‹ Le MoisChapitre 38 sur 75 · AUX INSURGÉS · texte numérisé non relu

AUX INSURGÉS

• Citoyens,

• Vous croyez vous battre dans l'inlérèt des ouvriers; c'est contre eux que vous combattez; c'est sur eux seuls que retombera tant de sang versé. Si une pareille lulie pouvait se prolonger, il faudrait désespérer de l'avenir de la République, dont nous voulons tous assurer le triomphe in cvocable.

<• Au nom de la pairie ensanglantée !

» Au nom de la République que vous allez perdre !

« Au nom du travail que vous demandez et (|u'on ne vous a Jamais refusé, trompez les espérances de nos ennemis coniuiuns, mettez bas vos arnies fratricides, et comptez que le Gouvernement, s'il n'ignore pas que dans vos rangs il y a des instigateurs criminels, sait au>si qu'il s'y trouve des frères qui ne sont qu'égarés, et qu'il rappelle dans les bras de la pairie.

« Le chef du pouvoir exécutif, • Gcuéial Cavaignac. •

L'archevêque s'est acheminé direclemeiii vers le fauboui-g Sainl-Antoine, seul point <jÙ tienne encore rémcuie, et II est arrivé à la jilaee de la Bastille, accompagné de ses Af.w^ vicaires-généraux.

Eu le voyant passer, chacun crut que l'ange de la paix lui-même s'était fait visible et allait visiter les insurgés ; h s hommes découvraient leur Icie devant lui et s'inclinaient. Les soldats lui piésentaieni les armes, 1rs femmes et les enfants tombaient à genoux.

Quelques-uns disaient d'une voix timide,

car ils semaient que leur voix ne seraiipas écoulée :

— Monseigneur, monseigneur, prenez gard?, ne vous exposez pas, ils ne respectent rien, ils tireront sur vous, prenez garde!

Mais le prélat répondait avec le sourire de l'homme qui sait accomplir une grande et sainte action :

— Bonus pastur dat vilam suant pro optbus guis.

Puis, sur la route, il entrait dans les ambulances, bénissant les blessés, absolvant les mourants.

Il arriva sur la place de la Bastille, comme le généra! Négrier venait d'èlre tué.

Il denninda au colonel qui le remplaçait de faire cesser le feu.

Le feu cessant de notre côté, il espérait (|u'il cesserait aussi du côté des insurgés, et qu'il pourrait profiter de cette espèce de trêve.

Une pareille prière était un ordre. Le feu cessa à l'instant même de notre côté, et presque simulianémenl il cessa aussi du côié opposé.

Les insurgés se montrèrent au-dessus de leur barricade. Ils avaient compris qu'il se passait quelque chose d'important.

Quelques-uns, en voyant l'archevêque, élevèrent en l'air la crosse de leurs fusils.

L'archevêque s'avança aussitôt vers eux.

Ses deux grands vicaires, messieui's Jacquenict et Ravinei raccompagnaient. Un homme du peuple le précédait, vèiu d'une blouse, et portant une branche verte à la main, en signe de paix.

Mais pour l'aichevêiue, ce n'était point assez que de parler ainsi à ces malheureux; pour lui, c'étaient des homiues égarés qu'il devait ramener sous le véritable drapeau de la pairie. Franchir la barricade était impossible, il voulut la tourner, pour pénslier ainsi au cœur de l'émeute, et lui i parler.

Il entra chez un liqtioristc, et en sortant par la porte opposée à celle par laquelle il était entré, il se trouva entre les deux barricades.

Il va parler, cl chacun s'apprête à l'entendre avec ce rccneil!emcni qu'inspire toujours un grand dévouement.

lyailleuis, l'archevêque est revêtu de ses habits i-eligieux. Il a l'éiole sur les épaules, il a la croix sur la poitrine.

Mais dans le moment anlve nn de ces

accidents faials doni la cause reste sans cesse obscure. Une querelle s'engage entre les gardes nationaux qui ont accompagné l'archevêque el les insurgés, dis menaces s'ccliaiigpnl, un coup de fusil part; les cris de : trahison, trahison ! s'élèvent.

