TUÉS
Le général Négrier.
Le général Uréa.
Le général François.
Le général Reynaud.
Le général Bourgon.
Le général Korte, blessé à la jambe, est dans un eiat saiisfaisant.
Le général Damesme a subi l'ampuialion de la cuisse, comme nous l'avons dit. Ou a l'espoir de le conserver.
Le général Duvivier a leçu au pied une blessure plus grave qu'on ne l'avait cru au premier moment; il a été transporté au Val-de-Giàce, et M. Buudens a constalé une fracture dans l'articulation du pied.
Le général Fouchtr a été blessé an miment où il coinmandait la colonne chargée d'aiiaquer la barricade du faubourg du Temple.
Le général Bedeau a reçu une balle dans les chairs de lu cuisse ; son état est livssalisfaisani. Oji pense qu'il pourra prendre la direction de son ministère dans quelqm-s jours.
Le général Lafoniaine va beaucoup mieux ; sa blessure a donné pendant quelques jours les plus vives inquiétudes.
Le général Lamoricière n'a pas été alleint; mais il a eu deux chevaux tués sous lui.
Mercredi, les gardes nationaux de garde à la barrière de Charenton examinaient, avec une grande atieniiou, tous ceux qui quittaient Paris ei qu'on présumait sortir des rangs des insurgés. Les voilures qui pouvaient contenir ou des armes ou des mnnilious de guerre devenaient aussi l'objet d'une I igoureuie sui veilluuce. On ouvre la poiiière d'un fiacre sans numéro; un monsieur à barbe noire s'y trouvait assis. — Où allez-vous? lui dil-on. — Chez un de mes auiis. — Qui èles-vous? Quel est votre nom? L'inconnu se trouble, liésile. Ou coiiÇûit des soupçons; on le conduit à la mairie. Là, les mêmes quesiions lui sont adressées. Même embarras d'abord ; puis il répond : « Tout cela m'inipaiicute. Eli bien ! je me nomme Vincent Lécuyer, capitaine de la b' légion. Je commandais à la barricade du faubourg SaiiU-Anioine, et je quittais Paris. • Ou s'esl emparé de cet individu, cl on i'a conduit au forl de Viaceones.
— iioS —
Ccrte nuit, à onze heures ei demie, la doloiiaiion d'uiifi arme à feu s'est fait cnlendre au bas de Moniniarire. Celle commune, dont la garde nationale e^t désai'niép, csl gaidée par des déiacliiincnis dos \'' ei 2' légions de Paris, el par quelques postes de soldats de ligne. Un soldai de ces derniers, placé en sen'irjcUe dans un lieu isulé, à l'exirémilé de la nie Saint-André, qui aboutit à i'enlrée d'une carrière abandonnée, avait vu venir à lui un homme tenant un sabre- poignard à la main. Deux f)is il lui avait crié qui vive? sans obtenir lie réponse; à la troisième fois seulement, il avait répondu : pompier de Montmartre. Mais comnie.il avançait toujours le sabre à la main, le factionnaire a fait (eu, et l'homme est lon.bc frappé mortelleincut.
On a trouvé sur lui un livret des aieliers nationaux et sa carte d'élrcleur ponant le i:om de Barl (Jean); il était ûgé de vingtdeux ans et habitait la commune de Montmartre.
Pour arriver au lieu où il a été tué, cet homme ne pouvait sortir que de la carriè-re. Poiir()Uoi y avàil-il été? Pourquoi en sortait-il? Pourquoi n'a -t- il répondu qu'au troisième averiissemcnt de la sentinelle, et <n avançant sur elle le sabre.à la main? Ces circonstances n'ont pas été expli ;uées et donneraient quelque vraiseniblaucr ù la déclaration de quelques habitants de Montmartre, qui ont cru le reconitaître pour un des insurgés de la barricade RochechouUrt.
M. Georges Danton, fils du célèbre conventionnel, vient de mourir à Tige de cinquante-cinq ans, à Aicis-sur-Aube.
Paris présente un aspect des plus curieux.
Sur tous les points la circulation est rétablie, celles des barricades qui sont encore debout ont été ouvertes pour laisser passer les voilures.
Un véritable Longchamps est établi sur tous les points où la lutte a éic acharnée, des femmes du monde dans des calèches découvertes sillonnent le boulevard au pas, et à la queue, montrant du bout de leurs doigts gantés les déchirures des balles et les elTi actions des boulets.
Voici le chemin que suit la file :
On prend le boulevard au faubourg Poissonnière lieu où s'est arrêtée, ou plutôt où
a été arrêtée l'avant-garde de l'insurrection, on le suit jusqu'à la porte Saint- Denis, où commencent les premières traces des balles.
La porte Saint -Denis est légèrement piquetée, mais aucun des bas-reliefs n'est sérieusement endommagé.
En .^e iclournant, on a derrière soi la maison du restaurant de l'OEil de-Bœuf, dont tons les carreaux sont brisés.
L'angle de la nicdeCléry.dont quelques maisons sont écorcliées par les balles.
Tout ceci mérite à peine l'attention, on a liâle d'arriver sur les véritables champs de bataille.
A mesure qu'on avance les traces du fombal sont plus visibles.
Au coin de la me du faubourg du Temple, que les piétons encombrent et que les barricades obstruent,on est forcé de quitter sa voiture, on continue à pied.
En arrivant sur le canal , le spectacle commence à devenir plus intéressant.
Le pont, qu'on a devant soi, a été longt(>mps disputé, vainement les insurgés ont i<nté de l'abattre, tous leurs efforts ont été inutiles.
Ou découvre alors devant soi tout le faubourg du Temple.
Au premier plan, les maisons du quai du canal criblées de balles;
Au second plan, les premières maisons de la rue Fontaine au-Roi, criblées de balles coiTime celles du quai.
Au second plan à droite, nue maison écroulée à moitié, tonte noircie, fumante encore.
Derrière cette maison, un grand pignon troué par huit ou dix boulets.
Trois de ces botdels ont assez distinctement dessiné un coq gigantesque.
Tout le côté gauclie de la rue du Faubourg est labouré par les boulets et les biscaïens.
En se retournant, on a derrière soi et de l'antre côté du canal, un mur de cinquante pas de long, mis à jour par l'artillerie.
Apres avoir remonté jusqu'à la moitié du faubourg on le redescend, on prend le quai du canal eu remontant du côté de la Bastille : ou trouve alors un pont tournant, ce pont a été témoin d'un de ces actes d'héroïsme qui ont immortalisé la garde mobile.
Un escadron de dragons était passé, la
— 2:io
j^aide mohilL- nllaii les .'^uivre, qnaiil loin h coup di's hoiiiiiies, sur Ilsijih'Is on nviiii cm pouvoir coniplcr, si; prccipiieiu sur liponi ei lui inipriiiunt un iiiouvtnieiii de ruiation.
Lu garde mobile est b(''par('(> des dragons, les dragons, isolés sur I auiic rive, suiil perdus.
— A moi les nageurs 1 cv\c un jeune soldai. Ceni nageurs, à p."u près, se présenteni, on lire les baionnciies des canons, on laisse les l'u'^ils aux camarades, on passe le canal la baïonneiie aux dénis, ou aborde l'aulte quai, el l'on tombe sur les insurgés à coups de baïonneiies, devenues des poignards.
On traverse ce pont, ou ( iiire dans la ru;; d'Aiigoulème, qui conduit jusqu'au boidevard, au bout de la rue on reiroiive si voiture avec laqu(>lle on va jusi;!);! la |)lacc de la Bastille, loin en îuivaiii les boulevaids, devenus un camp, occupé par les cuirassiers, les lanciers, la garde mobile et la ligne.
Tout cela donne à Paris, non-seulement l'aspect d'une ville eu étal de si( gc, mais encore d'iiiK? ville assiégée.
En arrivant à la place de la Hasiille, la foule est telle, que des sentinelles forcent les piétons de suivre les trottoirs, tandis que les voitures sont invitées à ne pas s'écarter de la file.
Là, en efi'et, est un des aspects 1rs plus flTrayanls, qu'ait jamais laissés au Iruu! d'une cité la guerre civile.
On a devant soi :
La maison du Bélier-Mérinos, peinte eu couleur chocola',. Les trois fenèires sont Ullemenl évenlrécs par Ifs banh ts, que Ictir ouvcrluie tient toute la faç:ule ei que l'on ne comprend point par quel miracle d'équilibre la maison se soutient.
A droite est la rue de Cliarenion ; la fusillade l'a ciiblée, c'est une véritable peiiie vérole de balles qu'uni eue ses deux ou trois premières maisons.
A gauche, à l'entrée de la rue de la Roquetie, les pompiers sont dcboui et à l'œuvre sur un monceau de ruines. C'est tout le devant do la maison de la Peliie-Jardiuière qui s'est écroulé, laissant debout c! intact le mur du fond, sur lequel se détachent trois cheminées pareilles à trois étagères.
Sur l'une de ces cheminées est une glace parfaitement intacte.
A l'aiigle de ta eheniim'e pendent à un clou, une corne et nn petit balai.
Trois petits tableaux resle«l cloués à la mi;raille.
Cette maison ét;M( celle d'un confectiounaire d'hubilleaeuls; des lambeaux de draps, lires des décombres, sont décUique- • lés par les chiffonniers et par les gamins.
En face de ce point les voitures slaiioa* nent.
Plusieurs dessinateurs soûl occupé? à faire des cro(|uis.
L'esiaminel des Trois- Billards, mérite aussi une mention pariiculière.
Ou reprend la marche, el l'on pcuèlre dans la lue Sainl-Aiiioine.
I,;i on retrouve à chaque pas In trace de la lu !e, mais ou (Sl i;à é par la vue du laiilionrg. Bien qui vaille la peine de s'arrêter ne se présente jusqu'à ce qu'on arrive en face du petit café Momus el à l'ang.e de la rue Cloi;he-r. ice.
IJoiize ou quinze boulets , tirés de la place Bandojer, ont broyé le premier et ic second étages de la maison; le mur n'est que poussière, et l'on se recule involoiitairemeiit, de peur qu'eu s'écioulaul, la maison ne vous éerase.
