LA DOUBLE DÉGRADATION
aa ciel, pow le remercier de lui avoir donné le courage d*être isnphkcable. Le vieux monde reprenait ses 'droits; Timmense lacune laissée entre le moyen âge et le nouvel âge d'or des moines était comblée.
Cependant dom Boissier arrivait de Poitiers par le train du chemin de fer de midi* On lui avait appris, h la gare, la mort subite de dom Glargilesse, par suite d'une hémorragie. L'omnibus le déposa bientôt à la porte de l'abbaye. Le frère portier le reçut avec un visage sur lequel se lisait, la terreur, Donci Boîssîer aimait beaucoup ce frère, qui était entré à Tabbaye à sa recommandation.
Le triste événement lui fut aussitôt raconté» maïs autrement que selon la version officielle.
— Quel affreux malheur î dit dom Boîssîer.
— Nous en sommes tous atterrés, dit ce frère.
— Et quan4 se fait Tenf errement ?
— Mais il est fait.
— Ce n*est pas possible I Mais îa mort n'est que de ce matin T
— Mais enterré... e* d'une sîngtiKère façon. J*en frémis encore. Je vous te dis, à vous qui êtes mon amî : si f avais cru trouver des barbaries comme cela dans un couvent. . .
— Mais expKqner-vous?
— Enterré et emmuré, quoi! traîné dans tm morceau d'étoffe noire, jeté comme un ^hîen mort dans cette basse-fosse déêonyerte, voies savez, làbas, aux pieds de l'ancienne maison de l'abbé que^ le révérendissime a fait démolir.
Dom Bois^er devina son vieux moine. Le Irère contiima :
— Il y avait eu auparavant, que sàîs-je? procès, condamnation ; on av^it mis en pièces son pauvre habit. Cela faisait pitié de voir ses chairs nueis...
— Assez ! assez, frère !
En effet, dom Boissîer en avait assez. II n'avait jamais supposé que le fanatisme des restaurations monacales pût aller jusque-là.
Il monta chez le révérendissime.
Celui-ci portait encore sur son visage les traces de ses émotions de la journée. Il y avait de l'agitation dans ce regard, un reste de mouvement dans ces muscles; mais au-dessus de tout cela s'élevait ce sentiment de triomphe particulier à ceux qui croient faire. l'œuvre de Dieii en se montrant impitoyables envers les hommes, cette joie d'une conscience satisfaite d'avoir bien rempli une fonction de bourreau. '
Dom Boissier s'inclina avec répugnance devant cet homme; il n'eût pas voulu toucher sa main.
Cependant, comme il redoutait le vieillard et qu'il ne voulait rien compromettre de son avenir, il se contint, et, maître de lui-même, défendant à son regard et à ses lèvres de le trahir, il écouta jusqu'au bout le récit pathétique que lui fit le moine de sa belle expédition du matin.
— Cert£j|jnement, mon Très-Révérend Père, dom Gargilesse a été très-coupable; mais que Votre Révérence me permette de lui soumettre une réflexion d'une extrême gravité.
Les traits du vieillard devinrent froids.
— Qu'y a-t-il? Aurais-je mal fait en appliquant
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les saintes règles de TËglise, en dégradant de son sacerdoce. . • ?
— Évidenirnent non, Révérence; seulement, selon nos lois civiles, tout corps doit être porté au cimetière commun. Faire disparaître un corps constitue un délit. Vous n'avez pas fait de déclaration à la mairie?
— Quelle déclaration?
— Mais c'est de rigueur. Père, ne Toubliez pas. Vous vous exposez I L'autorité civile, informée par le bruit public d'un décès subit dans la maison, procédera à une enquête...
— Je ne suis donc pas maître ici, de par les loiâ de l'Église, supérieures à celles de l'État?
— Révérence, croyez-moi, vous jouez un trop gros jeu. Ne vous exposez pas à un conflit avec l'autorité civile : vous succomberiez. Ce serait une grande affaire et qyi aurait du retentissement.
— Un misérable qui a souillé son saint habit ne peut pas reposer dans la terre sainte : le cime-* tière serait profané.