La fusillade recommence plus TÏve que jamais.

On veut enlraîiîer l'archevêque, qui s'obstine à rester au milieu du feu. On le force à faire quelques pas en arrière, lonl-à-coup il porte à sou côté une de ses mains qu'il tenait élevées, un coup de feu vient de lui traverser le corps.

Son domestique, qui l'accompagne à son insu, le reçoit dans ses bias, et Cbt blessé lui-même en le recevant.

Le coup de fusil a dû partir d'une fenêtre.

L'archevéjue comprend que la blessure est mortelle, il demande à élie administré.

Trois repi (Sentants du peuple suivaient le prébl: c'étaient messieurs Larabit, Galy Cazalat et Driiet-Desvaux.

Us ont disparu, et l'hu croit qu'ils ont été entraînés dans les barricades.

L'ordre est réiabli au clos Saint-Lazare, au faubourg duTemple, il l'hôiel-de-ville, à la rue Saint-Antoine, au pont Saiut-Michel, à la rue Saint-Jacques, au faubour-g Saint- Marcel.

On assure que l'on a reconnu hier le corps de Pujol, percé de balles et de coups de baïonnettes, derrière une barricade de la rue S.iini-Jacques.

Ainsiij ce grand promoteur de l'émeute aurait trouvé la moit dans lémeulc.

Ce qui est uu martyre pour l'archevêque est un châtiment pour lui.

Vous le voyez , il y a des distinctions JBsquedansla mort.

Selon les hommes, la mort ptuiit ou récompense.

La journée a éié terrible.

Les principales victimes soûl le général Négrier el l'archevêque.

Le f.iubourg Saint-Antoine reste seul à prendre ; il est tout emier au pouvoir des insurgés.

Ll'SDI 26 IVtV.

La nuit a été assez calme ; nous l'avons passée tout cniière sons les arnus.

La .surveillance la | lus aciivc était rcconiniandéc.

Une grande lueur apparai.vbaii du côté

du faubourg Sainl-Antoine. Sans doute quelque maison brûle.

Dès le matin, le général Cavaignac nous adresse la proclamation suivante .-

A LA CARDE NATIOMAtE , AtJX SOLDATS.

■■ Giâcc à vous, l'insurrection va s'éteindre. Celte guerre sociale, cette guerre impie qui nous est faite tire à sa fiin. Depuis liier, nous n'avons rien négligé pour éclairer les débris de celte population égarée, conduite, animée par des pervers. Uu dernier effort, et la pairie, la Képublique, la société tout entièie seront sauvées!

« Partout il faut rétablir l'ordre, la surveillance ; les mesures sont prises pour que la justice soit assurée dans son cours. Vou^ frapperez de votre réprobation tout acte qui aurait pour but de la di'sai tmr. Vous ne soulTiirez pas que le triomphe de l'ordre, de la liberté, de la République, en un mot, soit le signal de représailles que vos cœurs repoussent.

« Général E. Cavaignac. •

A huit heures du matin, la séance de l'Assemblée nationale est reprise.

Le citoyen Sénard, piésidenl, fait connaître l'état de situation de la capitale.

L'.\sseniblée vote d'urgence uu décret qui nomme une commission d'vnquête sur les journées de j .in, composée de quinze membres.

L'Assemblée revient ensuite à un décret proposé la veille, el dont voici la rédaction :

« Tout individu pi is les armes à la main sera immédiatement déporté dans une des possessions françaises d'outre-mer, autre que l'AIgt-rie. »

Ce décret est volé dans la séance du lendemain.

On apprend vers neuf heures que quelques points qui résistaient encore au haut du faubourg du Temple et à la Villette ont été emportés par le général Lamoricière.

Un double mouvement se prépai e contie le faubourg Saint-.Antoine : le général Pcriot, qui remplace le général Duvivier, blessé, 11' prendra de face, tandis que le général Lamoricière l'attaqiieia de flanc.