En lace est un tuyau de fonte qui rampe du pavé au toa d Une uiaison. On essaie de conipier les balles qui l'ont iroui-, puis on y reiioncf, la tâche est trop difficile.
On comprend (pie la liiile ail clé acliainée sur ce puinl. Cinq cenis pas encore, et les insurgés éiaieiii a l'Hôiel de ville.
En sortant de la rue Sainl-Anioiiie on reprend les quais, ou les suit jusqu'au pont Noue Dame, oii le traverse ainsi que le pont lie l'Iloiel-Dieu, et l'on se trouve en face de la mai-on des Deiix-P.errois.
Un eid'iint ne mettrait pas sa main sur toute l'ctenlue de la maison, saus couvrir la II ace d'une balle.
Puis l'on revient , on n'a pas tout va, mais on a vu le plus curieux I
A'ous sommes ainsi faits, ce qui était il y a II ois jours une doideur, est aujourd'hui une disiraciiou.
Dieu veuille que ce soit la dernière douleur el la dernière distraetio!) de ce genre que nous garde la révolution do ld?i81
Les 6' el 9' numéi us paiMi ruiil «lu 11' su 15 aoul. — I* 6' iiiiinéro conlieiiilra Vincaiinn de l'Jitemliiie nali'i. ndle, qui a eu lieu le 15 mal.
PAKIS.-T^ POGRAPIIIK OK E. ET V. PENAUD FRÈRES. 10, UtK 1<1' F,il<IIOUllG-!UO^TMAHTKIi.
IV» 9.>-31 Août 1S4S.
PAR AN
LE MOIS ï
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RÉSUMÉ MENSUEL, HISTOÇiaUE ET POLITIQUE OE TOUS LES ÉVÉNEMENTS
ENTIÉKKUEMT KÉDICA
Par AL.KXA]\DBE: DUIIAU).
£a France et l'Mtttrope, arant, pentlaut et aprit le tJl février.
Voilà que nous en nnivons à rc que nous voulions, c'csi-ù-clireà fiireau pair avec les événements et à pouvoir les donner à nos Iccieurs avecrinléroit qu'ils ont el l'impression qu'ils produisent, lejouroù ils s'accomplissent. Ce journal ne peut ni ne doit être une compilation banale des autres journaux, mais bien un résumé iuielligenl, destiné à servir à l'histoire de noire époque, comme les Mémoires de Dangeau nous servent à redescendre dans la vie intime el quotidienne de la cour du dix-septième siècle. Aous nous conformerons dune désormais au second litre de notre journal : lîéiume' politique el historique de tous les événements , jour par jour, heure par heure; seulement, nous ne nous coutenlerons pas de la politique, et la littérature aura ses pages dans notre revue, car, voilà que déjà maintenant les grandes questions qui préoccupaient tous les esprits, se résolvent peu à peu; voilà que l'anarchie est morte dans une dernière convulsion , il faut l'espérer, et voilà enfin que chacun, l'ouvrier littéraire comme l'ouvrier politique, va pouvoir reprendre son œuvre interrompue.
C'est surtout à nos lecteurs de province que nous nous adressons, à ceux qui, éloignés du spectacle auquel nous assistons,
ne sont informés de ce qui se passe que par les journaux quotidiens, lesquels, mus par un esprit de parti, ne présentent souvent les choses que du côté qui tend à prouvei- que leurs convictions sont les bonnes. Nofe journal ne peut être fait ainsi. Il n'est que la reproduction de faits sur lesquels il ne veut avoir aucune influence, et il est destiné à répéter tous les bruits, toutes les nouvelle?, tous les événements qui circulent el se croisent dans Paris, et qui sont, du moins à notre avis, d'un grand intérêt pour celui qui, plus lard, veut fouiller une époque, et se rendre compte de la physionomie qu'elle avait.
Enfin, nous faisons des mémoires bien plus qu'un journal el nous avons la prétention de vouloir que nos abonnés d'abord en soient satisfaits, et qu'ensuite l'avenir nous en soil reconnaissant.
Voici donc, à partir d'aujourd'hui, comment nous procéderons : Le récit jour par jour, et avec la dale en marge, de tout ce qui se fiasse à Paris, puis les nouvelles de la province, les correspondances de l'étranger et les questions littéraires. Tout ce qui se fait cl tout ce qui se dit, tout ce que nous aurons pu recueillir, enfin un livre vrai, auquel nous donnerons le plus d'iutérèl possible.
* M.Rkio:<ier prÛTjeDt ses souscripteurs qu'il est en mesure de donner désormais son journiil du 10 au 15 de cli»(|ao moiJ«p- AilrcssiT, riyoureusfmcni franco, 4 fr. par jn, en un mandat sur la p«3te, ^U. Rei(.mkr, 171, ruelfontmartre. g -,
1" JuniET.
Paris continue à être agité. Une grande ville, la capitale du monde, ne sort pas brusquement d'une guerre civile sans en garder un tressaillement nerveux pour ainsi dire. Ou dirait un malade en convalescence el qui n'est pas encore bien sûr d'èlre guéri. Noire numéro ne suffirait pas à raconter les mille anecdotes qui se colportent de bouche en bouche. Les héros du jour sont nos jeunes gardes mobiles, eux dont on s'était défié. Le général Cavaignac a donné un démenti ëclaianl aux paroles que M. Clément Thomas avait eu l'iniprud(;uce de prononcer à la tribune, Contre la Légion d'honneur. Non-seulement le projelde Conslilulion vient de pioclamer hautement que la croix de la Légion d'honneur serait maintenue, mais le chef du pouvoir exécutif, qui est loin de partager les idées de rcx-commandant de Ja garde nationale de Paris, a compris que, pour récompenser et encourager le zèle de notre jeune armée, il fallait faire usage immédiatement de ces hochets de la vanité. Deux ou trois jeunes gens, presque des enfants, ont été décorés sur-le-champ. Tout le monde fêle et choyé nos jeunes soldats. Une femme a été décorée. Il est vrai de dire aussi que presque toutes les nuits on retrouve quelque cadavre de garde national, de soldat de la ligne ou de garde mobile. Du reste, retour presque unanime à la confiance. On dirait que tout le monde était convaincu de la nécessité de cette dernière crise.
Le général Changarnier a été nommé commandant eu chef des gardes nationales de la Seine.
Voici la proclamation qu'on lisait aujourd'hui sur les murs de Paris :
« Citoyen maire de Paris,
« J'ai reçu le rapport dans lequel vous me rendez compte de la conduite noble el ferme des maires dos onze premiers arrondissements de la capitale, et de ceux des communes voisines.
« Je suis heureux que ce rapport vienne confirmer ce que je savais déjà des preuves de patriotisme et de dévouement donnés par ces citoyens.
« La patrie a été sauvée par la pensée républicaine qui animait tous les citoyens qui se sont placés eu face de l'émeute.
Celte pensée persévéranie assure le salut du pays.
« Veuillez témoigner votre reconnaissance aux citoyens maires, au nom de la ville de Paris. Quant à moi, c'est au nom de la France tout entière que je les remercie avec effusion.
• Affection sincère.
• Signe' : Général E. Cavaicnac •
La proclamation qu'on vient de lire n'est que l'expression de l'opinion générale, résumée par M. Cavaignac. Il faut, non-seulement remercier les maires et la Ville de Paris, mais encore la province, qui est accourue au premier signal. C'était vraiment un tableau touchant à voir que tous ces hommes, qui pour la plupart ne savaient pas manier un fuiil et qui parlaient résolunienl, laissant leurs f(.'mmes et leurs enfants pour venir au secours de leurs frères, et protéger le maintien de l'ordre et de la liberté.
On fait de nombreuses arrestations. Certains journaux sont toujours supprimés, tels que la Liberté', la Presse, VAssemhlèe nationale. On ne sait pas encore à quelle époque ils reparaîtront. M. de Girardin, rédacteur de la Presse, est toujours eu prison. Ou se perd en conjectures sur les causes de celle arrestation. Deux sentinelles du 73' de ligne ont été tuées vers minuit, dans le quartier de la Montagne- Sainte-Geneviève.
Cette nuit, sept cents prisonniers, extraits de la Conciergerie, ont été conduits au fonde Vanves.
Dans le numéro du samedi, 1" juillet, du Représentant du peuple, nous lisons l'étrange déclaration que voici:
• La société des Droits de THomnie prétend être leslée étrangère à l'insurrection de ces jours derniers. Cette société' évalue son effectif à trente-cinq mille hommes et se réserve f avenir. •
L'instruction judiciaire sur les tristes journées de juin se poursuit avec une extrême activité. M. le capitaine-rapporteur Plée, qui s'est établi à demeure à la Conciergerie, décerne, à mesure que de nouveaux renseignements lui parviennent, de concert avec les magistrats délégués el 1« préfet de police, des mandats qui reçolveut immédiatement leur exécution. Ce matin encore, de nombreuses arrestations ont été opérées, el les perquisitions domiciliaires qui s'en sont suivies, ont encore
amené la saisie de documenls précieux pour la justice.
Au nombre des iûdividus arrèlés en d.rnier lieu, se irouvenl les sieurs Lhériiier (de l'Ain), ancien condamné poliiique, membre de plusieurs sociélés secrètes; Barrai, sous-direcleur des ateliers ntitionaux el c;ipitaine de la 11* légion ; ,Cavalion,chel' du club Déniocralique: Guéi ineau, vice-présideni d« club de la Montagne; Grandménil, rédacteur de la Réforme, ainsi que le concierge de la maison qu'il habi e rue Hauleleuille, etc.
On sait que dans plusieurs quariit^rs occupés par les insurgés, il a été fait des réquisitions de pain el de viande par ks insurgés. Voici la copie de deux bons remis à un boulanger,>ue de Mcnihnonlant, 36 :
République françaite,
• Au nom du peuple, il est enjoint à tous les boulangers de délivrer giatuiiement à tous les individus qui se présenteront une livre et demie de puin par personne, cl une demi-livre pour les enfants.
« Paris, le 25 juin 1348.
■ Edouard Collet, quartier St-Maur.»
• Bon pour six pains de quatre livres, pour la barricade du la rue Méullmontaul, près la rue d'Angoulème, pour le peuple.
