LeciloyenLALANNE,alliéauA'«</o«a
directeur des Ateliers nationaux.
28- Le citoyen Levrault, ami du citoyen B.JStidc, rédacteur du i\'«//o/«ff/, ex-ministre à Naples.
39. Le citoyen Carette, allié au National, direciei^'^'^onstanline.
30. Le ciioyen^ttT.RON, allié' au National, garde des Archives.
SI. Le citoyen Clément Thomas, connétable du National, ex-commaiidaiit supérieur des gardes nationales de l;i Seine, en remplacement de Masséna, Oudinc., Gérard, Lobau, Lafayette, etc., etc.
Ce qui va occuper Paris jusqu'à la fin de ce mois, c'est le rapport de la commission d'cnqnêie, publié aujourd'hui avecles pièces justificatives et distribué aux représentants. Ci; rapport forme un volume de 37? pages. Nos lecteurs comprendront que, malgré le dc.sir que nous en aurions, nous ne pouvons le donner dans tous ses détails, d'autant plus que beaucoup de ces détails sont insignifian'.s. Mais nous ne laisserons pas passer une déposition quel- ([ue peu iniport;uue,sans la leproduire intégralement.
Le premier témoin entendu est M. François Arago, membre <le la commission executive.
Pour lui, tout le mal vient du Luxembourg et des dangereuses utopies de M.
Louis Blanc. M. Louis Blanc voulait un ministère du progrès, c'est ce qui a donné naissance aux premières dissidences survenues entre les membres de la commission executive. - Quant aux circulaires de M. Ledru-r»ollin, ajoute M. Arago, elles faisaient le plus mauvais effet ; j'avais proposé de les soumeiire à un comité, mais mon avis ne prévalut pas.
■ Le mouvement du 23 juin a commencé en quoique sorte chez Marie. Des délégué.s lui avaient envoyé cinq d'entre eux auxquels il parla avec indignation et énergie. Ceux-ci furent animer le peuple sur la place du Panthéon. Nous donnâmes l'ordre de les arrêter, ainsi que cinquante-huit délégués des ateliers nationaux. Nous donnâmes l'ordre au général Cavaignac d'envoyer des troupes au Panthéon. Aucun de ces ordres n'a été exécuté.
<• Quant au plan à adopter en présence de l'insurrcoiion, deux systèmes furent dé-
baiius : l'un consisiail à masser les tioupes autour de l'Assemblée nationale, pour les porter en forces imposantes contre les points insurgés; l'autre cousisiait à disséminer la troupe dans Pari^' -t à ne pas souffrir sur uu seul point li|É||fissement des barricades. Ce deruier ^stènte était le nôtre, et nous le soutînmes avec chaleur; mais nous dûmes céder devant les objections du général Cavaiguac du moment qu'il s'agissait d'une question purement militaire.
« Le reste est parfaitement connu. Je n'ai donc qu'un mot à ajouter, c'est que les demandes de troupes faites aux préfets dans les départements voisins de Paris, ainsi qu'à Clierbourget à Brest, ont été adressées spontanément par mon collègue Ledru- KoUin. •
M. Garnier-Pagès dépose dans le même sens que M. Arago.
Puis vient la déposition de M. de Lamariine :
« Au 15 mai, dit-il, nous fûmes trompes par l'inipéiiiie des chefs de la force publique. C'était toujours le même espiii, la même tendance. Il s'agissait là, encore, de confisquer la République au profit d'un parti violent, voulant pousser les choses aux extrémités. Pour d'autres, c'était un essai d'inlimidaiion. Les sections ariuées, les grandes catégories des séditieux de Pai is, n'y ont pas joué le premier rôle.
« Ou a dît donner devaut vous plus d'importance qu'il n'en mérite à Blauqui, conspiraieui «lonomane, artiste eu conspiration.
(( Barbes était venu chez moi; il m'appelait son sauveur ; il ne donnait pas à Blauqui une valeur extrême. Blanqui n'inlluençail pas GO hommes dans Paiis. C'est une enseigue. Il a pris la tête au 15 mai, mais, pour parler vrai, les chefs n'y étaient pas. i Barbés a été pi is au piège de la popularité de Blanqui ; la preuve du peu d'importance û.- Blanqui , c'est que les autres clubs avaient résolu de l'assassiner.
« Eu résumé, ayant observé, comme je l'ai fait depuis quatre mois, les tendances de toute sorte à la suppression de l'Assemblée, je crois pouvoir dire qu'on n'a rien aperçu de sérieux dans les sections armées, dans les hommes d'Etat de lu' République exagérée.
« Le uiouvement du 23 juin a clé tout
spontané. L'agUaiion des ateliers nationaux a eu deux causes : l'argent du gouvernement, économisé en caisse d'épargne pour la guerre civile, puis le communisme, qui y a mis la main, et qui s'en est servi pour l'insurrection. Quant au rôle joué par la Commission executive, quant à ma part de responsabilité, je n'ai pas voulu en parler. Je ne voulais pas mettre des personnalités en jeu dans une aussi épouvantable catastrophe. Les récriminations m'auraient répugné.
« Il y a plus d'un mois que l'ordre fut donné au général Cavaiatnac d'entourer l'Assemblée nationale de iroupes, et de ne compter sur la garde nationale que comme sur une résci vc, un appui moral, un magnifique supplément de forces. Il n'y avait alors que 6,500 hommes de troupes dans Paris, il fut convenu que l'on aurait 25,000 hommes de la ligne casernes dans la capitale. Nous avions 16,000 gardes mobiles, 2,500 gardes républicains, et 2,000 gardiensde Paris. J'exigeai en outre 15,000 hommes dans le voisinage immédiat de Paris. C'était donc une force de 60,000 hommes, indépendamment de la garde nationale ; et je jugeai cette force plus que suffisante pour réprimer tout mouvement insurrectionnel ; j'ai obsédé le général Cavaiguac de mes observations à cet égard. « Pour l'état moral , je demandai une série de lois répressives : lois contre la presse, lois contre les attroupements. Mous lûmes unanimes, dans la commission executive, pour demander ces mesures à l'Assemblée nationale. Il me semblait que rAssemblt'c nationale était menacée de deux dangers, les ateliers nationaux et uu mouvement bonapartiste. Je songeai dès lors h protéger l'Assemblée nationale, si elle était foi cée de quitter Paris ; et je voulais qu'il y eût 20,000 hommes disponibles de l'armée des Alpes. J'ai insisté plus que mes collègues pour l'exécution de ces diverses mesures. J'ai été fort étonné du peu de troupes qu'il y avait dans Paris.
« Je n'accuse pas le général Cavaignac, dont la haute réputation miliiaire et la loyauté sont à l'abri de toute attaque ; mais enfin, je suis forcé de dire qu'il y avait dans l'administration de la guerre quelque chose qui ne répondait pas à notre confiance.
I« J'avais proposé d'enlever les barricades avant la nuit, et de faire un effort déses-
péré j mais l'absence de troupes a prolongé la luiic.
« Deloulcequejexiensdeclire.ilressorl que, dans ces diverses manifesiaiions et insurrections les mêmes inlemions se sont produites; mais vous, messieurs, hommes politiques faisant une enquête pour le présent et pour l'avenir, vous devez remarquez et faire remarquer que tout s'est produit isolément.
« Chacune des fractions du parti anarchique a toujours agi seule, et c'esi ce qui nous a donné la victoire. La dissoluiion des ateliers nationnux me paraît l'assurer infailliblement dans l'avenir.
Déposition de M. Ledru-Rollin, mctnhre du gouvernement provisoire, (fijiiil.^
« L'attentat du 15 mai a eu plusieurs caractères ; je ne puis donner que des appréciations générales. Je crois que la plupart des hommes qui ont envahi l'Assemblée ont eu pour but unique d'apporter une pétition et de la lire à la barre. Ils voulaient faire acte de force et ignoraient probablement le décret de la veille qui le leur défendait.
« La police était mal faite, je dois le dire.
« Au momeniderenvahissemenljje vins à la grille avec M. de Lamartine, et fis tous mes efforts pour empêcher la foule d'entrer. On vint m'avenir qu'une niasse considérable se portait vers l'autre porte, par la rue de Bourgogne, et que ce point était moins défendu que celui où je me iruuvais. Je courus à cette porte. Je parlai aux insurgés et les obligeai à se retirer ; mais ils entrèrent par le fond de la salle.
« Blanqui et Raspail avaient certainement l'intention de pénétrer dans l'Assemblée. Barbes me paraît s'être monté la tête par degrés. On lui avait dit qu'il y avait trois cent mille hommes dans la manifestation ; c'était le peuple, le peuple souverain. Barbes n'a jamais rien vu au delà. Le peuple fui toujours son idole. Puis vint Blanqui, homme excessivement dangereux, dont j'ai toujours dit qu'il avait du fiel et de la bile d.uis le cœur au lieu de sang. Huber prononça la diss^olulion. Je crois que Blanqui cl Huber étaient d'accord pour prononcer cette dissoluiion.
• Quant à moi, j'ai été indignement calomnié; je ne savais rien de ces projets. Macoudiiiie, pendant la séance, est connue de tout le monde. On me pria de prendre la
présidence, mais je refusai et l'on sait ma résistance acharnée aux obsessions dont je fus robjet. Je descendis dans la cour, j'y fus rencontré et cerné par des hommes qui voulaient me conduire à l'Hôtfl de ville. Je déclarai qOHiJwie m'y mènerait pas vivant. Je pris même un pistolet pour me brûler la cervelle si la violence ne cessait pas à mon égard.
• Les ateliers nationaux étaient la plu& giave prcoccupaiion du gouvernenienl.
Vers le 20 mai, on résolut de les fermer. Ou prit, à cet égard, toutes les mesures que commandait la prudence humaine, mais tous les ordres ne furent pas strictement exécutés. Il avait été convenu, par exemple, qu'on n'admettrait plus personne dans les ateliers. Deux maires de Paris se peimireni cependant d'inscrire de nouveaux noms, leur destitution fut arrêtée. Vous savez que les délégués envoyèrent une dépntation à la commission executive, et quelle réponse leur fil M. Marie; c'est alors que nous donnâmes l'ordre d'arrêter cinquante-cinq délégués et Pujol. Cet ordre ne fut pas exécuté, et le prélel de police répondit qu'il n'avait pas les adresses.
" Pour les événements du 23 juin, on a dit que la commission executive avait été imprévoyante ; je repousse ce reproche, et je déclare que toutes les mesures de précaution avaient été prises. Nos ordres étaient formels, mais ils n'ont pas été exécutés. Ainsi, nous avions voulu que la gainison de Paris et de la banlieue, en y comprenant la garde mobile, la garde républicaine réiusiallée et les gardiens de Paris, fût portée à soixante mille hommes. Comme on fit des difficultés, on réduisit ce nombre d'abord à cinquante-cinq mille, puis à cinquante mille, enfin à quarantecinq mille hommes. Le général Cavaignac disait qu'il ne pouvait pas dégarnir le reste du pays. On convint enfin de vingt mille hommes pour Paris et de cinq mille hommes pour Versailles, Saint-Denis, eic, etc., en tout vingt-cinq mille hommes effectifs. En outre, Lamartine proposa de faire venir vingt mille hommes de l'armée des .\lpes, ce qui fut adopté.
• Je me rappelle que la préorcupation de Lamartine, sur l'effeciif des troupes, était telle qu'il demandait souvent où en était l'exécution do nos ordres à cet égard. 11 s'agira de savoir un jour si, oui ou non,
il y avnit bien vingl-ciiiq mille hommes diiiis i'aris au mois de juin. Quaiil à moi, je uc. puis le croire. De lous les poinis de Paris, on se plaignait, dans la journée du 23 juin, de ne pas avoir du troupes.
■■ Nous diffL'i ions essentiellement sur les moyens de défense à adopter au 23 juin. Il y avait deux systèmes en présence. Le général Cavaignac exigeait que l'année fût sous sa main; qu'elle fût massée, el lancée ensuiie sur les poinis attaqués. La Commission pensait, au contraire, qu'il fallait attaquer chaque barricade anssiiôt qu'elle serait élevée ou seulement commencée.
Elle persista longtemps dans son opinion et ne céda qu'à regret, en abandonnant au général Cavaignac la suite des opérations militaires, et en se retirant à la présidence oii el'e pouvait s'entendre avec lui.