M. Larabit ei deux de ses collègues ont, comme on le sait, été entraînés dans les barricades.

A trois heures du malin, le président de l'Assemblée nationale a eu la visite de M. Larabit; il était accompagné de quatre

hommes qui prenaient le liirc de déléjîtiés du laiiboiirg Saiiil-Anioine.

Ces délègues deui;indaient nn ainiistice; ils se (ai-.iicnt foils, disaicni-ils, d'amener le faubourg Saiul-Aiiloiiie à renoiieerà celte hille (pii ne peut plus coinproniellre la question du salut général, mais qui peut encore occasionner de grands malheur* privés.

Voici quelle était l'adresse des insurgés :

• -Monsieur le président de l'Assemblée » nationale,

• Nous ru; désirons pas l'effusion du

• sang de nos frères, nous avons toujours

• combattu pour la Républi(pie démocra-

• ln|ue : si nous adhérons à ne pas poiir-

• suivre la sang'aute révolution qui s'o-

• père, nous désirons aussi conserver le

• litre de citoyens, en coll^eI■vant tous nos

• droits et nos devoirs de citoyens l'ran-

• çais.

" Les délégués du faubourg Saint- • Antoine :

• Suivaient le» nîgiialin es. • Au-dessous des signatures des délégués, étaient celles de MM. Galy-Cazalal et Drnet-Desvaux.

Plus bas, M. Larabit avait ajouté:

" Les vœux ci-dessus sont si justes ei si

• conformes à nos sentiments, que nous y

• adhérons compiétemini, cl que nous les

• lecoinmandoNs à l'Assemblée.

" Lauauit. • M. Sénard, répondit en ce^ termes, à l'adresse ci-dessus et à la recouimandaiion qui l'accompagnait :

" Citoyens, si vous voulez vraiment con- " server les lin es, les droits, et remplir les ■ devoirs de ciluyens français, détiiiisez à " l'instant les baiiicades en présence des-

• quelles nous ne pouvons voir en voas

• que des insurgé? ; faites cesser toute ré- " sisaiice; soumettez-vous et rentrez, en-

• l'aiils égarés, dans le sein tie celte Répu-

• blique que l'Assemblée naiiunale a

• mission de fonder, et que par tous les

• moyens elle sauia faire respecter.

" Sènard. ■• A six heures du malin , les délégués qaillaieiil l'Iiôlrl de la présidence , pour reporter cette réponse à leurs compagnons.

A dix lieiir<'s <lu malin, le général Perroi et le général Lamoi-iciéie attaquent le faubourg Saiui-Anioiiie.

Le combat dure depuis une demi heure, quand un parlementaire se présente :

Il déclare que les insurgés se r< ndenl sans condilions, connne d a été exigé par le président de l'Assemblée.

Trois bataillons entrent imuiédiatemcnt dans le faubourg; aucune résistance ne leur est opposée.

A une heure quarante minutes, cette dé,péche est coniinniiiipK'e à l'Assemblée : . Paris, le 26 juin 1848.

• Le fanbouig Saint-An:<iine , liernier

• point de la résistance, esi pris; les insur-

• gés sont réduits; la lutte est lerminée.

• L'ordre a triomphé de l'anarcliiei

• C^VAIGNAC •

A deux heures, tout Paris sait que la lutte est lerminée, mais on accepte la nouvelle gravement, presque sans joie; on comprend que la lutte est terminée, niaig pour celte l'ois seulement.

La lutte recommencera.

Car celte fois c'est une lutte de principes, a'.hariH'e, mortelle.

Cei tes, nous n'excusons pas les hommes qui pendant quatre jours ont mis Paris à feu et à sang.

Mais nous disons :

Ces hommes ont été fatalement poussés

Par qui ?

Parles promesses du gouvernement provisoire, qui a pris des engagements qu'il ne pouvait pas tenir, qui a é« l'il sur tous les uuirs de Paris :

— La République doit le pain et le travail à tous ses enfanls. Elle prend l'engagement de le leur donner. —

Qu'est-il arrivé?

