‹ Le modernisme dans l'Eglise [microform]Chapitre 88 sur 451 · Voir J. Rivière, Monseigneur Baliflol, Vaiis · texte numérisé non relu

Voir J. Rivière, Monseigneur Baliflol, Vaiis

un des guides spirituels du jeune clergé depuis ses Lettres d'un curé de campagne {1891), bientôt suivies des Lettres d'un curé de canton (1895).

Un besoin général de progrès travaillait également une grande partie des séminaires, où les jeunes maîtres introduisaient le souci d'un enseignement plus scientifique et plus actuel. Successivement Mgr Le Camus, évêque de La Rochelle (1901), et Mgr Latty, évêque de Châlons (1902), annonçaient par lettres publiques la réorganisation des études ecclésiastiques dans leurs diocèses. A l'usage officieux de tousy Mgr Boudinhon traduisait en français (1901) un volume aux larges horizons du sulpicien J. Hogan : Les études du clergé, publié en anglais trois ans auparavant. Dès 1900, Mgr Mignot (1842-1918), archevêque d'Albi, adressait à se& prêtres une série très remarquée de Lettres sur les études ecclésiastiques, aussitôt reproduites dans la Revue du clergé français. Elles furent suivies d'un important discours sur la La méthode de la théologie, prononcé à l'Institut catholique de Toulouse le 13 novembre 1901, qui devait avoir les honneurs d'une double traduction en allemand et en anglais ^^ Il n'est pas jusqu'à ceux qu'on appelait alors les « abbésdémocrates » qui ne contribuassent à leur façon à l'éveil des esprits. Éloquents, généreux, combatifs, M. Paul Naudet,^ avec son hebdomadaire la Justice sociale qui paraissait depuis 1893, Pierre Dabry (f 1916), avec la Vie catholique (1898-1900, 1906) 2, Jules Lemire (1853-1928), avec le double prestige deson mandat politique et de ses initiatives ouvrières, exerçaient une profonde influence sur les meilleurs des jeunesprêtres et des séminaristes, tandis que le Sillon de M. Marcr Sangnier se proposait dans le même sens, avec le concourstrès actif du clergé, une œuvre de haute éducation religieuse auprès de la jeunesse laïque.

Or, non contents d'exploiter à l'envi les directions politiques et sociales de Léon XIII, ils consacraient assez volon-

1. Un moment la presse ecclésiastique s'occuga de ces projets. Voir- F. Klein, dans Correspondant, 1902, nouv. sér., t. clxx, p. 971-987; Ami du clergé, 1902, t. xxiv, p. 273-279;- J. Brucker, dans Études,. 1902, t. xcn.'p. 597-615, 742-754.

2. Dans l'intervalle, le même prêtre avait successivement animé? la Voix du siècle, Y Église militante, l'Observateur français.

tiers leur parole et les colonnes de leurs journaux à toutes les questions générales qui passionnaient alors l' opinion, sans en excepter les questions théologiques ^. Sans toujours représenter un grand savoir, ces notes fugitives ou ces articles suivis n'en avaient pas moins pour but et pour résultat de secouer les routines, d'ouvrir à la critique, avec peut-être plus d'impétuosité que de discernement, des intelligences que de plus doctes travaux n'auraient su toucher. A l'occasion, les sommités de la science catholique y étaient honorées de chaleureux couplets ^. Et toujours on'y défendait la cause de la culture moderne ou de ce qui semblait tel, avec un enthousiasme communicatif qui pouvait entraîner bien, d'autres applications.

Sur ces entrefaites, les deux Congrès sacerdotaux de Reims (1896) et de Bourges (1900) vinrent attester et accentuer cet élan. Réunis sous le patronage de la hiérarchie et la direction effective de J. Lemire, assisté de P. Dabry comme secrétaire général, ils tendaient à promouvoir les méthodes modernes d'apostolat. Directement on n'y touchait qu'aux problèmes de l'action pastorale; mais qui ne sait que la psychologie a des lois qui débordent celles de la stricte logique? Tous les efforts vers le progrès sont ou deviennent solidaires, aussi bien que toutes les tendances à la réaction. Dans un milieu aussi vibrant, la revendication des droits vrais ou prétendus de la recherche scientifique avait toutes les chances de susciter les plus larges échos.

On n'aurait pas une idée complète de la situation au tournant du dernier siècle, siJ'on ne faisait ici mention de deux

1. A la Justice sociale en particulier, un prêtre lyonnais, P. Sifflet, sous le pseudonyme de « C.-S. Delion », soulevait à bâtons rompus divers problèmes doctrinaux. Le lazariste Vincent Ermoni (f 1910), dissimulé sous l'anagramme « abbé Morien », y abordait la théologie ou l'exégèse. M. Turmel y écrivit sous le nom de et G. Lézurec » (13 juillet 1901).

2. C'est ainsi que le Sillon du 25 mai 1899 et la Vie catholique du 31 octobre 1900 s'ouvraient à des notices lyriques sur M. Loisy ou à l'utilisation de ses doctrines les plus risquées. Textes dans Ch. Maignen, Nouveau catholicisme et nouveau clergé, p. 283-287.

personnages, dont l'activité, qui allait bientôt apparaître au grand jour, se révélait déjà très efficace, tous deux attentifs, l'un du dedans, l'autre du dehors, au mouvement des idées religieuses dans l'Église, susceptibles par leur ouverture intellectuelle et aussi par leur esprit d'entregent de se faire les confidents, sinon les conseillers, des groupes novateurs, bien placés par leur position sociale pour en devenir les Mécènes, pour leur ménager l'appui de la grande presse et de l'opinion, pour établir la communication entre les foyers qui s'allumaient simultanément dans les divers pays.

Du côté catholique, c'était le baron Frédéric von Hugel (1852-1925). Né à Florence, d'un gentilhomme autrichien et d'une « mère écossaise convertie au catholicisme, fille et nièce de deux généraux anglais, » il habitait Londres depuis 1871, où il avait lui-même épousé «la fille d'une pairesse convertie ^, » réalisant pour ainsi dire en sa personne la catholicité de l'Église. Une crise traversée dans sa jeunesse l'avait laissé fermement attaché à sa foi, mais non moins soucieux de la concilier avec la science. Très cultivé dans toutes les branches du savoir ecclésiastique, capable de donner au Congrès scientifique international de Fribourg (1897) un mémoire sur les sources du Pentateuque, spécialiste dans les études de psychologie et de philosophie' religieuses, où il unissait à la profession de la foi catholique un mysticisme idéaliste des plus souples et un éclectisme évolutionniste des plus conciliants, non seulement il se tenait à l'affût de tous les écrits nouveaux qui lui paraissaient propres à régénérer la science religieuse, mais il aimait se lier avec les personnes ^.

En Angleterre, il était en rapports avec les plus hautes personnalités du monde catholique et du monde anglican^. De bonne heure, il avait sympathisé avec les tendances de

1. Houtin, p. 47. Voir sur lui l'article de Miss Petre, dans Hibhert Journal, octobre 1925, t. xxiv, p. 77-87, résumé dans Congrès d'hist. du christianisme, t. in, p. 233-236.

2. La récente publication de ses « lettres choisies » [Selected letters, Londres, 1927) montre, avec la persistante acuité de ses préoccupations intellectuelles, le nombre et la variété de ses relations..

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