DIMANCHE 25 JUI.N
On a passé la nuit sans dormir; le matin, la surveillance, excitée par l« s découvertes de la veille, a redotibb'-; on a sai^i de la poudre dans les boîtes à lait des laitières, un double fond était pratiqué, et deux ou trois pouces de lait, seulement, couvraient l'orifice de la boîte.
Dis gardes nationaux arrivent des environs. Nous avons déjà dit qu'Amiens et Rouen avaient envoyés leurs contingents.
Oii dit (pie la garde nationale des Batignolles a fait de gianiles perles.
A six heures, une batterie de six pièces de canon ileseend au galop la barrière de Clicliy, suivie d'une vingtaine décaissons. Dans les journées précédentes, c'est l'artillerie surtout qui a manqué.
Plusieurs représentants ont péiiéi ré dans les barricades, se sont entretenus avec les nsuvgés et otil pu voir cet élran^^e iiiK-ri(ur, avec les femmes faisant le ménage eVks tufaulsjouaul comme sur une pio-
irienade pub'ique, mais nulle part leur parole n'a ca d'iiinuenee ; tous les insurgés à (pii ils ont adressé la parole, ont diclaré qu'ils mourraient pour eeite Rt'i«ubli(jue démocratique et sociale que pas un ne |)ouirait définir.
A neuf heures, le feu é!aii de nouveau engai;é sur tous b-s points, c'est-à-dire au faubourg Sjiinl - Marceau , an laubourg Saint-Antoine, au clos Saint-Lazare; de temps en temps, le bruit du canon retentit et doiiiiiie tout les autres bruits.
Le clos Saiiii-Laiare esi une forteressedéfrndiiepai'deNéritables onvrag^s avancés:
l'c'glise Saint- Vinuent-de-I'aule à droite, l'entrepôt des douanes à gauihc Les insurgés ont renoncé à pénétrer dans la ville; mais ils se sont retiancliés deri ièio le mur d'enceinte.
Des sccoui'S leur arrivent de la Chapelle Saint-Denis et de la Villeite avec lesquelles ils sont eu coituniinlcaiion.
Vers midi, l'égiise Saint-Viucent-de- Paule est piise. Une senlineile es; placée aussitôt sur b; toit ; elle s'abrite derrière la croix d(.' pierre qui s'élève à l'extréinité du muimment, ei, de là, domine tons les environs.
A nue heure, le canon enfonce les portes de l'entrepôt de la douane. L-i généial Lamoricieie entre !e pieinier dans la foileres.se prise. C'est iiiU! habitude qu'il a contractée à Constaniiii<; et qu'il n'a pas perdue depuis.
Le 7" de ligne, accompagné d'une pièce de canon, gagne la rue des Abattoirs. Là, il trouve une scconile pièce, en batterie de|>nis la veille. Ces deux pièces réiinissenl leur feu contre le pavillon de la barrière Rochechouart. Les boulets broient la grille de la barrière et trouent le mar d'enceinte, qui est en pierre tendre.
Les iiisiir^és répondaient à ce feu par une fusiilaile dirigée des fenêtres et dis toits des maisons situées aux environ» de l'i'glise Sainl-Vinceiit-de-Paiile.
Vers trois hi ui es et demie, le général Lebrelon reçoit un renfuil. Alors, à 11 léK^ de la garde mobile, de la garde nationale de Pari", de la garde nationale de Roueii et d'Amiens, il attaque simiilianémeut les tiois barricades. Attaqués ainsi de front et de Oanc, les insurgés sont dispersés. Un des chefs, nommé Larroque, beau jeune homme de vingi-huii à trente ans, qui porte uu jabot de dentelle sous sa
blouse de toile, îles souliers vernis sons Ron panlîiloM ili; eoniil, csl lue. C'esl le rédaciPiir principal du jduruiil le Père Diic/iè'ie.
On envoie son cadnvro à la mairie du deuxième arronrlisscincu!, en chargeant les porteurs de <^ire tout le long do lu roule que tout va bleu, ei (|uc dans un qnait d'heure ou sera u^aitrc du clos Saint- Lazare.
Un de ceux qui accompagnent le corps, est Ini-nièiiie un beau jeune luminie, nommé Cl a net, et qui demeure rue de Kichelieu, 112. Depuis irois heures il combattait au premier rang, lorsqu'une b.ille alicint son fuMl aux dcnx tiers du canon, s'incrusie dans le r>r, ei, donnani une impulsion irrési.stible à l'arme, lui fait du contrc-conp deux blessnres : l'une à la tète, ra:ilre à la poitrine. Nous le reiivoyons malgré lui, son fusil à moitié brisé, et lui (ont sanglant.
