‹ Le moine Guibert et son temps (1053-1124)Chapitre 63 sur 64 · IV. — Le polémiste · texte numérisé non relu

IV. — Le polémiste

Mais Guibert n'est, pas seulement un éducateur et un moraliste. La morale prêchée contre des vices précis, contre des individus déterminés, pour des idées neuves et originales, est déjà une lutte : Guibert est avant tout un esprit combatif. Le De Pignoribus sanctorum est un véritable ouvrage de polémiste. S'il a écrit ce pamphlet contre certains catholiques qui abusaient ou mésusaient de la religion, il attaquera aussi au nom de la foi les ennemis de l'Eglise, les hérétiques et les Juifs.

Çà et là, dans son œuvre, nous avons déjà vu qu'il ne les aimait pas. Il va discuter leurs idées, réfuter leurs erreurs dans des ouvrages théoriques. Contre les hérétiques, contre le fameux Déranger de Tours qui passionna tout le monde religieux de la deuxième moitié du XI" siècle, encourut l'excommunication et dut aller à Rome s'expliquer avec le Saint-Père, il écrit un traité : De la bouchée de pain donnée à Judas, et de la vérité du Corps du Seigneur. Il y expose des idées orthodoxes sur l'Eucharistie, le sujet qui depuis des siècles, depuis Agobard, Claude de Turin, Gotteschalk, préoccupait tous les penseurs, et il s'élève énergiquement contre les partisans de la présence idéale du corps du Sauveur dans l'Eucharistie, affirmant qu'elle contient le vrai corps de Dieu, concluant pour la présence réelle.

Il traite le même sujet dans un autre livre. S'attaquant non plus aux hérétiques, mais aux Juifs, spécialement à ce Jean, comte de Soissons, ami des Juifs et sacrilège, qui

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« critiquait l'Église catholique et se permettait des discours injurieux contre le Sauveur », il écrit le Traité de ^Incarnation, contre les Juifs. Sans le nommer, il prend à partie le comte Jean et fait sentir l'odieux de sa conduite : n'osait-il pas « faire profession de catholique, fréquenter les églises, recevoir les sacrements, tout en faisant valoir les objections des Juifs contre Jésus-Christ? » Et Guibert réfute alors ces trois hérésies des Juifs : Ils n'admettent pas que Dieu se soit fait homme dans le sein d'une vierge; ils raillent les chrétiens d'adorer le crucifix, et reprochent dans leur ignorance, aux catholiques, d'adorer trois Dieux dans la Trinité! Ses raisons étaient si fortes qu'un clerc de Laon, pour en prouver l'excellence à un juif, n'hésita pas, paraît-il, à subir l'épreuve du feu, dont il sortit victorieux.

Pour compléter cette énumération de ses œuvres, ajoutons que ce catholique sincère et fervent avait ses heures de rêverie mystique.

Lui qui jadis avait été voué à la Sainte Vierge au moment des couches de sa mère, nous révèle ce côté mystique de sa nature dans un petit livre de foi, d'édification et d'exaltation religieuse : Les Louanges de la Vierge Marie.

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