Texte dans À. Michelitsch, p
2. Voir A. ten Hompel, Indexhetvegung und Kuliiirgesellschaft Munster-en-W., 1908.
Il y avait, dans l'Allemagne catholique, des néo-Kantiens déterminés. Le principal était un prêtre bavarois, le D'' Karl Gebert (1860-1910), dont on a pu dire que son idéal était : « Retour à Kant » ^. De cette inspiration allait procéder une conférence prononcée par lui devant la Krausgesellschaft, le 19 janvier 1905 ^.
Après quelques pointes appelées par le" milieu contre l'ultramontanisme politique, l'auteur y aborde le problème intellectuel. La doctrine de Kant lui paraît être « la clef » (p. 30) de la question religieuse à l'heure présente. En conséquence, il écarte l'intellectualisme et le principe d'autorité qui s'y rattache, même en matière de dogme, au profit de l'expérience religieuse vivante et autonome (p. 47-51). Dès lors, il ne saurait y avoir d'apologétique efficace que celle qui consiste à développer les besoins religieux immanents à l'âme humaine (p. 59-60). Au terme de nos démarches rationnelles, il serait d'ailleurs vain de prétendre atteindre l'absolu.
Il faut bien se rendre compte que le donné extérieur, donc aussi la révélation, ne nous est pas connu dans sa réalité onto- . logique, que nous ne percevons aucune réalité subsistante en jdehors de notre conscience, que d'un être en soi, indépendant de notre pensée, lious ne pouvons rien dire. Ce n'est pas rêtr.e en dehors de notre conscience, mais l'être dans la conscience qui ^est le postulat tacite de la pensée (p. 70).
De cet agnosticisme religieux le relativisme est nécessairement la suite.
La révélation, aussi bien que le reste du monde extérieur, ne (nous est pas donnée comme quelque chose de fini, que nous 'devrions, compréhensible ou non pour la pensée, nous approprier '.une fois pour toutes. Elle ne nous est pas accessible dans sa réalité absolue, mjais seulement dans ses rapports avec la conscience humaine.
Aussi cette même conscience en est-elle le critère en dernier Tessort. « Sur le terrain de la culture moderne, le catholique religieux tient... quelque chose pour vrai, non pas sur l'autorité extérieure de Dieu qui l'aurait dit, mais parce que la
'1. .T. Schnitzer, p. 39.
2. Elle fut aussitôt publiée sous ce titre : Katliolische Glaube und die lEntvi'ickeluns der Geiteslebens,' Munich, 1905.
•\^oix de Dieu est aussi sa propr,e voix, parce qu'intérieurement il ne fait qu'un avec lui » (p. 74-76). Établie delà sorte aur le sentiment et la vie pratique de la conscience morale, la ^foi religieuse n'a plus rien à craindre des résultats de la recherche scientifique . qui ne sauraient la toucher (p. 78)
Non sans raison on a pu dire qu'il n'y a pas, entre l'ensemble de cette conception religieuse et celle que devait réprouver l'encyclique Pascendi, « la largeur d'un cheveu » ^^ Or K. Gebert fut toujours une autorité dans les milieux de la. Krausgesellschaft, dont il avait été l'un des principaux, fondateurs, à tel point que sa conférence était envo\'ée a-. chaque nouveau membre comme une sorte de programmepermanent de, l'association ^. Mais, retenu par sa mauvaisesanté ou pour d'autres motifs, il devait se contenter de quelques manifestations passagères et rester, somme toute, à l'arrière-plan. Ses tendances étaient néanmoins suffisanament connues pour que la Reçue moderniste internationale^ ait pu le saluer, au moment de sa mort, comme un « vaillant champion du modernisme allemand ».
D'autres s'y acheminaient par les voies de l'exégèse. Un jeune docteur de Wurzbourg, ancien élève de Scliell, le prêtre Thaddée Engert, s'était adonné à l'étude de l'Ancien Testament et avait publié un ouvrage assez remarquable sur « le droit matrimonial et familial des Hébreux ^, » lorsque, dans un volume retentissant sur « les premiers temps de l'histoire biblique ^, » il donna son adhésion aux thèses de la critique la plus radicale sur les origines et le dévelop-
1. A. Gisler, op. cit., p. 647. « Cette conférence est, à n'en pas douter, du pur modernisme; elle représente le programme le plus explicitement moderniste qui ait paru en Allemagne. » Ibid.,' p. 649. Cf. p. 154 et 194. \
2. Neue Jahrhundert, 1911, t. in, p. 258. Son plan a été rêsumêen ces termes : « A l'intérieur de la communauté catholique, cultiver l'esprit chrétien, approfondir et intérioriser la foi; ainsi lutter contre î'ultramontanisme, sans pourtant se séparer de l'Eglise mère, » Ibid.yp 270.
3. T. I, 1910, p. 306. Aussi bien les « modernistes » postérieurs necessaient-ils de se réclamer de lui. Voir Neue Jahrhundert, 1910, t. n^^ p. 340-341; 1911, t. m, p. 258-260, 268-270.
- 4. Ehe und Familienrecht der Hebrâer, Munich, 1905. 5. Die Urzeit den Bibel, Munich, 1907.
pement de la religion d' IsrE^ël, proclamant, en conséquence, la nécessité de reviser le concept de l'inspiration et d'abandonner la notion de l'inerrance biblique. Cette publication valut à son auteur d'être excommunié par son Ordinaire (7 janvier 1908) ^. En suite de quoi. ce prêtre, "jusqu'alors profondément obscur, allait devenir un des chefs du modernisme actif en Allemagne. Mais, avant que parût l'encyclique Pascendi, personne sans doute ne lui eût deviné cette vocation.
A cette même époque se réfère la première activité scientifique du D"^ Joseph Schnitzer, professeur d'histoire des dogmes à l'université de Munich, qu'on a rattaché non «ans raison à l'école de M. Loisy ^ et qui s'est lui-même vanté dans la suite ^ d'avoir professé, pour son compte personnel, une bonne moitié des propositions condamnées par le décret ^Lamentabili. Sans contester ce témoignage, il faut néanmoins reconnaître que les manifestations de sa pensée n'avaient pas encore atteint le grand public. Comme à M. Th. Engert, il fallut à M. Schnitzer le choc des censures pontificales pour découvrir ses tendances antérieures à peine •soupçonnées jusque-là *.
En somme, sans être favorisée du calme plat, l'Allemagne était loin de ressentir la tempête qui bouleversait les élites intellectuelles dans les autres nations catholiques. Des troubles dus à des causes locales s'y manifestaient,^ qui expliquant certaines réactions que nous aurons à constater et aussi les assimilations rapides qui les ont fait entrer plus tard dans la chronique du modernisme. Mais, tout en les Televant à leur date, il faut bien se rendre compte qu'ils n'avaient, avec la vague de radicalisme critique et d'évolutionnisme "doctrinal qui de France et d'Angleterre déferlait sur l'Italie, aucun rapport essentiel.
1. Texte dans Suddeidsche Monastshefte, 1908, t. v, 2» p., p. 337-340.