QUATRIÈME PARTIE
Bien d'autres crises doctrinales avaient troublé la vie de l'Église au cours des siècles. Mais rarenxent peut-être la nécessité du magistère catholique se fit davantage sentir que dans celle-ci, où, sur les points essentiels de la foi, aux pires hardiesses des uns s'ajoutait, chez tant d'autres, une somme invraisemblable de complaisances ou d'illusions. A cette double forme de désordre, qui risquait de compromettre l'intégrité du dépôt traditionnel, il -n'y avait pas d'autre remède que les décisions de la suprême autorité. La vigilance du Saint-Siège ne fut point en défaut et, comme dans les cpntroverses historiques du passé, c'est de Rome que vinrent les actes libérateurs ■'^.
Avant d'en arriver aux documents solennels qui devaient clore le débat, quelques interventions préparatoires s'étaient produites au jour le jour, qui ne laissaient pas d'être significatives. Ce furent d'abord les sentences de l'Index, qui commencèrent à se multiplier depuis le pontificat de Pie X, Une première poussée se produisit à la fin de 1903, avec le décret du 4 décembre, qui frappait le Carême apologétique de Ch. Denis, et celui du 23 décembre, qui associait les cinq principaux ouvrages de M. Loisy à La question biblique.... au XIX^ siècle d'A. Houtin ^. A partir de 1906, les actes seprécipitent comme les événements. Un décret du 4 avril condamnait du même coup : P. Viollet, L'infaillibilité du
1. Les principaux sont réunis et commentés dans A. Vermeersch, De modernismo, Bruges, 1910.
2. Ajoutons pour mémoire que la même sentence comprenait également Mes difficultés avec mon évêque de ce dernier auteur. Son Américanisme subit le même sort en juin de l'année suivante.
pape et le Syllabus ; L. Labertiionnière, Essais de philosophie religieuse, Le réalisme chrétien et l'idéalisme grec; A. Fogazzaro, Il Santo. Le 11 décembre de la même année, étaient frappés E. Letranc, Les conflits de la science et de la Bible ; A. Houtin, La question biblique au XX^ siècle, déjà interdit par le cardinal vicaire, à la date du 14 mai, pour le diocèse de Rome. Un an plus tard (24 mai 1907), le même cardinal vicaire prenait contre Éd. Le Roy, Dogme et critique, une semblable mesure, qui précédait de peu sa mise à l'Index (26 juillet 1907), en compagnie des livres suivants : Ern. Dimnet, La pensée catholique dans V Angleterre contemporaine; Jean Le Morin, Vérités d'hier ?;'K. Houtin, La crise du clergé.
En même temps, la Commission biblique inaugurait la série de ses décisions : 13 février 1905, sur les citations implicites; 23 juin 1905, sur le caractère historique des Livres saints; 27 juin 1906, sur l'authenticité mosaïque du Pentateuque;29 mai 1907, sur l'origine johannique du quatrième Evangile. Sans viser nommément personne, ces solutions successives étaient toutes conçues en fonction des controverses contemporaines, et tendaient à protéger les positions, traditionnelles contre les systèmes excessifs ou prématurés des écoles critiques.
Personne ne pouvait se méprendre sur la portée de ces mesures. Même lorsqu'elles ne dépassaient pas l'ordre disciplinaire, il était impossible de n'y pas voir autant d'avertissements concrets sur les méthodes et les tendances auxquelles l'autorité pontificale entendait barrer le chemin.
La situation spéciale de l'Italie, jointe à l'impétuosité qu'y avait prise le mouvement novateur, devait provoquer des actes particuliers de répression. Ce sont les évêques du Nord qui prirent les devants. Dans les derniers jours de 1905, ceux des provinces de Turin et de Verceil ^ publiaient une pastorale collective, datée du 25 décembre, oii pour la première fois était prononcé, dans un document ecclésiastique, le nom de modernisme. Mais de ces alarmes le Saint-
1. La plupart des autres suivirent à peu d'intervalle. Ces mandements ont fait l'objet d'une brochure de propagande, où ils sont analysés avec de nombreuses citations : Un allarme del l'episcopato italiano contro il riformismo religioso, Gênes, 1906.