Les ouvriers, sans pain et sans travail, sont venus au gouvernemeni provisoire, et ils OUI dil :

— Tenez la promesse que vous nous avez faite.—

El le gouvernen-ent provisoire, ou la con:mission executive, c'est lont un, au lieu de leur dire fraticliemenl: — Nous nous sommes engagés au-delà de nos forces; nous avons promis plus que nous ne pouvions tenir. La faute esta nous; vengezvous sur nous. — Le gouvernement piovivoire a éconduii le peu))le avec des promesses, les ouvriers avec de l'eau bénite de cour.

Ils ont f.iil pour ceux qui demandaient du pain, ce que les minisHes de Charles X

ei de LoIli^-Pililil)|>^; raisftii^nl fwurccux qui demainkiifiii tics favinns ei tics pl:iccs.

Ilsoiii iiaiiélcs hoinmesdis rues comme ils ciissi'iii tiuili! les liomincs ties aiiiicliumhi'cs.

L'homme de raniicliaiiibre se relire liuuiblenieni ei revionl.

L'homme de la rue se relire fièrement et combal.

Nous le disons donc haulenient, comme une ii'islc, niais inconlesiable viirité :

Devant Paiis, d(;vani l'Assemblée nationale, (levant la France,

Les insurgés sont coupables et illigiques.

Ucvanl 11,' fjonvernem-nl provisoire, devant la commission executive,

Is sont lo;;i(|U(sei excusables.

Comment la justice prononcera-lello dans celle suprènii; iiuesiion '

Conmu-ut séparera-l-elle lu cause de reffei ?

Pour les meurlrieis, piuir les assassins, pour ceux qui ont fusillé le général Bréa, qui oiit scié des têtes, coupé des mains, pour ces cannibales de l'insurreciion, pour ces auiliropojihagisde l'émeute, pasde miséricorde !

Mais pour ceux qui vous diront : JVous avions l'aim, nos Icmmes avaient faim, nos cnfau's avaient fiim!...

Oli ! pour ccnx-là piiié, et si, par hasard, d accusés ils se font accusuieuis. .

Justice!

La proclamaiion suivante a été publiée ce soir:

A lu (jiirde nationale et à Cannée.

« Citoyens, soldats,

« Lit <:inse sacice de la République a triomphe; votre dévouement, vo'r? cou-' rajîc icjcbraiilable ont déjoué de coupables projets, f.iii justice de lunes^es erreurs. An nom de la patrie, au nom de i'Iaiinanité tout eniicre, soyez remerciés de vos eWorts, soyez bénis pour ce triomphe nccessuire.

(t Ce niaiin encore, l'émoiion de la Intie était l(-}{ilime, inévitable. Alaintcnanl, soyiz aussi grands d;nis le calme (|ue vous venez lie l'cire dans le combal. Djus Paris, je vois des vatmiueurs, des vaincus ; que mon tioni reste inau !it, si je consentais a y voir des victimes! Lu jusiii'C aura sou cours, qu'elle a};is-.e; c'est voie pensée, c'est la uiii'Uiii.

<\ l'rèt à rinti er au rang de simple citoyen, je reporterai au milieu de vous ce souvenir civique, de n'avoir, dans ces graves épreuves, repris à la liberté que ce ([ue le saint de lu Uépiiblique lui demandaii lui-même, et du léguer un exemple à quiconque pourra être à son tour appelé à remplir d'aussi mands devoirs. »

Le chef du pouvoir cxéeuli/, E. Cavaic^ac.

AL Bixio n'a pas succombé à su blessure comme on l'avait dit d'abord, et quoique cette blessure soit très-grave, la balle ayant passé entre le poumon et le cœur, on espère le sauver.

Les gardes nationales de la province se pressent au secours de P.iris, oit, lieureusemenl, leur présence va Uevenir inutile.

Celles de Uoniogne, Bouiueval, Chatou, ('ourbevoie, Aleudon, Rucil et Sèvres sont arrivées à pied.