• Vers trois heures ei demie, le général Cavaignac s'absenta pour voir comment allaii m les choses, il ne devait êirc absent qu'une heure au plus. Il ne revint que vers neuf heures du soir, et je ne saurais jamais lendre ks tortures que j'ai éprouvées p( ndaiil son absence. Tous les maires de Paris m'envoyaient demander du renfort ; tous se plaignaient de ne pas voir de troupes ; la garde nationale criait à la trahison, et moi, j'étais là, seul, seul à la Présidrnce, dans une inquiétude mortelle el indicible. Eu l'absence de mes collègues, je pris sur moi d'écrire aux pri;ffts pour leur deman 1er toutes les forces sans distinction qui se trouvaient dans le voisinage de Paiis. J'expédiai des onires à l'amiral Casy pour qu'il demandât sur- le-chanip des troupes à Bre^l el à Cherbourg. Au retour du général Cavaignac, j'avoue que je montrai une grande vivacité.
• De loui ce que je viens de dire, je crois pouvoir conclure qu'il n'y avait pas plus de huit à dix mille hommes engagés dans Paris, le premier jour de l'insurreciion. Il est au moins certain qu'ayant demandé, veis deux heures du matin, au général Cavaignac, condjicn il avait de troupes dans Paris, il me répondit qu'il ne le savait pas.
\ J'étais d'avis de recommencer l'attaque au - point du jour, et d'envoyer deux bataillons au général Dumesmc. Celte opiuiifn ne fut pas celle du général Cavaignac. Ou commença à tirailler vers trois heures du matin.
• Les accusations portées contre nmis, par suite de lab-ence des troupes, étaient
telles, qu'un officier vint nous dire qu'on accusait hautement la Commission de trahison, el qu'il fallait la fusiller.
« Les événements me paraissaient sî graves, que je dus songer à l'emploi du canon. J'engageai à faire prendre des pièces à Viucennes. L'artillerie partit à onze heures du soir pour aller les chercher. Par quelle fritatiié n'arrivèrenl-elles que le lendemain, vers dix heures ? En véri'é il est dilTicilc de comprendre qu'il faille onze heures pour aller à Vincenncs et en revenir. Le colonel Martinprey était chargé de celte expédition, et devait ramener deux régiments d'infanterie qui se trouvaient à Vincennes. Le général Cavaignac disait : L'honneur de l'ai mée exige que je persiste dans mon système. Si une seule de mes compagnies était désarmée, je me brfderais la cervelle ; que la garde nationale attaque les barricades ; si elle est battue, j'aime mieux me retirer dans la plaine Saint- Denis et y livrer bataille à l'émeute.
D. « A quelle cause aitribuez-vous l'absence supposée des 20,000 hommes sur lesquels la Commission executive croyait pouvoir compter?
J{. « Je ne sais. Je vivais dans la conviction que les 20,000 hommes étaient à Paris.
D. « Quelle est votre opinion sur la siluaiion de Paris et sur l'atiiiude de cette partie de la population qui a pris part à l'émeute?
J{. «Je crois que si de promptes mesures ne sont pas prises, la lutte renaîtra; il faut faire revivre le crédit, le travail et l'industrie. Cette opinion, je l'ai eue dans le gouvernement provisoire, où j'ai été en niinorit('. Garnier-Pagès a été un obstacle : il a cru qu'il fallait administrer les finances de la République comme en temps ordinaire. »
M. Marie dépose dans le même sens que M. Arago eu ce qui concerne avril et mai.
Juin. — « Jeudi malin, on vient l'avertir que Irois ou quatre cents ouvriers veulent lui parler; il refuse et admet cinq délégués, au nombre desquels Pujol, qu'il reconnaît pour avoir envahi l'Assemblée le 15 mai, et il lui défend alors de prendre la parole. Pujol, de son rôié, défend à ses cairiarades de parler. M. Marie,s'adressanl à ces hommes, leur dit : « Vous, qui êtes de
« vrais ouvriers, parlez-nioi donc ? Avez- • vous besoin de la permission de Pujol? « Seriez-vous ses esclaves, eic. » Les pourparlers commencèrent : ces hommes se plaignaient de ce que le décret voulait la mort des ouvriers.
« Ils firent un discours, menacèrent de mettre à mort le témoin, etc.
« Les ministres vinrent au conseil; M. Marie donna le nom des cinq orateurs au minisire de l'iniérieur, et ordonna leur arrestation. Cinquante-six délégués du Luxembourg étaient au Jardindes-Planies.
Il ordonna de les arrêter. Le 22 au malin, ils se sont promenés toute la journée et toute la soirée, pas un n'a été arrêté.
• L'ordre est daié de dix heures du matin.
« Le soir (le témoin n'est pas certain du fait), il y avait conseil ; il demanda si les arrestations étaient faites ; le ministre de J'inlérieur dit qu'où ne connaissait pas les adresses.
« Dans une conférence, à neuf heures du soir; on les avertit que des ouvriers étaient dirigés sur Angers, et qu'une colonne d'ouvriers descendait pour s'opposer au départ.
• Voyant l'agitation, M. Marie écrivit de sa main au ministre de la guerre :
« La journée et la soirée ont été très- « agitées. Cela me donne des inquiétudes « pour demain. Prenez toutes vos mesures.
• On m'a dit que dès demain à six heures « il y aura des ouvriers en grand nombre • sur la place du Panthéon.
• Envoyez au Luxembourg deux régi- « menis d'infanterie et un de cavalerie. »
• Le général fut donc averti.
• Dès le lendemain il était investi dn commandement général.
< Je crois, en mon unie et conscience, que, dans ces tristes circonstances, la Commission executive a fait son devoir. •
Déposition de M. Marrast, maire de Paris, 8 juillet 1848.
M. Marrast, avant de s'expliquer, fait remarquer qu'il n'entend nullement donner à ses réponses le caractère d'un témoignage judiciaire; c'est une simple conversation entre collègues, et qui aura par conséquent tout le décousu et le laisseraller des sou "enirs et des impressions personnelles.
Kous ne reproduisons donc pas la con-
versation de M. Marrast. La déposition de M. Caussiiiière nous paraissant plus importante, nous la donnons en entier :
Déposition de M. Caussidièrk, représentant du peuple, ancien préfet de police, \1 juillet.
M. le président l'invite à s'expliquer sur les fuiis qui sont l'objet de l'enquête.
M. Caussidière: « Je n'avais de rapport avec les clubs que d'une manière fort indirecte. Je n'avais pas de grandes défiances contre eux, si ce n'est contre celui de Blanqui. Quaul à Sobrier, ses menées commençitieni à m'inquiéter. Il avait demandé des armes, et m'apporta une lettre de M. de Lamartine, m'engageant à faire une demande à Vincennes de 500 fusils et quelques milliers de cartouches. Au surplus, je trouvais qu'il finissait par devenir ennuyeux; mais n'en parlons pas, il est en prison et je hc veux pas me faire son délateur.
• Quelques jours avant le 15 mai, j'avais éprouvé une luxation au genou poni- avoir serré trop vivement mon cheval ; je n'en ai pas moins pris toutes mes mesures. J'avais averti la Commission executive. J'aurais voulu une bonne garde républicaine régulièrement organisi^e. Je demandais une certaine omnipotence pour la préfecture de police, ou bien ma démission. Ni Tune ni l'autre ne me furent accordées. Au 15 mai, j'avais deux de mes compagnies presque en révolte.
• Ma pensée intime est qu'il y a eu faute, mais que personne n'a su ce qu'il faisait ou ce qu'il voulait faire ; le malheur est que je n'ai pas pu sortir ce jour-là et venir à l'Assemblée, et là, en discourant, en rappelant de vieux souvenirs, j'aurais fini par calmer le peuple.
« Le pouvoir a été sans prévoyance, il a voidu faire de la police à côté de celle de la préfecture, il n'a rien fait de bon.
• Blanqui est un homme dangereux ; j'avais demandé sou arrestation; on ne l'a pas voulu ; ce n'est pas ma faute.
« Sobrier est une tête sans cervelle. Le 14 mai il est venu me trouver à la Préfecture. Je lui avais donné l'ordre de désarmer son poste et de me rendre ses fusils. Il m'avait fait une réponse assez malhonnête; cependant je ne lui croyais pas de desseins coupables, je croyais même qu'il marchait 1 très-dignement. Je lui fis surtout des re-
proches sur sou journal. Il ne fut pas question du mouvement du lendemain. Personne ne se doutait qu'il fut là-dedans. Il est vrai qu'il jouait tout le monde, Lamartine, moi et tant d'autres. •
M. le président lui fait observer qu'on a trouvé une lettre de Sobrier à lui adressée, et dans laquelle on lit ces mots : « Délivre-
• moi, comme tu me l'as promis hier soir." R. « Sobrier a menti. Jamais je n'ai pu
lui faire celle promesse ; je savais bien qu'il voulait faire une manifestation, mais je ne la croyais pas perturbatrice. D'ailleurs, si j'avais voulu, on m'a fait assez d'ouvertures, et dernièrement encore j'ai prévenu la Commission des dangers qu'elle courait...
« Oui, j'avais dit à la Commission que je répondais du mouvement du 15 mai : si je n'avais pas amoindri la manifesiaiion, elle aurait été de 50,000 hommes de plus. J'avais, de la pan du comité des Droits-del'Hommo, la promesse sérieuse de ne pas se sen ir d'armes.
• Enfin, quand on vint ni'anuoncer que l'Assemblée élaii envahie et qu'un nouveau gouveinemeol él^il proclamé, je répondis : < Cela ne me regarde point, qu'on ferme « les portes, et que personne n'entre dans
• riiôiel. •
Interrogé sur ce qu'il a dit que des propositions lui avaient été faites dernièrement, il l'épond :
• La Commission executive ne me paraissant pas marcher convenablnmenl, un la remplaçait par des rx)mbinaisons dans lesquelles on me faisait entrer. Les hommes qui me faisaient ces propositions étaient peut-cire des ofltcieux ; il n'y avait peutêtre r ieu de sérieux ; mais je ne puis les nommer, j'aimerais mieux me brûler la cervelle en sortant.
• Quant au 23 juin, je crois à des menées étrangères, à l'induencede l'or de la Russie, à quelques mécontents des anciens partis; mais la cause première, c'est la misère, cl puis on avait joué au fusil trop longtemps i le peuple s'en est servi tout de bon ; mais le vrai mal, c'est la misère. Je voulais qu'on déblayât le sol. J'en avais parlé à Lamartine, à Ledru-Bollin, au général Cavaignac.
• Le 2;i juin, je suis parti de la barrière de l'Etoile dans un cabiiolii milord : il était uue heure moins un quart, je suis arrivé ù une lieure à l'Assemblée, dans la
salle des Pas-Perdus ; je ne savais rien de ce qui se passait ; je fus surpris. Je parlai à Bûchez et à d'autres, je leur dis : • Ne « ferait on pas bien d'aller aux barricades? « Il faudrait être au moins douze pour « faire déposer les armts aux insurgés. • Le soir, j'ai couché dans la rue des...
, avec James Demoniry et autres ; j'ai évité d'aller au bord même du conflit. Le lendemain, un homme me dit : • Que
• pensez-vous du mouvement, M. Caussi-
• dière?» Je répondis: «Je |iense que Ca-
• vaignacrépriuierace mouvement aujour- « d'hui. •>
« J'affirme sur mon honneur n'avoir pas été dans ce mouvement : si j'en avais été, je ne me sei-ais pas comporté comme ua lâche, restant à aitendre les événements, ou comme un sot, à attendre qu'on me fasillàt comme un traître. Quand ou est dans un comploi, cela finit toujours par se savoir. Au surplus, j'ai coupé avec la queao de mon parti, je suis ennuyé, dégoùié, fatigué, et je ne songe qu'à rentrer dans U vie privée, après avoir combattu pendant vingt ans pour la République qui, je l'espère, se maintiendra. J'ai voulu m'isoler et me suis retiré à la barrière de l'Etoile, chezun de mes parents, mou beau-frère. »
Inviié à s'expliquer sur le déjeûner de Saini-Cloud, il répond :
• M. Désirabode nous avait invités à manger un melon : après déjeuner, nous fûmes au café, chez Nourry, et ne parlâmes pas politique, au moins de faits particuliers. Je connais Grandménil; je le crois un brave homme, incapable de se mêler à l'insurreclion. Louis Guéret a cherché aie compromettre en lui parlant de cartouches; ce Louis Guérei est un ancien agent de M. Delesserl.»
Le président donne lecture à M. Caussidière de la lettre écrite par Grandménil, dans laquelle il est question de bombes et peut-être aussi de lui, M. Caussidière.
« Oui, j'ai demandé des échantillons de bombes d'une espèce nouvelle qui se fabriquait à Angers, chez Uiotieau. Il s'agissait de chimie, d'une exi)érieuce à faire. Je suis très-curieux de ces découvertes. •
Dépotilion de M. Cai;ssidièhe. — {1k juillet.)
