DANS LES FORCES
L'Eglise tolérant la raison humaine, parce qu'elle est un reflet de la raison divine. Elle a ainsi laissé, dès l'époque du moyen-âge, les objections se développer contre ses enseignements, persuadée que la lumière éblouissante delà révélation suffirait, l'heure venue, pour les faire rentrer dans l'ombre 104
Les premières manifestations de la révolte, les Sic et non. Au réalisme, où l'individuation s'englue, succède le conceptualisme où elle peut librement s'opposer à l'Un. L'Eglise, emportée par le courant, renie Platon, par peur du panthéisme et accepte Aristote, d'abord exécré. Ce qu'il reste de réalisme dans le conceptualisme du Docteur Angélique. Scot contre saint Thomas. L'éternité successive contre l'éternité simultanée. L'individuation se dégage du lien substantialiste, se constitue indépendante en face de l'Un i 107
Guillaume d'Ockam traduit en langage nominaliste la conception cosmique de Duns Scot. Les timidités de ce précurseur de Hume : l'univers logifié comme la théologie le proclame. Néanmoins le point de départ de la science mis en l'homme et non plus en Dieu. Méthode empirique, prin-
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cipe de l'autothèisme, de la substitution de l'homme à Dieu, caractéristique
de notre époque. La pensée humaine mise face à face avec les relations. 112
La Renaissance temps d'arrêt. Les âmes mortes obstruent la pensée, placée par G. d'Ockam devant le Cosmos ; sans intermédiaire. Néanmoins le mouvement, essence de la vie, est soupçonné après l'immutabilité du moyen-âge. Mais la Ijanlfsè millénaire de l'Immuable pèse sur toutes les âmes, permet à l'Eglise de poursuivre jusqu'à nos jours ses audacieuses affirmations 116
Philosophies reviviscentes de l'antiquité. Germes morbides qu'elles apportent. L'Académie platonicienne de Florence. Lutte des platoniciens et des aristotéliciens. Ce que signifie la démolition d'Aristote, exercice courant jusqu'à Descartes 119
Ram us et le principe de la véracité des facultés humaines, Le courant rationaliste. — Liens de Montaigne et de Guillaume d'Ockam, le courant sensualiste, dérivé du nominalisme. Pourquoi l'Eglise a favorisé le scepticisme dit théologique, de Montaigne à Huet. et combattu le rationalisme inauguré par Ramus. La réforme et son courant de critique individualiste bien faible à l'origine. Ces trois courants, séparés durant tout le dix- septième siècle, s'amalgament au dix-huitième siècle, pour aboutir à la Révolution française, mais après bien des sursauts et des régressions 124
Le heurt du rationalisme et du sensualisme, Descartes et Gassendi. Attitude de l'Eglise favorable au sensualisme, qui permet de pénétrer le monde de divinisme 134
Le rationalisme avec Malebranche prend son point de départ dans les profondeurs mystiques. Spinoza va plus loin encore, part de la substance où s'anéantissent les individuations, laïcisant ainsi la conception de Descartes imprégnée de divinisme, quoique 1 Eglise l'ait condamnée. ... 115
Leibniz ramène le spinozisme à l'orthodoxie : les droits de l'homme et les
. droits de Dieu également maintenus dans son éclectisme. Double interversion. L'Eglise réprouve le gassendisme qui finit dans l'agnosticisme et approuve le cartésianisme que Leibniz lui a ramené par sa Thèodicèe. Les adversaires de l'Eglise abandonnent le cartésianisme, dont ils maintiennent toutefois le principe essentiel, L'orgueil de la raison humaine, et adoptent le sensualisme transformé en rationalité. La Raison, qui va être adorée au terme du dix-huitième siècle, est faite à la fois de l'étincelle divine, héritage de la théologie par le cartésianisme, et des apports incohérents de l'expérience. La rationalité du dix-huitième siècle, chose contradictoire dans son essence 149
Le chaos de Bayle où va puiser tout le dix-huitième siècle. Les trois courants s'amalgament. Nasardes à Dieu. Locke mieux encore que Bayle fond les trois choses, protestantisme, rationalisme, sensualisme, et inaugure la philosophie des lumières qui aboutira à l'exaltation des droits de l'homme. L'œuvre de Voltaire. La Révolution française. Deux moments: le culte de la Raison et le culte de l'Etre suprême 155
Eclat de rire de Hume. Tout se dénoue dans un nominalisme flottant. Kant éveillé de son sommeil dogmatique. Il veut de la fixité dans l'univers, et c'est la pensée de l'homme, créatrice du vrai, qui la mettra. Proclamation de l'autothèisme. Plus d'ontologie. Dieu, fondateur de l'ordre universel, soutien de nos catégories, relégué dans le mystère 162
En France, le rationalisme et ses gestes ambigus, résultat de la confusion du dix-huitième siècle, soit dans l'Intelligence de Taine, soit dans V Avenir de la Science, de Renan, Syllabus laïques , . . . 167
Les Allemands dans la Nef des fous. Fichte, Schelling, Hegel. L'Unique de Max Stirner. La vague de panthéisme, avec Schopenhauer, le recouvre. Nietzsche le fait étinceler de nouveau. Seconde proclamation de l'autothèisme. Le moi créateur des valeurs •......• 169
Le rationalisme actuel et son attitude de combat mal justifiée à l'égard du rationalisme théologique dont il est la laïcisation 174
Réaction pragmatique contre la conception par trop intellectualiste de la rationalité. Mêmes incertitudes dans l'ordre laïque que dans l'ordre reli-
gieuz. Le pragmatisme n'est que de l'intellectualisme déguisé, ou bien se confond avec l'autothéisme, livrant à la multiplicité des « moi » de valeur égale, la logiflcation du cosmos 176