORMULE CUIMIQCE BRUTE ET MASSES' ÉQUIVALENTES ^l

de Richter et qui, avec Guy ton de Morveau, a été des premiers à en saisir la portée, l'apprécie en ces termes (i) : (( Les observations précédentes me paraissent conduire nécessairement à cette conséquence que je n*ai fait qu'indiquer dans mes recherches sur les lois de Taffinité, mais que Richter a étabUe positivement, savoir que les différents acides suivent des proportions correspondantes avec les différentes bases alcalines pour parvenir à un état neutre de combinaison : cette conclusion peut être d'une grande utiUté pour vérifier les expériences qui sont faites sur les proportions des éléments des sels et même pour déterminer celles sur lesquelles l'expérience n'a pas encore prononcé et pour étabhr la méthode la plus sûre et la plus facile pour remplir cet objet si important pour la chimie. »

Il est clair que la loi découverte par Richter pourrait

encore s'énoncer ainsi :

Considérons une série d'acides et de' bases

A chacun de ces corps nous pouvons faire correspondre un des nombre de la série

ift-tj iftoy t/t<i» • • 9 '^1 » '^2' '^Q» • •

Toutes les fois que l'un de ces acides — soit A^, — se combinera avec une de ces bases — soit B^ — la masse de l'acide entrant en combinaison sera a la masse de la base comme m^ est à /i^.

Mise sous cette forme, cette loi suggère immédiate-

(i) Berthollet, Essai de Statique chimique, 1. 1, p. i34, i8o3.

ment l'idée d'une loi analogue, applicable non plus aux sels neutres formés par l'union des acides et des bases, mais à toutes les combinaisons des corps simples entre eux ; cette loi, que Richter appliquait déjà aux combinaisons de l'oxygène avec les métaux, peut s'énoncer ainsi : Soient C„ C^, Cj, ... les divers corps simples de la chimie; à chacun de ces corps, nous pouvons faire correspondre un nombre approprié, de manière à obtenir la saite de nombres p^, p^, p^, ... Si les deux corps C„, C^ entrent en combinaison, soit seals, soit avec an ou plusieurs autres , les masses de ces deux corps qui se combinent sont elles dans le même rapport (jae les nombres p„, p^. luelque précieuse que soit cette loi, il est bien clair le n'est point complète et qu'elle appelle une modifi-

orsque les deux corps C„, €„ se combinent, les ^s de ces deux corps qui entrent en combinaison sont, es la loi précédente, dans un rapport déterminé, le, le rapport des deux nombres /)„„ p^.

ir, les deux corps C„,, C„ peuvent former plusieurs linaisons distinctes; en chacune d'elles, la composi- !St parfaitement déterminée, mais cette composition de l'une à l'autre ; Lavoisier l'avait observé pour les iosés oxygénés du soufre et de l'azote, Richter pour cydes du fer et du mercure, et, dans sa lutte contre lollet, Proust l'avait démontré pour divers corps. Ces sont inconciliables avec la loi de Richter, à moins 'on n'apporte à celle-ci une juste correction, ette correction, connue sous le nom de loi des proms multiples, est l'œuvre de John Dalton.

Nous ne détaillerons pas ici l'histoire, assez incertaine, de la découverte de Dalton (i) ; nous aurons, du reste, à revenir sur les idées qui Tout suggérée. Enonçons de suite cette découverte sous la forme que lui ont donnée les progrès de la chimie :

Soient Cp C2, Cg, ,,.les divers corps simples ; à chacun de ces corps, nous pouvoirs faire correspondre un nombre approprié^ dit nombre proportionnel, de manière à obtenir le tableau dénombres proportionnels : pj, p^, py... Si les corps Cp C^^, C^,... entrent en combinaison ensemble, les masses de ces corps qui se combinent sont entre elles comme 1 p^, fx p^, v Pn»-*- ^» fJ'» ^»-»' étant des nombres

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