A cinq henif s, le clos S.iint-Lazare était pris, et les insurgés di>persi!s. Mais deux généraux étaii nt blessés : le général JJourgon et le général Korle.
On 0(Hnb:il-ail rue Saint-.\nloiue avec non moins d'arhaiieireiii. Qnelqiu's barricades avaient été enlevées ; mais on avait peiilu beaueiiup de momie, et les forces étaient insulTisanies. Un aide-de canip, expédié à l'Assendilée nationale, ramè^ie deux escadrons de dragons, utn^ colonne d'infanierie et de gardes nationaux de la banlieue, coniniandés par le général Négrier.
!l faut suivre la rue Saint-Antoine, Il faut voir les maisons éveiHiécs parles boulets, sillonnées par les balh-s, pour se faire une idre de ce ipie lut ce combat, prés duquel la piise de la Bastille, l'insnrreciion du 13 vendémiaire, la révolution de 18-30 Cl celle de 1848 furenl des jeux rrenfanis. Les maisuus prises une à une. l'insurrection refoulée pas à pas, le géuéral i\égrier se di'tache, passe par le (|uai des Ormes, et se dirige vers la caserne des Célestins, encore au pouvoir des insurgés, avec le iW de ligne et l'artdlt rie de la garde nationale.
La caserne est prise, les in.surgés sont débusqués des greniers d'abouilanee. Le géuoral Négrier orilonne de faire iin dernier elloi 1 pour dégager le haui de la rue Saiui-Antoiue et la place des Vosges ; puis, 6v trouvant en face de la barricade du fau-
bourg Saiiit-.Antoine . que l'aililleiie bat inuiilemenl en brèche depuis le matin, il veut essayer de !a peisnasion ; il s'avance avec M. Carbonnel, et essaie de se faire entendre anx insu; gés ; mais, aux premiers mots, une fusillade ternble part des rnaisims qui défendeni la barricade, et le général Négrier londie fraïqié à mort, en tendant la main à AL Carbonnel, qui vient d'être blessé en même itmips, et en disant :
« Vous me ren frez témoignage que je suis mort eu Français et en soldat. •
La mon du général Négrier redouble le courage des assaillants, le leu de la halle ie est dirigi' sur la maison du Bélier- Mérinos, qu'elle évenire, cl sur- la maison ipii fait le coin de la rue de Cliaronnc, qu'elle démolit de fond en combli!.
l'endanl ce temps, le gélifiai Lamoricière est parvenu jusqu'au faubourg du Temple, qui est au pouvoir des iisiirgés et qu'il somme de se rendre; mais les infurgés veulent abandoniiir les bariii^idcs ave(- les honneurs di' la guerre, landis que le général Lamoricière ne veut, les recevoir qu'à discrétion.
— C'est bien, dii le parlementaire, nous avons encore pour trois jours de poudre et de balles — et il va rejoindre les insurgés, sai.'S niéiiie avoir levé sa casquette devant le général.
Il y a loin, de 1848 à 17.'i.ï, des combats dans les rues de Paris ù la bataille de Fonlenoy.
A la Vieille-Rue du Temple, c'est Victor Hugo qui tente nue conciliation que partout l'obsliitaiion des insurgés rend impossible : les huinmcâ des barricades le connaisseiil, le respecicnl, mais ils lui ré|)ondent qu'ils sont décidés à mourir plutôt (pie de se rendre. Apres nii qnari d'heure d'insistance inutile, Victor Hugo quille les insurgés qui, celle fois, s:- soûl découverts devant lui.
Esi-ce que le génie du poë;e serait, aux yeux des hommes, quelque chose de plus grand encore que la gloire du général?
.\ côiédf Victor Hugo, le colonel Mon- K yiiar est blessé d'une balle , (|ui vient s'apbiirsur sa croix de la Légion-d'Hunneiir. — Kl bien, colonel, lui dii le pocie en riant, vons voyez <|ue les hocheis du général Clénii lit Thomas sont parfois bons à quelque chose. —
On apprend que l'on est à peu près maître de loui le faubourg Saint-Marcel. .
Dès trois heures de l'après-midi, Mi;r.
l'aiclievêqiie de Paris, accompagne de ses quatre vicaires, s'ëiait rendu à l'hôiel de la présidence; iniroditii près du général Cavaigiiae, il a ofl'eil de meure au service de la République son dévouemeul ei celui du clergé.
Le général Cavaignac a accepté : c'est un bel exemple à donner anx populations que la Roligion niarcliant au milieu des défenseurs de l'ordre. Nous aussi, quand nous aurons !e clergé et la croix dans nos rangs, nous pourrons aborder lis insurgés comme nos pèi-cs abordaient les infidèles, en criant : Dieu le veut!
L'arclievèque est strti de chez le général Cavaignac, eu emjjortant sa dernière proclamaiion. La voici :