‹ Le moine Guibert et son temps (1053-1124)Chapitre 42 sur 64 · Préface · texte numérisé non relu

Préface

276 l'œuvre de GUIBERT.

plus lointaines : ce grand mouvement de l'Occident contre l'Orient était expliqué par la situation politique et sociale où se trouvait alors l'Orient grec et musulman. En quelques pages qui, malgré certaines ignorances et certaines naïvetés, sont remarquables de raisonnement et de vérité, il nous montre l'évolution du christianisme dans l'Orient romain depuis Constantin : la foi des Orientaux, « chancelante, mobile, toujours à la recherche de nouveautés », secouant l'autorité des Pères de l'Eglise, donne naissance aux nombreuses hérésies « de Manès, d'Arius, des Eunomiens, Eutychiens, Nestoriens et à mille autres sectes monstrueuses' ». La corruption des mœurs, l'esclavage et la débauche sont les efTets immédiats de cette ruine de la foi. D'autre part, il constate en même temps un affaiblissement social et politique, un progrès de l'anarchie; « si nous recherchons, dit-il, dans

1, Gesta, I, 2.

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l'histoire ancienne, l'origine des royaumes, si nous examinons la condition ridicule des rois de l'Orient, nous ne pouvons pas assez nous étonner de la légèreté asiatique en voyant les révolutions subites qui renversaient ou élevaient tour à tourtes princes de ces contrées ». Il comprend cette honteuse mobilité quand il repasse l'histoire des Antiochus et des Démétrius, changeant sans cesse d'Etats, expulsés et rappelés tour à tour'. La frivolité des Orientaux, 1' « inconstance » de leurs mœurs, lui semblent, non moins que les hérésies, être la cause de celte décomposition de l'empire d'Orient, qui était le prélude de l'invasion arabe. Les gentils, les étrangers avaient facilement raison de ces peuples divisés et relâchés ([ui avaient perdu avec la foi ancienne toute force politique et tout lien moral. Car cet état d'anarchie provoquait des dissensions au nom desquelles les uns faisaient appel à l'étranger

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