‹ Le modernisme dans l'Eglise [microform]Chapitre 64 sur 451 · III · texte numérisé non relu

III

Il faut attendre la génération suivante et le pontificat de Léon XIII pour constater un changement de front, dans l'ensemble des milieux cultivés.

Vers la fin du xix^ siècle, d'unepart, en dehors de l'Église, la critique ne cessait pas de s'attaquer aux fondements de la foi et d'en proclamer la ruine. Pour y répondre, le besoin allait se faire sentir d'un apostolat intellectuel plus intense qu'autrefois, en vue duquel le haut enseignement aurait à fournir dès instruments et des ouvriers. Ce qui aurait pour conséquence d'initier un nombre croissant d'esprits aux divers aspects de la science ecclésiastique et, même pour la masse des incompétents, de mettre cet ordre de problèmes , au premier plan de la curiosité.

Les circonstances d'ailleurs pouvaient sembler propices à l'avènement et au succès d'une science catholique. Disqualifiées par leurs propres exagérations, les vieilles écoles de Strauss et de Baur faisaient place à de nouveaux maîtres qui mettaient une certaine coquetterie à réagir dans le sens de la tradition, et dont l'activité se mouvait, en tout cas, sur un terrain positif où il était possible de les rejoindre et peut-être permis de les distancer. La philosophie, de son côté, se déprenait du scientisme positiviste et l'on croyait constater une « renaissance de l'idéalisme », un respect du sentiment sous toutes ses formes, un souci général de

T. La preuve en est que la propagande en faveur d'une vague réforme dans l'Église, à laquelle il dépensa le quart de siècle qui suivit son évasion, ne fut jamais qu'un exercice oratoire et que lui-même fvoir A. Houtin, Le Père Hyacinthe réformateur catholique, p. 267) dut s'en avouer l'échec.

vie morale et d'action, à travers lesquels la pensée religieuse semblait pouvoir se frayer plus aisément des voies d'accès vers , les intelligences.

Or, sans rien abandonner des principes catholiques, le nouveau pape se' montrait visiblement désireux d'adapter l'action de l'Église aux besoins du monde moderne et prenait à cœur de prouver- qu'elle en était capable ^. Ses actes les plus marquants portent la trace de cette disposition. Tandis que l'encyclique Mterni Patris (1879) restaurait le culte de la philosophie médiévale, l'ouverture des archives Vaticanes et la lettre au. cardinal Pitra qui commentait l'événement (1883) donnaient une large impulsion aux études historiques. Au terme d'une importante série de lettres sur les principes de l'ordre politique, l'encyclique Rerum novarum (1891) amorçait la question sociale et la lettre au clergé de France qui la suivit de- près (1892), en prescrivant le ralliement à la République, paraissait consacrer définitivement l'ère de la démocratie. Même en matière biblique, le rappel aux principes traditionnels à l' encontre de l'école dite « large » s'exprimait en formules suffisamment sereines et nuancées pour que l'encyclique Providentissimus (1893) ait pu passer, en définitive, pour un encouragement ^.

Aussi un courant général d'allégresse traversait-il l'Église. Dans l'ordre spéculatif, les savants cathoHques tenaient avec un succès toujours plus considérable leurs assises sous forme de Congrès scientifiques internationaux : à Paris en 1888 et 1891, à Bruxelles en 1894, à Fribourg (Suisse) en 1897, à Munich en 1900. En même temps, les mystifications de Léo Taxil, auxquelles tant de prêtres et de fidèles s'étaient laissés prendre, devenaient, par réaction, une recommandation de la critique. Dans l'ordre pratique, de jeunes et vaillantes équipes s'appliquaient un peu partout à répandre pai? la parole et à traduire en œuvres les principes du oatholicisme social. Non qu'il n'y eût des résistances et des contradictions ; mais les voix discordantes étaient

1. Le trait dominant de son caractère fut, à n'en pas douter, l'optimisme, et tout particulièrement à l'égard- de la science. Voir G. Goyau, art. Léon XIII, dans Dict. de théol. cath., t. ix, col. 353.

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