P. Sabatier, Les modernistes, p
la passion de son directeur, communiquait aux vues générales dont il aimiait se griser la fulgurance d'un message prophétique. Pour échapper à la tutelle de la hiérarchie, il insistait sur Vautoeducazione^. Kn même temps, le besoin de corser son rôle llamenait à témoigner une hospitalité accueillante et protectrice aux conclusions les plus hardies de la critique religieuse ^. Sous le couvert de l'action démocratique, le modernisme ' doctrinal, Suivant les circonstances, s'insinuait en -petits filets ou débordait en larges vagues; mais, plus encore que pour les Studi religiosi, il ne peut être question que d'un courant d'emprunt^.
Au total, dans la genèse de la crise moderniste, l'Italie n'a guère été que le confluent où sont réunies les diverses sources qui jaillissaient dans les autres pays cathoHques, dont quelques rhéteurs, aux gestes amples et au verbe sonore, ont cru pouvoir, faire dès le premier jour un torrent irrésistible qui devait tout emporter sur son chemin. Ces exagérations mêmes doivent être recueillies par le philosophe pour une appréciation plus exacte des tendances qui les ont produites. Et comment l'historien pourrait-il ne pas se rendre compte qu'en éclatant pour ainsi dire sous les yeux de la suprême autorité ecclésiastique, elles ont particulièrement contribué à tenir en éveil sa défiance, et à fixer son attention sur le mouvement plus discret qui se développait ailleurs?
Cet aperçu de la situation intellectuelle dans les diverses parties de l'Êghse, à l'aurore du xx^ siècle, permet de comprendre que le modernisnae, inexistant jusque-là, ait pu tout à coup s'y produire et de mesurer la part très inégale qui revient à chacune ,dahs son ayènement.