‹ Le mixte et la combinaison chimique: essai sur l'évolution d'une idéeChapitre 4 sur 30 · LE MIXTE SELON LES ATOMISTES ET LES PÉRIPATÉTICIENS · texte numérisé non relu

LE MIXTE SELON LES ATOMISTES ET LES PÉRIPATÉTICIENS

mélange avec les corps mélangés sont bien anciennes. Les atomistes grecs regardaient l'homogénéité des mixtes comme une simple apparence ; la faiblesse de nos sens nous empêchait seule de reconnaître la juxtaposition des éléments mélangés. Dans les vers immortels par lesquels il nous a transmis la pensée de ces philosophes, Lucrèce n'a garde d'omettre l'exposé de leur doctrine touchant les mixtes (i). Après avoir décrit les molécules rameuses et enchevêtrées dont sont tissus les corps solides, les petits globes lisses et libres de tout lien qui roulent les uns sur les autres au sein des liquides, les particules aiguës qui constituent les gaz, il analyse la structure intime de Teaii de la mer ; parmi les corps lisses et ronds qui lui donnent la fluidité et qui, isolés, formeraient de l'eau douce, sont épars d'autres corps, arrondis aussi, ce qui leur permet de suivre les mouvements du liquide, mais rugueux et capables par leurs aspérités de blesser la langue, en lui faisant éprouver une saveur amère ; ces éléments rugueux adhèrent à la terre, tandis que les particules lisses de l'eau en franchissent aisément les pores ; aussi l'eau de la mer se change-t-elle en eau douce en filtrant en travers le sol :

Sed quod amara vides eadem, qufe fluvida constant : Sudor uti maris est; minime id mirabile habendum, Nam quod fluvidum est, e laîvibus atque rotundis Est: at lœvibus atque rotundis mista doloris Gorpora ; nec tamen haec retineri hamata necesse'st : Scilicet esse globosa^ tamen cum squalida constent ; Provolvi simul ut possint et lœdere sensus.

(i) Lucrèce, De rerum natara, lib. II, vers 890-476.

Et quo mista putes magis aspera laevibus esse Principiis, und'est Neptuni corpus acerbum ; Est ratio secernundi, seorsumque videndi.

Humor dulcit, ubi per terras crebrius idem Percolatur, ut in foveam fluat, ac mansuescat. Linquit enim supra tetri primordia viri Aspera, quo magis in terris haerescere possunt.

A cette doctrine, les péripatéticîens opposaient que le corps mixte est réellement distinct des corps qui ont servi à le former ; en engendrant le mixte, les éléments cessent d'exister ; le mixte ne les renferme plus qu'en puissance ; en se détruisant, il peut les régénérer. L'exposé que nous venons de donner des deux opinions contradictoires sur la nature du mixte n'est guère qu'une paraphrase de ce qu'en a dit Aristote (i).

(i) Aristote, Ilepi ^svéastoç xalç6opaç, liv. I, chap x.

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