‹ Le mixte et la combinaison chimique: essai sur l'évolution d'une idéeChapitre 3 sur 30 · LE MIXTE SELON LES ATOMISTES ET LES PÉBIPATÉTICIENS · texte numérisé non relu

LE MIXTE SELON LES ATOMISTES ET LES PÉBIPATÉTICIENS

rer ; et ces caractères, qui définissent le mixte, appartiennent non seulement au corps tout entier, mais encore à toute parcelle, si petite soit-elle, que Ton puisse découper par la pensée en ce corps homogène ; on les retrouve d'ailleurs, ces caractères, en tous les mixtes, -aussi bien en ceux que nous nommons aujourd'hui des mélanges qu'en ceux auxquels nous réservons le nom de combinaisons chimiques.

Tel est, semble-t-il, l'enseignement clair, certain et obvie que l'on peut tirer de l'expérience la plus commune.

Non point, s'écriera quelque chimiste qui, d'ailleurs, professe bruyamment l'empirisme et prétend n'enseigner que des faits I Une telle notion du mixte, bien loin d'offrir quelque certitude, n'est qu'une illusion du vulgaire, qu'une grossière piperie de nos sens obtus ; elle est indigne d'un esprit capable de quelque réflexion et contraire aux principes de la saine physique.

Vos yeux débiles ne peuvent apercevoir un objet long d'un vingtième de millimètre, et c'est au témoignage de ces yeux que vous vous fiez pour affirmer que l'eau est un fluide homogène et continu ? Prenez un de ces microscopes que les physiciens ont imaginés et perfectionnés : déjà, en cette liqueur que vous pensiez partout identique à elle-même, vous voyez nager une foule d'objets insoupçonnés de vos yeux ; et cependant le microscope n'a fait que rendre votre vue mille fois ou deux mille fois plus puissante ; que serait-ce donc s'il vous était donné, comme au Lyncée de la fable, de ne point connaître de limite à la pénétration de votre regard ? Cette eau, qui vous semble

Il DES ORIGINES A LA RÉVOLUTION CHIMIQUE

remplir d'une mahière continue la capacité du verre qui la contient, vous apparaîtrait comme un ensemble de petits corps solides, séparés les uns des autres, qui roulent les uns sur les autres sans changer de grandeur ni de figure lorsque Teau se déforme et s'écoule.

Chaque goutte d'eau se compose «ainsi d!une foule de molécules ; il en est de même de chaque petit cristal de sucre; lorsqu'on met le sucre en présence de l'eau, les molécules du sucre ne se détruisent ni ne s'altèrent ; mais, comme des prisonniers qui rompent leur commune chaîne; elles se dissolvent et, sans briser ni modifier les molécules de l'eau, elles se glissent entre elles. L'eau sucrée n'est donc point quelque chose d'homogène dont la partie la plus petite offre des propriétés identiques à celles du tout ; cette homogénéité apparente n'est qu'une illusion de nos sens, trop peu délicats pour apercevoir la structure intime des corps ; dans l'eau sucrée, l'eau et le sucre subsistent, juxtaposés, mais non confondus ; l'eau sucrée peut être appelée un mélange d'eau et de sucre au même titre que le contenu de ce sac est dit un mélange de blé et de paille ; en la formant, l'eau et le sucre n'ont pas plus cessé d'exister pour former un corps nouveau que le grain et la paille n'ont cessé d'exister lorsque le batteur les a jetés pêle-mêle dans le sac; la distillation qui sépare l'eau du sucre ne régénère pas plus les éléments aux dépens du corps mixte que le van ne crée à nouveau le blé et la paille ; elle trie simplement les molécules de natures différentes que la dissolution avait brouillées ensemble»

Ces deux manières de concevoir la relation d'un

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