CHAPITRE TROISIEME
fut rauxiliaire le plus actif de la papauté dans sa lutte pour la liberté de l'Église. C'est là une des belles pages de l'histoire monastique.
La foi ardente de cette époque n'empêchait pas les princes de porter envie aux richesses des monastères. Tantôt ils cherchaient à s'en emparer, tantôt ils s'arrogeaient le droit de nommer aux abbayes vacantes des titulaires indignes, mais dévoués à leur personne. Les moines avaient beau revendiquer la liberté d'élection : les prescriptions de la sainte Règle, les privilèges des souverains pontifes, des conciles et des fondateurs étaient sans autorité aux yeux d'hommes aveuglés, qui souvent mettaient leur force brutale au dessus du droit. Tous les rois et les seigneurs, il est vrai, ne se laissaient pas entraîner par cette cupidité sacrilège. Cependant ils étaient assez nombreux pour inspirer aux moines les plus légitimes inquiétudes.
Comment remédier à cet état de choses?
Comment se protéger contre ces empietements des laïcs? Les moines se demandèrent s'il ne fallait pas transporter dans l'ordre monastique l'organisation féodale. Les monastères faibles et isolés, exposés à la rapacité des séculiers, trouveraient protection auprès des abbayes plus fortes. On se détermina donc à constituer une hierarchie monastique conforme à l'organisation féodale. Un grand nombre de prieures et d'abbayes tournèrent les yeux vers Cluny. Des abbayes, illustrées par un passé glorieux, ne craignirent pas de sacrifier une partie de leur indépendance , et de venir avec des monastères d'origine plus récente se ranger sous l'autorité de l'abbé de Cluny. Elles se donnèrent à lui, elles devinrent ses fiefs. C'était une innovation. Mais les besoins de l'époque la légitimaient suffisamment.
Cluny ne se bornait pas à donner à ses protégés force et sécurité. 11 leur communiquait un bien plus précieux encore, la ferveur de
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6011 observance. Chaque monastère devenait un petit Gluny, et s'efforçait d'imiter dans la mesure du possible les offices solennels et le genre de vie de la célèbre abbaye; il prenait ce qu'on appelait alors Vordo cluniacensis , l'ordre de Gluny. De là le nom d'ordre de Gluny, donné à cette vaste réunion de monastères. Ce n'est pas ici le lieu de mon- 4 trer quelle différence existe entre cette association et ce que nous appelons aujourd'hui ordres religieux, congrégations religieuses.
L'illustre abbaye bourguignonne ne fut pas seule à voir se reposer autour de sa crosse des monastères plus faibles. Marmoutiers, Saint-Denis et d'autres abbayes eurent leur ordre à elles. Leur influence cependant n'égala jamais celle de Gluny. Au reste ces foyers monastiques recoururent r eux-mêmes aux abbés clunisiens pour restaurer l'observance dans leur sein.
Le Xle et le XII^ siècles furent pour les moines bénédictins un temps de sainteté et de prospérité. L'histoire constate leur pré-
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sence en tous lieux , sur le siège de Pierre , dans les conseils du souverain pontife, à la tête des Églises, auprès des grands, auprès des peuples. Et partout ils sont les représentants de Dieu, partout ils font son œuvre avec un zèle infatigable. Cette activite n'enlève rien à leur esprit de prière. Ils trouvent moyen de consacrer à la louange divine plusieurs heures de la nuit et une grande partie de la journée. Jamais peut-être l'amour de l'oiïice divin et de l'oraison liturgique n'a été si loin.
Telle fut alors l'énergie de l'esprit religieux que l'on vit sortir du tronc bénédictin plusieurs rameaux très vigoureux. En Italie, saint Jean Gualbert et saint Romuald ajoutèrent à la règle bénédictine des observances particulières, qui furent suivies dans leurs monastères de Vallombreuse et de Camaldoli. De ces deux ruches sortirent de nombreux essaims. Les fondations conservaient le genre de vie de l'abbaye mère, lui restaient étroitement unies. Ces associations monastiques
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