A. Houtin, p
. 4. « Dans son Santo, M. Fogazzaro est le héraut de la nouvelle école. Toutes les préoccupations, les idées, les aspirations de l'élite catholique se retrouvent sous sa plume, avec une. ampleur et une harmonie qui font de ce livre une date dans l'histoire religieuse. » P. Sabatier, dans Hibbert Journal, 1907, t. v, p. 291. On a pu appeler IlSanio la «.Divine Comédie du modernisme » (M. de la Taille, dans Études, t. cxiii, 1907, p. 66-2) ou encore, avec moins de poésie et plus d'exagération, un ï subhmé de tout le modernisme catholique. » R. von KraUk, Die kalh. Literaturbevcegung der Gegenwart, Ratisbonne, 1909, p. 76.
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des réformateurs appelle de ses vœux (trad. franc., p. 52) un saint moderne.
Et le « saint » existait, en effet,, déjà en la personne d'un mondain converti, qui, après avoir traversé l'Ordre bénédictin sous le nom de Benedetto, vivait en paysan dans un obscur village, dont iL édifiait les habitants par sa piété et sa charité, tandis que la rumeur populaire lui prêtait déjà des miracles et que de toutes parts les foules accouraient vers lui. Bientôt on le retrouve à Rome, où, devant un cénacle de dévots, il prêche la réforme de l'Église par la vie intérieure et la sainteté (p.- 231-240). Cependant une ancienne vision le poussait à voir le pape. Introduit en sa présence, au milieu d'une nuit profonde, par un concours de circonstances qui dénotent la main divine, il lui dénonce, en un discours pathétique, les quatre esprits malins qui ont envahi l'Église : esprit de mensonge, qui aveugle les yeux à la lumière des sciences modernes et rend suspects à l'autorité les meilleurs défenseurs de la foi; esprit de domination, qui pousse le clergé à étendre partout son empire et à exiger l'obéissance de tous en toutes choses; esprit d'avarice, qui développe le culte des riches et de la richesse au détriment de la pauvreté apostolique ; esprit d'immobilité, qui ferme les âmes à tout progrès comme il ferma les Juifs au message du Christ (p. 269-276). Dés péripéties non moins dramatiques l'amènent devant le ministre de l'Intérieur, ce qui lui fournit également l'occasion de dire leur fait aux puissances du siècle esclaves de l'impiété (p. 296-305).
Préparée par une savante réclame, servie par un art admirable d'évocation et de mise en scène, la vogue de ce roman à thèse fut immense. L'attention, naturellement, se porta de préférence sur le discours réformiste adressé au pape. Mais on n'oubliera pas que, chemin faisant, l'auteur semait des remarques sur l'origine et la nature du sentiment religieux, sur le rôle du prêtre dans la vie des âmes, sur l'esprit chrétien et le déficit du culte, qui frappèrent sans doute davantage les esprits capables de réfléchir. De toute façon, la réforme ecclésiastique se trouvait mise à l'ordre du jour de la grande opinion.
Des amis enthousiastes et compromettants y signalèrent <■ un résumé de ce qu'il y a d'essentiel dans la pensée des
Blondel, des Laberthonnière, des Loisy, des Newman, des Tyrrell » ^. Juste ou non, ce jugement montre, en tout cas, dans quel sens le livre était exploité. Cela étant, on conçoit que les critiques ne firent pas défaut. Une des plus pénétrantes fut celle du prêtre Guido de Gentili, qui, par delà le réformisme de l'auteur, dénonçait le mysticisme naturaliste qui est l'âme de tout l'ouvrage ^.
On voit que les sujets de trouble ne manquaient pas en Italie et que, pour se répandre généralement en surface, l'agitation des esprits n'en était que plus bruyante. Sans abandonner les grands thèmes doctrinaux, le mouvement novateur s'y chargeait plus qu'en tout autre pays de ces doléances pratiques, auxquelles le grand public est moins incapable de s'intéresser.
Il faut ajouter que la contre-partie ne fit pas défaut. Les jésuites de la Civiltà cattolica ne cessaient de surveiller avec attention les divers poi"nts de l'horizon intellectuel, pour y dénoncer les erreurs ou tendances suspectes. Du moins leurs rappels a l'ordre présentaient-ils, en général, une suffisante modération de forme. A côté d'eux, à la Riscossa de Bréganze, à VUnità cattolica de Florence et ailleurs, des ])amphlétaires de journal mettaieUt au service de la tradition la même violence que ses adversaires déployaient contre elle. Un des spécimens les plusachevés de cette littérature polémique est l'ouvrage déjà cité de M. Gavallanti^, qui s'en prend tout à la fois à Fogazzaro et aux exégètes critiques, mais surtout à M. Murri, ainsi qu'à leurs initiateurs français dont il ne semble d'ailleurs guère connaître que les noms, le tout avec une furia auprès de laquelle nos Ch. Maignen et nos J. Fontaine apparaissent comme des modèles de douceur et d'équité*. Vers la même époque, le prélat
1. G. Vitali, dans Demain, 8 décembre 1905, p. 6. Voir de même E. Ménégoz, Le symbolo-fidéisme de Fogazzaro, dans Reçue chrétienne, janvier 1907, t. liv, p. 1-5.
2. Articles parus dans la Voce cattolica et publiés aussitôt eu brochure : « Il Santa » d'A. Fogazzaro, Trente, 1905. Voir également Civillà cattolica, 1905, t. iv, p. 595-607; 1906, t. i, p. 319-32.8.