‹ Le moine bénédictin [microform]Chapitre 30 sur 82 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

moins le vœu de stabilité attache chaque rehgieux à un monastère particulier i.

Cette union revêt de la sorte un caractère plus intime et plus fort ; son abbaye devient plus facilement et plus complètement sa véritable famille. C'est vers elle que Dieu a incliné son cœur, au jour qu'il se disposait à tout quitter pour le suivre. Il en est devenu la pierre vivante. Aussi l'aime-t-il avec la tendresse et le dévouement d'un fils. Il s'intéresse à son histoire, à son présent, à son avenir; il s'identilie avec elle. Il se consacre tout entier à son service ; il se sent étroitement uni aux saints en l'honneur de qui elle est construite, aux serviteurs de Dieu qui s'y sont sanctifiés. D'autres monastères peuvent avoir plus de sainteté et d'éclat, une doctrine plus abondante, des enfants plus nombreux ; il sait leur donner une part plus large dans son estime et son admiration, mais il réserve

I. L'abbé peut cependant, si la charité ou le bien d'une âme Texige, envoyer un moine dans un autre monastère, l'n religieux peut avoir des motifs sérieux de s'attacher à une autre abbaye. En pareil cas, il expose son désir et ses raisons à son abbé, qui les pèse devant Dieu.

toute sa prédilection pour l'abbaye qui est la sienne. Parfois cet attachement prend les allures d'une noble et sainte fierté. Comment n'en serait-il pas ainsi, lorque l'abbaye est consacrée à Notre Dame ou à saint Pierre ? Lorsqu'elle s'élève sur les sommets du Mont Cassin ou qu'elle garde le corps du Patriarche des moines ? Lorsqu'elle possède le tombeau de saint Denys ou des grands saints nationaux ? Lorsqu'elle est située dans cette gracieuse vallée du Clain, qui entendit, il y a quinze siècles, saint INIartin et saint Hilaire parler de Jésus et chanter ses louanges, et vit tant d'hommes pieux glorifier le Seigneur sous la direction de celui que l'Eghse appelle, dans sa liturgie, l'homme ineffable, le joyau des pontifes : O viriim ineffabilem, prœsiihun gemma ^ ?

Puisque le monastère est une famille, il doit pourvoir lui-même à sa conservation et à son développement. Il lui faut donc un noviciat. C'est pour lui la source de la vie et

1 Brév. mon., Office de S. Martin.

le principe d'une jeunesse continuelle. Le moine pourrait-il naître par la profession et la formation religieuses ailleurs que dans sa maison paternelle, sa maison à lui, en d'autres mains que celles de son abbé, dans une autre société que celle de ses compagnons d'armes, de ses frères en Dieu ? Là s'écouleront paisiblement les jours de la vie ; de là son âme prendra joyeuse son essor vers l'abbaye du ciel ; son corps y reposera dans le recueillement de la mort, en attendant la bienheureuse résurrection.

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