Celles de Fontoise, Senlis, Clermonl, Compièmie, Deauvais, Amiens, Corbie, liurnoy, Koyc, Montdidier, Péronue, Abbeville, Arias, Albert, Uijulogne, Calais, Lille, Douai, Cambrai, Valenciennes sont arrivées ou vont arriver |)ar lu rouie du nord.

Par la route de Tout si: Versailles, Bcnnellcs, Menlan, Maiiiienon,Puissy, Manies, MoiMloit-l'AiiKinry, Evieiix, Vernoii, Louviers, lilbœuf, Kou. n, Oigeval, Yvetot, le Havre.

Par la route du sud : Orléans, Doi^rdan, Melun, Piibiviei s. Tours.

Par la roule de l'est : Meanx, Chailly, Planchai d, Coulommiers, Crci y, Soissons, Charly, Château- Thierry , Cliàlons-sur- M:irne, Troyes, Vassy, Chalillon, Rir- sur- Seine, Joiuviile.

MAniU 27 JLi.\.

Lo général Cavaignac, (|ui a été à la fois calme comme la force, grand comme le danger, le général Cavai.^iiac, qui a été constamment ferme, éneri;i(jnc et humain, au milieu des terribles .événements qui viennent de s'accomplir, le général Cavaignac a dt'posé ce matin ses ])ouvoirs entre lis mains de l'Assemblée.

L'Assemblée lui a voté des remercîinenls qu'il avait bien mérités, et l'a nommé présideni d'un ministère, doul il sera chargé de choisir les membres.

Voîci !a composition de ce nouveau minisîèie :

Iiiicrieur : M. Sénard.

Coninfîrrce : M. Toiirret.

Travaux publics : M. Recurl,

Jlai'ine : l'amiral Leblanc.

Aiïaircs rlraiigèrcs : M. Basliilc.

Guerre : M. L:inioricièr<;.

Justice : M. Boihnioiit.

Finances : M. Goudcliaiix.

Tnsiruciion publique : M. Carnet.

L'A?srmblée nationale a adopté le décret suivant :

« Art. r'. Seront iransportés, par mesure de sùroté générale, dans les possessions t'iançaifes d'ouirr-mer, autres (|ue celles de la IMédilerraiiée, les individus déloiius qui seront reconnus avoir pris part à l'insurrociion du 2S juin et jours suivants.

<■ Les femmes elles enlants des individus ainsi irau'^porlés hors du lerritoii e, seiont admis à pai lager le sort de leui s maris el de leur pères.

• An. 2. L'instruction, commencée devant les conseils de guerre, suivra son cours, nonobstant la levée de l'étal de siège.

• Art. S. Un décret de l'Assemblée nationale déterminera le régime auquel seront soumis les individus Iruusporlés.

« Art. '4. Le pouvoir exécutif est chargé do procéder, sans délai, à l'exécution du présent décret.

« Délibéré en séance publique, « A Paris, le 27 juin 18^8.

• Les président et secrétaires, • Signe . Séwaiid , Pëupin , Léon « RoBEr.T, Emile Péan, Edmond 0 Lafavette, Lahdrin, BÉnARD. »

Lorsque le général Damesme fut apporté à l'hospice du Val-de-Gràce sur une civière, son éiai de fatigue était tel, que, malgré la gravité de sa blessiue, il s'était endormi d'un profond sommeil. Déposé dans une salle, les chirurgiens, au nombre desquels se trouvait IVL liiudens, purent examiner sa blessure sans que son sommi-il en lût aucunement troublé. Au bout d'une demi- heure, M. Baudens, lui frappant sur l'épaule, lui dit: • Eveillez-vous ; nous venons d'examiner votre blessure... elle est grave... Il n'y a pas graud'chose à f.iire... Il faut vous décider à vous séparer de cette jambe-là... — Hum! • fit le général. Puis, après un instant de silence : « Allons, dit-il

gaîment, procédez par élimination. • El il se rendormii. Il fallut le réveiller de nouveau pour procéder à l'opération. Aujourd'hui l'état du général, après avoir inspiré quelques inquiétudes à la suite d'une fièvre intense, est des plus satisfaisants. Son premier soin a été de demander au jeune sous aide Leriche, qui le soigne, s'il pourrait monter à ( lieval avec sa jambe de bois; sur la réponse aflirmaiive de celui ci : «Oh! bien alors, dit le brave général, je vaux autant qu'avant... f-^ive la République! ' —

