‹ Le modernisme dans l'Eglise [microform]Chapitre 253 sur 451 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

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■^ DÉCRET « LAMENTABILI »■ 343

il faudrait compter exactement 55 propositions hérétiques, soit la quasi-totalité, les dix autres, savoir 1, 5, 8, 19, 24, 39, 57, 58, 63, 65, devant être tenues « en partie pour proches . de l'hérésie, en partie pour erronées, en partie tout au moins |)Our fausses. » Cette évaluation du premier jour est certainement de beaucoup exagérée. Mais le théologien n'a pas ici d'autre guide que la critique interne pour déterminer, avec tout le soin voulu, le sens de chaque proposition condamnée ainsi que le degré probable -de sa condamnation. D'où la logique des contradictoires, que la complexité des formules ne laisse pas de rendre particulièrement délicate, permet ensuite de dégager la vérité positive que l'Église entend inculquer par là. Peu d'analyses demandent autant d'esprit de finesse.

En raison de ce double caractère, le décret Lamenlahili ne ressemble exactement à aucun des actes antérieurs du magistère ecclésiastique. Il est sans conteste bien au-dessous, comme solennité, des bulles qui frappèrent Baïus et les jansénistes, avec apposition, au moins collective, de nombreuses et graves censures. On pourrait plutôt le comparer au Syllabus de Pie IX par l'absence de toutes notes précises ; encore ce dernier est-il un acte pontifical et qui se réfère expressément à des actes pontificaux plus anciens, tandis qu'ici on n'entend que la Sacrée Congrégation. Dans les annales du Saint-Office, il faut lui chercher sa place entre les nombreux décrets portés au xvn^ siècle en matière de théologie . morale-"^ et celui qui, sous Léon XIII, réprouva les erreurs de Rosmini ^. A l'instar dès premiers, il est de fonne impersonnelle, au lieu que le dernier visp nommément un individu et un système; mais, comme celui-ci, il ne porte aucune de ces qualifications doctrinales qui figurent jn globo dans ceux-là.

Cette discrétion dans l'exercice de l'autorité enseignante, qui laisse au décret Lamentahlli une certaine infériorité par rapport à d'autres plus solennels ou plus explicites, ne doit pas empêcher de reconnaître qu'il ait joué un rôle analogue et, à bien des égards, plus important. Tout dans

■1. Voir Denzinger-Bannwart, n. 1101-1145, 1151-1215, 1291-1321. 2. Ihid., n. 1891-1930.

sa date et son caractère s'accorde à en faire le témoignage authentique des positions que l'Église entendait tenir et imposer à ses enfants, dans une des crises qui compte parmi les plus graves de son histoire.

Alors que la critique soulevàit'taiît de problèmes nouveaux et que les catholiques, trop souvent désemparés, se trouvaient en présence de solutions audacieuses ou imprudentes qui se réclamaient de son nom, il s'agissait de marquer les points qu'on ne peut abandonner en ces matières sans danger p our la foi. Telle est bien, sans aucun doute, la portée générale du décret, et des théologiens éclairés remarquèrent, dès l'époque, « l'extrême. modération et la prudence qui ont dirigé le choix des erreurs condamnées ^. »

Ce que le décret réprouve, en effet, c'est, en somme, un naturalisme qui supprimerait l'origine divine de la révélation, un pragmatisme qui n'en voudrait retenir que la signification morale au détriment de sa vérité intellectuelle, un individualisme qui ferait fi du magistère de l'Église, un évolutionnisme qui dispenserait d'admettre la provenance évangélique de nos dogmes ou la continuité de leur développement, et autoriserait la transformation indéfinie de leur contenu. Sur dés points aussi fondamentaux comment l'Église aurait-elle le droit de transiger sous peine d'abdication? Prises prout sonant, il n'est pas douteux que les erreurs frappées par le Saint-Office ne soient gravement contraires à la tradition chrétienne ^. En faut-il davantage y Our ÏTistifier leur condamnation? <;

On ne peut cependant pas contester que ces lieux communs ne prissent, à l'époque, une application très déterminée. Spontanément M. Loisy a déclaré que ses ouvrages ont « fourni le plus grand nombre des propositions censurées par le Saint-Office ^. » Plus précis, P. Sabatier croit pouvoir

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