— Mon Dieu! Révérence, permettez-moi, dans votre intérêt, de vous dire qu'il y a hâte de faire la déclaration légale du décès. Il est très-probable qu'à la mairie, si l'on ne suspecte rien, on délivrera le permis d'enterrer demain. Mais , croyez-moî bien, nous serions perdus si cet enterrement ne se faisait pas avec toutes les pompes solennelles dans notre église, comme le plus vénéré de nos frères.
Songez donc, Révérence, que, si le procureur impérial soupçonnait la moindre des choses, il y aurait ici^ avant deux heures^ une descente de jus^
tice, votre mise en arrestation, procès criminel devant une cour d'assises » une affaire enfm cpie les feuilles publiques porteraient aux quatre coins de la France. Vous ne voulez pas que nous ayojos nôtre place dans les causes célèbres ?
Il fallut à dom Claude se rendre enfin à Tévidence. Il rassembla le chapitre; il exposa assez habilement que, la justice selon le code des ordres religieux "étant satisfaite, en raison du malheur des t^nps et des envahissements du pouvoir civil mt rÉglise de Dieu, on était obligé de procéder à un enterrement extérieur religieux et civil ; que, mal* gré son extrême répugnance et pour éviter an conflit avec YaxAx^ribè temporellCi tout allait se passer eoomie s'ils eussmt perdu Tua de leurs Pères les fius mgrettables,
— ' Seulement, ditril, j'c»*donQe qu'au lieu du corps du cnisérable, qui restera dans rài-p«ce, on m^te dans la bière un madrier de bois enveloppé de linges du poids d'un homme. Je n'aurai pas le remords d'avoir souillé la terre sainte dfis restes ûopurs de ce suppôt de l'enfer,
Dom GlaAjde fut inflexible sur ce point Le char*' pentier du couvent fit le carcueiL On suonla un corps bamaia, qui fut envf3ofq)é, sellon l'usage, du dernier maire. Le c(»rcueil M descendu, eou* vert du drap mortuaire, dans une salle basse teadoe de noir, entouré de ct^ges allumés.
Nul ne soupçonna, daiis Gharrottx, dette pam^ nusérable ; et le leodemain, en préseace de toute la population, au miUeu des larmes des saintes fijies qai avaient eu pour Père spirituel ce bon Père dom
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Gargilesse, honoré des faveurs d'une apparition du ciel, le madrier de bois, remplaçant un homme, devait recevoir tous les honneurs de la sépulture chrétienne.
L'emmuré, enveloppé de son noir suaire, était là toujours, dans la pensée de dom Claude, comme une malédiction qui venait frapper Tœuvre chérie du vieux moine. Tout lui avait souri jusqu'à cette heure ; et, au moment de la difficulté d'argent , le génie de la chimie végétale , aidé de la bourse de M. Abel de Grenier, allait porter haut les splendeurs temporelles de l'abbaye.
Ce monstre de Gargilesse compromettait tout.
Qu'importait maintenant l'arbre généalogique qui pouvait être dressé sur les Granieri de Florence? Leur dernier rejeton, saisi d'horreur, fermait évi demment les cordons de sa bourse.
Ces embarras, ces contradictions, vinrent assaillir le moine, au moment où , le soir, il voulut prendre son sommeil. Une insomnie terrible le saisit; vainement il lutta contre elle. La réaction
S* était faite, aussi énergique, aussi puissante que l'ardeur passionnée mise en jeu, pourréaliser l'idéal d'une justice, devant atteindre dans un coupable jusqu'à sa dépouille mortelle. Après la victoire du moine, venait celle de l'homme qui renaît toujours et repreîid ses droits^ même sous un froc.
Dom Claude, malgré son implacable vengeance contre les restes ensanglantés de dom Gargilesse, se trouvait être le vaincu dans cette lutte contre l'ordre social qui constitue lar forme nouvelle, du dix-neuvième siècle, Dom Boissier lui avait fait entendre raison sur un point grave , son droit , son prétendu droit de justice envers les moines, vivants et morts , renfermés par leurs vœux dans l'enceinte claustrale. Il était donc prouvé que ces magnifiques privilèges, donnés par tant de papes, renouvelés par le très-saint seigneur Pie IX, n'empêchaient .pas, lui révérendissime abbé de la famille bénédictine de Charroux , exempt de par le même pontife de toute juridiction de Tévêque diocésain, d'être sous la juridiction immédiate d'un magistrat civil appelé le maire de Charroux, ayant devoir de faire constater les cas de décès dans les vingt-quatre heures, et d'être encore le justiciable d'un autre magistrat, appelé procureur impérial d'un tribunal civil, plus sévère par sa charge, ayant devoir d'appréhender, d'emprisonner, de citer devant une cour d'assises tout individu qui violerait la loi.
