‹ Le mobilisme moderne [microform]Chapitre 7 sur 15 · GUIDE · texte numérisé non relu

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l'un et i/immuable

duisent au dehors parles mômes actes. Vivez l'intelligibilité que vous nommez dorénavant la moralité : cela ne peut donner lieu à la censure avec note d'hérésie rationaliste. »

Mais quelques-uns plus clairvoyants, — il s'en est trouvé parmi les théologiens pour voir où aboutit la méthode d'immanence, à l'évanouissement progressif du dogme ni plus ni moins — s'élèveraient avec violence contre ce pragmatisme tentateur et crieraient casse-cou (1). Il faut à tout prix maintenir à l'ordre cosmique comme à l'ordre moral son caractère transcendant, pour ne pas dire révélé. Car, dès que la lumière qui règle nos pensées et guide nos actes est en nous, elle s'épand dans la pénombre et lentement se dilue, jusqu'au néant. Que valent ces concepts qui n'ont de valeur que pour la pratique, ces gestes qui s'ordonnent, suivant une intelligibilité de plus en plus insaisissable, à mesure qu'elle rayonne de plus en plus bas dans les profondeurs du Moi? Peu ou rien. C'est le dogme laïcisé qui a flué, et M. Marcel Hébert écrira bientôt, dans l'ordre rationaliste après l'ordre théolugique : la Dernière Idole, la Personnalité humaine...

Ce qui fait en effet la valeur de l'ordre théologique et de l'ordre rationaliste qui lui a succédé dans beaucoup de pensées, c'est leur immutabilité absolue et aussi la transcendance qui les élève au-dessus de nos facultés humaines, si misérables dans le catalogue de Kant —tant d'autres nous eussent été nécessaires ! Ils éclairent d'eu haut, et le principe de la moralité comme aussi de l'intelligibilité, rôao'Wi; tw 6£w, ne souffre aucune exception. Pas un doute ne nous effleure sur la légitimité de cet impératif, s'abaissant d'ailleurs avec l'apologétique, qui est de tous les siècles, à donner ses raisons à notre raison humiliée.

Mais transportez l'immuable en nous qui sommes le mou-

(1) La consultation s'est faite d'ailleurs, quoiqu'elle n'ait pas été provoquée de la même manière que pour le dogme. Un de ces clairvoyants est M. Léon Brunschwicg, op. cil., qui a très bien fait ressortir le parti que le scepticisme peut tirer du pragmatisme actuel de M. Le Roy.

LES FORGES DANS l'hOMME ET l'hoMME DANS LES FORCES 179

vaut par excellence.- Par une singulière ironie,M. Edouard Le fioy, voulant justifier son pragmatisme, s'autorise de la métaphysique du devenir que nous devons à M. Bergson ou 1 Un et le multiple s'entrelacent en notre vie profonde de SI étrange façon en dehors de tout concept et par suite de toute intelligibilité Grâce à cette transposition, l'ordre rationaliste, voire même théologique est en nous, au plus profond de notre conscience.il dirige de là tout le mécanisme de mon intellect et en conséquence de mon activité. Mais parce que j'affirme être Dieu, c'est-à-dire lira muable et l'absolu, le suis-je nécessairement? Le chrétien est plus modeste en général. Christ est en lui, mais non le

I ère. Le pragmatiste s'illumine de toute la splendeur du Dieu-Un, tel qu'il fulmina sur le Sinaï.., Nietzsche, ce mo-

?' . Ir.V'?^''''''' ''' ^'°' ^' ^'"^ pragmatiste conséquent. L intelligibilité est en lui, rayonne dans son activité prodigieuse. Mieux encore, il la crée et la renie à chaque instant comme Scot, cet affolé de la puissance divine, le lui accorde...

M. Edouard Le Roy se défend de tant de mysticisme. Il n est pas Dieu. L'ordre de ses pensées comme de ses gestes n est pas absolu. C'est au contraire tout ce quil y a de plus relatif, une adaptation perpétuelle du Donné amorphe de l'indéfini qui flotte de toutes parts autour de nous à 'des vuesd'utilité. Mais alors le mécanisme de nos actes'- qui sont aussi des pen.sées suivant le sens profond donné par M. Le Roy au mot esprit - n'est plus l'absolu dont on nous parlait. 11 n'y a plus un Dieu au ciel de limmanence il v en a autant que d'individualités éparses. Il n'y a plus un seul dogme, une seule logiticatlon qui ait le droit d'organiser nos pensées,et de s'affirmer au dehors par des gestes. Il y en a mille et une, autant que de liaisons possibles entre l'Un et le multiple. Jamais le scepticisme qu'on accusait de toute éternité d'être incapable d'agir, n'a eu la partie si belle

II en résulte que le pragmatisme est pris dans ce dilemme:

l'un et l'immuable

Ou bien la pensée qui luit ténébreusemenl dans l'iramanence est celle qui nous éblouissait au haut du ciel de la transcendance. Et alors vous n'avez rien changé au rationalisme que vous prétendez combattre, sinon d'en obscurcir les principes. L'intelligibilité qui vous régit est celle de tous et la première révélation en fut faite au Sinaï.

Ou bien cette pensée rayonnant de la vie protonde n est plus l'intelligibilité courante, par qui se sont oraonnés jusqu'ici tous nos actes et toutesnospensées.Elleest«/iei//«sio«, comme le pessimiste Schopenhauer el l'optimiste Nietzsche l'ont soutenu, permettant la vie qui repose nécessairement sur un mensonge ! Et alors toutes les logifications étant au même titre des illusions sont valables. Les principes de toutes les sciences sont artificiels et arbitraires, le mécanisme de toutes les actions est entaché de fausseté radicale. Il n'y a plus d'intelligibilité que celle qui est décrétée par moi. Je gravis mon propre Sinaï et du haut de la montagne symbolique érigée au sanctuaire de maconscience, comme au temps des fêtes de la Raison, je fais entendre moi-même la parole de Dieu qui est moi-même - ou les Forces mystérieuses au sommet desquelles je flotte, conscience difluse!...

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