V. — Conclusion
Toute l'œuvre de Guiltert est animée du même esprit : mémoires, histoire, traités théologiques, pamphlets religieux, tout ce qu'il écrit est dirigé par la môme idée : vivant au milieu de vrais barbares, il veut les améliorer. Par ce qui devait rester de lui, quand Dieu l'aurait rappelé, il poursuit une œuvre moralisatrice, comme au milieu de ses moines de Nogent-les-ViergesJ Si son œuvre lui survit, c'es^ju^elle est destinée à exercer une bienfaisante influence/ Pour lui-même, il se montre sévère, h'mjHr-^^ ses nombreuses qualités lui eussent permis un juste orgueil, s'il se comparait à la plupart de ses semblables. Il
pousse l'humilité jusqu'à s'exagérer la portée de ses moindres fautes, et même à s'attribuer des péchés imaginaires. Sa grande faiblesse vient de sa foi elle-même : en présence d'un pape, des évêques, il n'ose plus parler, il est \lâche; il ne peut accuser des criminels. Mais — 'C'est qu'il est sûr que Dieu accomplira son' œuvre, malsrré l'indignité de ses ministres ou des individus dont il se sert. En fa£ajdfe-son imrchemin, il reprend tout son courage et, pour faire une œuvre pie, flagelle les vices de l'Eglise et du siècle. Lui-même ne s'épargne pas, pourquoi épargnerait-il les autres? /
S'il s'est parfois laissé aller à quelque vanité littéraire, c'est avec une candeur qujon^jûJE — . saurait lui reprocher. Sa haute intelligence, sa culture sérieuse,|Je mettaient tellement audessus des « criailleprs » dont il se plaint, qu'on peut lui pardonner de céder parfois à cet instinct si naturel de l'écrivain. Et comme il écrit pour Dieu, c'est presque au nom de Dieu qu'il défend ses ouvrages.
GUIBERT KCRIVAIN. 339
Esprit fin, pénétrant, critique et impartial, il raconte et il jug^e. Son grand bon sens, cette raison, celte franchise, cette droiture qui pénètrent son œuvre, lui donnent une grande portée. Il a, sur bien des points, devancé son époque de plusieurs siècles.
Pounjuoi l'a-t on si longtemps méconnu, pourtjuoi l'a-t-on ignoré? Peut-être, comme il le dit lui-même, parce (ju'il ne s'est pas inquiété des hommes, « (|u'il bannit de sa pensée, sans se soucier du tout de plaire aux autres ».
Depuis huit siècles, « les autres » le lui ont bien rendu. Peut-être était-il temps de lui rendre justice. ^