* Je viens demander nn acte de justice : les journaux ont parlé de mon arrestation ; ma famille est inquiète ; j'ai une mère, une
sœur dans les larmes; c'est pour elles que je dés-ire que ma position s'éclaircisse.
« Je déclare personnellement que je n'ai pris aucune part à l'insurrecUon de juin. Le 23, je suis venu en cabriolet de la barrière de l'Etoile, où je loge chez un parent, droit à lAssemblée; je n'en ai pas bouge j J'ai été seulement le soir, à six heures, prendre un poinge dans un restaurant, rue Saint-André-des-Arts, et je suis revenu à la Chambre.
• Je sais qu'au faubourg Sainl-Anioi»ie l'on s'est servi de mon nom, cela ne prouve rien et ne m'étonne pas : j'ai tant rendu de services aux uns et aux autres, aux pauvres surtout, mon nom est si connu, qu'il a pu servir de drapeau ; mais l'on peut dire tout ce que l'on voudra, je proteste absolument. Je ne suis pas un lâche, et si j'avais pris part à l'insurrection, je ne serais pas resté sur mon banc ; je suis en butte à tous les partis, et, comme broyé entre la tête et la queue; mais, du moins, je saurai m'expliquer nettement et resterai à mon poste pour répondre à tout.
• Je prouverai que j'ai dit, à la place Vendôme, que le triomphe du général Cavaignac était certain. Si j'avais voulu inmper dans une affaire de ce genre, j'aurais été derrière les barricades et ne me serais pas caché.
• La vérité est que , depuis quelque temps, la politique me fatigue, et que je songe à m'occuper d'agriculture, d'affaires commerciales ; j'ai fait un travail à ce sujet.
• Au lieu de la République rouge, c'est plutôt une République rose que j'aurais désirée ; je ne voulais arriver que par la fraternité et le bon sens, jamais par.les coups de fusil.
Le président expliquera M. Caussidière que la commission n'a aucun caractère judiciaire, qu'elle ne peut môme prononcer une mise en prévention, qu'elle se borne à recueillir des faits, et que sa mission ne va pas au-delà.
Interpellé sur la convoi.aiion des forts de la halle, au 15 mai, M. Caussidière déclare qu'il n'a pas convoqué les forts de la halle au 15 mai : s'il les avait convoques, c'eût été par un ordre écrit ; il n'en a donné aucun. Au surplus, ces forts sont des hommes excellents, des hommes tranquilles, d'ordre et de paix.
2 août. — £). ' Avez- vous riçu quelques
personpes dans votre domicile, le matin même du 2 3 juin?
Jl. « J'ai reçu des gens le 23 juin qui venaient me parler d'un comité de l'Algérie et de i'agricnliure.
« Ensuite il me vint souvent des gens qui me demandaient des places que je ne pouvais pas leur donner.
jD. • Pouvez-vous nous citer les per;onnes qui sont venues chez vous ce jour-là?
R. • Il m'est venu, je crois, trois personnes me proposer d'organiser un comité commercial, dans lequel on s'occuperait des affaires commerciales de Paris.
• J'ai eu l'honneur de vous dire que je ne savais pas un mot des événements de juin.
D. « Vous alïirmez que vous n'avez reçu aucune visite ayant un caractère politique quelconque?
jR. . Je l'affirme.
D. • Cependant, je dois vous dire que dans un interrogatoire il est appris que cinq personnes sont venues chez vous : Longepiud, Danse, Chabau, Thiele et Delaire.
Jl. « Je ne connais de ces individus que Longepied, et je ne crois pas l'avoir vu ce jour-là. Dans tous les cas, il ne m'aurait pas parlé politique.
D. « Ces personnes-là déclarent cependant être venues chez vous dans un tout autre but.
Ji. « Moi, je dis le contraire ; je suis prêt à dire tout ce que j'ai dit, tout ce que j'ai fait. Il y a une queue cumpruinetlatite que je ne veux pas voir ; je l'ai dépistée. Je n'ai pas encore pu m'esquiver entièrement, mais je suis très-circonspect avec elle.
D. ' Vous aflirmez donc que l'assertion de ces personnes est fausse?
lî. • Oui, je l'airirme. Toutes ces tentatives affaiblissaient et compromettaient la République comme une chose sacrée. Proudhon l'a compromise l'autre jour. JVous avons causé avec lui.
Dépositiou du gênerai Cavaignac, président du conseil, {il juillet.)
Le général Cavaignac , président du conseil, déclare, avant tout, qu'il ne paraît pas devant la coumiission pour se justifier, lors même que cela pourrait paraître nécessaire par suite de certaines dépositions. Il ne prend pas souci, à coup stV, de sa propre persounalilé; mais la dignité des
fondions donl il esl revêtu ne lui permettrail pas d'accepler le débat sur ce terrain, ei, loin de se défendre, il n'hésiterait point à couvrir de sa responsabilité ceux qui ont agi sous ses ordres.
Le président s'empresse de f;iire observer que les impressions dont se préoccupe M. le président du conseil ne résultent nullement des témoignages déjà reçus. La commission d'enqnèie désire seulement recevoir de lui des renseignements de nature à l'éclairer dans la mission dont elle est chargée.
L'incident vidé et la question ainsi éclairée, le président du conseil donne quelques explications.
« Si les chiffres des états fournis p.ir le minisire de la guerre sont exacts, il devait y avoir a Paris et dans les environs près de trente mille hommes. Le système de défense adopté par le général dans les journées de juin reposait sur cette conviction qu'il y avait danger à disséminer les troupes. L'expérience de juillet 18S0 et de février 1848, lui démontrait la nécessité de ne pas engager les troupes dans les rues, et de réunir les corps en nombre suinsaul pour que l'iiisurreiiion fût toujours forcée de céiler devant eux. Le moindre échine pour l'armée est moriel en pareil cas; malgréles ordres les plus formels, un bataillon fut aventuré sur la place des Vosges et placé dans un cial de compromission qui a dû attirer sur lui la sévérité du ministre de la guerre, malgré la bravoure incontestable du chef et des soldats de ce bataillon.
• Un second exemple de ce genre aurait pu avoir les plus funestes con^équences : sauvegarder avant tout l'Iionneur du dr.ipeau, c'était la garantie certaine du succès définitif. L'événement a confirmé ces piévisions.
• Dans la journée du 23 juin, ajoute le général Cavaignac, je n'étais encore que ministre de lu guerre; j'étais bien libre de me faite tuer si bon me semblait : je me portai du côté du Faubourg du Temple, menacé; le général Lamoricière était avec moi.
• Sur une question spéciale de M. le président, le général Cavaignac répond que lerégiineiit du génie, à .\rras, n'a été demunJé que dans les derniers jours de la lutte, et qu'il n'y a eu aucune résistance,
aucune entrave à l'exécution des ordres donnés. •
Déposition de M. Lalanne.
D. « Quel contingent, approximativement, les ateliers nationaux ont-ils fourni à l'émeute? •
R. « Il serait difficile de le dire. Ainsi que je l'ai expliqué, 8,000 étaient appelés au travail des ateliers, il n'en fallait que 2,000; les autres restaient chez eux; le 23 juin, une vingtaine a manque à la paye. J'avais recommandé de payer tout le monde, j'avais même délivré des laissczpasser aux chefs d'arrondissement.
D. • Cette paye paraît avoir ravitaillé l'insurrection?
J{. • Il y a eu des impressions dans le public que je dois dédaigner; j'accepte la responsabilité de cet acte,
D. • Il ne s'agit pas de votre responsabilité, elle ne sufïirait pas. Votre ministre devait avoir connaissance de votre détermination ; a^ez-vous pris ses ordres?
Jî. « Vu l'urgence, le premier jour, j'ai agi seul ; puis, j'ai vu le ministre, le président de l'Assemblée et le général Cavaignac, tous trois m'ont dit de continuer. Les faits de paye soldant les hommes des barricades sont peu nombreux. Au contraire, lis ouvriers qui attendaient leur salaire pour ne pas passer à l'émeute étaient en très-grand nombre ; j'ai vu moi-môme un groupe d'ouvriers rassemblés autour d'un piquet de garde nationale- Ils diraient :
• Est-il vrai qu'on refuse de nous payer?
• Dans le cas, nous verrions ce que nous " aurions à faire. • Cette démonstration s'est répétée ailleurs.
• Je ne crois pas pouvoir évaluer à plus de cinq à six mille ouvriers le nombre de ceux qui se sont battus contre la garde nationale et les troupes ; les autres étaient de cœur avec l'émeute, ils sympathisaient avec elle, mais il n'y a eu de leur part aucune participation effective.
D. • Qui vous a fait apprécier le chiffre de cinq à six mille hommes engagés?
B. • J'ai pu le juger, mais ce n'est qu'une appréciation conjecturale.
D. • La paye n'a-t-elle pas continué pendant l'insurrection?
H. « Elle a eu lieu le vendredi et le samedi, elle ne se faisait jamais le dimanche. Elle n'a pas eu lieu le lundi ; je ne crois
pns qiMi le mode de pay('m€iii pniiiqué depuis duiis les iiiuiiies soit po^sible.
D. « Est- Cl! par les cliefi d'uiroiidisscmcul que vous avez appris le iiombie de cinq à six mille ouvriers eiigagôs?
lï. • Cî's chefs sont venus lue voir, pas tous eiisoiiibic, scpaiémeiil el à diCféreulf s htuies; j'ai inleré ce chiiïie des rappoiis verbaux (|u'ils m'ont faits.
D. « Quelle sorunie a été payée le sa- Diedi?
11. « Le vendredi, la somme ordinaire a été versée; le samedi, j'ai vidé ma caisse, et je n'ai pu payer (|ue 80, 000 fr. environ, laiii en numéraire (id'eu billcls de baiique.
D. • Avez-vuus la ctrlimie que cet argent n'uil pas profiîé à l'émeute?
li. « A'ou.
D. ' Que pensez-vous des ouvriers qui ne travaillaient pas?
jR. • Ih éiaieni 1 bres de leur temps, ils n'étaient appelés que pour la paye ; ils attendaient, de trois à six heures, en pleine rue.
D. « Aurait-on pu faire travailler un ^ plus grand nombre d'ou\i-iers?
/î. • Dans Paiis, on ne pouvait en en.idoyer que fort peu à des travaux publics. J'avais proposé d'en occuper beaucoup plus dans les ateliers privés en les y fai- .■iaiil rcn 1er.
D. » J\"a-l-oB pas an été quelques iioiiimcs des ateliers uaiioiiaux avec des sommes cûasidérable ? £a aviz-vous été ju formé?
JL • Le samedi, M. le général Lamoricière était furieux contre moi, parce que j'aurais donné des luùscz-posfcr à des individus qui n'en étaient pa3 dignes. Il avait dit de moi : « Si cet homme ne m'est - pas amené ei fusillé, je uc réponds do • rien. ■> Voilà comuicni j'ai connu le fait ûa sommes d'argent trouvées sur des hom«K6 des ateliers nationaux.
I). « Vous aviez d( ne bien confiance dans les chefs d'arrondissemenis?
II. « Je ne pouvais faire payer que par celle voie. Je n'avais pas à ma disposition d'autres moyens. •
Aces dépositions succède celle dcChcjiu, cordonnier ; elle esl accablante pour M. Caussidière. Cet homme était de ceux qui ont proclamé la République et formé le gouvenieracut provisoire. Caussidière, di-
sait-il, le redoutait, parce qu'il pouvait donner sur son passé de honteux déiails, et faire connaître qu'il avait t'aii des faux. Le témoin ne doute pas que C;u:ssidière ait fait partie de l'iiisurreciion de juin, sinon coaime acieur, du moins conimu moteur piineipal.
Noiisciieronsun passage textuel de cette déposition, pour l'aire connaître à nos lecteurs les nwurs de ceux entre les mains desquels le pouvoir s'esl irouvé pendant quehpie temps :
« Un suir, dil-il, je reçus une inviialiou d'aller à la Préfecture de police, je m'y rendis, et là, je trouvai une convocation pour dix heures, au Luxembourg.
« J'y arrivai tin peu api es l'heure indiquée; de la Iloldc était dans un coin ; là se trouvaient avec Caussidière, JMercier, sou beau-frèie, Tiphaitie, Sobrier, Mor.nier, Albert, Pile, Graudménil. qui présidait la séaixe dans le salon d'Alberl, et quelques autres personnes doi^l je ne puis me rappeler les noms. Après mon arrivée, Caussidière prit »n dossier volumineux cl accusa de la lloJde, pièces en mains, de les avoir tous dénoncés sous le gouv( nicment déchu; il le somma de se tuer, soil à l'aide d'un pis^tolel à quatre coups qu'il avait apporté, soit avec du poison qui était sur la table ; il paraissait plutôt animé de la crainte de nouvelles révélations de la part de de la Iloddo, quedudésir de se vengef de ses anciennes dénonciations; car de la Uudde, parfaitement au courant des projets conçus dans les pi entiers jours, s'était écrié: Ah! c'est comme ça, ehl>ieii, vous me le paierez.
