CHAPITRE CINQUIEME
l'image de Notre Seigneur Jésus-Christ. Cette lutte courageuse lui assure la victoire sur ses appétits déréglés. Ce sont là des triomphes magnifiques, qui lui valent sur terre des grâces abondantes, et au ciel une couronne immortelle. Cette guerre intime a reçu le nom de mortification.
Le chrétien, qui se mortifie, n'annihile pas ses facultés ; il se prémunit contre les entraînements de sa chair. Il tue ce qu'il y a de morbide en lui et laisse la grâce vivifier ce qu'il y a de bon et de noble. La mortification enlève au corps déchu des forces exubérantes ; mais elle lui laisse la vigueur dont il a besoin pour exécuter les volontés du Seigneur.
Le religieux n'a pas seulement à lutter contre ses passions ; il lui faut encore effacer avec les larmes de la pénitence les fautes de sa vie passée et les négligences qui échappent à sa faiblesse. La foi lui enseigne les rigueurs de la justice divine ; elle lui apprend aussi qu'il doit coopérer personnellement à l'œu-
vre de sa purification. Dieu daigne lui faire cet honneur. Les peines qu'il s'impose librement s'unissent aux souffrances du Seigneur et sont un supplément aux mérites de sa Passion.
Le moine ne concentre pas toute son attentien sur lui-même. Il est enfant de l'Eglise et membre du genre humain. Or Dieu a établi entre les hommes une étroite solidarité. Les crimes des méchants retombent sur la société ; elle bénéficie aussi des expiations accomplies par les chrétiens d'élite. Que les enfants de saint Benoit marchent sur les pas de leur divin modèle et expient en eux par une pénitence sérieuse les péchés des hommes, leurs frères ; par là, ils glorifieront Dieu et travailleront très efficacement au salut des peuples et à leur prospérité temporelle.
La pénitence et la mortification appartiennent à l'essence de la vie monastique, et doivent l'accompagner partout et toujours. Mais les pratiques ou manifestations extérieures de ces vertus ne sauraient être les mêmes en