Le pouvoir souverain de tant de papes, du pape vivant, venait expirer, comme une volonté d'enfant, devant ce pouvoir de fait, incarné maintenant dans le maire de la plus petite commune et dans le
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procureur impérial du tribunal civil de la plus petite sou&-préfecture.
lÀ étaient rhumiUatàoQ et la honte pour le moine, adorateur de la puissance incontestée et sans linntQS du prètrensouverain de Rome.
Comme conséquence de cette vaesaiité de Tordre religieux représenté par lui, devant Tordre civil représenté par un matre^ il avadt été obligé, afin de d^^iser sa défaite devant ses fils religieux, de re- courir à un misérable subterfuge , de simuler un mort, et pour tsatisfatre jusqu'à la fin sa haine monacale, de recourir à un gros et odieux mensonge, à la face des autels et devant des hommes venant rendre à un bronçon de bois, enveloppé d'un suaire, œ culte de la piété pour les morts, en honneur chez tous les peuples.
Dom Oatidet demeuré seul , se sentit liumâié, dans son honneur d^homme, d'être descendu si bas* Il avait voulu sauver jusqu'au bout Tairtorité du moine; mais, pour cette rigide diservance des prescriptions de la règle, U avait employé un moym que réprouvait la conscience. Gâte jonglerie pieuse lui pesait, maintenant, comme une dégradation de lui*méme, quand il se regardait oomnoe une espèce de sacrilège, quand il pensait à Dieu.
Conscience I consdracel ton mormurene se fait jamais en vain dans Ti&ie humaine I Tu tnubies jusqu'au fuiatisme, dajss ses aberratioas et dans ses révoltes cciitre Tâemdle ^sstiee I
Vers le milieu de la nuit» le vieillard ee leva* II se sentait étouffer. De l'air! de TairI 11 descendit sous le clottre, dont les voûtes ne se montraient
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plus que par les pierres d'attente de ieura oervareg^ Il 9M et viiit au hasard^ sentant que son ccnir battait d'tme a^tation incondue. Jamais, de sa longue carrière d'homme, il n'avait ressenti use semblable énM>tion dans tout son i^e. Ce côté de Taldmye lui parut tn^ renfermé de murailles. Il voulait plus d'espace , porter plus loin le regard. Ia jmi était sombre ; seuleanaat, des éclaircies à travers les nuages lui montraient le jboI où , dans cette agitation fébrile, il dirigeait ses pas. Au sortir du cloître, il monta sur l'une des terrasses cultivées qui s'élèvent du côté du midi. Là il lui sembla qu'il respirait mieux, que sa chaleur dévorante se cahoaat, que son front, prêt à se briser, retenait la pensée, que son cœur, dont il ne pouvait pUis calmer les battements, retenait la vie*
Il monta sur une troisième tarrasse, plus haute Picore, celle qu'il avait fait nivder, il y avait quatre 9XiB^ à la place de la gracieuse maison de l'abbé, souillée^ prétendait-il, par les représentations des pièces de théâtre qui avaient eu lieu dans la grande ^lle, depuis la vefita de l'abbaye. Le temps devenait phis sombre. Il y avait, derrière le mur verdâtre de la terrassa, tmit tapissé des touffes de Yvnihilicus, le cimetière de la paroisse. Que de génératiûnsd^hooimes étalât entassées là I Ce moine, qui avait tant médité sur la mort, tant vu de morts, tant enterré de morts ^ eut un saisissement subit, conune une peur de la mort Ses angoisses sur )[*avenir de sa maison le saisirent de nouveau, phis âpres que déjà; ses remords du jeu misérable au^ qpiel il s'était déterminé la vetUe reoommenc^ent
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plus déchirantes; il jeta un regard de tristesse amère sur F immense abbaye, dont une partie seule était réparée , et dont le reste montrait ses murs entr* ouverts, ses voûtes abattues.
