‹ Le modernisme dans l'Eglise [microform]Chapitre 319 sur 451 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Dans cette opposition à l'autorité ecclésiastique, les moder nistes n'étaient pas seuls. Quand on sait l'acuité du problème religieux et tout ce qu'il soulève dans le monde moderne d'animosités ou d'intérêts, on ne s'étonnera pas que ces catholiques en révolte aient trouvé çà et là, non seulement des amis pour les encourager, mais des auxiliaires pour leur venir en aide et obtenir tout au moins à leurs récriminations l'audience du grand public.

Au premier rang des alliés du- modernisme il faut placer la presse libérale, voire même antireligieuse, qui ne pouvait m.anquer cette occasion de décocher à l'Eglise quelques flèches et, si c'était possible, d'y entretenir la discorde. Par sa forme extérieure, le décret Lamentabili ne rappelait-il pas le Syllabus de Pie IX? Et la condamnation du « naodernsime », quoi qu'il en soit de son contenu auquel peu de gens se donnaient la peine de regarder et que moins encore eussent été capables de saisir, n'avait-elle pas, prise en gros, un air de défi à la science et à la pensée modernes? Il n'en fallait pas davantage, la morte-saison des vacances aidant, pour stimuler la verve agressive de ces théologiens au petit pied qui foisonnent dans tous les bureaux.de rédaction^.

Même dans les pays qui aiment se dire fidèles à. l'Église subsiste un vieux levain de fronde ecclésiastique. On le vit alors fermenter un peu partout.

1. Quelques indications dans l'Ami du clergé, 14 novembre 1907, t. XXIX, p. 1034-1036.

En France, M. Maurice Pernot commençait dès ce moment, dans le Journal des Débats, cette série de chroniques roinaines qui allaient devenir un volume "^ et dont le modernisme, que compliquaient, au surplus, les polémiques nationales et religieuses soulevées par la loi de séparation, faisait naturellement les principaux frais. Sous une forme modérée, l'auteur s'y livrait à une critique serrée du pape et de son entourage, qui devait tourner en sympathie pour les opposants ou les victimes 2.

Les journaux de gauche jouaient franc jeu. C'est ainsi que le Siècle du 23 juillet encadrait le décret Lamentabili dans une histoire, saupoudrée de gros sel anticlérical, qui narrait la longue série des attentats perpétrés par Pie X contre la science et la liberté. Voyant les choses de plus haut, le Temps du 20 juillet s'était affligé de voir le pape « enchaîner et murer » les catholiques « dans une tradition vieillie qui a prouvé son insuffisance. « Méthode à son sens bien maladroite : croyant constater que « l'instinct religieux dépérit comme un arbre sur un sol appauvri, » le journaliste bon apôtre insinuait une attitude autrement habile. « L'avenir dira, suggérait-il, si la religion ne valait point d'être préservée par quelques concessions (voire toutes) de l'infaillibilité, au lieu d'assurer à tout prix le règne de l'infaillibilité même sur des ruines. « Et comme il fallait assaisonner le morceau pour le rendre plus appétissant, le 26 juillet, (t un professeur de grand séminaire » — ^, dont sans doute on eût vainement cherché le nom ou l'adresse — y évoquait l'affaire symbolique de Galilée. Rien ne lui paraissait plus propre à rassurer les âmes inquiètes.

Tout fait présager qu'un pareil décret, si dommageable soit-il momentanément, n'arrêtera pas l'irrésistible progrès des esprits au sein de l'Eglise, et que le jour n'est pas si loin où la poignée d'esprits étroits qui de Rome exercent leur tyrannie dictatoriale sur les consciences devront se retirer. De ce procès, ce ne sont pas les condamnés, mais les juges qui sortent déconsidérés.

Page 1