CHAPITRE SIXIEME
pannes. La ville de Vienne, au VI^ siècle, en comptait à elle seule environ quinze cents.
Le saint Législateur puise sa doctrine dans les enseignements et les règles de ses devanciers; mais il se garde bien de leur emprunter des observances trop rigoureuses. Si on la compare à celle de saint Basile ou aux vies des Pères, sa Règle semble fort douce; c'est une ébauche, inchoatio Regulœ, dit-il lui-même. Ceux qui l'observeront sont, à ses yeux, des « chrétiens honnêtes et des moines ébauchés i. » Quelques contemporains pouvaient prendre ses enfants pour des moines relâchés. Heureux et nobles relâchés, (|ue l'Église a, en si grand nond)re, placés suises autels, pouvons-nous dire après treize siècles d'expérience ! Heureuse et féconde ébauche de Règle, qui a peuplé le ciel de saints, et quels saints ! qui a donné à l'Eglise
I. VA eam observantes in monastcriis aliqualenus vcl lionestatem morum aiil initium conversationis nos denionslremuï^ habere. — S. Ben. RèK- Ch. LXXUI.
tant de papes illustres, de cardinaux et d'évc(iues !
Les Constitutions des Bénédictins de la Congrégation de France ont pu, elles aussi, paraître à plusieurs iixer une vie religieuse trop radoucie, et à peine monastique. Dom Guéranger devait, avec l'autorisation du souverain Pontife, adopter cette observance mitigée ; à ce prix seulement, il pouvait conserver l'esprit de saint Benoit dans toute sa pureté primitive. c( Me demandez-vous, pieux lidèles, disait le Cardinal Pie, si l'on y garde toute l'observance rigoureuse de la Règle première ? Je pourrais vous répondre que la discipline générale au temps de saint Benoit différait à peine de la discipline monasli(iue, et que, en face des adoucissements apportés pur l'Église aux observances communes des chrétiens, les moines de la Congrégation de France, tels que les a constitués canoniquement l'autorité du saint Siège, vous laissent plus loin derrière eux que leurs devanciers n'y laissaient vos pères. Fions-nous à la sa-
LK MOINE BENEDICTIN