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L'agonie du catholicisme?..., Paris

3. Elle eut lieu sous la forme d'une enquête qui se déroula discrètement au cours de l'année 1906. Les résultats en furent aussitôt publiés sous ce titre : Les conditions du retour au catholicisme, Paris, 1907.

La plupart étaient des laïques : juristes tels que P. Bureau, M. Deslandres; philosophes dont les plus marquants étaient G. Fonsegrive et Éd. Le Roy, aux côtés de Cl.-C. Charaux, G. Dumesnil et Ch. Dunan; savants comme A. de Lapparent et le vicomte R. d'Adhémar; sociologues tels que le comte d'Haussonville ; médecins tels que le D"^ Lancry. Parmi les membres du clergé, les noms les plus significatifs étaient ceux de MM. Klein, Laberthonnière, Naudet, Piat, Sertillanges. La série se terminait par quelques pages anonymes d' « un prêtre romain ».

Comme il arrive toujours en ces sortes d'enquêtes, chacun répondit dans le. sens de ses propres préoccupations et avec la tournure spéciale de son tempérament. Tout le monde cependant était d'accord pour admettre l'existence d'une crise catholique et pour en situer lés manifestations les plus graves dans l'ordre intellectuel. Les remèdes étaient suggérés en conséquence. P. Bureau déplorait « le retard énorme... de la théologie et de l'apologétique (p. 128), » tandis que tel autre professeur de droit réclamait le « déblaiement du dogme (p. 115). » M. Deslandres dénonçait « l'insuffisance radicale de l'enseignement religieux (p. 161), » avec ses deux défauts connexes : « violence faite à l'esprit et abus d'une fausse lumière (p. 169). » Heureusement R. Saleilles saluait déjà, dans l'effort global des écoles nouvelles, « tout un symptôme de vie et de rajeunissement ^p. 385). » Inutile de dire le sens des opinions émises par les auteurs dont les œuvres publiques ont déjà trouvé place dans cette histoire. Au total, devant les mêmes faits, il y avait des médecins tant pis, qui, avec G. Fonsegrive (p. 207), croyaient à « une crise d'inadaptation », et des médecins tant mieux, tels que J. Serre, qui auguraient plutôt une « crise de laborieuse adaptation (p. 402). » Verdict. en apparence contradictoire, mais qui, dans la réalité, aboutissait à peu près au même résultat.

Essayant de dégager, pour lé compte de son public, une conclusion d'ensemble sur la portée de ce référendum, le D'' Rifaux semblait avoir pris à cœur de s'attacher aux dépositions les plus radicales.

« Cette doctrine catholique, dont les dogmes ne sont que l'expression systématisée, n'apparaît plus, dans son exposition tout au

moins, en harmonie avec les données de la philosophie contemporaine... Nos dogmes se trouvent... liés à des théories... qui ne' correspondent plus pour nous à aucune réalitéintelligible. » Car «la philosophie scolastique a fait son temps» et «le problème du rajeunissement des formules religieuses est désormais posé» (p. 44-46).

On devine dans quelle voie il faut en chercher la solution.

.« La religion n'est pas un système intellectuel auquel notre intelligence est tenue d'adhérer... : elle est une vie » (p. 59). Aussi «le jour où cette conception d'une religion vivante sera définitivement acceptée, la crise se dénouera d'elle-même » (p. 66).

Et pour préciser ce progra,mine par des applications concrètes, c'est dans les Loisy, les Fogazzaro, les Laberthonnière et autres semblables, que l'auteur mettait le principal de son espoir, non sans protester contre l'insigne maladresse des censures dont ils étaient l'objet. Il n'y manquait même pas l'allusion de circonstance au savant «incompris» qui reste dans l'Église, malgré toutes les condamnations (p. 77-78), avec la ferme assurance d'y faire tôt ou tard prévaloir la vérité.

Dès l'époque, cette publication fut jugée choquante. L'enquête semblait à tout le moins inopportune; beaucoup de réponses parurent tendancieuses ou risquées. D'autant que, vers le même temps, répondant à un semblable questionnaire dressé par le Mercure de France ^, l'auteur célébrait l'œuvre de ces catholiques sincères qui travaillent « à alléger l'arbre divin de toutes les végétations parasitaires qui entravent sa croissance. » Et il précisait en ces termes :

Anthropomorphisme grossier, scolastique archaïque et périmée, légendes parfois ridicules, dévotions puériles, textes mauthentiques, reliques fausses, mercantilisme éhonté de certains sanctuaires, idolâtrie des hommes, respect fétichiste des décorations et des pourpres, abus des titres et des distinctions, esprit non d'autorité mais d'autoritarisme, tels sont en raccourci les points sur lesquels les catholiques progressistes font porter leurs revendications ^.

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