‹ Le moine bénédictin [microform]Chapitre 56 sur 82 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

à la capacité générale des religieux. Saint Benoît fait néanmoins à l'étude une part assez belle. Si l'abbé voyait des frères capables de se livrer avec fruit au noble travail de l'intelligence, il pouvait les y appliquer plus longtemps. Les antiqiiarii ou copistes transcrivaient les manuscrits, tandis que leurs frères travaillaient à l'extérieur; or l'esprit ne dépensait pas à ce labeur moins de force que la main.

Les monastères ' étaient alors généralement pauvres ; les fidèles les assistaient peu de leurs aumônes. Les moines devaient parfois gagner leur pain à la sueur de leur front. Plus tard les chrétiens dotèrent les maisons des serviteurs de Dieu ; ceux-ci purent dès lors donner plus de temps à la prière et à l'étude. On finit par réserver les gros travaux aux frères illettrés et les occupations intellectuelles aux religieux de chœur.

Toutefois la prépondérance donnée à l'étude ne fait pas oublier le travail des mains, considéré par la tradition monastique comme

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une chose sainte. Si la pauvreté ou toute autre circonstance l'exigeait, les moines de chœur devraient eux-mêmes travailler la terre. Ce cas se présente très rarement. Si un frère est incapable d'une application intellectuelle prolongée, il s'adonne, avec l'autorisation des supérieurs, à des travaux de jardinage ou à des occupations analogues. Tous les religieux doivent de temps à autre se livrer au travail manuel. Ce labeur mortifie le corps et humilie l'esprit ; il repose l'àme des fatigues inhérentes à une vie où la prière et l'étude tiennent une place importante.

L'abbé peut utiliser les aptitudes de ses enfants et leur faire exercer des arts utiles.

Ils saisissent alors le pinceau ou le ciseau, ils enluminent, ils font des miniatures, ils étudient les lois de l'humanité et ils en cherchent l'application, ils remplacent par l'imprimerie l'œuvre si bénédictine de la transcription des manuscrits, etc. 'En s'appliquant à l'étude et à la pratique des arts, le bénédictin continue les glorieuses traditions de

ses ancêtres. L'art, sous ses formes variées, est pour lui un moyen de s'élever à Dieu, de célébrer ses grandeurs et son amour, et de rendre plus facile aux hommes la connaissance et l'amour des vérités divines. Jamais il ne consentira à faire des moyens que Dieu peut lui donner l'objet d'une spéculation commerciale. Certaines industries parfois exploitent indignement son nom et son habit. Son indignation se traduit alors par des protestations malheureusement inutiles ; car il ne serait pas admis à défendre devant les tribunaux l'honneur de son nom 1.

L'Église demande expressément que les religieux de chœur s'adonnent à l'étude, et dans ce but, elle leur a toujours prodigué ses encouragements. En cela, elle ne fait que les confirmer dans leurs antiques traditions. En effet, les enfants de saint Benoit ont jadis

I. C'est ainsi qu'on voit s'étaler sur les murailles des j^ares et des places publiques ces annonces de la liqueur bénédictine, qui est une œuvre purement industrielle, et celles plus inconvenantes encore de Veau dentifrice. Que dire des bonbons contenus dans un missel, des pommades et de tout l'attirail de ce genre qui cherche à s'abriter sous le grave habit bénédictin ?

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