Nie. Fontaine, op. cit., pi
4. Une revue italienne, Fede e Ràzione, de Fiesole, a publié naguère le texte des lettres que le Sodalitium reçut tous les ans de Pie X à partir de juillet 1911. Elles sont reproduites dans le Mouvement, novembre 1928, p. 133-134, d'après la Revue intern. des sociétés secrètes (août 1928).
5. On a pu l'assimiler à k une sorte de Comité du , Salut public.
Chacune à sa façon et dans son milieu, ces diverses officines travaillaient à cette épuration de l'Église dont les spéculatifs, qui d'ailleurs ne dédaignaient pas d'y prêter main forte, avaient tracé le plan. L'opération fut conduite avec une incontestable vigueur; mais la question est de savoir, quoiqu'il en soit des intentions, si l'esprit de l'Église y tint la même place que le sectarisme et le parti pris.
Tout le monde aujourd'hui s'acc'orde à reconnaître les méfaits de ces déplorables polémiques. Nul ne les a résumés avec plus de justesse tout à la fois et de modération que M. Mourret.
Malheureusement certains polémistes, défenseurs outranciers de l'orthodoxie, dont la critique n'égalait pas le zèle, donnaient parfois à ces révoltés l'occasion d'un triomphe facile. Soit par des insinuations vulgaires touchant les intentions de ceux qui, en matière de libie controverse, ne partageaient pas leurs vues, soit par d'incompétentes appréciations portées sur des écrits dont le dessein ou la méthode leur échappait, ils en étaient venus à voir et à dénoncer le riiodernisme à peu près partout. Dépassant les intentions du souverain pontife, ils avaient semé, dans une grande partie du public catholique, un esprit général de suspicioii dont beaucoup d'écrivains," de prêtres, de catholiques sincères eurent grandement à souffrir ^.
En même temps et plus encore que les individus, on y visait à dénaonétiser les groupes. Chez les hommes d'action, le Sillon une fois disparu, l'Association catholique de la jeunesse française, les Semaines sociales étaient le point de mire d'attaques persistantes. Parmi les intellectuels, on s'en prenait aux Instituts catholiques, à l'un ou l'autre des organes religieux les mieux accrédités. A ce double point de vue, étant donné que les deux principaux docteurs de l'intégrisme français étaient des jésuites sécularisés, la
P. Sabatier, L'orientation religieuse de la Ff-ance actuelle, p. lO^. Déchue depuis 1914, la ligue fut officiellement supprimée par Benoît X\ en 1921. ■
1 Loc. cit., p. 603-604.
Compagnie de Jésus recevait dans leurs censures la part du lion. Em. Barbier surtout semblait s'être donné le mandat spécial de surveiller les moindre affleurements de « libéralisnae », dans les œuvres sociales ou les publications théologiques de ses anciens confrères ^.
La hiérarchie elle-même ne fut pas toujours épargnée. A la date du 11 avril 1908, le correspondant romain du Journal des Débats signalait « une petite revue religieuse. », publiée en Toscane, la Penna azzurra [Plume d'azur), « qui, sous ce nom poétique, faisait une guerre acharnée au modernisme » et « la poussait au point d'attaquer, ouvertement et sans ménagements, des évêques et de nombreux personnages ecclésiastiques ou laïques, qu'elle déclarait entachés » de cette erreur. Inutile de dire qu'en Italie et ailleurs d'autres avaient l'art d'atteindre la même fin, par des moyejis d'autant plus sûrs qu'ils étaient moins grossiers.
Avec les personnes, la doctrine finissait par être en jeu. Sous prétexte de ne pas biaiser avec les exigences de la foi, on arrivait à supprimer toute liberté d'opinion et jusqu'aux plus légitimes divergences entre écoles catholiques. Dans l'ordre disciplinaire, l'intégrisme signifiait l'absorption pratique de tous les pouvoirs dans la papauté. Pour mieux asseoir le règne exclusif des « directions romaines », les plus purs n'avaient-ils pas découvert une nouvelle hérésie, par eux baptisée sous le nom d' « épiscopalisme »?
Si quelques théologiens attentifs prenaient seuls garde aux exagérations- doctrinales dont l'intégrisme était le prétexte, il est aisé de comj: rendre, en revanche, tout ce que ce& dénonciations à jet continu provoquaient, dans l'opinion moyenne, de trouble et d'énervement. Laissons à des témoins, qui furent aussi parfois des victimes, le soin de caractériser cette période pénible.
