CHAPITRE QUATRIEME
est synonime de travailleur opiniâtre et intelligent. Des esprits peu éclairés considèrent désormais la science comme le but spécial de l'ordre de saint Benoît, et croient que tout aspirant à la vie monastique doit envisager un avenir laborieux : des archives à compulser, des manuscrits à déchillrer, des ouvrages à écrire. Cette idée fausse a détourné du cloître bien des âmes, à qui la vie de famille et la louange divine eussent procuré des joies très pures et un sérieux déveloj^pement surnaturel.
Heureusement il n'en est pas ainsi : la science, les fortes études ne sont pas le but spécial de l'ordre bénédictin, pas plus que l'aptitude aux travaux scientifiques n'est un caractère essentiel de toute vocation monastique.
L'enfant de saint Benoît sait cependant étudier avec amour. Par ce moyen, il mortifie ses passions, il fournit à son intelligence une occupation excellente, il entretient dans son àme l'esprit d'oraison, il se prépare à la
psalmodie, il se met à même de servir l'Eglise, sa mère.
Les anciens disaient que la perfection de la vie chrétienne demande deux choses: la prière et l'étude, Dans la première, l'àme parle à Dieu ; par la seconde, elle laisse Dieu lui parler et l'instruire. Une fois formée à la science divine, elle saura tenir avec fruit au Père céleste le langage qui lui est agréable. Or ce langage est la prière liturgique. Que le moine étudie donc et approfondisse l'objet de la louange divine, (^t il pourra chanter avec» sagesse la gloire de son Créateur. La qualité d'être raisonnable lui en fait un devoir.
La foi illumine divinement son intelligence ; après sa mort il aura les ineffables clartés de la vision béatifique. En attendant, le Seigneur lui offre une connaissance qui tient le milieu entre la simplicité de la foi et les grandeurs de l'éternité. A lui de l'accueillir avec reconnaissance et empressement. Qu'il mette sa raison à l'école de la foi, qu'il cherche à dé-
couvrir les harmonies des dogmes entre eux, les rapports qui existent entre l'ordre surnaturel et Tordre naturel, qu'il apprenne l'histoire de la révélation, qu'il en suive les développements et en tire les conclusions fécondes, qu'il imite, en un mot, l'un des moines les plus illustres, le docteur saint Anselme, dont la vie intellectuelle se résume dans cette maxime : Fides quœrens intellectiim.
Cette science de la foi ne s'acquiert pas sans travail. Le chrétien ne peut, en général, la trouver uniquement devant le tabernacle ou aux pieds de son crucifix. En Jésus, îl est vrai, sont renfermés tous les trésors de la sagesse. Mais l'oraison n'est pas le canal ordinaire qui distribue aux hommes la lumière divine. Que le moine prépare son intelligence à l'étude par une prière confiante et prolongée, fort bien ; que dans les questions difficiles il invoque les lumières de l'Esprit Saint ; son espérance ne sera pas déçue. Mais qu'il joigne à ces secours surnaturels un travail soutenu : l'oraison sans l'étude serait pour le