‹ Le modernisme dans l'Eglise [microform]Chapitre 96 sur 451 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Aussi bien dans l'ordre iiitellectuel que dans l'ordre physique, le déchaînement des tempêtes ne va guère sans quelques signes avant-coureurs. Les dernières années du XIX® siècle furent, en effet, marquées par des orages successifs, qui, sans constituer proprement la crise moderniste, en laissent pressentir l'imminente proximité.

De ces incidents préparatoires, où l'on put dès lors voir des indices, le premier et le moins grave est la controverse dont l'américaiiisme fut l'objet^.

Placée dans un pays républicain et très fier de ses institutions démocratiques, où toutes les confessions religieuses sont représentées et s'épanouissent dans une pacifique émulation sous l'œil de l'État qui professe envers toutes la même bienveillante neutralité, l'ÉgUse catholique des États-Unis s'était accommodée à ce régime, sans rien demander que le droit commun, sans compter pour se répandre sur autre chose que ses propres ressources, mais d'autant plus obligée de les mettre toutes en valeur. Or il est advenu que, dans ces conditions, le catholicisme a participé à l'immense développement de la nation entière. Simple pays de mission au commencement du xix® siècle, les États-Unis

1. Abondante documentation dans A. Houtin, L'américanisme (Paris, 1904), auquel se rapportent ici nos références.

no ORIGINES DE LA CRISE

se présentaient, au début du xx^, avec une Église organisée, libre et conquérante, riche en hommes et en œuvres, dont l'ardente jeunesse semblait propre à distancer rapidement ses sœurs aînées du vieux monde. La tentation ne devaitelle pas venir de chercher en Amérique l'idéal d'une Église moderne, affranchie d'entraves surannées, franchement adaptée aux nécessités politiques du temps présent, féconde en initiatives pour y faire sentir son action par des moyens nouveaux?

Cet idéal était alors représenté par quelques évêques de grand prestige et de beau talent, hommes d'action tout à la fois civique et religieuse, servis par une intelligence vive et une parole éloquente : Gibbons, Ireland, Keane, Spalding. Désireux d'ancrer toujours plus profondément le catholicisme dans la vie nationale, ils ne perdaient pas une occasion d'afïirmer, en paroles et en actes, leur loyalisme démocratique, leur respect pour les confessions rivales et le désir de ne les vaincre que par la concurrence du bien. En même temps, leur âme apostolique caressait de plus hautes ambitions et, certain nationalisme aidant, on parlait assez volontiers de la « mission divine » dévolue à la République et à l'Église des États-Unis à l'égard du monde européen ^. L'impulsion de Léon XIII, que l'on aimait saluer comme « le pape de son temps ^ », ne pouvait que contribuer au développement de cet état d'esprit.

A ces voix d'outre-mer les échos ne devaient pas manquer. Déjà pour les catholiques libéraux de 1830, l'Anaérique était le pays de rêve vers lequel s'envolaient toutes leurs aspirations. L'entraînement devait être irrésistible à l'heure oii le mouvement «néo -chrétien» faisait concevoir tant d'espérances, tandis que des économistes comme E. Demplins invitaient à reconnaître « la supériorité des Anglo-Saxons » et qu'un peu isartout la presse découvrait au vieux monde les merveilles du nouveau. C'est pourquoi Mgr Ireland, de passage à Paris au cours de l'été 1892, y connut un véritable triomphe ^. Pour en prolonger le retentissement, un prêtre

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