De la Hodde refusa de se ttter; on voulut alors le massacirr, il fut même bousculé par les assi^lams; mais Albert ne voulut pas qu'un meurtre l'iil cornu is dacs son salon ; Moiinier et moi, denotie côté, noirs demandàtnes sa giàco, clou céda tant à nos explications (pi'a celles de de la Hodde; il lut question de le forcer à se mer dans uti fiacre. De la Hodde résistait toujours, en promettant de gaider le silence. Eiifia, il fut reconduit à la Préfecture de police, oii Caussidière l'a fait garder en prison ; j'ignore ce qu'il est devenu depuis.
Nuus joignons à cela une letire adressée à Barbes, le 11 juin 1848. Cette lettre esl éciiîe en chiffres el ne laisse aucun doute sur les rapports que Barbes avait avec l'insurrection.
— ôOô —
(paraphe illisible.)
I J K L M N 91011 12 iZiU U V X Y Z.
Monsieur Barhèt. — j4u château de f incemici. — Timbre de la posie.
(Iljuiul8/i8.)
Mon clior Barbes,
— 9— 13— 1— lu— S— 8-^5 = 6- 5— 21=5 —3-12-1-20-5-18—1 = 16 — 1—18 —20-15-21-20=1 = 12 -1=6-15-9
Salui el fralfirniic.
13 juin 1848.
15 16 17 18 19 ÎO
- Cu courage, tout est prêt ponr la ntiit " de samedi à rtininncli ■ ; le teu éciitria « pnrioul à la fiis; j':ii l,i parole de Cnnr-
• ridiére par cci il ; Gue'rin sera à la Cha-
• hre; Potier à l'Ilôicl de vill-, et les
• nhtret parloiil; c'est moi qui me charge
• de loi. •
Nota. — Les lettres de l'alphabet correspondent à la série réjjulièrc des chiffres oi-dessiis. Il y a errfnrde chiffres pour les iliots : Cu, Caurridière, Cliabre et nh- /rc«,sonl ignés. Ces mots doivent éire: A/, Caimsidière, Chambre VK autres.
Les noms propres sont soulignés deux fois. Ou icmarque que l'origine de la lettre chiffrée porie, à l'inlérienr, la date du 13 juin, et, à rextérirur, la d.iicdii 1 1 juin, sur le timbre de la po.sle, biiiiau J, place de Fa Boni se.
20 AOLT.
Aux dé|!Osilions que nous avons déjà données a nos lecieitrs, se joignent d'auli-i^s que nous allons analyser, et dont nous n'avoivs pas besoin de titire comprendre Tiatérct puissant. Ce ne sont pas les moins imporiaiiies, car elles sont fciites par iM.
Carlier, directeur de la police au ministère de l'inlérienr; par M. Carterel, ancien secréiaii'e d'Eiai au même dépariemeni ; par M.M. J. Favre, Lamoricière, Changarnier, Landrin, Louis Blanc, Tronvé-Cliauvel.
Portails, le colonel Goyon, Créniimix, Dubois, juge à Lille; Emile Thomas, dont la disparulion a f;iil l;inl de bruit ; Proudlion, Boger et Connais, »
M. Cailier dépose, non pas comme témoin oculaire, inais comme ayant appris dans le cours de ses fone'.ions.
Le 14 avril, il prévint M. Carterel du mouvement qui devait avoir lien le 16, et qui était org;inisé par Barbes, Blanqui et Ledru-RolliM. Ce dernier devait êire nommé dictateur. B'anqei avait le dessein secret de faire assassiner ou d'assassiner luimême «ne pariie des mend)res d'i gouvernement provisoire. Ledru-Ilollin n'osa pas aller jusqu'au bout ; il révéla tout à M. de Lamaniiie.
Le lênioin diMTianda l'autorisation de faire arrêter Blanqui, ce que Caussiiiière n'osait faire. On la lui refusa.
23 avril. — Des proclamations incendiaires (lartaieni du cabinet de M. Lcdrti- Rollin. Ceux qui les portaient furent arrêtés, 7t)4iis rclâclwK initne'il interne» t.
4 mai. — M- Ledru-Kollin, en quittant le ministère de l'inléfieur, s'était arrangé pour rester maître de ce ministère, en faisant nommer M. Carterel sous-secréiaire d'Eiai, el iM. Panisse chef de la division de sùreié générale. Bien n'était commimiqiié à Al. Becuri. Depuis le jour de son entrée an minisière jusqu'au 16 mai, époque à la^ quelle M. Caussidière do!ina sa démission, M. Recnrl n'a pas vu u le sente fois le préfet de police
Depuis le 4 mai jusqu'au 14, le ministre était averii de la fureur des clubs conti-e l'Assemblée nationale. A la sortie des clubs, il y avait réunion à la Prcfeciure de police. Le 14, le ministre fut aveni de « qui devait se passer le len lemain. Le miiiis're voulait faire arrêter Blanqui el destiiuir Caussidière. Bien de loui cela ne fut fait. Dans la nuit, il y eut correspondance entre M- Caussidière el M. Carterel.
Le mal vient, dii le lémoin, de l'orgOiMsaiion des ateliers, e.aiionaux. Les agitations venaient do là, el elles étaient payées par les fon is de la Piéfeclure de poliee.
Vers l(î 3 avril, IM. Caussidière fil appeler les qiiaraole-huil commissaires de Paris.
Il leur fil reloge de la république ronge, ajoiitaiu que les bourgeois élaienl ses ennemis, et que, s'ils ne niartliaieiii pas, il faudrait, faire jouer la boîle d'allumettes et ne pas laisser pierre sur pierre à Paris.
Orguuisalion des alelicrs nationaux.
— Le témoin répèle que c'était une chose nuisible à un pouvoir régulier, et il le prouve. On recrulail les ouvriers en province, et les délégués des ateliers nationaux formaient une masse redoutable sur laquelle pesait Louis Blanc. L'émeute de la porte Saint-Martin doit leur être attribuée.
Chaque corps délai avali un comité; ces comités faisaient sortir les ouvriers de leurs ateliers et les envoyaient aux ateliers nationaux, pour loucher les fonds, ruiner le trésor, paralyser le commerce, et amener une catastrophe dans l'Etat.
Le témoin a demandé le renvoi d'ouvriers étrangers : 25 à 30,orO, à raison de 2,000 par jour, c'eùi été vite fait. Il n'y auraiteu que iO à /i5,000 ouvriers ayant droit d'être aux ateliers nationaux. Le reste est étranger ou n'a pas droit aux secours; dans ce reste devait se trouver un grand nombre de libérés, car Paris en renferme de 12 à 13,000.
Les ateliers nationaux ont ruiné une partie du commerce, qui ne pouvait plus trouver d'ouvritrs. Le commerce a réclamé auprès du ministère. La niesu?e à prendre éiaitde ne pas payer 3 fr., comme à Lyon, par exemple, des ouvriers que l'on payait auparavant 1 fr. 25 c. Le ministère a refusé.
Louis Blanc voulait faire des ateliers nationaux un élément de socialisme, Ledru- Rollin un élément de dictature. Emile Thomas voulait les maintenir dans une bonne voie, mais le truxembourg paralysait ses dispositions. Le témoin paraîi certain que les partis politiques n'étaient pour rien là dedans.
Le mouvement de juin n'était que pour le \h juillet. On s'est hâté à cause de la dissolution des ateliers nationaux.
M. Carieret fut appelé le 24 février par M. Lenru-RoUin à la diiection de la police générale, au ministère de l'intérieur. Cette police se faisait d'une manière fort iiisuflisanle. Le témoin dressait tous les jours procès-verba! de ce qui se disait et faisait dans les clubs, communications qui lui
étaient faîtes par M. Carlier. Lesplus dangereux de ces clubs étaient celui de Blanqui et celui des Droits de l'Homme, dirigé par ViKiin. M. Caussidière ne voulait pas accepter M. Carlier, qui était chargé de surveiller les clubs. Des ordres d'arrestation furent décernés contre Blanqui. Le témoin les porta lui- môme, le 16 avril, à la Préfecture de police. Caussiilièrc hésita, AUard n'osait pas. Tout le monde redoutait celte bêle fauve. Bref, les ordres ne furent pas exécutés, et cette inexécution est due, croii le témoin, à la résistance opiniâtre de M. Louis Blanc. M. (^artiret ne croit pas que la manifestation du 17 mars eût rien d'hostile. Il essaie de le prouver, en disant qu'on l'a dissoute facilement. Du reste, il avoue qu'il est républicain depuis longtemps, et qu'il ne croit pas aux mauvaises intentions de Caussidière. Cependant, il ne peut nier que les clubs aient pris part à cette manifestation. Le 16 avril, dit le témoin, il devait y avoir un mouveiiient. J'en fus informé. J'allai trouver Caussidière, qui semblait craindre l'envahissement de la Préfecture. Je fus voir Ledru-Rollin et lui conseillai de faire battre le rappel et de noyer la manifestation dans un flot de peuple. Il suivit mon conseil, qui réussit. Blanqui était le centre de ce mouvement. Je proposai d'envoyer contre lui plus d'hommes armés qu'il n'en avait. On refusa. Louis Blanc n'était pas étranger à ce mouvemeni; du moins, le témoin le pense. Flotte et plusieurs autres ont été arrêtés et relâches, parce que les hommes qui les an étaient étaient indisciplinables. Louis Blanc et Albert ont dû aller au Champ-de-Mars, d'où le mouvement devait avoir lieu, pour se mettre à la tête de ceux qui le faisaient.
D. « Pourquoi n'agissiez-vous pas? dit le piésidontau témoin.
Ji. « Je trouvais trop de résistance.
D. • Qui vous résistait?
J{. « Personne nommément. Pourquoi le procureur-général de la Képublique, qui savait tout, n'agissait-il pas? Nous avions des preuves moi aies, rien de plus.
D. • Pourquoi M. Ledru-Rollin n'usailil pas de son auioiité sur M. Caussidière?
/?. • Il l'a souvent traité avec dureté ; il regardait la présence de Caussidieie à la Préfecture de police, comme un fait anormal qui ne pouvait durer. Mais Caussidière était aimé de la population parisienne,
grâce à l'air bon homme qu'il avail su prendre. On n'iùt pas osé le briser.
Un memlre : « Barbes élait-il mêlé an mouvement du 17 avril?
Le témoin : • Je l'ignore.
il/, le pre'gident : • Quelle a été, en dehors des actes publics el connus, la parlicipalion du minisière de l'inlérieur dans les éleclions? On a parlé de listes publiées, d'affiches colportées sur les fonds secrets du ministère; en savez-vous quelque chose?
Le témoin : • Je me suis tenu à l'écart pour toutes ces choses. Il y a eu une influence sur les élections. Des émissaires ont été envoyés, sous divers titres, dans les dépanemenis, je crois, avec l'assentiment du gouvernement. Quand il en venait au ministère, je me retirais ; on ne me demandait pas mon avis. J'ai seulement su que le nombre des émissaires était considérable.
3/. le pre'tideiit : • Que savez-vous du Bul'etin de la liepublique, el notanmient du n°16?
Le témoin : « Je n'ai pas connu directement CCS bulletins, quoique j'eusse souvent exprimé le désir de les connaître. Un bulletin liebdomaduirc, convenablemeni rédigé, pouvait produire un grand bien dans les communes. Le chef du cabinet a toujours évité de me laisser voir ces bulletins; à l'égard du bulletin n" 16, je dois une explication. George Saiid avait envoyé trois bulletins à choisir. Le chef du cabinet pi il par mégarde le plus ardent et le fil publier. Le lendemain, on a cru que c'était un faux bullctm. Je l'ai cru le premier; mais, après vérifiiation, j'ai bientôt reconnu qu'il était officiel. Je m'en expliquai avec M. Ledru- Rollin, qui montra une grande indignation contre ce bulletin. Ordre fui donné de l'arrêur à la poste, mais il était trop tard. Une foule de choses se faisaient ainsi.