Pour la première fois celte âme de fer, qui avait éix un demi-siècle d'espérances, eut un moment de doute.
— Je ne pourrai pas payer ! — se dit-il en songeant aux sommes énormes dues à Fentrepreneur des travaux de T abbaye. Et il regarda la haute coupole éclairée, dans le moment, par une pâJe lueur venant d'un lambeau du ciel étoile.
Puis, les nuages se déchirant tout à coup, la vaste nef avec ses hautes murailles déchiquetées lui apparut dans une plus vive lumière.
— Je ne te relèverai pas ! — fut le cri de cet homme qui épuisait en ce moment ses dernières pensées,' comme ces lampes allumées dans les tombeaux, qui les éclairent vivement d'abord, maïs qui n'ont plus, vers la fin, qu'une clarté douteuse et à peine saisissable.
Les nuages, sép£ù*és auparavant, se refermèrent : nulle partie du ciel ne donna de lumière ; il y eut comme un souffle glacé qui, en quelques minutes, remplit la vallée d'une vapeur épaisse et pénétrante. Le vieillard se trouva enveloppé de cette vapeur, qui lui cacha l'abbaye, les murs même des terrasses. Il y eut un moment de ces mirages, si rares dans nos climats, ou un monde fantastique semble grandir aux regards. Dom Claude oublia où H était.
Bientôt h ce phénomène , qui ne dura que quel-
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ques secondes, en succéda un autre plus fréquent dans les régions calcaires et sur les terrains où se sont entassées longtemps des matières imprégnées de phosphore. Au milieu de cette sombre nuit, des flammes légères, s'élevant çà et là, disparaissant ensuite, reprenant encore leur mouvement, se groupant pomr faire de larges feux, vinrent frapper les yeux du vieillard. L'homme du moyen âge n'était pas assez maître de lui, en ce moment, pour chercher l'explication naturelle de ces dégagements du sol. Ces flammes continuèrent à venir, à disparaître, à s'élever, à fuir, à revenir encore, à s'approcher de lui, menaçant de l'enlacer.
La peur, la triste peur, que cet homme, si longtemps rude conlce toutes choses, n'avait jamais connue, la peur devint maîtresse de lui. Ces flammes lui parurent des flammes vengeresses. Le souvenir de sa victime couverte d'anathèmes se présenta ; il crut voir son fantôme noir déployant son suaire et s'avançant vers lui au travers de ces flammes. Le vieillard voulut faire quelques pas; ses yeux ne lui montrèrent plus nul objet devant lui ; le froid , comme le froid de la mort, le saisit; ses dents se fermèrent dans un craquement convulsif ; ses jambes tremblèrent, et ce long corps s'affaissa sur luimême.
Un dernier instinct se réveilla dans cet homme, celui de la conservation. 11 se traîna quelques moments sur les mains, et pensant se diriger du côté du grand corps de l'abbaye où étaient les cellules des moines, il arriva au bord d'une large pierre qu'il prit pour l'escalier de la terrasse. Là il pouvait
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se veposeT an instant, respirer, recouvrer la parde et pousser an cri, car il s^tait qiie sa langue s'étadt parise;.
Cet homme, si fier quelques heures à peine, dressant sa tête d'abbé et de maître souverain^ se traînait sur le sol, comme la béte blessée qoî cherche son repaire poor y mourir. Le génie de F orgueil et (te la puissance avait pris son vol et n'était plus avec cette âme. Il n'y restait que la force dernière d'un organisme usé par le temps.
Toutefois cette masse rampante et qui vivait en« core fit un effort suprême ; dom Claude put se touT'* ner, se placer sur la large dalle.
Mais, ô douleur ! quand le corps est sur le point d'atteindre la seccHide marche de l'escalier, il trouve le vide. C'est un abîme qui est devant lui. C'est le mur à pic de la terrasse supérieure. Vainement il essaye de se retenir, le poids du corps Tentraîne, et il va tomber meartri dans une cour basse, sur un amas de gravier.