«EocuAnD Collet, 102, quai Jemniapes.»
Rien de nouveau en événements. Les promenades continuent dans la direction du faubourg Saint-Antoine. Les boulevards sont toujours occupés niilit;iiretiieul. La garde nationale ne se lasse pas ; les gardes nationales de province regagnent leurs foyers.
Il y a une chose curieuse et dont nous avons tu une nouvelle preuve aujourd'hui, c'est la facilité avec lai|utllc un homme d'énergie peut imposer sa volonté à Paris. Ainsi, les ateliers nationaux étaient redoutés, on savait qu'ils étaient un foyer d'insurrection, et ces derniers événements ne l'ont que trop prouvé. Peut-être n'y auraiiil pas eu tant de sang versé, si l'Assemblée nationale eùl osé prendre sur elle de faire ce qu'a fait aujourd'hui le général Cavaignac. Le chef du pouvoir exécutif s'est con-
tenté de faire afficher sur les murs cette simple ligue:
« Les ateliers nationaux sont supprimés.
• Signé : C.WAicAAC. • A la bonne heure ! voilà qui esi simple el net. Qui a murmuré? Personne. Paris aura beau dire; c'est uu graiid enfant, qui a besoin de sentir de temps en temps une main vigoureuse qui le relient quand il s'emporte, et qui le punit quai:d il s'est emporté.
Les ouvriers malades ou sans ouvrage recevront des secours à domicile.
L'Assemblée a adopté plusieurs autres décrets que nous signalons :
• Le traitement du président du conseil, flxé à 10,000 fr. par mois.
« Celui des niinislres à /i,000 fr. • Un bataillon de gendarmerie mobile a été créé.
Le général Lebreton a été élu questeur. Uu de nos amis, qui se trouvait parmi les gardes nationaux qui attaquaient la barricade Poissonnière, et qui y a vu le général, nous a dit qu'il était impossible de voir plus de sang>froid el plus de bravoure qu'il en a montré.
Lesjardins publics sont rouverts. L'enquête relative à l'insurrection se pouisuil. Uu individunommé Manchon, qui s'était vanté d avoir tué l'archevêque de Paris, a été arrêté.
Belleville et Pantin sont désarmés. Depuis quelques jours des délations nombreuses étaient faites, el des vengeances personnelles s'accomplissaient à l'aide de l'insurrection. Le citoyen Uucouxrepouiso toutes les délations qui ne sont pas accou;paguées d'indications précises.
M. de Chateaubriand esi mort ce malin à huit heures un quai t. Voici la lettre <jue M. Deguerry, curé de Suint-Eustache, a éa'ite au Journal de* DéhaU :
• La France vient de perdre l'un de ses plus nobles enfants.
• ftL de Chateaubiiand est mort ce matin à huit heures un quart. Nous avons recueilli sou dernier soupir. Il l'a rendu en pleine connaissance. Une intelligence aussi belle devait dominer la mort ei conserver sous son étreinte une visible liberté.
« La mon de madame de Chateaubriand, arrivée l'année dernière, frappa si foriemenl M. de Chateaubriand, qu'il nous dit à l'inslaut même, en portant sa main sur
sa poitrine : • Je viens de senlir la vie al- • leime el tarie, là, dans sa source; ce n'est « plus qu'une question de quelques mois. • La mort de M. Ballanche, qui ne suivit que de trop près, fut le dernier coup pour son illustre et ancien ami. Depuis lors, M. de Chateaubriand ne sembla plus descendre, nmisse précipiter au tombeau.
« Peu d'instants avant sa mort, M. de Chateaubriand , qui avait été administré dimanche dcMuier, embrassait encore la croix avec l'émotion d'une foi vive et d'une ferme confiance. Une des paroles qu'il répétait fréquemment dans ces dernières années, c'est que les problèmes sociaux qui tourmentent les nations aujourd'hui ne sauraient être résolus sans l'Evangile, sans l'âme du Christ, dont les doctrines cl les exemples ont maudit l'égoïsme , ce ver rongeur de toute concorde. Aussi M. de Chateaubriand saluait-il le Christ comme le sauveur du monde, au point de vue social, et il se plaisait à le nommer sou Roi en même temps que son Dieu.
« Un prêtre, une sœur de la charité étaient agenouillés au pied du lit de M. de Chateaubriand au moment où il expirait.
C'était au milieu des prières et des larmes d'une assistance de celle nature, que l'auteur du Génie du Christianisme , devait remettre son âme entre les mains de Dieu.»
A cet te lettre nous joindrons un résumé de l'article nécrologique que nous avons publié sur M. de Chateaubriand, et que nous ne pouvons reproduire tout entier ici :
— Le mois dejuillet n'a pas d'événements. On dirait que la mort du chef de notre littérature est un de ces événements qui, à eux seuls, emplissent tout un mois.
En apprenant la mort de l'illustre écrivain, l'Assemblée nationale s'est suspendue, disant que le jour où mourait un homme comme l'auteur du Génie du chrifliattisme, les affaires de l'Etat devaient être oubliées. En effet, c'est une de nos grandes gloires qui vient de s'éteindre, al cependant à peine si la nouvelle de celle mort a éié entendue ; car nous sommes dans un temps où les événements prennent tani de place que les hommes n'en ont plus.
Cependant, nulle existence ne fut plus pleine que celle de cet apôtre liiléraire qui, il y a quatre-vingts ans, venait au monde avec la sainte mission de réédifier la religion el de rétablir la foi.
A l'époque où naquit Chateaubriand , la France commençait à faiie provision d'homn}e?, car le moment approchait où elle allait avoir besoin des plus grandes intelligences el des âmes les plus éprouvées.
C'était en 1769, et vingt ans après, le pays avait ressenti la première commotion du tremblement social qui s'agita pendant quinze années, et dont nous recevons aujourd'hui le contre-coup. 11 fallait, c'était la volonté de la Providence, qu'à cette heure de trouble et de ténèbres, il y eût un homme, assez jeune pour être enihousiasle, qui tendît d'un bout à l'autre de notre société le fil qui devait la guider, et l'aider à sortir du chaos, comme Ariane offrit à Thési'-e le ûl qui devait le conduire hors du labyrinthe, après la défaite du Miiiotaure.
Mais le poète comprit une chose, c'est que l'on bâtit mal quand on a les pieds dans le sang. Il quitta la Bretagne, où il était né, l'Océan, qui avait bercé son enfance de ses murmures infinis et de ses ten)pêtes splendides, et il alla en Amérique. L'Amérique avait un double attrait pour lui, celui d'un pays neuf et d'une civilisation nouvelle. 11 avait là deux choses à voir, le pays trouvé par Christophe Colomb, la république tentée par Washington.
Nous ne nous ferons pas l'historien d'un voyage que l'auteur des Martyrs a raconlé lui-même. Nous ne pouvons citer que conmie un fait ce qui, pour lui, fut l'occasion d'un chef-d'œuvre.
Disons seulement que de ce double but qu'il s'était proposé eu partant, el qu'il avait atteint, il rapportait deux choses : une langue et une loi nouvelles, Atala et les Natshez.
En 1792, le voyageur était de retour; c'est qu'au milieu de son exil voloniaire, une voix lui avait dit : Louis XVI est prisonnier ! et le sujet s'était souvenu de son roi, comme le chréiien s'élait souvenu de son Dieu.
Lisez les lignes où le voyageur revenu raconte l'impression que lui fit la vue de Louis XVI coiffé du bonnet rouge, et vous aurez lu une des plus belles pages qui existent.
Un moment il croit qu'il en a fini avec le voyage, el il veut remplacer les hasards de la route par le foyer de la raniillc. Il se marie, et quelque temps après preud du
service cl se irouve au siège de Thionviile. Mais l'arme qui le faisait soldat n'ëiait pas l'épce, et le capiiaine de cavalerie n'eut pas d'ambition militaire.
Pendant ce temps, les grands événements étaient en train de faire un grand homme ; nous sommes en 1800, et Bonaparte devient Napoléon,
M. de Chateaubriand a deviné l'homme qui l'aidera pour la réédificaiion qu'il tente. Aussi, sans souvenir d'opinion politique, car le génie et le cœur n'en ont pas, car ils doivent aller par tous ks chemins où il y a du bien à faire, il publie le GênU du Cliriitianisme, et le dédie au premier consul.
Le succès du livre fut immense, le résultat fut un bienfait. A partir de ce moment, M. de Chateaubriand pouvait croire à lui, car il avait rendu n ses frères la consolation de croire en Dieu.
Dans ces derniers temps, avec l'égoïsme et l'ingratitude communs à toutes les grandes naiions, on ne voyait plus dans l'immortel auteur du Génie du Chritlianisme qu'un écrivain, et l'on oubliait que ce style magique et celle forme merveilleuse dont il trouva le secret, n'étaient que l'enveloppe d'une pensée régénératrice, le corps admirable d'une ànie nouvelle. Noire génératioti, il faut le dire, manquait de reconnaissance envers le patriarche littéraire, elle profitait des découvertes de son génie, connue les athées qui profitent des bienfaits de la nature, et n'en remercient pas le Créateur.
Notre littérature marche dans une route large, magnifique, pleine de parfums et de rayons ; mais il faut que nous sachions bien à qui nous la devons. Maintenant que celui qui l'a tracée est mort, et que l'éloge qu'on fait de lui ne peut plus avoir l'air d'une flatterie, .comparons ce que faisaient les autres avec ce qu'il fais;iit, lui, et agenouil- Jons-nous devant l'homme sans lequel notre littérature ne serait qu'une promenade sans but, qu'un chemin sans horizon.
M. de Chateaubriand voulait voir Rome.
Celait tout naturel. Rome le rapprochait de Dieu. Puis il fallait que l'idée des Marlyrt lui \inl, ei le Colysée était le décor devant lequel il devait évoquer ces ombres disparues.
De l'Italie il passe en Grèce, arrive aux bords de l'Enrôlas, et appelle : Léonidas! Léonidas! et sa voix meurt et se perd au
milieu des lauriers-roses qui bordent le fleuve, et la pensée seule du poète répond à sa voix.