M. le prétideiit : • Qu'avez -vous' su des affaires du 15 mai?
Le témoin : • A celle époque, il existait une organisation toujours prête à agir : c'était la Société des Droits de riltimme, beaucoup plus redoutable que le club Blanqui. Vilain en était le chef. Il y avait, en outre, des sociétés secrètes indépendantes des clubs. La Société des Droits de l'Homme réunissait les deux caractères. A chaque monvemeni,ellesedéclaraiten permanence. Elle tenait ses séances au Palais-
National, dansPappariemenl de M. Athalin. Nous logions une société qui devait nous combattre et chercher à nous renverser.
C'étaii bien connu, mais on pensait qu'il valait mieux avoir la main sur la souricière. 20,000 individus armés passaient pour faire partie de cette société, mais on exagérait leurs forces; toutefois ils avaient des cadres susceptibles d'être élargis indéfiniment.
• Blanqiii el Vilain étaient bien d'accord pour renverser et détruire, mais ils ne s'entendaient pas sur celui des deux qui aurait le pouvoir. Quant au 15 mai, il n'y a eu de complot arrêté à l'avance de la part de personne.
• Quelques jours auparavant, un premier mouvement sétail arrêté à la place de la Concorde. On croyait qu'il en serait de même. C'était exact, avec cette différence qu'on profiterait de toutes les chances pour aller aussi loin que possible. J'ai dit qu'.T celte époque je n'étais plus chargé de la police de sîîrelé générale. Cependant j'ai su que des mesures avaient été arrêtées à la commission executive. Le généra!
Connais avait réclamé le commandement en chef.
J'avais assisté à ces conférences, et, frappe; (le l'iiicapacilé du général el des vices de son plan, je demandai qu'on lui retiiùt le connnandement en chef. On me répondit que ce ne serait pas convenable. Il avail été entendu que les troupes seraient massées autour de l'Assemblée nationale. Au lieu de cela, le général Courtais n'établit que des lignes mobiles. J'appris que l'Assemblée était pressée, puis envahie. J'ai expédié de suite des ordres, et j'ai dit au général Fourher de prendre le commandement en chef. Mais ces ordres n'ont pas pu être exécutés assez vite. »
Vient ensuite la déposition de M. Jules Favre, que nous donnons tout entière, car c'est plus qu'une déposition, c'est une appréciation intéressante des hommes et des choses sur lesquels on lui demande son opinion.
M. JULES FAVBE. — (H juillet).
• Je ne sais rien sur les événements du lo mai, seulemeni j'ai parlé souvent à M. de Lamartine de la police que je trouvais mal faite. Je l'avais engagé à se faire faire un rapport quotidien ; mais M. de Lamartine avait confiance en M. Caussiiière, et disait qu'il répondait de lui.
'Mi
« An 26 février, je fus appe'é à remplir ni) poste secondaire au minislère de l'iniérieur. Le préfet de police était ou devait être sous mes ordres; mais, en réalité, c'était une auiorité complètement indépendante.
• Je n'avais accepté ce poste qu'à condition que M. Caussidière ne resterait pas à la préfecture de police. On ne tint pas cet engagement, et j'avoue que j'ai fait la faute de rester alors dans le gouvernement. Je n'avais aucune action sur M. Caussi dière : c'est lui qui en avait une en dehors de moi. Son système consistait à faire descendre sur la voie publique, quand il rencontrait une opposiiion à ses vues; ie n'ai jamais douté de cela.
• Au 17 mars, je crus que le mouvement était spontané, et j'admirai l'imposant spectacle que nous avions sous les yeux. Dans celte circonsiance, les discours de M. Ledru-Rollin tendaient tous à la conciliaiion, et il parla lui-même de faire revenir l'armée dans Paris. Le lendemain je sus, à n'en pouvoir douter, que tout cela avait été préparé à la main par le préfet de police, et que, dans la nuit, on avait parcouru tous les ateliers pour prévenir et exciter les ouvriers. L'intention pouvait être bonne en ce que l'on redoutait que la garde nationale ne fiîl pas assez républicaine. Il en l'ut de même en avril. Ce jour-là, je crus que l'on allait verger.
• Le 16 avril, le mouvemeni, quoique moins nombreux qu'en mars, fut très menaçant à cause des hommes qui le dirigeaient et des intentions que l'on pouvait leur reconnaître. Ce mouvement me fut connu huit jours à l'avance, et j'appris qa'il était question de faire disparaître une parlie des membres du gouvernement, dans le sein duquel il existait des dissidences et des aniipaihies que je n'ai pas besoin d'expliquer. Mais il m'est démontré qu'au 16 avril deux ou trois membres du gouvernement provisoire onl voulu exercer une pression sur leurs collègues par une nianifesiaiion. Averti, je dus prendre des mesures. Je fis venir M. Carteret, et je l'inlerrogeai sur ce mouvement.
• Pour M. Carteret et pour moi, il fut clairement démontré que la préfecture de police ne voulait rien faire. Ce fut alors que MM. Landrin et Poria'is, et moi, entrâmes eu pourparlers, et que nous aver-
tîmes le gouvernement. J'ai donné dix foi> ma démission.
« Jamais je n'ai assisté à des conciliabides nocturnes au ministère de l'iniérieur. Ce qui a pu donner lieu à ce bruit, c'est que je voyais quelquefois M. Ledru-iiollin le soir, lorsque les immenses travaux de la journée éiaieui terminés. Nous le vîm-s, M. Carteret et moi, dans la nuit du 16 avril. M. Ledrn-Kolliu nous donna sa parole d'honneur qu'il n'était pour rien dans le mouvement. Il craignait d'être emporté par lui.
'• Dans ma pensée, je reconnais que le gouvernement a pu faire des fautes. En ce qui louche M. Ledru-Rolliu, je n'ai jamais vu eu lui autre chos.' qu'une vive préoccupilion sur le sort de la République, si les élections n'étaient pas conformes à l'esprit de Paris.
« Quant à Louis Blanc cl Albert, c'était autre chose ; j'ai toujours cru à un système de conspiration de leur part. Carteret M moi nous demandâmes l'arrestation de Blanqui avec eux. L'ordre fut donné, signé et retire. Le dimanche, à une hîîure, on battait le rappel. Je trouvai Louis Blanc et Albert au ministère. Le premier paraissait fort alarmé. Ledru-Rollin dit que c'était lui qui avait donné l'ordre de bailre le rappel. Au minislère, je reçus un billet de Ledru-Rollin, daté de l'IIôiel de ville, qui me disait : • Tout est calme, le peuple défile sans désordre. •
• Sur ce que j'avais appris que des proclamations de nature à être saisies avaient été placardé; s, j'adressai des reproches à Caussidière, et je lui déclarai que j'avais demanlé sa révocation. Caussidière tourna la chose eu plaisanterie.
• Généreux et faible, Lodru-Rollin a élë imprudent, mais jamais coupable. 11 a reçu des hommes compromettants qui ne demandaient pas mieux que de prendre les armes el de renverser le gouvernement; sa pensée n'a jamais été celle-là. Il avait donné sa parole d'honneur. En demandant de poursuivre tout le monde, on faisait quel lue ( hose de très-significatif, et Ledru-Rollin ne balança pas à donner l'autorisation.
. Quant à l'attitude à prendre vis-à-vis de l'Assemblée nationale, je pensais, pour mon compte, qu'il fallait l'aborder avec des projets de lois bien arrêiés. MM. Ledru-Rollin et Lamartine étaient d'un avis
cotmaire. Ou agita ausi-i la question de la coinpo.silioii d'une commission exéculive. Ce fnl l'objet d'une vive coniroverse, el je soutins que celle commission devait être une sorte de iransaciion.
• Ledru-Iîollin regardait Caufsidière comme un préfet de police impossible en temps régulier, mais nécessaire eu temps de révolution. Il se llatlaii de le dominei-, tandis que Caii>sidière dirait de son côté : • Oli! LedruKolliuJe le leraisauier quand jevoudiai. • Propos absurde ei d'un ingrat, api es les sers iccs d'argent l'euilus à Caubsidiere par Ledru itotlin, el la tiominaiion de Caussidiere à la préfecture de police.
« Caussidiere e^l nu homme irés-déJié el liès-daiigeieux. On voulait le de6tiliier le 15 mai au stir el le l'aire arrêter; mais la difiicullé était grande, à cause des préparatifs de guerre faits à la prélecture de police, il vint dans la nuit du là au 16; j'étais bicu résolu, puur mou compte, à ie renverser. Caussidiere parla vingt minutes, nous laissa tous dans rinceriiiude. MM.
Arago el Marie seuls volèienl sou arresialiou. Toujours il a eti la même lincsse.
• Je ue fais pas de dillicullc de convenir que l'ai rédigé quelques-unes des circulaires qui ont lait laiil de bruii. J'ai rédige la première, (jui fut modifiée toutefois el forliUée par .M. Lediu-Uollin. Elle dcvail être secrète. Ces mots tant criii()ués, pouvoirs iUiinitc'it, n'étaient ([ue la traduction exacte des iuitiuclious verbales données dès l'origine aux coiiiHiissaires.
« Par exemple, Emmanuel .\rago prélenda-t avoir tout pouvoir, même de raser Lyon. Les commissaires étaient nomn:és sans discerneuieni, sans aucun choix. On prenait les preniit rs ve«us; la circulaire avail pour but de délimiter leurs pouvoirs, tout en proclamant la nécessité de leur en donner de fori étendus. Daburd la ptemière circulaire fit peu de sensation. Ce ne fut qu'après la déniarclie des gardes nationaux qu'on eu fit un crime à M. Ledru-Uollin. Quant à la seconde, elle produisit moins d'impn ssiou. Elle roulait sur les élections. Les couimissaires devaient iiilervenir dans les élections par voie de doctrine, et j'estime encore que cela élait nécessaiie, puisque nous regardions qu'il fallait des répnlilicains pour londtr la République. Quaul aux bullelins, c'était une uiilation de ce qui se passait à la Conven-
tion. C'étaient des instructions élémentaires pour les campagnes.
• Le bulletin n° 16 a paru un samedi : il pleuvait, et cependant on s'arrêtait en foule pour le lire. Il était partout considéré comme infâme. Je fus confondu, et fis courir à la posle pour arrêter le départ, s'il eu était temps encore. Evidemment M. Ledru-Rollin avait été surpris. Je voulus eucore une fois donner ma démission. C'él:iit Elias Regnault qui rédigeait les bullf lins. Absent par un chagrin de famille, Elias Regnauli ne s'occupa pas de celui-ci. Ce lui GeoigerSand qui rédigea ce fameux bulletin. Etienne Aiago avait donné le conseil à Ledru-Rollin de confier à madame Sand la rédaction des bulletios. Elle avait apporté le matin même, au minisièi-e, trois projets écrits dans des nuances différentes. Ce fut en quelque corte le hasard qui fil choisir celui qui pouvait occasionner le plus de scandale dansie moade politique.
Le général Lamoricière dépose ensuite, mais sa déposition ne contientaucun éclaircisseraeni. Il a vu sur les barricades des chefs des ateliers nationaux avec des lais- !-ez-passer de AL Lalanne.
Le général Changarnier esl appelé ensuite. Le président lui demande : Quelle esl la position de Paris depuis l'insurreclion, position qu'il doil connaître eu sa qualité de commandant supérieur de la garde nationale?
/}. « D'abord, les insurgés onl été fort abattus. Us reprennent courage et semblent recommencer la lutte. Une correspondance fort active est établie entre les insurgés de Paris €1 les provinces. Le témoin croit à une nouvelle insurrection, et signale les moyens propres à la comprimer plus prumpteiueul qu'où uc l'a fuit eu juin.
« Il ciuit que l'insurrection du IG avril aurait pu êlre formidable sans les mesures prises par lui. Il était encore ambassadeur. .\ onze heures et demie, il lut les journaux et apprit le.s affaires du Holstein. Il descendit à midi et un quart chez Lamartine pour prendre ses ordres et solliciter soû prompt départ. Les huissiers lui dirent qu'il était sorti. Il vit un seciétaire, et lui paila du Holstein. • Il s'agit bien du Holstein, lui dit le secrétaire; en ce muinenl, Lamartine esl peut-être tué. «Madame Lamartine le conjura d'aller au secours de
son mari. J'iiIIai à l'Hôlel de ville : point ' d'aïuies, surtout point de nniniiious. Je parlai à Marrast et reçus ses communications. Je transmis mes ordres au colonel Rcy, dont le zèle me saiisfii. M. de Lanianine survint, parut inquiet, parla des divisions qui existaient dans le gouvernement provisoire et se plaignit de Louis Blanc, de Ledru-Rollin lui-même; il les regardait comme étant de moitié dans le mouvement.