La secousse de cette chute, cette force de Tor-^ ganisme qui attache à la vie, redonn^ent au vieilf lard, luttant avec la mort, use dernière excitation» Se cramponnamt des mains au mur de la terrasse, il put se relever; s'il rejoignait le corps du logis des moines, il arriverait à quelque fenêtre basse. Ilfra^ perait : c'était le salut t
Ah ! si ces sombres nuages imsûoUles sur sa tête, si cette vapeur glacée qui TenveJQppe pouvait se dissiper encore^ il se reconnaîtrait I Mais la nuit proftmde, toujours la nuit.
Bientôt ses mains crispées se fatiguent, il ne se
soutient qoe par un effort de volonté terrible. Un moment arrive où te mur s'arrête.
Tant mieax I le malheureux vieillard est sauvé ; c*e&A l'extrémité de la terrasse. Encore quelques pas, et il touchera les mwrs de Tabbaye. Toutefois il se recueille : il rnssambie toutes ses farces. II a à faire quinze à vingt pas. O vie t comme on t'aime ! Quelle joie inonde déjà le cœur du vi^Hard ! Il ^ touché de m près la mort. Il en a tu les horreurs, il ai a senti les angoisses. Elle est l:»eD bonne con* seillëre, la mort ! Les yeux du vieillard se sont dessillés. Pendant cette lutte avec les ténèbres, au milieu de ces flammes vengeresses, il s*est fait une soudaine illuminaticm au fond de cette conscience que le fanatisme avait égarée. Ses prétentions folles, ses stupides colères, ses luttes impossibles avec le monde nouveau, cette baTi>arie qu'il a voulu relever dans ses ceavres les plus hideuses, tout cela^ devant ces grandes clartés de Tâme prête à quitter son enveloppe mortelle, lui était apparu dans sa réalité sérieuse.
II lui semble en ce moment que, s^il échappe à cette secousse terrible qui lui serre le cerveau, qui crispe ses nerfs, qui paralyse sa langue, il sera un honame nouveau et brisera avec l'idéal misérable qui l'avait fascmé» .
Elle s'est donc faite dans cette âme, la sainte clarté qui ramène au vrai! Que le corps vive ou tombe, . re$(mt prendra des ailes. L'ange de la mort ne saurait mentir à la conscience humaine.
Le vieillard, qui avait repris quelque force et qui s'était relevé moralement par le repentir, se
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détermina enfin à marcher sans le secours des mains, après avoir quitté Tangle de la terrasse. Mais la nuit, toujours profonde, ne lui laisse apercevoir aucun objet devant lui. Il a été trop troublé par la terrible chute, pour bien se rendre compte du lieu où il se trouve. Il faut enfin marcher.
Le sauverez-vous, mon Dieu! ce vieillard qui vient de passer par cette terrible épreuve?
Le voilà qui marche cependant... Tout ce corps chancelle. Mais Tinstînct, dans une énergie suprême, le soutient... Il marche encore; ses mains, comme celles de Taveugle, sont tendues devant lui.
bonheur!
Il a touché une muraille. Il est sauvé! Il se cramponne à la première pierre sur laquelle s'est appuyée sa main.
Mais, mon Dieu ! qu'est-ce? Ces pierres ne sont pas travaillées, appareillées : elles sont brutes et mal jointes ensemble. Se serait-il trompé? N'aurait-il pas dirigé ses pas vers la grande aile de l'abbave?
Ah! il a épuisé toutes ses forces. Ses jambes chancellent pour une dernière fois : il faut céder au poids du corps. La tête se prend plus que jamais; le froid gagne tout le corps ; le cerveau hésite déj4 à continuer de rendre la pensée. Il est perdu !
Non ! il fera un dernier effort. Il saisit une des pierres où il a pu se cramponner. Tout le corps plie ; mais ses mains crispées le soutiennent encore. Tout à coup une clarté vive se fait dans le ciel : la nue est emportée par un vent rapide. Le vieillard regarde.
Il se reconnaît! Qu'a-t-il vu? horreur!
Il fait un effort dans une convulsion dernière. La pierre, qu'il tenait toujours des deux mains, en ébranle d'autres. Tout tombe. Le vieillard est envahi par les décombres de ce tour élevé fraîchement.
C'était la muraille grossière maçonnée la veille sur la porte de Yin-pace.