‹ Le modernisme dans l'Eglise [microform]Chapitre 122 sur 451 · A. Houtin, p · texte numérisé non relu

A. Houtin, p

à tel point que l'auteur préparait déjà une suite, dont les matériaux ont été retrouvés dans ses cartons.

Entre temps, M. Hébert avait mis sur pied, toujours suivant le même procédé littéraire, un exposé plus complet de son symbolisme. Dans le cadre d'Assise, tout baigné de lumière poétique et d'idéalisme franciscain, un vieux capucin imaginaire, non content d'accueillir avec une indulgente sérénité les objections familières à-l' auteur contre la résurrection du Christ et la personnalité de Dieu, entrait lui-même dans ses' vues les plus hardies.

Le catholicisme de l'avenir ne sera ni le .catholicisme despotique..., ni le protestantisme individualiste, ni l'appel à la conscience subjective indépendamment de toute tradition..., mais l'aide sociale providentielle offerte à l'individu, le respectant, le complétant, ne l'annihilant jamais.

Au demeurant, à qui sait comprendre, la vieille Église peut encore offrir ce bienfaisant secours. « Ceux qui sont tentés de rompre avec l'Église commettent une déplorable confusion; ils ne distinguent pas entre l'idée de l'Église et les apparences qu'elle a revêtues ou revêt. » En effet, « ces réalisations extérieures n'ont... qu'une valeur toute phénoménale, relative, transitoire ^. »

Parmi ces « réalisations » caduques, précisait l'auteur, il faut compter le Dieu de la Bible, qui doit faire place au « sens du Divin », à « l'éternelle Loi d'après laquelle la beauté, la bonté, la justice se réalisent dans le monde. » Il va de soi que, « cette première formule modifiée, les autres se transformeraient d'elles-mêmes. » La prière serait « l'effort énergique, accompagné de paroles et de souhaits, pour cette réalisation du Bien; le miracle, sa réalisation même. » Suivant cette méthode, « l'Évangile serait... débarrassé de sa gangue de croyances populaires' et de prestiges magiques ; il deviendrait l'incontestable révélation du Divin par la vie et la mort du Christ, la proclamation incomparable de la Loi de justice et d'amour (p. 49-51). » Le bon capucin avait d'avance (p. 47-48) approuvé ce symbolisme :

Votre critique, [loin d'anéantir les dogmes, les purifie ; elle les recrée, les réinvente, les revêt de nouvelles formes moins

1. Soucenirs d'Assise, édition originale, Paris, 1899, p. 18-20.

matérielles, plus psychologiques, et toujours le même fonds divin de conscience trouve en eux son expression.

Ainsi l'auteur croit pouvoir se défendre contre le grief d'agnosticisme :

Je ne suis pas agnostique, puisque j'afïirme le Divin ; mais qu'est-ce que le Divin? La conception que j'en formule est imparfaite... Dès lors, je ne saurais non plus trouver l'absolu et le définitif dans le Christ lui-même ou dans l'Église qui le représente;.. La vérité est dans le Christ et dans l'Eglise..., mais elle n'y réside que dans l'orientation générale donnée à la pensée et à l'activité

Et le capucin d'appuyer (p. 57) :

Laissez à ce grand organisme humano-divin le temps d'éliminer certains éléments désormais sans valeur qu'il s'était assimilés.... Alors enfin s'effectuera la conciliation de la religion et de la science, parce que leur rôle réciproque sera nettement compris : à la religion d'entretenir dans les âmes le sens de l'idéal; de ce qui doit être ; à la science de nous faire connaître clairement les exigences de la réalité.

En attendant cette religion épurée de l'avenir, le capucin, conseillait une tactique provisoire :

Affirmons l'Idéal, mais... n'ôtons pas à l'Humanité les moyens,, si humbles, si imparfaits soient-ils, qui l'aident à en réaliser quelques traits. A ceux qui les acceptent machinalement... expliquons le vrai sens, la haute portée morale des dogmes, des cérémonies qui nous viennent du Christ. Croyez-moi, leur contenu idéal n'est pas près d'être épuisé.

Le rôle des institutions traditionnelles se borne à cette pédagogie.

Plus l'humanité progressera, plus on comprendra que l'Evangile, l'Église ne sont plus des machines distribuant toutes faites la vérité et la force morale, mais des secours providentiels destinés à secourir, exciter l'individu dans son effort continuel vers le mieux (p. 58).

Il est d'ailleurs certain que cet effort individuel est aujourd'hui particulièrement douloureux. Comme au temps de saint François, « Frère l'Olivier » fait entendre à l'auteur le langage de son tronc noueux, vieilli, tordu, crevassé par les ans, mais qui supporte encX)re des branches fécondes.

Pauvre frère humain,- fais de même ! Que le soleil divin que

tu appelles Science, Raison, fasse voler en éclats par son irrésistible énergie tes faibles idées et tes petits systèmes, si chers te soient-ils, si commodes, en apparence si indispensables; n'en prends point souci; quand même, donne à l'Humanité tes fleurs €t tes fruits (p. 11-12).

Tels étaient les principaux thèmes et tel l'esprit d'une petite brochure de 60 pages, imprimée sans nom d'auteur sous le titre de Souvenirs d'Assise, à laquelle des mains amies assuraient une discrète réclame depuis l'automne de 1899, dont G. Lechartier citait déjà toute une page pour établir la « contingence... de la lettre de la religion ^, » lorsque, après deux ans ^, la mystérieuse plaquette finit par tomber entre leg mains de l'autorité diocésaine, dont l'intervention allait forcer l'auteur à se découvrir.

Comme il convenait à ce cas très spécial, l'affaire fut liquidée sans bruit.

Invité à se rétracter où à se démettre, M. Hébert résigna son poste et, malgré la pression de ses amis, refusa toute rétractation. Pour obtenir que ses pouvoirs ecclésiastiques lui fussent continués, il essaya de quelques explications doctrinales auprès du cardinal Richard :

Je crois à la valeur objective de l'idée de Dieu, à la valeur objective de la résurrection du Christ... On ne m'a pas compris ou l'on n'a pas voulu me comprendre et on a confondu le fait avec l'explication du fait, l'existence avec les hypothèses sur la nature... Je me suis toujours efforcé de montrer à ces esprits Icultivésj le fond sous la forme, et j'ai cherché à leur fournir dos formules, des hypothèses qui fussent mieux en rapport avec leurs habitudes intellectuelles ^.

Mais, en même temps, il afTirmait sans ambages son «attachement aux idées contenues dans les Souvenirs d'Assise *. » « Je considère, devait-il écrire plus tard, et ne cesserai de

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