Choses passées, p
2. L. de Grandmaison, dans Études, 1908, t. cxvii, p. 303. Cf. M.-J. Lagrange, loc. cit., p. 415 : « Ils étaient contraints par la nécessité même de leur position fausse de procéder avec noiystère. Protestant hautement dé leur sincérité scientifique, se réservant à eux seuls le brevet de loyauté, puisqu'ils voulaient gagner des catholiques et, selon leur calcul insensé, l'EgUse entière, ils étaient, au contraire, condamnés à ne pas révéler tout d'abord leur but. Il y fallait amener les esprits sous couleur de progrès... et par des transitions insensibles. Il fallait encore laisser croire que l'équipe était aussi nombreuse et mieux instruite que l'école traditionnelle des opinions avec lesquelles il faudrait tôt ou tard pactiser. De là l'emploi des pseudonymes... »
3. « Parti pris de dissimulation », a dit nettement E. Portalié, au sujet des Quelques lettres de M. Loisy,. dans Études, 1908, t. cxvt, p. 345. En regard des faits, le mot ne paraît pas trop fort. Un peu plus haut (ibid., p. 344), l'auteur écrivait de l'attitude préconisée par tt Hilaire Bourdon ï' envers l'Église : « Cynisme qui révoltait, nous le savons, même ses amis. »
4. Lettre du 10 février 1907, dans G. Tyrrell's letters, p. 60.
Est-il besoin de dire que ces tendances doctrinales et les manœuvres obliques déployées à leur service, si claires pour nous aujourd'hui, étaient loin de l'être pour lea contemporains? Non seulement, grâce au système' des écrits pseudonymes et à la dispersion des autres, tous les éléments de la cause n'étaient pas encore connus, mais, pour ceux qu'il n'était pas possible d'ignorer, le temps n'avait pas fait son œuvre, ni leurs auteurs découvert le double jeu dont ils ont révélé depuis le secret. C'est tout le problème qui se trouvait ainsi faussé.
Aussi beaucoup de croyants sincères purent-ils de bonne foi prendre pour de loyaux scrupules des hésitations qui procédaient de réticences calculées, et lire la simplicité de leur jjropre orthodoxie sous des formules captieuses faites à dessein pour en donner l'illusion. Dans des programmes de réforme qui avaient tout pour séduire, on ne voulait voir qu'une réaction contre de trop visibles abus et l'on transjjosait dans le sens d'un légitime rajeunissement de la foi ce qui était dit pour en volatiliser le fond; on aimait se persuader qu'il ne s'agissait que de thèses thèologiques ou de simples opinions d'école, là où c'est la substance même du dogme qui était mise en cause. Le tragique de la situation, à ces heures confuses, consistait précisément en ce que, malgré bien des indices révélateurs et de^ avertissements réitérés dont on ne voulait pas tenir compte, un trop grand nombre de catholiques et de prêtres croyaient encore pou- A-oir chercher des lumières dans des œuvres pernicieuses, mais assez habilement conçues pour ne pas éveiller leur méfiance, et considérer toujours comme d'Église des maîtres longtemps aimés^qui n'en étaient déjà plus.