« Comme il ne prenait pas de mesures, j'en piis spontanément, de concert avec M. Marrast, dont l'aiiiiude était très-bonne. Le général Connais n'avait conmiandé qu'un piquet de 150 hommes par légion. Je pensai qu'un rappel général devait être battu. M. Marrasi écrivit l'ordre sur une table, en quelque sorte sous ma dictée, et l'envoya au\ légions : c'est cet ordre qui a fait baiire le rappel et marcher la garde nationale.
« Le suilendemain, je fus autorisé à appeler le peu de troupes disponibles dans Paris, et M. le ministre des affaires étrangères me donna de nombi-euses preuves de la confiance illimiiéeque depuis le 16 avril il avait mise en moi. »
M. Landrix.
Il fui nommé procureur de lu République, le 24 lévrier. Il se mit en rapport de suite avec M. Caussidière, qui venait d'être uommé préfet de police. De ce jour-là il ne trouva plus de relations possibles avec la police. Il n'y eut cependant rien de grave jusqu'au 16 mars.
Il apprécie le 16 mars.
Selon lui,. AI. Ledru-Rollin et M. Carleret ne se mêlèrent pas à ce mouvement, et il a prédit une conire-manifesialion pour le lendemain. (Cejour-là, M. Landrin exerçait ses fondions à Bercy, où l'on avait incendié des machines.)
Il croirait que MM. Albert et Louis Blanc ont donné les mains au mouvement, et que certainement Blauqui s'en e.si mêlé. Flotte fut vu armé sur les marches de l'Hôtel de ville, arrêté, conduit à la Préfecture et relâché.
Le lendemain lundi, M. Landrin se rendit à la préfecture, et demanda compte de ce (ait à M. Caussidière, qui lui dit que Flotte avait été relâché au bout d'une heure.
Il ûl un réquisitoire, réclama, parla de
Flotte et d'un émissaire qui avait harangué les troupes au Cliamp-de-Mars.
Il déclara que si M. Caussidière n'était point poursuivi, il donnerait sa démission. M. Ledru-Rollin lui dit : Faites toujours des poursuites, et on verra après.
Tout cela fut grave : on craignait que M. Ledru-Rollin ne fiit compromis dans ses relations avec le préfet de police, M. Caussidière fit de belles promesses; il ne les tint point; il ne fil point arrêter DIanqui.
Le 2 mai , Consiflère rencontra un homme du Palais-de- Justice, et lui fli cette déclaration singulière : « Le 4 mai, je dois jeter l'Assemblée par- les fenêtres. •
L'instruction fut commencée de suite.
Le 3 mai, on vint m'avertir qu'un nommé Boissonnin ovait un grand amas d'armes et les distribuait; (ptc le club Barbes, celui desDioiisde l'Homme, s'arnraient et restaient armés; qu'enfin les gardiens de la police de M. Carrssidière avaient été surjiris la nuit faisant des afliclics.
M. Landrin se décida à poursuivre vigoureusement : il fil quatre mandats contrée Blanqiri, Flotte, Lacambre. Le mandat do Considère était donné de la veille.
M. Caussidière lui parut disposé à les mettre à exécution. Après, il se raviva, el, craignant la faiblesse dit gouvernement, il me supplia d'y aller moi-même. Il écrivit au gouverrierriPui provisoir-e en envoyant les mandats. On l'appela. Le gouvernement était au grand complet. Orr lui demanda si les choses avaient changé de face. Il rendit compte de tout. On lui refusa les arrestations ; il se relira indigné.
Il déclare qu'à partir de l'époque où commencèrent les élections, il s'absenta de Paris, n'alla plus le soir chez M. Ledru- Rollin, qu'il ne revit plus qu'à l'Assenrblée; et notamment, il afBrnie sur l'honneur que le .3 ma-i, veille de la réunion de l'Assemblée nationale, jour où il avait vainement cherché à fair-e arrêter Blanqui et Flotte, il n'est pas allé chez M. Ledru-Rollin, el surtout n'est pas allé ce soir-là au ministère de l'inléricur.
Il sait que M. Jules Favre a fait une démarche pour réconcilier M. Ledrrr-Rollin el M. Lamartine, ce qu'pii :i()pclait peutêtre à tort l'élément déiiiocratiqrre et l'élémenl bourgeois.
Les efforts de M. Jules Favrè furent iafrucitteux.
ÏM. Loyeux, commissaire de police, n'a que des généralités à dire. Le personnel de la police manquait de force el de puissance, voilà tout ce qu'il sait. Il se trouvait parmi les quarante-huit comniissaiies apptlés par Caussidière, et il confirme le rapport ci-de!^sus mentionné, où Caussidière menaçait de ne pas laisser pierre sur pierre à Paris.
M. LOUIS BLANC. — {\b juillet.)
M. le président : « Vous savez que nous .sommes chargés de faire une enquête politique sur les événements du 15 mai et du 23 juin : pouvez-vous nous éclairer dans notre mission ?
Le témoin : « J'ai tout dit sur le 15 mai dans un petit écrit imprimé el distribué. Ce n'est que la-seille que j'ai connu la manifestaiion du 15 mai par des rumeurs vagues. Depuis le 16 avril, je savais que les manifcsiaiions pouvaient être détournées facilement de leur but.
Le lii mai, j'avais vu Barbes vers quatre lieures; il me dit qu'il avait entendu parler de ia manifesiaiion du lendemain. Je lui fis observer qu'il serait diîTicile de la contenir el qu'on ferait bien de l'empêcher- Barbes partagea mon opinion. Je n'ai jamais mis les pieds dans un cluD. Barbés, au contraire, en présidait un. Il me promit de faire tous ses efforts pour arrêter la manifestation- Voilà tout ce que je sais quanl à ce qui a pu la précéder. Pour le reste, je ne sais plus que ce que tout le monde sait.
B. « Le 14, n'y a-t-il pas eu réunion chez tous?
Jl. « Oui ; dix-sept à dix-huii représentanls se réunirent chez moi; il s'agissait de nous entendre sur la composition de la commission de consiitution. Je ne sais s'il a été parlé de la manifestation qui se préparait, comme on l'a pré endu depuis; cela peut être, mais le but de la réunion était tel que je l'indique.
D. « Vous ne pouvez pas dire par qui vous avez été informé île la manifesiaiion?
B. « Je crois que c'est par une personne dans la rue; il y avait des rumeurs partout.
D. • El dans la matinée du 15 mai, n'y a-t-il pas eu réunion chez vous?
R. • Pas le moins du monde ; je suis allé déjeûner comme d'ordinaire au café. Il y avait des délégués des départenienls qui
me racoi>lèreni leur déboire de la veille.
D. « Lorsque la salle fut envahie, vous êtes sorti?
/?. « Je ne suis sorti qu'avec la permission du président : on me pressait de toutes parts. Je prononçai d'abord im discours à la tribune; jiî retournai ensuiteà ma place. Les huissiers vinrent me dire qu'on m'appelait à grands cris place de Bour.^ogne, et qu'on menaçait d'entrer. Plusieurs de mes collègues me dirent la même chose. J'étais fort embarrassé. Je m'adressai au président, qui m'accorda l'autorisation. Je parlai au peuple à une des fenêtres du bâtiment de la questure. Barbés el .4lbert y éiaient. Mon discours n'eut d'autre but que de calmer; j'en ai reproduit la substance dans mon petit écrit. Je revins dans le palais de l'Assemblée ; je fus entraîné à la salle des Pas- Perdus.
• Deux hommes me montèrent sur une chaise ; je pail li encore à la foule dans les mêmes termes, et, dans tous les cas, dans le même esprit. «Soyez tranquille, disais- « je, la révolution de février a une très- « grande force; il n'est pas douteux qu'elle « ne s'étende sur le monde entier, mais il
• ne faut pas qu'on puisse la calomnier. • Je rentrai à ma place. Je fus porté au plus haut de l'amphilhéàire malgré moi ; j'élais épuisé. Ou m'apporia un verre d'eau; un ouvrier me dit : '-<■ Il faudraitencore parler,
• mais vous ne pouvez plus : écrivez quel-
• ques mots et j'irai dire ce que vou- aurez « écrit. " Je n'avais pas fini d'écrire, que l'Assemblée était déclarée dissoute. J'avais encore répéié la au peuple le conseil de respecter sa propre souveraineté. Je fus entraîné à l'esplanade de l'hôtel des Invalides ; heureusement mon frère était là ; il m'a soutenu. Ou m'a jeté dans un cabriolet, et vous savez le reste.
D. • Les témoins déclarent que votre premier discours, pour lequel vous aviez pris une attitude théâtrale, formant un groupe symbolique avec Barbes et Albert, était une excitation au peuple, une provocaiion plutôt qu'une exhortation au calme.
(Lecture est donnée au témoin de la déposition de M. Levasscur.)
R. « Je nie cela. J'ai pensé qu'il ne fallait pas trop conirai'ier les vœux du peuple pour avoir raison de lui. Je n'ai pas réussi dans ce que je voulais. J'ai parlé du droit au travail, de l'inierveniion en faveur de la Pologne. Je flatiais le peuple dans ce
que SCS vœux avaient de légiiime ; mais ma cunclusiou ciaii toujouis : « Si vous « voulez que vos vœux se réaiiseut, laissez « à l'Asseniblée la libirié de délibérer. »
• C'élail conforme à ce que J'avais dit ei écrit dans l'Assemblée. Il fallait pouvoir se faire écouter.
D. » Dans le discours que vous avez prononcé à la salie des Pas-Perdus, vous av( z dii ; " La nianil'estation d'aujourd'hui • n'est pas de celles qui ébranlent, mais de « celles qui renversent. •
Jl. « Le juge d'instruction m'a dit, enefft l, que deux témoins avaient déposé dans ce sens ; mais d'autres témoins, dont un s'est confié à M. Crémitux le lendemain, rapportent autrement mes paroles. Je n'ai parlé que de propagande, de république universelle, de la force et de la portée de la révolution de février. C'est de la révolulion de février que j'ai dit qu'elle n'était pas de celles qui ébranleui, mais de celles qui renversent.
« J'ai terminé ce discours par ces mots : « Au nom de la souveraineté du peuple, re- « tirez-vous. • M. Pont, rédacteur en chef du journal le Uaro, de Caen, a pris la phiase : il pourrait encore la montrer. Quant aux deux témoins qui ont déposé contre moi, l'un d'eux, M. Mallude Richard, est doué d'une moralité suspecte.
M. Michot, notre collègue, vous renseignerait à cet égard. Ce Mallude Richard avait pris l'habitude de s'introduire dans le sein de l'Asseniblée nationale, en prenant la fausse qualité de représentant. M. Leman&ois a été obligé de le (aire mettre à la porte. Au sujet du drapeau que je tenais à la main, on me l'a apporté, je ne l'ai pas repoussé; il fallait bien quelquechosepour agir sur ks esprits.
D. « Dans la salle des Conférences', on s'est 0( cupé de la désignation des membres du gouvernement provisoiie. Que faisiezvous là ?
Ji. « J'y fus entraîné. C'était à risquer d'être éiouËfé, on m'entourait. Je ne respirais plus; j'entendis prononcer mon nom, celui d'Albert et de Considérant; je n'y étais pour rien.
- Z>. « Y avait-il des délégués du Luxembourg?
J{. • Je n'en ai pas reconnu.
jD. « Vous avez été entraîné par une foule qui criait : y/ PHôlelde ville !
R. • J'ai dit : « Y aller, c'est faire verser
« le sang du peuple. » Je passai par le jardin de la présidence. Je fus poussé à l'esplanade des Invalides. "Mon frère était là, il me cherchait. « Malheureux, disais-je à
• la foule, c'est la guerre civile que vous
• commencez. — Won, criait-on, on ne li- « rera pas sur des hommes désarmés, m Mon frère dit : « Que ce soit pour lui, vous « le ferez tuer. • Un cabriolet passait, oa m'y jeia. La foule ne me suivit pas, heureusement. Je fus mis en présence du propriétaire du cabriolet par le juge d'instruction; j'aurais annoncé l'intention d'aller à l'Hôtel de ville. Je déclare que je ne me rappelle pas cela ; dans tous les cas, c'élail pour un bon motif : je voulais empêcher la guerre civile.
«Dans la salle des Pas-Perdus, on m'avait dit qu'Albert ei Barbes avaient été portés à l'Hôtel de ville ; j'étais partagé enire le désir d'aller les proléger et l'idée que j'y serais impuissant. J'aurais donc pu, au milieu de ces préoccupations, parler de l'Hôtel de ville; mais je dois répéter, pour être vrai, que mon intention n'était pas de m'y rendre. Le propriétaire me dit en chemin : « Si vous voulez, je puis vous déposer rue « de l'Ecole-de-Mëdecine, chez un ami? • J'y consentis, et de là j'allai chez Victor Masson, libraire, pour changer de linge et de flanelle.
