CHAPITRE SIXIÈME
DOM GUÉRANGER ET l'oRDRE MONASTIQUE.
LA Révolution avait multiplié les ruines J sur le sol de la France chrétienne. Un instant cette Église, au passé si glorieux, parut noyée dans le sang de ses pontifes , de ses prêtres, de ses religieux et de l'élite de ses enfants. Mais le Dieu de miséricorde, qui a fait de la nation française la lllle ainée de l'Église romaine, eut pitié de son malheur. Il souilla sur elle un souille de vie ; son vicaire, le Pontife de Rome, reconstitua sa hiérarchie et ouvrit pour son histoire une phase nouvelle , qui a eu et qui aura ses gloires et ses grandeurs.
Mais dans la hâte avec laquelle se fit cette restauration du sanctuaire, l'ordre monas-
LE MOIXE BENEDICTIN
tique n'avait-il pas été oublié? On aurait pu le croire.
c( Or, il n'est guère possible d'en douter, la nouvelle Eglise de France , privée de ce complément, n'aurait jamais su remonter à la hauteur de ses destinées, et les pensées de miséricorde que le Pontife invisible nourrissait sur elle à l'heure où il la faisait passer par la grande tribulation, auraient été frustrées de leur effet.
« Tandis que cette question se posait dans l'esprit d'un petit nombre de sages sans qu'aucune chance de solution favorable vînt s'offrir à eux, une humble cité des bords de la Sarthe possédait déjà la réponse , éclose dans un modeste berceau. Au sein d'une famille chrétienne et digne de l'honneur que le ciel allait lui départir, le quatrième jour du mois d'avril i8o5 avait vu naître un enfant prédestiné; et', ce jour-là même, le baptistère de Notre-Dame de Sablé avait placé sous le triple patronage d'un saint docteur, d'un saint roi et d'un saint pape, en hii