Une commission a été nommée aiijonrd'Inii pour régler ce qui concerne les cérémonies funèbres des victimes de l'insurrection. Elle a délibéré sans désemparer.

La cérémonie funèbre aura lieu aprèsdensain vendredi, sur la place de la (Concorde. —

Après avoir été atteint si malheureusement, IMgr. l'archevêque de Paris a été iransportédans une maison de la rueSainl- Anioine, puis on l'a , vers trois heures, transféré à l'archevêché.

Pendant la roule, il était escorté par des gardes mobiles. La physionomie d'un de ces courageux enfants l'avait frappé, l'ayant vu combattre et arracher un sabre à son ennemi, après en avoir reçu des blessures à la tête.

Il l'a fait approcher, il avait encore la force de soulever ses bras, il a pris une petite froix de bois surmontée d'un crucifix et suspendue à un collier noir, et l'a remise au j(;une héros en lui divaniiiVe quille pas celle croix... nieU-la iur ton cœur, cela te portera hoiihcur...

François Di lavrignère , c'est le nom du garde, a fait serment, les mains jointes et dans une altitude de prière, de conserver à jantais ce précieux souvenir du vénérable prélat mourant.

Dtlaviigiière appartient à la septième compagnie du quatrième bataillon.

Ce soir, la nouvelle de la mort de IMgr. l'archevêque de Pat is se répand ; le noble martyr a expiré vers quatre heures de rapres-miJi.

Ce matin, la nouvelle d'un grave accident airivc celte nuit place du Carrousel, s'était I épaudue. Nous avons dû attendre jusqu'à deux heures poiu' avoir des détails positifs. Voici ceux que nous avons recueillis :

Ters minuit, plus de cent insurgés, pris les armes à la main, éiaienl conduils à la prison du Luxembourg par les gardes nationales réunies du Loiret. En passant sur la place du Carrousel, les rangs de l'escorie s'étant ouverts pendant une seconde d'arrêt, une partie des prisonniers, dont la plupart élaient forls et vigoureux, ont désarmé quplques gardes naiionaiix de l'escorie, tandis que l'autre partie fuyait du côié de la rue de Cliarires et de la place du Palais-National. Les gardes nationaux qui n'avaient point été désarmés ont fait feu sur les fuyards.

Les postes des Tuileries, se croyant aliaqucs, ont répondu par un feu de file. Il est résulté de cet accident un grave malheur. Plusieurs des gardes nationaux di' l'escorie ont éié tués, et d'autres oui été blessés. On cite parmi les morts un chef do Lai;iillon flu Loiret. Penduut ce lenipslà, quelques gardes nationaux potusuivaicnt les prisonniers sur la place du Palais-Nalional. Ces derniers se défendaient énergiqueiiieiit avec les fusils et les munilions enlevés à la garde nationale.

La garde marine qui occupe le Palais- National a pris les armes sous les ordres de son commandant, M. Lullier,ei a fusillé sur la place dix- huit prisonniers.

Trois autres prison iiicrs étaient poursuivis dans la rue de Valois, où ili ont été arrêtés; la garde nationale les a lâchés dans la cour du palais où ils ont été passés par les armes. Pliisieurs coups de feu sont partis des fenêtres, faisant l'angle de la place du PaIai.s-National, dirigés sur la garde marine. D'autres coups de feu avaient été égalcmcnl tirés de quelques fenêtres de la rue de Valois sur la garde nationale. On a fait plusieurs arrestations dans ces maisons: on y a décoaveri quelques armes.

