‹ Le moine Guibert et son temps (1053-1124)Chapitre 3 sur 64 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

J'ai connu Bernard Monod dans l'hiver de 1902-1903. Il vint spontanément chez moi à plusieurs reprises avec la bonne grâce d'un disciple et me pria de lire le manuscrit de l'essai que son père publie aujourd'hui. Comme il avait goûté l'étude que j'écrivis naguère sur un fort étrange moine du xi*" siècle, Raoul Glaber, il désirait m'entretenir au sujet d'un autre moine, venu cinquante ou soixante ans plus tard, Guiberl de Nogent, qui, comparé ou plutôt opposé à Raoul, marque un brusque progrès dans la façon do concevoir l'histoire, les devoirs de l'historien, l'éducation de l'esprit humain, l'état général de la société politique, les relations de l'Eglise et du monde féodal, on pourrait presque dire les relations de Dieu et de l'humanité. En Guibert, le sens critique fait réellement son apparition dans la littérature historique du

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moyen âge. Ccl écrivain qui recherche sincèrement, avidement, la vérité, s'entoure de témoins éprouvés et contrôle les témoignages, est à mille lieues du cénobite fantasque, eiïaré, qui raconte les terreurs et les horreurs de son temps avec l'eiïroi enfantin d'un visionnaire hanté par la peur du démon, par la préoccupation du miracle perpétuel, toujours hostile à l'homme, troublé par le duel formidable entre Dieu et Satan, le conflit séculaire, inexplicable, où réside, selon lui, l'énigme tragique de l'histoire.

Guibert de Nogent, meilleur chrétien et moine plus régulier, moins errant que Raoul Glaber, est d'une race bien supérieure. Tout jeune novice, il avait reçu les enseignements d'Anselme, le futur archevêque de Canlorbéry, alors prieur du Bec, l'une des lumières de TÉcole. Près d'un

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