A cette heure, nous pouvons aller sur les bords de l'Eurotas, à la place où se trouvait l'auieur de l'Itinéraire, et cri' r : Chateaubriand ! comme il a crié : Léonidas! et quoique nous soyons séparés de l'un par des jours, et que nous soyons séparés de l'autre par des siècles, notre voix s'éteindra dans le même silence, car la terre a perdu les traces des pas de l'un comme de l'autre, du guerrier comme du voyageur, et l'histoire seule, cet airain éternel qui résonne toujours au contact d'un grand nom, pourra répondre désormais à notre voix.
IMais la Grèce et ses dieux ne suffisent pas au poète chrétien, c'est Jérusalem et le Christ qu'il lui faut.
Le pèlerinage fut fait, et ïltine'raire de Paris à Jérusalem parut.
' « Pourquoi donc M. de Chateaubriand n'est-il pas de l'Académie? » demanda Napoléon après avoir lu une phrase du livre. Marie-Joseph Chénier venait de mourir.
M. de Chateaubriand prit à l'Académie le fauteuil que le frère d'André Chénier laissait vacant.
Il prit ce fauteuil trop petit pour lui, et il le laisse trop grand pour les autres.
1815 arrive.
«Qui remplacera l'empereur? » s'écria la France épouvantée.
« Le roi, » répondit Chateaubriand avec confiance.
L'écrivain est fait pair de France et conseiller d'Liat. Mais comme M. de Chateaubriand n'accepte rien pour rien, il publie : la Monarchie selon la Charte.
Ce livre disait : Hors de la Charte point de salut.
Le roi vit dans ce livre une menace.,"; c'éiait un conseil.
Le poète fut' disgracié, perdit sa place et en arriva à la nécessité de vendre ses livres et sa petite maison pour vivre.
Prononcer le nom de M. de Château briand, c'est évoquer toute une époque, c'est reiiacer les événemenls les plus étranges de notre histoire, c'est réveiller tout un .monde.
Si jamais homme fut poète, c'est lui ; si jamais poète fut divin, c'est lui encores
La dynastie à laquelle i' recommande de
ne pas violer la Charte tombe pour l'avoir violée.
, Le conseil et la menace ne font plus qu'un.
La révolution de Juillet arrive; M. de Chateaubriand ne veut pas survivre à la monarchie qu'il a toujours défendue, il s'exile en Suisse.
A partir de ce moment, tomme Charles- Quint, le poète s'enferme vivant dans une tombe. Il achève sa traduction du Paradis perdu.
N'élait-il pas induencé par les événements, et ne retrouvait-il pas dans l'œuvre de Milton une poétique et douloureuse analogie avec ce qui venait de se passer?
La France n'étaii-elle pas le Paradis perdu des Bourbons?
Au milieu de sa retraite, le bruit de noire dernière révolution est arrivé aux oreilles de l'illustre exilé; et le Zi juillet IS'JS, il est mort en souriant au buste de Henri V, car jusqu'à la mort il lui fut fidèle.
Au pied du lit du mort, était une boîte qui contenait les Mémoires dOutre- Tomhe.
Qui sait si ce livre n'aura pas sur l'avenir l'influence que celui qui l'a écrit a eue sur le passé! —
Les funérailles de M. de Chateaubriand ont eu lieu le 8 juillet ; son corps reposera sur une île de granit, située en avant de Saint-Malo. La mer l'enveloppe entièrement. A celui qui a eu l'espace pendant sa vie, il fallait bien l'inimensiié après sa mort.
h JUILLET.
La gangrène s'est mise à la blessure du général Duvivier, et l'amputation a été jugée nécessaire.
Le comité des finances a discuté les projets présentés à l'Assemblée nationale par M. Goudchaux. Le débat a porté principalement sur les lois relatives aux caisses d'épargne, aux bons du trésor, et sur la garantie de cinq millions à donner à l'industrie du bâtiment. La présence de M. Garnier-Pagès et de M. Duclerc, qui sont venus s'associer aux travaux du comité des finances, donnait un nouvel intérêt à la discussion.
On a examiné surtout la question de savoir si le remboursement soit des livrets, soit des bons du Trésor, devait être obligatoire, comme le demande M. Goudchaux,
ou facultatif, comme l'avait proposé le comité des finances. Celte question, comme toutes les autres, ne peut être tranchée, avant que le comité ait entendu le ministre.
Le projet de loi sur les encouragements à donner à l'industrie du bàiiment, a été trouvé dangereux en principe. On pense généralement qu'il valait mieux fortifier les institutions d'escompte que d'entrer dans la voie du prêt direct. M. Thiers a indi(]ué la combinaison de commandes considérables à faire par l'Etat aux industries. M. Léon Faucher a établi qu'il pourrait être utile d'offrir des primes aux co?istriicieurs dans le but spécial d'obtenir, comme en Angleterre , des habitations saines et commodes pour les ouvriers.
M. Emile de Girardin a été mis, ce matin, en liberté.
Le général Damesme , amputé à la jambe, va de mieux en mieux, ainsi que le général Lafontaine, dont la sauté n'inspire plus aucune crainte.
Nous avons dit que l'insurrection avait trouvé une organisation toute faite] dans celle des ateliers nationaux.
Voici quelle éiuii cette organisation :
Chaque lieutenant avait sous ses ordres une compagnie de deux cent vingt-quatre hommes.
La compagnie avait quatre brigadiers, commandant chacun cinquante-cinq hommes, formant une brigade.
La compagnie se subdivisait en outre en vingt chefs d'escouale; chaque chef d'escouade avait dix hommes sous ses ordres.
Enfin chaque compagnie ou lieuienance avait quatre délégués nommés au scrutin, et chargés de mettre les hommes en cooimunicaiion avec les clubs; ces délégués recevaient 2 fr. 50 c. par jour.
Cette organisation était parfaitement connue : elle avait été autorisée par le directeur général des ateliers nationaux. On doit comprendre avec quelle facilité, quelle promptitude, elle permettait aux ordres de se transmettre.
L'insiructiou crinninelle a donné la preuve que ceux des insurgés qui appartenaient aux ateliers nationaux avaient dû conserver ce mode d'embrigadement et cette organisation hiérarchique, car les insurgés arrêtés sur un point appartiennent tous en général à la même lieuienance.
Les fonds ont monté.- Le 5 pour 100 est à 76 fr.
M. Piiiel Grandcliamp, maire du 12° arrondissement, a été arrêté. D'autres arres^ talions importantes ont encore été faites.
Nous recevons, par un de nos amis, des nouvellesde la famille royale. La nouvelle de cette dernière insurrection a énormément peiné Louis-Philippe qui, en l'apprenant, s'est écrié : i< Cela devait être. » Quant aux f>rinces, il n'est guère possible qu'ils mènent une existence plus retirée. Quelques peintres, parmi lesquels il faut compter iMM. Gudin et Eugène Lami, sont les visiteurs accoutumés et l'unique distraction des fils de l'ex-roi. Du reste, Londres nous prend en ce moment presque tous nos artistes, et si cela continue, la naîionalité artistique de la France disparaîtra complètement. Notre révolution et l'état dans lequel nous mettent les doctrines socialistes , les prétentions des démocrates rouges et nos émeutes fréquentes, ne donnent aucune envie à nos voisins d'outremer de se faire républicains. Notre République a consolidé la monarchie anglaise. Le luxe règne h Londres, et les acteurs français y sont siffles. Un marchand qui continuerait, nous assuie-l-on, à aflicher des objets venant de France, risquerait, non-seulement de perdre sa clientèle, mais de faire briser sa boutique. Que la France y prenne garde; elle perd de son prestige aux yeux des autres peuples. Pour eux, elle ressemble à un enfant qui a voulu se servir d'une arme et qui s'est blessé en s'en servant. Voilà quatre mois, qu'elle s'est battue pour la liberté, et voilà quinze jours déjà, qu'on a été forcé de décréter l'état de siège pour arriver à tranquilliser les esprits. Elle s'est soulevée en février pour le droit de réunion et la liberté de la presse, et à la fin de juin, celui entre les mainsduquel la nécessité a remis le pouvoir, s'est cru obligé de supprimer les clubs et certains journaux, qui tous, cxcepté/rt /*/•<?«*<?, étaient nés de notre df-rnière révolution. Quelle confiance peut inspirer au dihors un pays qui se gangrène ainsi au dedans, et auquel on est forcé, pour le sauver, de faire lout-à-coup une amputation de dix mille hommes? Notre République scra-tclle une dernière preuve que la république est incompatible avec l'esprit français, ou sortira-t-elle triomphante de tous les obstacles qui euluurc'Ul sa vcuue? Qui sait
l'avenir d'un gouvernement, où ceux «,.„ l'on appelait des réactionnaires lors de sa fondation et contre lesquels on conseillait de tenir toujours prêtes les barricades comme contre les ennemis de l'ordre, sont devenus les soutiens de cette République qu'on les accusait de reuiei-, et les défenseurs de l'ordre qu'ils voulaient troubler, disait-on, trois mois auparavant? On cite, à ce propos, un fait assez curieux :
Un jeune homme, nommé Mériiens, se présenta comme candidat au grade de colonel, dans la deuxième légion. Ses opinions légitimistes étaient connues, et on lui répondit franchement que c'étaient ses opinions qui le faisaient repousser.
Le premier jour de l'insurrection de juin, il fut bl'jssé mortellement à la barricade Saint-Denis.
— Vous direz à mes camarades, dit-il avant de mourir, que tout légitimiste que j'étais, je suis mort pour la défense de l'ordre, de la liberté el de la République.
Il arrive en effet un moment où toutes les opinions se rangent pour un même principe sous le même drapeau ; c'est lorsque le principe est honnête el lorsque le drapeau se déploie en plein air et montre ses couleurs eu plein soleil. Que ceux qui sont à la lêle de la République le veuillent bien, el tout le monde sera républicain en France, Ce que veut un pays comme le nôtre avant tout, c'est le bien-être à l'inléi leur el la considération au dehors; peu lui importe que le nom qu'on donuera à son gouvernement se compose de telles lettres ou de telles autres. La France n'est pas plus monarchique qu'elle n'est républicaine; elle est, el elle doit être le premier pays du monde, et elle seul qu'il faut qu'elle poursuive sa grande mission, quelle que soit la main qui éclaire la roule.