.Soixanie-dix-neuf des prisonniers ont lié repris et conduits dans les caves du Palais-National. On les en a cxlruits aujourd'hui à midi. Apres les avoir garottés, la garde marine, soutenue du bataillon de la garde nationale de Troyes, les a conduits sur trois rangs à lEcole-Militaire. ous avons remarqué parmi eux un jeune nfant qui n'avait pas douze ans. La pluart étaient -résolus ; d'autres pleuraient, e plus grand nombre était couvert de sang.

dti

Après le récit des événemenls généraux,

vient naturellement le tour des anecdotes. Nous recueillerons, au fur et à mesurp qu'elles nous ari-iveront, celles qui nous par:iîiroiU les plus cuiieuses ou les plus importantes.

Dans la journée du 25, des gardes nationaux aperçurent sur une terrasse de la rue Saint-Denis, une vingtaine d'hommes qui faisaient des signaux. On comprit la nécessité de déloger ces vingt insurgés.

La mission était périlleuse; mais c'était un devoir à remplir. Un lieutenant do la garde naiiouale prit avec lui huit soldats de la ligne, et partit pour cette diiïicile entreprise. La nuùson suspecte était le numéro S6 de la rue Sainl-Deuis.

En arrivant sur le toit, le lieutenant de la garde nationale eut la générosité de sommer les émeuliers de se rendre. Le chef des insurgés, communiste bien connu du 5" arrondissement, l'ajusta avec une carabine, et lui envoya une balle qui, heureusement, lui passa près de la tête sans lalteindre. Cet homme fut sur-le-ehump abattu par un soldat de la ligne. Les insurgés fuient tués jusqu'au dernier sur cette terrasse.

L'une des barricades de l'île Louviers se faisait remarquer par sa coustruciion savante : les insurgés y avaient pratiqué des créneaux qui leur peimeiiaient de faire feu sans daiiger sur les défenseurs de l'ordre. Un garde inubile, enfant de quinze ans îx peine, qui avait échangé son lourd fusil contre une carabine, s'avança en rampant jusqu'à la barricade, et, se levant tout à coup contre le talus, tira à bout porianl, par le créneau même, contre les émeuliers. Son coup làehi', il"se jeta la face contre t'-rre, rechargea son arme, et, se relevant, tira un nouveau coup. Il renouvela quatorze fois cet audacieux manège ; mais, au quinzième, il fut lui-môme atteint d'une balle, et il tomba mort au pied de la barricade, qui fut bientôt après enlevée par ses compagnons, électrisés par un tel exemple.

Un bataillon de la 1" légion, commandé par iniérini par le capitaine Vieyra, a été dirigé seul , sans être appuyé d'aucune autre troupe, contre la formidable barricade au haut du faubourg Poissonnière.

Le canon ayant à peine entamé la barricade et le luur d'octroi, les tanibours ont

batin la charge. Les gardes naiionaa\, cjni conipiaifiil (|uaire géniMaiix (l;ins leurs r.iiig-, MM. Mo'.iiie île Siiiii-Yon, J)elariic, lUiliiiéieei Goiiigaïul, se soiil avancés vers la barricade au pas de course elavcc l'aplomb dune vieille iroupe. Accueillis par un feu des mieux uouiris ei dirigé avec une terrible adresse, ils oui laissé un ntmilire considérable de leurs camarades sur le carreau, lorsqu'ils n'avaient encore franchi que la moiiié environ de la distance. La grêle de balles coiitinuaiil, la colonne s'est ai rêléi' pendant quelques minutes, s'abiiiani de dioiK; ei de gauche dcriièie les murs des poi lés. (Chacun reprenait haleine, protégé par l'obstacle qu'il avait pu uiitire à profil. Un seid garde naliou;'l élaii resté au milieu de la rue : c'élaii le général Moline de Saim-Yoïi; au milieu (le celte pluie de fer, il se promenait iiiipassiblemenl de long en large, allaiil de l'uu à l'ainre, et di^ant : « Nous ne sommes pas loin du but ; je crois que nous ferions bien de nous mettre en marche. » Ce petit temps d'arrêt, pendant lecpiel le ffénéral Saiut-Yon était à l'étal de cible, a duré environ cinq niiuules. Le général n'a pas Clé attrint. La colonne a repris sa coin se et est arrivée à la barricade; mais qu'a-l-elle vu? Derrière ce premier rempart, la grille fermée de la barrière, et derrière la barrière une autre barricade, vraie |■ortere^se crénelée, d'où les insurges liraient sans l'teii craindre. Le bataillon, coMiuiandé par M. Vieyia, s'esl bai lu peiidanl plusieurs heures, et a été remplacé dans c ■ poste périlleux par la gai de iiationule d'Amiens.