D. « Ne vous a-t-il pas été offert «me voilure chez M. Masson?
11. « Oui, par ses neveux. Mais je n'ai pas voulu abuser de leur complaisance; je croyais trouver une voilure rue Sainl-Andié-des-Arts.
D. « Êtes-vous retourné alors chez vous ?
R. « Oui.
D. « Cependant, un magistrat vous u rencontré sur le pont Sainl-.Micbel, allant dans la direction de l'Hôtel-de-ville, entouré de deux ou trois hommes armés.
R. « J'allai jusqu'au quai aux Fleurs avec mon fière pour avoir une voilure. Nous fûmes rencontrés par deux ou irois individus, dont un était armé ; je ne sais ce qu'ils me dirent. D'après la déposition d'un témoin qui me fut communiquée, ces hommes m'auraient donné la main. C'est possible. Cela m'arrive souvent avec des gens entièrement inconnus.
D. « Un témoin affirme vous avoir vu à l'Hôtel de ville.
R. « C'est un infâme mensonge; cela ne
- ÔH
peut élre une erreur, c'est une abominable calomnie.
D. « Les événements de juin ont un caractère socialiste , communiste , comme vous voudrez. C'était une insurrection des classes laborieuses , souffrantes , plutôt qu'un mouvement politique au nom d'un drapeau. Le mouvement se rattachait aux ateliers nationaux. Que pensez-vous de l'influence du Luxembourgdans ce mouvement?
R. « Personne à Paris n'a connu moins que moi les ateliers nationaux, à ce point qu'Emile Thomas était devenu mon ennemi, je ne sais pourquoi. Les ateliers nationaux se sont organisés pour comb^iltre l'influence qu'on me supposait sur les corporations d'ouvriers par les délégués du Luxembourg. J'ai su que ces délégués, au moins ceux que je connaissais, n'ont pris aucune part à l'insurrection. J'étais en rapport avec l'association des aïoliers de Clichy, puisque c'est moi qui l'avais fondée; cette association ne s'est pas mêlée à l'Insurrection. Si les ateliers nationaux, dont je désapprouvais l'organisation, ont fait la prise d'armes, je n'y suis pour rien.
D. « L'antagonisme entre le Luxembourg et les ateliers nationaux a cessé ?
M. le président place sous les yeux du témoin les paroles de M. Emile|Thonias devant M. Trélat.
R. « C'est la fausseté même. Je. n'ai qu'une chose à répondre à cela, c'est un affreux mensonge. Je ne dis pas que le pro. pos n'a pas été tenu par Emile Thomas, mais les propositions que ce projet implique sont d'une fausseté absolue.
D. • Comment savez-vous que les ateliers de Clicliy sont restés étrangers à l'insurrection ?
R. « Cela m'a été affirmé par des ouvriers de cet atelier qui sont venus me voir.
/?. • Lel8 juin ne leur avez-vous pas fait une visite?
R. • Je suis allé à Clichy quelques jours avant l'insurrection, à l'occasion d'une demande de crédit que les ateliers nationaux avaient adressée au gouvernement. Il s'agissait de conseils à leur donner pour un acte de société qu'ils devaient soumettre au gouvernement à ce sujet.
D. • N'avcz-vous pas dit aux ouvriers de ne pas se désunir, qu'ils seraient les maîtres?
R. • Je n'ai rien dit de semblable; je
leur ai recommandé de ne pas se diviser dans l'intérêt du principe de l'association.
D. • Vous dites avoir déjeûné, le 15 mai, au café des Panoramas : Barbes y était-il?
R. «Non; c'élaiiun déjeûner d'amis pour fêler le départ d'un parent, nommé à des fonctions publiques en Corse.
D. • On dit que le l.ï mai vous avez été vu entrelaçant vos mains dans celles d'Albert et de Barbés ?
R. • Je ne me rappelle pas ce détail ; mais il n'y aurait rien à en conclure. J'ai passé la soirée du 14 avec Albert. Nous avons été au spectacle ensemble. Il n'a pas été dit un mot de la manifestation du lendemain. J'étais loin de soupçonner ce qui arriverait. •
M- Trocessart. ancien commiisaire de police. (11 juillet.')
« Ayantaperçu lestendancesdeM.Caussidière contre la garde nationale et la bourgeoisie, je crus devoir donner ma démission ; c'est-à-dire le 1*"', le 2 ou le 3 avril, de midi à trois heures, je ne puis bien préciser, il y eut une réunion des quarantehuit commissaires de police de Paris chez iVL Caussidière, qui nous tint ce langage : « Dites bien à vos stnpides bourgeois et à « votre garde nationale que, si elle a le « malheur de tendre à tome espèce de ré-
• action, ce ne sera plus avec des coups de ■ fusils, mais avec une botte d'allumettes
• chimiques, que nous incendierons tout « Paris; et nous ne laisserons pas pierre
• sur pierre. •
« Si ma démission n'eût pas été donnée, ces paroles l'eussent déterminée. Il nous dit encore: • Vous n'êtes pas républicains, « TOUS êtes trop bourgeois : il faut faire « votre éducation républicaine. Il faut fré- « queuter les clubs, voir la blouse, et vous « y apprendrez combien elle a souffert. •
• Comme commissaire de police au quartier de la rue de Rivoli, j'eus de fréquents rapports avec M. Caussidière pour l'informer de ce qui se passait chez Sobrier, qui conspirait ouvertement; mais M. Caussidière me répondait : • Ne vous occupez
• pas de ce qui se passe chez Sobrier :
• nous marchons ensemble. • '
• Je me relirai; mais je revins quelques jours après trouver M. Caussidière, et lui dis : • Vous m'avez dit que vous marchiez « avec Sobrier; mais alors si vous marchez
I ° ensemble, il n'a pas besoin d'une garde
• de doux à trois cenis individus, de ùOO
• fusils, de poudre ei de nuinitions comme •• pour un combat. • Il fit alors appeler son secréiairc-,;énéral, M. Monnier, et l'envoya dire à Sobrier qu'il faisait toujours des hétises ; ce qui, dans ma pensée, signifia que Sobrier avait tort de ne pas dissimuler ses actes et ses munitions. •
En outre le témoin a signalé à M. Caussidière un nommé Longepied, vice-président du Club des clubs, homme dangereux. M. Caussidière n'a même pas fait attention à ce qu'un lui disait.
M. Trouvé-ciiauvel (28 /«m 18i8).
Il a cru, dès son entrée à la préfecture de police, que les ateliers nationaux étaient le foyer de tous les désordres. Ces ateliers dépendaient du ministère des travaux publics; ils étaient en dehors de ses attributions.
Il n'en avait que la simple surveillance au point de vue de la police.
Son opinion est que le but de l'insurrcclion du î3 juin a été le bouleversement de la société entière. Le massacre et l'incendie en devaient être les moyens, le pillage le résultat. Il est convaincu qu'aucune autre innueiicc n'a contribué au niouvenionl anarchique qui vient de se proiiuire. L'argent qui a été répandu ne provenait que des ateliers nationaux; il s'est trouvé en cela en dissidence avec le pouvoir exécutif, qui croyait voir dans les manifestations qui avaient lieu dcç tentatives de plusieurs prétendants.
Il dit qu'il n'y a à Paris que deux mille repris de justice y compris les forçats; il ajoute que, selon lui, il y avait quarante à cinquante mille insurgés.
Il y a dans sa pensée enchaînement complet entre le 15 mai, le 2S juin et le 16 avril. Il ne doute pas que Al. Caussidière ne soit mêlé à l'aflaiie de juin comme à celle de mai. M. Caussidière lui demanda, à son entrée en possession, l'autoiisation de coucher à la Préfecture. Il voulait surtout avoir un cabinet deirière le bureau. Un médecin le pansa; il avait le genou enflé, mais il pouvait inaicher. Il ne resta pas à coucher à l'hôtel de la préfecture de police.
Il rend compte du nombre et de la situation des piisonniers.
Le président lui dit : « Expliquez-vous sur la réuiiiun du 22 juin au Panthéon.
Celte réunion a eu lieu au vu et au su de toute la population.
R. « Vous a-t on communiqué mes rapports? Le 21, il y avait eu un grand rassemblement sur la place de l'Hôtel-de- Yillc. J'ai demandé trois bataillons pour le lendemain ; on me les a accordés. Je savais qu'un autre rasseiTiblement devait avoir lieu le 22 au soir au Panthéon. Je me suis rendu à onze heures du matin auprès de la commission executive pour l'en informer.
M. Recurt, à ce moment-là, voulait partir. On l'a retenu. J'ai déclaré que c'était trèssérieux. J'ai annoncé que je prendrais, quant à moi, toutes les mesures de police, mais que des mouvements de troupes étaient nécessaires.
« Mes agents furent injuriés, battus. Il nesl pas venu de troupes. Mes agents apprirent la réunion du lendemain à six heures du matin. J'en écrivis à la commission executive. Je la suppliai de préparer des troupes pour cinq heures.
« Mes agents se sont rendus exactement sur les lieux. Le rassemblement était de douze à quinze cents hommes. J'écrivis fiour me plaindre de l'absence des troupes. Bientôt la rébellion a commrncé sur tous les points, notamment autour de la Piéfectu/e. Je crois qu'on voulait s'en emparer. J'avais peu de forces. On a voulu me retirer mon commandant; j'ai résisté, et on me l'a laissé.
D. « Que pensez-vous de la conduite de la garde républicaine ?
^. « Il y a eu des défections, mais peu. Généralement les hommes de ce corps se sont bien conduits.
D. • Pourquoi d'anciens gardes républicains sont-ils encore payés et portentils l'uniforme?
R. « Ils ont été payés jusqu'au 20 juin, d'après des ordres supérieurs. Le port de l'uniforme est illégal; je le leur ferai quitter. Quant aux munitions qu'ils avaient, ils les faisaient eux-mêmes. •
Le témoin représente des balles fabriquées.à la Préfecture de police tant que les montagnards y sont restés, c'est-à-dire jusqu'au 15 mai.
D. « Existait-il un moule à la Préfecture?
R. «Oji, ils l'ont enlevé. Les balles étaient d'un caractère très-meurtrier.
D. ' Est-ce que le gouvernement ne vous
a jamais dit Je faire des arreslaiioiis parmi les cbefs?
II. • Dans les premiers temps de mon admiiiisiralion , j'ai décerné un mandai contre un nommé Jaime, sous-direcienr aux ateliers nationaux, ancien auteur dramatique. Uu de mes agents alla pour l'arrêter aux ateliers nationaux, Laianne s'y opposa. Il vint avec l'agent à la Préfecture et insiita vivement auprès de moi. J'ai consenti à en référer à la commission executive. Je nie plaignis de la résistance do M. Lalaune, il s'expliqua à son tour et on lui donna raison. Le mandai fut reliié. Plus lard j'ai dit à la commission executive : Le foyei'deragiialioncslauxaieliers nationaux. Le principe s'en répand par les clubs, notamment dans la Société des Droits de l'Homme. J'ai déposé une copie des status de cette sociéié.
« Vers la fin de mai ou le commencement de juin, je proposai d'arrêter les membres les plus influents de celle .société, notanimenl les chefs de section. La commission executive ne le voulut pas. Il s'est agi d'arrêter cinquanle-six délégués des atelic-s nationaux pour prévenir le mouvement ; mais je n'ai reçu le mandat que le 23, à midi. •
Le témoin dépose l'original de la lettre du ministre de l'intérieur.
D. ' Comment ne voyons-nous pas encore de personnes influentes dans i'infor- Diaiion?
IL ' En réunissant les deux conspirations de mai et de juin, ou verra apparaître ks chefs.
D. • Parmi les délégués dont vous venez de parler, y avail-il des délégués du Luxembourg.
B. • Oui, beaucoup : si par les sténographes vous aviez tous les discours de Louis Blanc au Luxembourg, vous tiendriez la clef de bien des choses, car ces discours n'étaient pas les mômes au Moniteur. •
Il croit que l'insurrection n'est pas finie Cl que les insurgés sont pluiùi exaspérés que désespérés. Il conseille de prendre des mesures énergiques.
