CHAPITRE DEUXIEME
hissaient en France les biens des serviteurs de Dieu; les pauvres moines, exposés à mille vexations, mis en rapports fréquents avec le siècle, perdirent peu à peu l'esprit de leur état. De plus, aux coutumes anciennes respectées par la sainte Règle s'en étaient ajoutées d'autres, beaucoup moins autorisées. Ces éléments étrangers défiguraient l'œuvre du Père des moines et en compromettaient l'unité et la force.
Dieu alors suscita en France un nouveau Benoit. Saint Benoît d' An iane rechercha et étudia avec un soin jaloux les usages des monastères, discerna ce qui était antique, respectable et bon à conserver, approfondit la sainte Règle , la compara avec les monuments de ranciennc discipline monastique ; il put ainsi saisir dans toute sa pureté l'esprit du saint législateur. Son influence s'étendit bien au delà d'Aniane et de Maguelonne ; la plupart des abbayes , qui couvraient l'empire de Gharlemagne et de Louis le débonnaire , se mirent à son école et se
réformèrent d'après ses enseignements.
Mais les désordres, qui suivirent et accompagnèrent l'invasion normande, compromirent le développement de cette régénération monastique. Heureusement ce ne fut qu'un arrêt. Saint-Savin-sur-Gartempe, entre autres monastères, conserva fidèlement l'œuvre du saint réformateur, la répandit dans les abbayes du voisinage, la transmit à Baume, et par Baume à Cluny.