‹ Le moine bénédictin [microform]Chapitre 20 sur 82 · CHAPITRE CIXQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CIXQUIEME

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en France surtout, on vit s'abattre sur l'ordre monastique un terrible fléau, celui de la comniende. Des clercs séculiers, des laïcs parfois, élus par les princes, s'installèrent dans les monastères avec le titre d'abbé ou de prieur. Le patrimoine du Seigneur et de ses pauvres devint le partage des serviteurs ou des favoris des rois.

Dieu suscita des réformateurs, qui firent de nouveau tressaillir la solitude et fleurir le désert. Pour consolider leurs réformes, ils réunirent les monastères en congrégations. Ce n'était plus cette union forte et large des abbayes et des prieurés sous l'autorité de Cluny ou de Citeaux, mais une organisation empruntée tantôt Ruxfrati tantôt aux clercs réguliers, et presque toujours imposée par les circonstances. Elle était de nature à conserver et à fortifier l'observance. Heureux si les réformateurs n'avaient pas trop souvent sacrifié les traditions des vieux âges, pour adopter des coutumes qui devaient altérer la pureté de l'esprit bénédictin. Pour eux, la

congrégation absorbait l'abbaye : le moine n'appartenait plus à son monastère ; les abbés perpétuels étaient remplacés par des supérieurs triennaux ; la famille monastique n'existait plus.

Ce n'est pas tout. Les moines ne surent pas en général puiser aux sources antiques la doctrine spirituelle ; ils subirent l'entraînement de la nouveauté. On les vit introduire dans le cloître des idées et des systèmes féconds ailleurs, mais gênants pour des âmes vouées à la louange divine, et qui doivent avoir pour règle unique de leur vie intérieure la pratique traditionnelle de l'Eglise.

Néanmoins ces congrégations monastiques ont pour une large part contribué à la gloire de notre bienheureux Père saint Benoît. Les congrégations de Sainte-Justine de Padoue, de Bursfeld , de Saint-Yanne et de Saint-Hydulphe, de Saint-lMaur, pour ne citer que ces quatre, ont ramené et maintenu longtemps la vie dans de nombreux monastères. Leur observance a fait fleurir la sainteté et la doc-

LE MOIXE BENEDICTIN

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Irine. Elles ont fourni à l'histoire littéraire de l'ordre bénédictin ses deux siècles les plus féconds. Les moines de Saint-Maur surtout ont cultivé avec le plus de succès la science ecclésiastique. Nous leur devons les éditions des Pères ; ils ont ouvert aux études historiques une voie nouvelle et ils leur ont imprimé une impulsion vigoureuse. La plupart de leurs monastères renfermaient des travailleurs modestes, opiniâtres et intelligents ; leurs écrits, mannscrits ou imprimés, sont pour les savants modernes une mine précieuse. Pourquoi ces hommes, si versés dans la connaissance de l'antiquité chrétienne, n'ont-ils pas su se préserver des morsures du jansénisme et du gallicanisme ? S'ils avaient dominé les préjugés nationaux et les séductions de l'erreur, certainement la sainteté se fùl plus suavement épanouie dans leurs cloîtres, et leurs doctes ouvrages eussent servi plus efTicacement la sainte cause de la vérité.

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