La séance d'aujourd'hui a roulé, entre autres choses, sur le crédit des instituteurs primaires. Il y a été question d'une brochure intitulée le Manuel répulficain, de r homme et du citoyen, publié sous les' auspices du ministre de l'instruction publique, M. Carnoi, et envoyé par son ordre el aux frais de l'Eiat, pour êire distribué aux instituteurs. Le Constitutionnel en cile quelques fragments que nous reproduisons ici :
« L'élève. — Pouv«z-vous me dire quel esl le premier devoir de l'homme?
« L'instituteur. — Le premier dtvolr de
2Gi —
uionime est de vivre, toui comme le premier d^"\ rdc ses semblables est de lui en fournir 'es moyens. »
Au chapitre, qui traite de la propriété, on trouve la demande et la réponse suivantes :
« L'élève. — Existe-t-il des moyens d'empêcher les riches d'être oisifs, et les pauvres d'être mangés par les riches?
« LHnstituleur. — Oui, il en existe, et d'excellents. Les directeurs de la République trouveront ces moyens aussitôt qu'ils voudront sérieusement pratiquer lu fraternité. Il en est de la propriété et du libre usage du capital, comme de toutes les autres libertés. La loi, qui les reconnaît, peut et doit les renfermer dans certaines bornes. Sans déiruire le droit d'héritage, on peut le limiter pour l'iniéiêt public; r', sans supprimer rinlérôl du capital, oiv peut prendre beaucoup de mesures pour le rendre aussi faible qu'on voudra. Alors, l'oisiveté sera difficile au riche, et le pauvre trouvera facilement crédit pour s'enrichir...
« La loi peut imposer toutes sortes de conditions à ceux qui ont la teri'C et même les exproprier moyennant indemnité, s'ils en font un mauvais usage. Quant ces grands propriétaires, que vous avez raison de craindre, sachez que, s'ils payaient à la République un impôt convenable, et de bonnes journées à leurs travailleurs, ils se verraient bientôt obligés pour la plupart à vendre leurs terres à des citoyens qui en tireraient meilleur parti qu'eux. On fera des lois pour cela quand on voudra. »
L'instituteur se charge également d'excuser la république de 93, et il dit que:
« Si elle a commis des violences, elle y fut piovoquite par l'audace des traîtres et l'universe.^e coalition des nobles et des rois ; mais elle a été si peu cruelle, qu'elle n'a jamais fait souffrir ceux qu'elle mettait à mort. «
Quant à la famille, l'instituteur déclare que l'Assemblée constituante pourra chercher :
« Si le régime républicain de l'égalité et de la liberté ne doit pas ajouter quelque chose aux droits de la femme dans la famille; si, dans l'intérêt du mariage luimême, il n'est pas bon que le divorce soit établi, enfin si l'iiupôi qui frappe la trans-
mission des biens par héritage ne pourrait pas se régler plus équitablenieiit dans l'inicrêt commun de la République et des familles, «
M. Carnot, qui ne tenait pas à ce que l'on fût instruit pour arriver à la Chambre, et qui s'était lait surnommer le minisire de l'ignorance publique, devait tôt ou lard, pour être logique, publier des principes comme ceux que nous venons de mettra sous les yeux de nos lecteurs.
Besançon, Dreux, Fontainebleau, Slesnil-sur-Bon (Marne), Claye, Saint-Jeande-Lome, Dunkerque, ont envoyé aux secours de Paris leurs gardes nationales avec un empresse.Tient qui fait honneur à la fois aux maires et aux gardes nationaux.
En outre, on cile ce fait :
« Une famille de Valenciennes compte six garçons, dont l'aîné n'a pas trente ans et dont le plus jeune en a dix-sept. L'ua d'eux réside à Paris et fait partie de la garde nationale dans le 10" arrondissement. Il a vu ses cinq frères arriver de la ville natale avec le détachement formé de ses concitoyens. »
Aujourd'hui, deuil public. Cérémonie funèbre en l'honneur des victimes de juin. La porte Saint-Denis, la porte Saint-Martin, la Chambre dus députés, la Madeleine, sont tendues de grandes draperies noires, sur lesquelles on lit ces mots: Liberté, égalité, fraternité. Etrange ironie. C'est liberté, égalité et fraternité de la mort qu'on aurait dij dire. Si jamais ti'ois nlols ont été mal placés sur des monumenis, ce sont ceux-là aujourd'hui. Non-seulement il ne fallait pas les remettre sur les draperies, mais il fallait les cacher sous les voiles, puisque les cortèges qui passaient devant eux leur donnaient un sanglant démenti.
Rien n'a troublé la cérémonie, pas même la pluie. Dieu protège les morts!
Les arrestations continuent.
La séance d'hier n'a pas porté bonluîur à M. Carnot. Le citoyen Yaulabclle le remplace au ministère de l'instruction publique.
IVIi do Lamartine ($t forcé çle $6 défen-r
— 2Go —
dre. Déjà ! —Voici la lellre qu'il a écrile à plusieurs journaux :
« Monsieur,
« Par respect pour la crise de mon pays comme par respect pour le bon sens public, je laissepasser sans répondre ce flol de malveillance, de calomnies ei d'absurdités qui submerge toujours pendant quelque temps les noms, les actes, les intentions des hommes que les événements élèvent ou précipiient dans les joins de révolution. La lumière se fera d'elle-même et rendra à chaque fait et à chaque homme sa véritable physionomie. Je ne suis point impatient de la justice, car je ne doute pas de l'avenir.
« Mais je lis en ce moment dans vo're numéro du 6 juillet un fragment d'article emprunté au Journal des Déhals, article dans lequel on pousse le délire de la calomnie jusqu'aux imputations suivantes :
« Dans les derniers joîirs de février, les « pavés étaient à peine replacés que le <( nouveau gouvernement songeait ù rele- <i ver au besoin les barricades contre la <( garde nationale et contre la partie de la « population que l'on prétendait animée « d'un esprit réactionnaire, accusation qui « frappe désormais tous les amis de l'ordre « social. Alors, on forma secrètement un « bataillon des barricades, dont les meni- <■; brcs devaient servir d'iiisirucieurs dans « tous les quartiers et on leur enseigna « théoriquement l'art de les construire « avec le plus de rapidité possible, et celui « de les disposer avec le plu< d'avantage. (( Les barricades étaient ntarquées sur un « plan de Paris. On y avait indiqué aussi « les édifices, les monuinenis à foilifier, « pour en faire des citadelles centrales. On « ne s'étonnera plus, d'après cela, des sa- « vantes combinaisons déployées par les <: insurgés de juin. Ds suivaieeit un plan « iracé sous ks auspices même du gouver- « nemeni. »
« J'avoue que, pour la première fois, la lecture de ces ligues odieuses me fait sortir du silence que je me suis imposé jusqu'au jour des explications. Me voir, pour ma part, iransfoi mé en professeur de guerre civile et en préparateur de carnage, uioi, (Jui ai offert tous les jours, depuis quatre mois, ma poitrine pour épargner une go'.itle du sang de mes conciioye.-is ! Il n'y a à cela aucune réponse. Il n'y a qu'un cri d'indiguaiiun qui éclate au fond de
l'ànie, et que je vous prie seulement d'enregistrer.
« Recevez, monsieur, l'assurance de ma paifaite considération.
« LAMAUTINf;,
« Ex-membre du gouvernement provisoire et de la commission executive de gouvernement.
« Paris, 6 juillet 1848. «
T^es cérémonies funèbres se succèdent avec une effrayante rapidité.
Hier le cortège des victimes :
Aujourd'hui les obsèques de M Aftre.
Demain les funérailles de M. deOnateaubriand.
Les derniers renseignements recueillis sur les perles faites par la garde nationale mobile, accusent les ( hiffres suivants : officiers supérieurs, officiers, sons-officiers et gardes tués, dcicès constatés, 123; blessés, 598; total, 723 hommes tués ou blessés. A ce nombre, il faut ajouier le chilTre de 250 hommes disparus depuis les journées de juin , et dont on a eu aucune nouvelle. 11 est il craindre que plusieurs de ces braves jeunes gens n'aient été victimes de vengeances particulières. En somme, le chiffre des morts est moins grand qu'on ne le craignait d'abord : malheureusement celui des blessés est considérable , et plusieurs des blessures sont très-graves. Un grand nombre d'amputations ont eu lieu, d'antres sont encore à redouter, et plusieurs des malheureux volontaires seront estropiés pour le ri sic de leurs jours.
La confiance semble renaître. La hausse a été considérable à la Bourse.
On annonce que M. Cuny, colonel du 11" régiment de ligne, a été mandé à Paris, par dépêche lélégiaphique, pour prendre le comiuandemeul supérieur de la gaide naiiduale mobile, en remplacement de ^L Damesme.
Les obsèques de monseigneur l'archevêque de Paris ont eu lieu aujourd'hui à Nuire-Dame.
A neuf heures, le clergé du diocèse, les piètres des communautés ecclésiastiques et des séminaires, réunis à Notre-Dame, sont sortis pi'ocessionuellemeni, et se sont rendus au palais archiépiscopal, où la levée lin corps a été faite par le président du chapitre.
L'.archevêque, revêtu de ses habits pontificaux, coifle delà raine, le visage décou-
vert, a été placé sur une lilière découverte, i porlée sur l'épaule par des gardes nationaux en uniforme; le convoi s'est mis en marche, précédé par un détachement de dragons ; les cordons du peële étaient tenus par quatre évêqiies, un cinquième oHiciail. Le cortège a suivi processionnellement les rues Saint-Louis en l'Ile, des Dcux- Ponls, le pont Marie, le quai de la Grève, le pont Noire-Dame, le quai aux Fleurs, les rues de la Barillerie, du Marché-Neuf, de Notre-Dame, et est entré à l'église métropolitaine par la place du Parvis Notre- Noire-Dame, à onze heures.
Le service funèbre a été célébré; il s'est terminé par cinq absoutes, à la suite desquelles le corps est resté exposé le reste du jour.
Le soirj à sept heures, le chapitre a chanté les vêpres, et le corps a été descendu dans le caveau des archevêques de Paris.