De tout ce qui a été tenté dans notre pays dépuis vingt ans pour défendre là religion contre ses ennemis sur le terrain religieux, social, politique, de tous ceux qui ont tâché, sous deux
1. La situation n'était pas meilleure outre-monts. Auprès de quelques intégristes italiens, la Civilià caitolic'a elle-même ne parut-elle . pas suspecte de modernisme? Voir ChroniU der christ. Wèll, 1908, t. xyin, p. 524.
pontificats différents, de suivre avec une adhésion filiale les directions romaines, rien ni personne n'est épargné... Quelle pitié de voir ravaler ainsi à des questions de personnes les questions doctrinales dé la plus haute gravité!... Chaque semaine, le lecteur attend" avec impatience son numéro, en se disant : A qui le tour?... Aujourd'hui, c'est une revue dont on épluche la -couverture. Demain, c'est une Congrégation, puis c'est une notabilité catholique; il y a des parlementaires, des théologiens, dés prédicateurs, des professeurs de faculté, des Semaines,religieuses, -derrière lesquelles se profile la silhouette de hauts dignitaires ■ecclésiastiques.;. Tel moderniste authentique a, un beau matin, ia surprise de se trouver côte à côte avec un de ses plus redoutables adversaires, qui, pour s'être souvenu de la courtoisie fran- •çaise dans ses polémiques, est rangé désormais, à tout le moins, iparmi les modernisants.
On devine la confusion qui en résulte dans l'esprit du public. •Comment s'y reconnaîtrait-il quand, chaque semaine, on lui nnontre parmi les loups ceux qu'il avait pris l'habitude de voir parmi les bergers?... Nous le disons avec douleur, c'est la campagne même contre les erreurs modernes, la campagne recommandée par le papej qui est déconsidérée. On la réduit souvent à n'être plus, devant le public, qu'une campagne de parti ^.
La situation en vint, de bonne heure, à un point tel que les journaux qui n'avaient pas perdu tout sens de la justice et de la mesure durent protester ^. Quelques évêques élevèrent hautement la voix, notamment le cardinal Ferrari, qui écrivait, dans son mandement pour le carême de 1908 :
Il est triste que quelques-uns, même publiquement,... en arrivent à des excès tendant à faire voir le « modernisme r. presque partout, à jeter tout au moins le soupçon de « modernisme » sur des gens qui en sont, bien éloignés ^.
Dans la suite, cette attitude valut à l'archevêque de Milan d'être attaqué par les zelanti, dont le prélat Scotton, qui .le dénonçait, dans .la Riscossa, comme fauteur de modernisme
1. Déclaration collective des Éludes, 5 janvier 1914, t. cxxxvm,
2. Voir la Croix de 21 novembre 1907, citée dans Revue du clergé fr., 1907, t. ui, p. 587-588.
3. Reproduit dans Revue du clergé fr., 1908, t. uv, p. 126. Voir encore ibid., p. 382, les paroles analogues de Mgr Cazzani, évêque de Césène. On trouve également la page du cardinal Ferrari dans Th. Delmont. p. 4-5.
dans son diocèse. Attaque assez grave pour que le cardinal écrivît un mandement afin de se défendre (janvier 1911), et que l'épiscopat de la province crût devoir couvrii- son métropolitain par une adresse publiée dans le Corriere délia sera (2 mars).
- Il y eut même des censures directes. La Penna azzurra se vit condamner par le cardinal Mafîi, archevêque de Pise. Chez nous, Mgr Chapon, évêque de Nice, interdit dans son diocèse la Critique du libéralisme (22 décembre 1911), Mesure qui aurait recueilli l'approbation d'une trentaine d'évêques et qui n'en fut pas moins rapportée, le 27 février 1912, sur une instance canonique d'Em. Barbier en cour de Rome; L'intégrisme semblait rendre intangibles ses promoteurs. ' .
Cependant les polémiques ne faisaient que s'envenimer avec le temps. Les tenants de^ l'action sociale chrétienne devaient se disculper de tendances hétérodoxes ^. Quelques temps après, les jésuites, que la Critique du libéralisme poursuivait avec une particulière âpreté, faisaient entendre à leur tour, au nom tout à la fois des apôtres et des théologiens, la solennelle protestation dont on vient de lire quelques morceaux ^. L'autorité morale de la Compagnie donnait à cette pièce une particulière importance. On le vit bien aux efforts que déployèrent les auteurs visés pour parer le coup,
La contre-attaque ne se fit pas attendre. Polémisteretors, Eiïi. Barbier essayait de retourner contre ses accusateurs le titre même de leur réquisitoire^. B. Gaudeau prenait l'offensive contre la Compagnie ^, pour reprocher à ses théologiens les plus cotés leur carence ou leur mollesse, dans la: lutte contre le modernisme." Le jprocès des Études y était instruit en bonne et due forme, avec de violentes personna-
1. Voir Ch. Antoine, Modernisme et catholicisme social, dans l'Uni-vers du 9 janvier 1909, reproduit par la Reçue du clergé français, le 1er février suivant, t. Lvn, p. 364-367 ; F. Dubois, Autour du modernisme social, ibid., 15 juin 1912, t. lxx, p. 702-710.
2. Critiques négatives et tâches nécessaires, dans Études, loc. cit., p. 5- 25. " .
3. Critiques nécessaires et tâches négatives, dans Critique du libéralisme, 1" février et 1*^ mars 1914.