‹ Le moine bénédictin [microform]Chapitre 77 sur 82 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

tous temps et en tous lieux; elles doivent plutôt se modifier suivant les circonstance> Ainsi telle œuvre, qui mate la chair dans une région, lui est ailleurs un soulagement ; telle austérité, supportable, il y a treize siècles, serait accablante de nos jours. Les solitaires orientaux pratiquaient de longues abstinences ; malgré leur vigueur physique et morale, les Gaulois ne purent jamais se faire à pareil régime. Les Scots descendaient dans l'eau froide pour réciter les cent cinquante psaumes ; et l'histoire ne nous dit pas que leur santé en ait été altérée. Demandez à leurs arrière-neveux d'imiter leurs exemple^, s'ils en éprouvent Tattrait. De nos jours encore les peuples de l'Orient et du Midi se contentent d'une nourriture frugale et peu abondante ; l'estomac des gens du Nord exige une toute autre alimentation.

C'est que l'homme ne peut pas se mettre au dessus des nécessités corporelles. Ces besoins ne sont pas exposés à la seule influence des époques et des climats ; les mœurs et l'é-

ducation créent en lui des exigences, dont il ne saurait impunément secouer le joug.

Saint Benoît était pénétré de cette pensée. Aussi dans sa Règle se montre-t-il d'une très grande réserve. Il semble fixer à regret les règlements matériels que nécessite l'organisation du monastère. « Chacun reçoit de Dieu un don particulier, dit-il au chapitre XL ; et nous éprouvons un véritable scrupule à déterminer la mesure des aliments de nos frères 1. » Il agit alors avec toute sa discrétion. Il laisse à l'abbé le soin de modifier ces détails, s'il le juge nécessaire. De fait, nous les voyons fréquemment changer le long des siècles. Les uns ont ajouté, les autres ont retranché ; et tous ont pu agir en vrais fils de saint Benoît. Nous trouvons le sentiment du bienheureux Patriarche très nettement exprimé, dans son chapitre De ordlnando abbate : a En imposant des travaux, qu'il use de discernement et (le modération, se rappelant la discrétion du

1. Unnsquisquc proprimn habet donum ex Deo, alius sic, alius vero sic; et ideo cum aliqiia scrupulositatc a nobis mcnsura victus aliorum constituitur. — S. Ben. Règ. Ch. XL.

saint patriarche Jacob, qui disait : « Si je t'ali- « gue mes troupeaux en les faisant tropmarclier, « ils périront tous en un jour. » Faisant donc son profit de cet exemple et autres semblables sur la discrétion, qui est la mère des vertus, ([u'il tempère tellement toutes choses que les forts désirent faire davantage, et que les faibles ne se découragent pas '. » Et dans le chapitre XXXIV : « Qu'on fasse, comme il est écrit : « On partageait à cliacun selon ses « besoins. » Nous n'entendons pas dire par là que l'ont ait acception des personnes, ce doni Dieu nous préserve ! mais qu'on ait égard aux inlirmités diverses. Celui qui a besoin de moins, qu'il rende grâce à Dieu et ne s'attriste pas. Celui à qui il faut davantage, qu'il s'humilie de la miséricorde qu'on a pour lui. El de la sorte tous les membres seront en paix ^. »

I. Opéra qu.T injunp^it (abbas) discernât ac temi>erct, cogitans (liscrctionem saiicti Jacol), dicentis : 5*i j,n'C{?cs iiieos i»liis in anibidando fecero laborare, morientnr cuncli nna die. Hoc cv^o alia<(ue testinionia discretionis, niatris virtutis, siinu-ns, sic oninia Icnipcrct ut sit et «[uod loi'tes ciipianl et inlinni non refiijfiant.— s. lien. IXv'^. Ch. lAIV.

•j. Sicut scriptum est : dividebatnr singulis, prout cuinmopus erat. Ubi non diciiuns (luod pcrsonaruni ( quod absit )

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