Tous les quartiers insurgés seront désarmés. Cinquante mille hommes seront placés autour de Paris, si la proposition de M. Remilly est acceptée : espérons qu'elle le sera. Ce serait une grande garantie pour la population parisienne.
Plusieurs arrestations nouvelles de personnages importants ont été opérées hier et ce matin. On cite, dans le nombre, l'arrestation du commandant Constantin, chef du cabinet du ministère de la guerre sous le général Subervic, et nommé, en dernier lieu, rapporteur d'un des conseils de guerre chargés de juger les insurgés de juin.
Cet oflicier habitait le faubourg Suint- Antoine; plusieurs insurgés l'avaient signalé comme leur ayant donné des ordres pour la construction des barricades.
M. Cabet vient, dit-on, d'écrire au chef du pouvoir exécutif pour lui demander de faire conduire au Texas, avec les bâtiments de l'Etat, une colonie d'Icariens, dont il est le chef, et qu'il a l'intention de conduire lui-même.
L'arrestation de M. Constantin fait grand bruit, d'autant plus que, comme nous l'avons dit plus haut, il était un des officiers rapporteurs chargés de l'inslruclion de juin.
On assure que M. Constantin, qui demeure rue Saint- Antoine, 214, près la place de la Bastille, aurait été vu dans les jour-
nées des 54 et 25, vêtu en ouvrier, au milieu des barricades de ce quartier, prenant part à la lutte, et excitant les ouvriers à fait c bonne contenance. Ces faits résulteraient des aveux obtenus des accusés.
On assurait, en outre, que M. Constantin aurait proféré d'affreuses paroles contre le chef du pouvoir exécutif.
Le commandant Constantin a été mis au secret; M. le juge Frayssinaud est spécialement chargé de cette affaire.
Par ordre de la commission d'enquête , tous les dossiers concernant les individus contre lesquels M. Constantin a commencé l'instruction, ont été apportés à rAsstmblée nationale.
Hier, vers deux heures, un garde mobile, en passant rue Saint-Mariin, en face de l'église Saini-Méry, a été atteint à la jambe d'un projectile que l'on présume avoir été lancé par un pistolet à vent. Oa n'a pas pu découvrir d'où était parti le coup.
Le blessé a été transporté chez un droguiste du voisinage, qui lui a fait un premier pansement.
Voici les renseignements que nous avons recueillis sur les faits qui se sont passés l'avant-dernièrenuit, dans la commune de Montmartre : des individus ont tiré sur le factionnaire qui se trouve sur le faîte de la montagne, en haut de la ruelle qui descend au Château-Rouge ; un autre coup de feu a été dirigé sur la sentinelle qui se lient au pied de la tour du télégraphe. Ces deux coups de feu donnèrent l'éveil au poste du 11' léger, qui bivouaquait sur la place de l'église. Des patrouilles partirent aussitôt; un troisième coup de feu vint frapper la sentinelle de faction en face de la Villa- Montmartre. Ce factionnaire riposta par un coup de feu sur un homme qui semblait faire le guet derrière le mur. Une patrouile se porta sur ce point, et fit deux feux de peloton, à la suite desquels on trouva sijr le sol un homme expirant; c'était un habitant de la rue, sourd-muet. Les maisons et un petit bois ont été explorés ; on n'a trouvé personne , et le reste de la nuit a été tranquille. On pense que ces divers coups ont été tirés par des insurgés sortis des carrières et qui auront pu de nouveau y trouver un asile.
Les obsèques de M. de Chateaubriand
ont eu lieu anjourdhui, au milieu d'une nombreuse aflluence d'iliuslraiions de toutes sortes, religieusement accourues pour rendre un dernier hommage au glorieux mort ; sur le seilil de la maison rue du Bac, 11° 112, naguère habitée par M. de Chateaubriand, reposaient ses restes; des femmes, des jeunes filles, des hommes velus de deuil passaient à chaque instant, et jetaient l'eau bénite; dans toute cette partie de la rue du Bac jusqu'à l'église des Missions-Etrangères, une double haie de spectateurs at- Irisiésattendaient le passage du cercueil; les habitants se tenaient silencieusement aux fenêtres : toutes les conditions et tous les partis se confondaient dans cette admiration et ce suprême adieu donné au génie. A midi le corps a été conduit à l'église. L'espace était trop étroit pour contenir la ^ foule pieuse. Les grands noms de la littérature et de la politique se pressaient dans l'en ceinte et représentaient en quelque sorte l'universalité de l'esprit du défunt et sa vie éclatante. On y voyait d'anciens ministres, d'anciens généraux, d'anciens pairs, d'anciens députés, des représentants de l'Assemblée nationale, des ambassadeurs, l'Académie dans ses membres les plus célèbres, d'illustres étrangers, toutes les renommées de notre littérature contemporaine, historiens, rûmanciers et poètes.
Après la messe funèbre, le corps a été provisoirement déposé dans les caveaux de l'église : plus tard, il sera transporté à Saint- .Alalo, patrie de l'illustre défunt, où il a lui-même choisi le lieu de sa tombe. En 18i2, l'illustre écrivain dont la France déplore la perle, voyant déjà la mort s'approcher, songea à faire creuser sou tombeau. Il voulut que ce fût aux lieux qui l'avaient vu naître. Il choisit près de Saint- Jlalo, à Combourg, au bord de la mer, une petite presqu'île formée d'un rocher appelé le Grand-Lay. Chateaubriand fit part de son intention à ses compatriotes; immédiatement ils ouvrirent une souscription, et les ouvriers se mirent à l'œuvre. Le tombeau fut pratiqué dans le rocher; il est recouvert par un bloc, extrait du rocher même, tout d'une pièce et figurant une croix : c'est uu travail simple et plein de grandeur.
C'est là que les restes de l'immortel auteur du Génie du ChristUnnmie vont être déposés. Le Grand-Bay est inhabité. La vague, qui vient en tout temps baitre
le pied du rocher, et, dans les jours de tempête, lance son écume jusque sur le sarcophage, troublera seule par ses mugissements le silence de cette poétique solitude.
Le général Duvivicr est mort des suites d'une blessure au pied. C'était lui qui avait organisé la garde mobile: Il meurt sans avoir pu mettre la dernière main à un important ouvrage qu'il avait commencé sur l'Afrique. La France perd non-seulement un grand capitaine, mais encore une intelligence supérieure et un savant distingué.
On assure qu'un des ex-membres du pouvoir exécutif, qui subit de si rudes attaques depuis l'insurrection, aurait eu, la veille de l'insurrection, celle conversation avec un de nos grands poètes, devenu représentant du peuple :
« Il se prépare une émeute, disait ce dernier, le 20 ouïe 21 juin, à son ex-confrèro en poésie. Combien avons-nous de soldats à Paris?
— Soixante mille.
— Vous en êtes sûr?
— ParPaitement sûr. •
Quand l'insurrection éclata, on s'aperçut qu'il n'y avait que quinze mille hommes dans la capitale
« Eh bien, nous n'avons que quinze mille hommes, Dt le représentant du peuple, en s'adressant à l'ex-membre du pouvoir, vous m'aviez dit que nous en avions soixante mille.
— Je m'étais trompé, voilà tout, répondit négligemment l'autre. •
La Chute d'un Ange n'est pas qu'tin po€nie, c'est une réalité.
C'est vendredi, 14 juillet, que doit avoir lieu le fameux banquet du père Duchêne. On parle d'une émeute nouvelle pour ce jour-là. Maison doit se rappeler qu'un de nos généraux, curieux de savoir quelles mesures prendrait le généial Cavaignac pour prévenir ce bruit que l'on redoute, lui ayant dit:
• Général, c'est le 14 qu'aura lieu le banquet de cent mille hommes à Vincennes , ne fercz-vous rien pour l'empêcher ?
— Rien, absolument, lui a répondu spilituellenient M. de Cavaignac ; ces braves gens sont bien {libres de manger du pain et du fromage oit bon leur semble, mais
je suis libre, de mon côté, de passer une revue de S0,000 hommes à l'endroit où ils seront.»
Il n'y a donc rion à craindre.
Le jonrniii de M. Proudhon est supprimé. Vûi'à du mieux.
Une enntiête va être faite sur les cvénenicnts dC; niii, que l'on ralliera à la manifesiaiion dn 15 mai. La commission executive se trouverait, dil-on, tiès compromise.
Rien de nouveau en politique. Une indemnité a été accordée aux théâtres.
Les promesses alarmantes coulinuent pour le 14.
Il y a aujourd'hui six ans que le duc d'Orléans est mort. Il y a six ans, à celle heure, Paris était en deuil. Aujourd'hui, il y est encore. A celte époque, il pleurait le fils de son roi, maintenant, il pleure ses propres enfants. Qui eût osé dire ei mêine croire, alors qu'on suivait avec reciieillenient et sympathie la douleur de ce père couronne, que six ans plus tard le seul de toute la famille qui ne serait pas chassé de France, ce serait celui que la mort y garderait. Les hommes et les c hoses vont vile.
L'aspect militaire de Paris s'efface peu à peu. M. Bethmont a donné sa démission de ministre de la justice.
Ik JUILLET.
Le plus grand calme a régné à Paris.
Une proclamation du préfet de police avait été affichée hier, afin de rassurer la populalion, et lui garantir la siu'veillance continue de l'aulorité. On ne voit chez lous les marchands d'estampes que des lithographies représentant tant bien (jue mal les divers épisodes de l'iusurreclion de juin. Les portraits de l'archevêque de Paris cl la scène de sa mort dominent. On a fait le relevé exact des pertes de la garde mobile. Le voici :
Premier bataillon, 6 morts, dont un capitaine, 16 blessés, 27 disparus.
Deuxième bataillon, 6 morts, 6 blessés, 9 disparus. Au nombre des blessés, il faut compter le commandant Clary et le capitaine adjudant-major Bernard, dont la blessure inspire les plus vives inquiétudes.
Troisième bataillon, 22 disparus, pas de
morts ni de blessés (ce bataillon a été peu engagé).
Quatrième bataillon, 4 morts, 26 blessés, 15 disparus. Le commandant. Thunot est au nombre des blessés.
Cinquième bataillon, 4 morts, 46 blessés, 6 disparus.