JI. Denis-.Augusie Affre, archevêque de Pari>, éiait né a Saini-lloiiime-dc-Tarn, au diocèse de Rodez, le 18 septembre 1793. 11 lui insiilué évéqiie de Poiiipéiopolis ei coadjuieurde Sirasbourg, le 27 avril 18?i0; nommé archevêque de Paris le 2G mai suivant, préconisé le 13 juillet, ei sacré dans son église iiiéiropolitaine, le 6 aoûl de la même année. Il avait été précédemment ch:inoiiie de l'église de Paris, cl vicuirejjéueral du dioeèse.

11 a vécu cinquauie-qualre ans neuf mois moins un juur, étant mort le 2G juin 1S4S.

Sou archiépiscopal a été de sept ans dix mois et vingt n un jours.

C'éiaii uu des prélats les plus éclairés,

non-seulemeni de France, mais de la cht élienic.

Sou corps est exposé provisoirement à l'archevêidié, Pe Saint-Louis, où le prélat a succombé. La foule se presse pour visiter la chapelle ardente où le corps de l'archevêque est dépo.-é sur un lit de parade.

MERCREDI 33 lUI.X.

Paris continue de demeurer en état de siège, néamuiiis le placard suivant a été afliché aujourd'hui dans Paris :

BÉPUBLIQUlî FRANÇAISE.

Liber/fi, Egalité, Fraternité.

MAIRIK DE PARIS.

Le repre'»eiilanl dit peuple, maire de Pari», aux maires des douze arrondissements.

Paris, le 27 juin 1848.

« Ciioyen, « Je reçois à l'inslanl la di'pèche suivante du chef du pouvoir exécutif:

« Monsieur le maire de Paris, «Je vous invile à rétablir immédiaie- « n.eiil l'ordre et la circulation dans Paris, « el à prendre, à cet effet, toutes les nie- « sures que vous jugerez convenables.

« Le même ordre est adressé aux géné- <( taux qui occupïul miliiaireuienl la place « de Paris. »

« Le chef du pouvoir exécutif,

« Signe', général Cavàignac. »

« En conséquence de cet ordre, vous donnei'cz des iustruclious au. colonel de votre légion pour qu'il i étire la consigne dont la sévérité nécessaire avait encore e'/e exagérée dans l exécution' pitr un zile dont fainie à louer du moins ta bonne intention.

«Cet étal de choses doit cesser hiijourd'hui niêiiie. Les habitauis de P^ris doivent savoir qu'ils oui la parfaite liberté de leurs relaiioils, de leurs affaires. L'état de siège, alors mèiiie que ^.\^selulJlée nationale jugerait h. |)ropos de le prolonger, ne uieuace point le citoyen paisible.

« Je vous iuviie à ne tien négliger pour que Paris reprenne dès aujoura'iiui son aspect accoutumé.

« Le repréitentant du peuple, « maire de Pari',

« Ar-mand Marrast. »

' Nous regrettons que M. le maire de Pâli s u'aii pasxru devoir remercier pitremeu

Cl simplement les colonels des Icfïions. Au milieu de laiit d'éloges "n mol de blûiiie est amisiani, siirioui li,rsi|iril émane de la preniièro auloriié municipalo du pays.

Au rcïlc, celle proclamaiioii a laii mer- Teille.

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