Sixième bataillon, à Rouen. Ce bataillon avait un détachement à Paris : 2 blessés.
Septième bataillon, 6 tués^ 51 blessés,
4 disparus. Plusieurs blessés ont subi l'ampulaiion, quelques-uns ont succombé.
Huitième bataillon, 4 morts, 24 blessés; un officier gravement ait>int.
Neuvième bataillon, 6 morts, 24 blessés, 14 disparus.
Dixième bataillon, 3 tués, 10 blessés,
5 disparus.
Onzième bataillon , 2 tués, 4 blessés, 13 disparus.
Douziènie bataillon, 10 tués, 39 blessés; le chef de bataillon, 2 lieuienanis et un sous-lieutenant sont au nombre des blessés.
Treizième bataillon, 11 tués, 56 blessés, un chef de bataillon, un lieuienanl et un sonslieulenanl comptent parmi les blessés.
Quatorzième bataillon, 5 tués, 17 blessés, 22 disparus.
Quinzième bataillon, 4 tués, 19 blessés, 1 disparu.
Seizième balaillon, le chiffre n'esl pas connu ; le commandaiu Cippoline et le capiiaine adjudani-major Farey, du 9' léger, ont été tués à l'enlèvement des barricades.
Dix-septième balaillon, 6 tués, 14 blessés.
Dix-huitième bataillon, le diiffiC n'est pas connu exactement.
Dix-neuvième balaillon , 6 morts, 32 blessés, 3 disparus.
Vingiième balaillon, 14 mofts,^28 blessés. — 3 capitaines et un lieuienanl ont été lues sur les barricades; le chef de balaillon et 2 lieutenants sont au nombre des blessés.
Yingi unième balaillon, 5 tués, 10 blessés, 10 disparus.
Vingi-deuxième balaillon, 4 tués, 25 blessés, 10 disparus. — 1 lieutenant lue; 2 capitaines, 3 lieutenants, 1 sous-lieutenant blessés.
Vin gi-lroisième balaillon, 3 tués, 16 blessés, 6 disparus.
Vingi-quatrièmebalaillon, 8 tués, 30 blessés, 7 disparus.
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Le Vaudeville, le Gynin;ise, le théâtre Montansier, la Porie-Saiiu-Martin et la Gaîté sont rouverts.
Un traité a été passé, entre le ministre des finances, M. Goudchaux, et le gouverneur fie la Banque, M. d'Argout,par lequel la Banque prête 150,000,000 au Trésor, pour 1868 et 18û9.
Peu de propriétaires ont reçu le prix de leurs loyers aujourd'hui.
M. Ducoux est nommé préfet de police en remplacement de M. Trouvé-Chauvel.
La démission de M. Beihmoiit, ministre de la justice, est certaine; on dit que ce ministère a été offert à M. Marie qui l'a refusé, et un journal ajoute ce matin que l'on est en iusiance auprès de M. de Cormenin, dont l'acceptation serait à peu près certaine.
Une lettre de Digne nous apprend que M. Sibour, nommé archevêque de Paris en remplacement de M. Affre, accepte cette nomination.
Les membres de la commission des prisons se sont assurés par eux-mêmes que les prisonniers de juin sont soumis à un bon régime.
Voici quelques renseignements extraits d'un rapport soumis à !a commission de surveillance instituée par arrêté du 7 juillet :
Le fort de Vanves contient 1,006 détenus, dont 57 malades.
Le fort de Charenton 50, dont 21 malades.
Le fort de l'Est 673, dont 32 malades.
Le fort d'Ivry 1,500, dont 56 malades.
La Conciergerie 777, dont 17 malades.
Le fort d'Aubervilliers 900, dont 20 malades.
Le fort de Noisy-le-Sec 500, dont 15 malades.
Le fort de Romainville 820, dont 18 malades.
Il y a donc 236 malades sur 6,226 détenus, c'est-à-dire, en moyenne, 3 malades sur 100 prisonniers, et on a remarqué que les idiots, les épilepiiques et les hommes atteints d'affections cutanées forment environ les deux tiers des malades.
Depuis le 28 juin, deux détenus seulement sont morts ; ils ont succombé à des
affections inflammatoires qui n'avaient aucun caractère épidémiqne ou contagieux.
Le général commandant à Lyon écrit à M. le ministre de la guerre que le nombre des armes distribuées ou pillées est de So,liOh fusils et 1,160 mousquetons dans cette division militaire, et que par suite du désarmement qui s'opère en ce moment, il est déjà rentré 32,861 fusils et 65i mousquetons.
Le chef du pouvoir exécutif a nommé M. Basiide ministre des affaires étrangères, M. Marie minisire de la justice, en rempUcement de M. Bethmoni, démissionnaire, M. Verninhac-Saint-RLiur minisire de la marine, en remplacement de M. B:isiide.
M. le chef d'escadron Constantin a été interrogé; il est inculpé d'avoir pris une part active à l'insurrection; cet officier a cessé d'être tenu au secret ; il a demandé à être envoyé dans une maison de santé; un des médecins de la première division a été délégué pour examiner son état.
Parmi les olTiciers de la garde nationale compromis dans les événements de juin, on cite le capitaine Baldin, employé à l'usine du gaz de la rue de Charonne, dans le faubourg Saint-Anloinc. Il est inculpé d'avoir pris le commandement d'une bande qui a cherché à intercepter le passage à fa troupe qui venait au secours du détachement du 48" lie ligne cerné dans la caserne de la rue de Reuilly. Cet officier est accusé en outre d'avoir transformé son domicile en une fabrique de poudre et de cartouches.
Les quatre commissions militaires nommées par le chef du pouvoir exécutif viennent de recevoir l'ordre d'entrer immédiatement en fonctions.
MM. de Lasieyrie, Rabuan et Favreau, représentants du peuple, délégués par la commission d'enquêie sur l'élection de M. Laissac, sont arrivés à Montpellier ; ils ont commencé immédiatement leurs investigations.
Hier, ont eu lieu au fort de Bicêtre, les derniers interrogatoires des insuigés qui y sont détenus. Les 274 dossiers concernant celte dernière catégorie d'inculpés ont été remis hier à la commission centrale.
Nouvelles de la cour, comme dirait le- Constitulionnel : M. le général Cavaignac a reçu ce soir, à son hôtel de la rue de Varennes, tous les officiers de la garde naliq» nale de Paris.
Un arrêlé de M. Séiiard, ministre de l'intérieur, ordonne la réorganisation des légions de la garde nationale de Paris qui ont éié dissoutes à la suite des événements de juin. Les maires des arrondissements auxquels apparlieniientces légions devront former un conseil de trente-deux membres qui siatiieronl sur les admissions, et fixeront ainsi les contrôles de chacune de ces .légions.
3 militaires et 8 hommes sont morts dans les hôpitaux et hospices civils pendant les journées des 15 et 16 juillet; le nombre des malades se trouvait léduit à cette date au chiffre de 'J2S.
M. Panou a été remis en liberté; ce citoyen écrit qu'il n'a pris aucune part à l'insuircction et que son arrestation n'a été motivée que par le fait d'une ressemblance avec un individu signalé comme ayant été vu à la barricade de la rut; Saint-Maur, et que les témoins avec lesquels il a été confronté ont déclaré ne pas le reconnaître.
Samedi dernier, M. de Vrai.«se, ancien gérant du Courrier français, et ancien officier dans l'ai tillerie de la garde naiionalc, a été signalé comme ayant pris part à l'insurrection ; il a été arrêté ainsi qu'un de ses amis, le sieur Dchaye; ils habitaient tous deux la même maison, rue des Bons- Enfants.
Il n'est question à Paris que du citoyen Proudhon. Si c'est le succès que le citoyen Proudhon veut, nous craignons bien pour lui qu'il ne réussisse pas. Si c'est la célébrité seulement, il l'a. Jamais, depuis Erostate, un fou n'a été si célèbre. Mais, M. Proudhon est-il sérieusement un fou ? Ou le croit tant que l'on ne voit que la superficie de ses doctrines, puis on est étonné loui-à-coup de l'effrayante logique du fond quand on le sonde. M. Proudhon avance trois principes effrayants, et qui, à l'aide d'une simple déduction , nous paraissent vrais, et doivent paraître vrais à tous les esprits consciencieux. M. Proudhon dit :
• La propriété c'est le vol. La famille est une chose dangereuse. Dieu est un être inutile. •
Oui, la propriété c'est le vol, si la propriété prend et ne rend pas, si elle absorbe, si elle monopolise, si elle commence par l'égoïsme et finit par l'avarice.
Oui, la famille est une chose dangereuse,
si au-delà de la famille on ne voit rien, si, pourvu que sa famille soit heureuse, l'homme ne s'occupe pas des autres hommes, qui sont cependant de sa famille aux yeux (leDifU.
Oui, Dieu est un èlre inuiile, si l'amour de Dieu n'inspire pas l'amour du prochain, si par le respect de Dieu et de ses commandements on n'arrive pas à la fraternité.
Déduisez ainsi les trois grands principes de M. Proudhon, qui oui soulevé tant de clameurs, et vous arriverez à voir qu'il n'a pas tout-à-fait tort. M. Proudhon demande trois cents ans pour la réalisation de ce qu'il veut, et sur ce point, il a encore raison. D'abord, parce que cela nous met, nous et notre génération, à l'abri de sa doctrine, puis, parce que si la république dure, et qu'elle aille toujours en avant, elle doit évidemment en arriver, non pas seulement à ce que demande M. Proudhon, mais à ce que veut M.Cabet. Nous ne sommes pas le partisan du rédacteur du Eepréienlant du peupfe, mais nous croyons de notre conscience de dire que c'est un homme qui mérite plus qu'on ne lui accorde, et qu'il devait évidemment résulter, lui et son principe, de la révolution de février. M. Proudhon agit-il par amour des classes pauvres, ou seulement en haine des classes riches? Voilà ce que nous ne savons pas ; tout ce que nous pouvons dire, c'est que nous croyons qu'il viendra une époque où, lorsque les passions seront éteintes, et les hommes qui les ressentent seront morts, il paraîtra étrange que ses contemporains aient traité de fou un homme auquel il ne manque qu'une chose, la certitude de vivre cent cinquante ans, ou la patience d'attendre.
A notre avis, M. Proudhon est un homme qui a voulu regagner le temps perdu, et qui a cru qu'avant toute chose il fallait préoccuper le public de lui, afin de faire plus facilement connaître ses théories et les mettre en pratique. Il n'a pas reculé devant le danger du paradoxe social et de l'hérésie, pour ainsi dire. Nous croyons que si M. Proudhon eût appelé à son aide la logique au lieu du scandale, d'abord il eût eu pour lui tous les honnêtes gen^, tous les bons esprits et toutes les consciences. M. Proudhon s'est trompé de route, voilà tout. .Mais, quoi qu'il en soit, il est parti d'un principe vrai et marche vers un but inévi-
table, si la république ne nient pas à sa niissian.
M. Proudlion a le malheur de menacer trop. Il se fait craindre d'ubord, au lieu de se faire tcouler. Quelle confiance un pays peut-il avoir dans un homme qui commence par dire : • Si vous ne donnez pas, nous prendrons de force; • an lieu d eiwuier ses raisonnemenls, on charge son fusil. Ce n'esi plus un logicien auquel on a à répondre, c'est un ennemi que l'on a à combalire.
Le général Changarnier, commandant en chef des gardes nationales de la S»ine, a adressé la lettre suivante à ceux de MM. les colonels qui avaient cru devoir refuser, au nom de leur légion, les décorations que le pouvoir exécutif a riulenlion de leur accorder.
• Mon cher colonel,
« M. le général Cavaignac, président du conseil, à qui j'ai soumis les observations qu'au nom de plusieurs de ses collègues, M. le colonel de la quatrième légion, m'a adressées, persiste à penser qu'il convient de donner à la garde nationale les décoratiens qu'elle a si bien méritées dans les journées de juin.
• Si, en p: ivant de toute récompense les gardes nationaux q«i ont eoraballu pour l'ordre et la société, nous pouvions liéchiier celle sanglante ei uiste page de noirt; li\sr toire, leurs cœurs patriotiques se réjouiraient; mais ce souvenir déplorabl.; étant mallieureusenient indélébile, nous ne devons pas séparer, dans le partage des distiactious honorifiques, la garde uaiionale, la garde mobile ei l'aimée, si unies pendant le combat.
«M. le président du conseil ayant, je vous le répète, pris une décision à laquelle beaucoup de légions ont obtempéré, je ne doute pas que vous ne me mettiez en mesure d'exécuter ses ordres, non-seulement avec l'ûbéiasance que nous lui devons tous, mais avec l'empressement que je suis en droit d'attendre de votre palriolisrae, de voire esprit conciliant et éclairé.
• Agréez, mon cher colonel, l'assurance de nu s scutiments Irès-disiingués et trèsalTeciucux.
• Le général commandant en chef,
« CUANGAUNIF.R. »
JVous comprenons les scrupules de la garde n;iiionale. Elle a vaillamment combailu, il est vrai. Elle a donné au pays un
magnifique exemple, mais elle a obéi à une de ces terribles nécessités qui ne demandent pas de récompense lorsqu'elles ont été satisfaites. Elle a tué l'anarchie, mais elle a versé le sang pour cela, et elle ne vent voir payer que par sa conscience le service rendu à la République. Celle croix roiige, gagnée ainsi, lui brûlerait, tôt ou lard, la poitrine ; nons le croyons, car c'est une sinistre façon de gagner la croix, que de tner sur des barricades les hommes dont la veille peut-être on eût pressé la main.
Qu'on donne la croix à la troupe, c'est justice. La croix est la récompense ambitionnée des soldats, ei de quelque façou qu'ils se distinguent, on la leur doit, d'aulaul plus que dans celle circonstance il fallait de nobles et prompts encouragements à Mms les enfants de l'aiis, desquels on avait doulé un instant. La croix pour eux est donc plus qu'une récompense, c'est nue réparation.
18 XUIELET.
Etat-major fjènéral des gdrdes nationales de la Seine.
Paris, lelSjuillel ISAS-
Le général commandant eu chef a mis à l'orJre des légions de la garde nationale de la Seine l'arrêté suivant (le M. le président du conseil, chargé du pouvoir exécutif, concernant la réorganisation des légions ei des compagnies licenciées, cl celle de l'élat-inajor général :
Considérant qu'en prenant, au moins en partie, une pan aeiivc il l'iiisurrcctiou des 23, 24, 25 et 2Gjiiin, les citoyens composant les légions et les compagnies dissoutes ont agi de manière i justifier, dans le uavail de réorganisation, l'adoption de mesures exceptionnelles;
Considérant que, jusqu'à l'époque où un décret organique aura pourvu à la formalion de la garde nalionale, il est nécessaire de reconstituer, dans les 8', 9" et 12° arrondissements, la garde nationale, destinée à y maintenir le bon ordre et à j assurer la paix publique ;
Considérant que la même nécessité existe à l'égard des compagnies dissoutes dans les autres arrondissements,
Arrêtons :
Art. 1"". Le maire de chacun des arrondissements ci-dessus désignés composera un conseil de recensemcnl de trente deux membres, qui procédera, sons sa prési-
dence, après enquéie ei informaiions préalables, à la formaiion de nouveaux conirôles.
Art. 2. Après leiablissement des contrôles, il sera procédé, dans les formes ordinaires, aux élections des ofliciers, sousoflîciers et caporaux.
Art. 3. Le général commandant en chef les gardes nationales de la S^ine est chargé de proposer la liste des officiers qui devront composer l'étal-major de la gurde nationale.
Art. tt. Le minisire de rinlérieur est diargé de l'exécution du présent arrêté.
Fait en l'hôtel de la présidence, à Paris, le 15 juillet 18/i8.
Signé : Cavaignac.
Le ministre rie l'intérieur, J. Sénard.
Pour ampliation :
Le secre'laîre-géne'ral, Hermann.
Nous avons dit que le général Cavaignac avait ouvert ses salons de la rue de Varennes et que sa première réception avait été consacrée à la garde nationale ; les officiers s'y sont portés hier soir mardi en grand nombre; le général a témoigné aux 2' et 3' légions, qui ont paru les premières, combien il avait su apprécier leur courageuse conduite dans les luttes de juin.
« Notre cause est commune, leur at-il dit, et les légions de Paris peuvent compter sur moi, comme je compte sur elles. •
On vient de reprendre aux Tuileries les travaux de réparations suspendus par les événements de juin. Ou dit que les modifications apportées à la salle des séances de l'Assemblée nationale n'ayant pas atteint le but qu'on se proposait à l'effet d'améliorer l'acoustique, il est de nouveau question d'approprier le palais des Tuileries aux travaux de l'Assemblée. Dès hier, une commission d'architectes a visité le château ; elle est chargée de préparer un plan à ce sujet et de le soumettre au ministre des travaux publics.
Les inculpés de l'alleniat du 15 mai sont toujours détenus au fort de Vincennes ; M. Cormenin les a visités ; il a communiqué avec Albert, Barbes et Sobrier, qu'il a trouvés très-calmes, et qui paraissent s'attendre à une amnistie ; quant à Ra.spail, il est dans un élat d'exaltation violente, il parle haut la nail, il répèle sa défense, et
le matin seulement, il tombe dans une prostration profonde ; les geôliers sont obligés de lui frotter les tempes avec de 1 eau glacée pour le faire revenir à lui ; M. Courtais est toujours détenu à la Conciergerie.
Par arrêté du président du conseil, chargé du pouvoir exécuiil, et sur le rapport du minifître de l'instruciion publique et des cultes, en date du 15 de ce mois, M. Sibour, évoque de Digne, a été appelé à l'archevêché de Paris.
Par arrêté du 18 juillet, sont nommés membres du comité consultatif du contentieux, au département des affaires étrangères, MM. de Gabriac, ancien ambassadeur, Macarel, conseiller d'Elat, P.-F. Dupont, représentant du peuple, de Billing, ancien mmistre plénipotentiaire, et Brenier, directeur de la comptabilité et du contentieux au déparlement* des affaires étrangères.
Par arrêté du maire de Paris, ont été nommés : maire du septième arrondissement, M. Martelet, adjoint, en remplacement de M. Moreau, démis^ionuaire; maire du premier arrondissement, M. Despeux, adjoint, en remplacement de M. de Bénazé, appelé aux fonctions de membre de la commission municipale et déparlementple ; M. François Adam est nommé adjoint à la mairie du premier arrondissement, qui se trouve composée de MM. Despeux, maire, Bascans et Adam, adjoints.
Dans la journée du 17 juillet, quatre hommes et trois militaires sont morts dans les hôpitaux et hospices civils; le nombre des malades est réduit à 871 ; leur élat est en général satisfaisant.
Par arrêté du lO juillet. M, Ayreau-Degeorges est nommé piéfel du Var.
M. Dornès n'est pas mort, comme on l'avait dit. Le National donne sur son élat quelques détails qui permeilenl encore d'espérer que cet honorable repiésentant pourra être conservé à ses amis. Depuis jeudi dernier, la fièvre ne l'a pas quitté ; dimanche, il y a eu redoublement avec fris' sons; la seusibiliié nerveuse est extrême; la blessure a été sondée hier soir et on a établi une mèche pour conduire et diriger la supuraliou au dehorj ; les von.issenients ont cessé ; nous désirons bien sincèrement que les espérances du National se réalisent.
Les conseils de guerre conslimés pour juger les insurgés de juin ouvriront leurs audiences la semaine prochaine.
On commencera par juger les individus contre lesquels ne s'élcvcni que des présonipiions ei qui sont susceptibles d'être mis en liberté; puis viendront les accusés 4e faits graves ; et, en dernier lieu, les insurgés accusés d'assassinat.
M. de Cormeiiin a adressé la lettre suivante à plusieurs journaux:
• Monsieur,
« Je suistoui à fait éiranger à la relation que plusieurs journaux ont faite de ma visite au fort de Vinceiines.
• Je dois dire particulièrement que je n'ai pas trouvé M. Raspail moins calme que les a«lres détenus.
« Me sera-t-il permis d'ajouter que la mission dont je suis chargé, se borne à surveiller et à constater l'état sanitaire des prisonniers politiques ?