Il signale comme un grand danger d'avoir les prisonniers si près de Paris, et il désire ardemment que l'iiisiruction soii poussée plus activement. Il dit : « Nous ne sommes pas à la fin des troubles, si on ne prend pas des mesures énergiques. »
Son avis est de ne continuer los arrestations que parla préfecture de police et la justice, de muiière à faire cesser loute arrest ition irrégulière. Il dit que l'on s'étonne que M. Canssidière ne soit pas encore arrêté, et que, s'il n'était pas représentani, l'arrestation aui ait déjà été faite par lui. Il s'f tonne que la commission d'enquête hésiie à prendre une détermination d'où dépend le salut de la pairie. Il est cerlain que M. Caussidière a été vu aux barricades le 28 juin ; il a été vu pactisant avec les insurgés. Il déclare que M. Caussidière était dans l'affaire du 16 avi'il et du 15 mai ; c'est lui qui a été l'ànie de toutes les conspirations.
Le relard des élections a été la cause première de nos malheurs. Il l'allribue principalement à M. Ledru-Rollin, et en cela il pense qu'il a cédé aux insligalions de M. Caussidière.
Il y avait des réunions toutes les nuiis chez M. Ledru-Rollin. La réunion oîi il fui proclamé se tint à la préfecture de police. Les citoyens Caussidière, Flocon, Grandménil y assistaient.
Consulté de nouveau le 18 juillet, il déclare que, plus que jamais, il croit M. Caussidière coupable; que, plus que jamais, s'il n'était pas représentant, il n'hésiterait pas à le faire arrêter, aujourd'hui plus qu'hier, demain plus qu'aujourd'hui peutêtre.
Il y a eu hier une réunion de soixanie montagnards sur le quai et autour de la préfecture de police: il doit y en avoir une autre aujourd'hui, à onze heures. Ces réunions se font par l'ordre et sous les inspirations de M. Caussidière. Une somme de 500 francs a été distribuée à ces montagnards ; cet argent vient de M. Caussidière. Il considère l'arrestation de M. Caussidière comme une mesure de salut public. Il ajoute que la responsabilité Je la commission d'enquête est immense en ce moment, relalivemeiil à M. Caussidière.
M. Yon, commissaire de police, dépose ainsi sur les événements de mai :
« Le 15 au malin, je vis M. le président de la Chambre, qui me parla de mesures à prendre pour la garantir; il me dil qu'on lui avait promisquaireousix mille hommes pour la garder, et me demanda si ce nombre me paraissait suflîsanl. Je le pensai et le pense encore ; mais, au lieu de quatre
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ou six n>iile hommes, il ue s'en uouva pour aillai dire ((ue peu ou poiru du lout.
« Je dois vous dire qu'en picnaiil mes dispositions le 15 mai, je sortis sur la place Bourgogne, qui éiait encombrée, et vis deux commissaires de police désignés par M. C:iussidière, MM. Doussauli, qui remplace M. Noël dans ce quartier, et Berlogtio, conmiissaire de police du quartier du Palais-A'atioual. J'allai à eux, et leur fis part de ma mission. Ils me répondirent que je n'avais que faire ici, qu'ils avaient vu M. C:iussidière la veille au soir, et qu'il les avait chargés seuls du service de la Chambre. Je leur dis à mon tour que j'avais vu M. Caussidière le malin même, et que, dci reste, j'avais l'ordre du président de l'Assemblée ; que mou désir cependant n'était pas d'agir seul, mais d'unir mou action à la leur.
« Ces deux messieurs organisèrent la queue du public, et j'ai su depuis que, pendant l'invasion de la Chambre, beaucoup d'individus descendirent des tribunes dans l'intérieur.
« Voici , du reste, ce qui se passa avant l'ouverture des portes : Cinq ou six personnes de figure sinistre se présentèrent à la présidence, demandant le commissaire de police. Le concierge m'appela, et ils me dirent: « Monsieur le commissaire, vous " nous avez promis de nous faire entrer, « exécutez votre promesse. • Je leur répondis que je n'avais fait cette promesse à personne, et, dans le fait, l'un d'eux reprit : « Mais il y a confusion, car le commiss;iire « qui nous a promis a une foi te barbe. » Et ils s'en lurent.
« Toute la journée du 15, je restai à la Chambre et n'ai rien de nouveau à vous apprendre.
« Le lendemain 16, à quatre heures et demie du malin, je reçus de M. Caussidière une lettre datée de deux heures, qui m'invitait à passer à la préfecture ; j'y allai ; mais aux abords, sur le quai, dans la rue da Jérusalem, aux croisées mêmes de la préfecture , je ne vis que des hommes à bonnets rouges. Je franchis tous ces groupes et arrivai aux portes de l'iioiel, où je ne pus pas pénétrer, quoique je représentasse que j'y étais appelé pour affaires de service. Un d'eux même me dit que si j'y entrais, je n'en sortirais pas. Dans ces groupes j'entendais des propos épouvantables contre la garde nationale. J'en fis un
rapport à M. Carlier, et.allai avec lui au Luxembourg, où nous parlâmes à M. Garnier-Pagès, qui nous dit qu'il arrangerait cela dans la journée, mais îans effusion de sang. .
M. POaTALlS.
Ayant su que Louis Blanc avait été vu sur la place de l'Hôiel-de-Ville, il crut devoir informer, et demanda l'autorisation de poursuivre.
Ce témoin dit, en terminant sa déposition, qu'un sieur Jarollay, horloger, lui avait parlé d'un plan de pillage d'une partie de Paris, trouvé par des gardes nationaux chez un nommé Robert. Jarollay, horloger, donnera tous les renseignements.
Le président demande à M. Crémieux, ex-minisire de la justice :
D. « Vous ne savez rien de particulier sur le 1 5 mai ?
R. « L'événement du 15 mai m'a surpris autant que vous.
D. « Vous ne pourriez pas nous dire si quelques-uns des membres du gouvernement n'avaient pas besoin d'une pression quelconque?
R. « Je n'ai pas le moindre indice à cet égard. Pendant le gouvernement provisoire j'étais bien informé, les choses ont bien changé depuis.
Un membre : « Comme ministre de la justice, quels rapports aviez-vous avec le • prélél de police?
Ji. « Les rapports individuels entre lui et moi étaient peu nombreux pendant le gouveinenient provisoire. Le préfet de police venait quelquefois au milieu de nous; il nous parldiit conmiu il nous a parlé à la tribune. L'iU'pressiou était irès-favorabie; je le croyais de bonne foi. Je n'ai eu à lui reprocher que de n'avoir pas aiTété Blanqui et d'avoir relâché quelques prisonniers dangereux. Depuis la réunion de l'Assemblée nationale, je n'ai eu aucun rapport avec M. Caussidière. Je l'ai vu seulement le 16 mai au soir, au Petit-Luxembourg.
D. « Vous aviez ordonné une instruction le 16 avril?
R. " Oui. Cet événement était apprécié tantôt légèrement, tantôtsérieuseicent dans le gouvernement. IVous avions une position qui ne s'est jamais vue dans l'histoire. Nous voulions éviter les coups de fusil dans Paris, lu guerre civile dans la capitale ; c'était à mes yeux le renversement de la République honnêle que nous avions
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voulu fonder. Nous n'avions qu'une force morale, une force de paroles. Quand ou craignait un inouvemont, quand l:i rrairiie était sérieuse, mon avis «-laii de faire des concessions qui n'euatagaient l'honnenr ni le courage d'aucun de nous, et qui auraient pour résultat de ne pas emporter le gouvernement provisoire qui nie semblait, pardonnez-moi cette fière peusée, le boulevard de la République. Nous avons été assez henreux pour n'avoir pas à déplorer une goutte de sang.
Un membre: « Oui, mais vousavez légué les collisions à l'Assemblée.
Jl. «Je ne sais; mais voire allégation fût-elle vraie, m)us savions du muins que r,\ssemblée aurait une force que nous ne pouvions avoir. Je maintiens que le gouvernement provisoire, pris dans sou ensemble, a fait ce qu'il devait. L'Iiisloire jugera nos actes collectifs, j'en prends ma pan de responsabilité sans réserve : quant aux actes particuliers, chacun sa responsabiliié. Lorsque nous nous rendîmes à J'IIôlel de ville pour notre installation, nous y trouvâmes, dans la petite pièce où nous passâmes la nuit du 2/i an 2.5, MM. Marrast, Flocon, Louis Blanc et Albert qui nous avaient devancés. Nous leur demandâmes : ■ Qni êies-vous? • Ils nous répondireui : • Nous avons été nommés membres
• du gouvernement provisoiie." — Par qui?
• Je crois qu'ils ont répondu : • Par la
• société démocratique. • Si on nous avait demandé, à nous, par qui nous avions été nommés nous-mêmes, nous aurions bien pu d.ire : • A la Chambre, mais point par la chambre ; • nous avions éié nomniés par l'acclamaiiou populaire et par des députés dans la Chambre; ils se disaient nommés par une acclamation populaire; nous les acceptâmes d'abord comme secrétaires.
Plus tard, quand ils eurent traversé le feu avecTuous, nous avons supprimé le litre de secrétaires, ils sont devenus membres du gouvernement provisoire.
« J'étais plein d'estime pour M. Marrast, je ne coitnaissais pas M. l'Iocon aiiirement que comme rédacteur de la Ilêforme, et républicain dévoué ; Louis lilanc m'était connu par son histoire et par quelques relations du monde; je l'avais reçu dans mes soirées; quant à Albert, nous étions aises d'avoir un ouvrier dans le gouvernenieni provisoire.
M> Emile Thomas dépose à son tour.
Rien dans sa défwsition qui ne se trouve mentionné déjà dans les autres. II termine en donnant un démenti h M. Trélal, sur un propos que celui-ci l'accuse d'avoir tenu, et par lequel il exprimait le regret, lui M. Thomas, de ne pas avoir écoulé les propositions de M. Louis B!anc. II n'a, du reste, dit-il, entre les mains aucune pièce qui puisse compromettre qui que ce soit.
i\I. Justin-Henri CalTin , brasseur, demeurant à Paris, rue de Reuilly, 11, fait une déposition de laquelle il résulte qu'il a entendu dire par des insurgés que Caussidière devait le;ir envoyer des munitions, et qu'il en a vu apporter par des hommes qui disaient les tenir de Caussidicre.
M. Proudhon fait un(i déposition inutile. Il regrette, comme socialiste, que l'insurrection ait été faite au nom du socialisme. Toute théorie qui se discute à coups de fusil, dit-il, devient une théorie mauvaise. II a traversé les barricades, mais en simple spectateur, et pour pacifier, s'il y avait lieu.
Dépofilton de M Prévost, sténographe du Moniteur.
M. le prénidenl : • Vous avez été témoin dercnvahissemenl du 15 mai ; quelles particularités savez-vous?
Le témoin : • Mon secrétaire vit un gardien de la salle avec Albert. Le gardien deu)aiida si c'était le jour de prendre les armes. Albert dit que non, que ce n'était (lae !(■ premier acte. J'ai averti le bureau que l'Assemblée était trahie. Les gardiens avaient été nommés par l'inlluence d'Albert et de Louis Blanc. Mon secrétaire a bien neitemenl entendu ; mais ni lui ni moi ne connaissons le gardien.
D. • Vous avez sténographié les discours de M. Louis Blanc?
11. « Oui, avec deux de mes collèj[ues. Je connaissais particulièrement M. Louis Blaiic C'est probablement à ces rapports que j'ai dû d'être appelé par lui. J'ai assisté à toutes les séances du Luxembourg. Elles étaient de deux sortes : les séances générales, où venaient les déli'gués de toutes les industries; Louis Blanc y faisait un discours et se retirait ; les séances particulières, où les économistes de toutes les écoles étaient appelés, socialistes et autres.
« Les procès-veibaux de ces séances seraient sans intérêt pour la commission. Mais il y avait d'autres allocutions aux dé'
légués. Elles ëlaicnl moins socialistes que politiques. Penpiii a assisté à plusieurs de ces réunions. Nous nous sommes souveui communiqué nos impressions. J'avais deux collaborateurs. Il faudrait consulter nos cahiers ; on verrait quelle impression devaient produire les allocutions de Louis Bianc. Il en publiait seulement la partie anodine. Ce n'était rien à côté de la partie non publiée.
D. " Avez-vous conscivé^vos notes?
R. - Oui.
D. « Pourriez-vous , si] la commission vous en donnait l'ordre, nous en faire prompiemenl la traduction?
a. ' Oui.
D. « La commission vous donne cet ordre ; vous vous entendrez avec vos collègues. •
Et à l'instant M. Prévost prête serment de s'acquitter fidèlemcut de la mission qui lui est confiée.
M. « Le 16 avril était connu du Luxembourg et desouvriers: MM. Albert et Louis Blanc, devaient y présider. J'y allai, supposant que des discours seraient prononces. J'allai offrir mon concours, on l'a refusé ; on m'a dit que ces messieurs n'iraient pas. Cependant, une personne bien informée m'a assuré que ce serait grave, que le gouvernement provisoire n'existerait plus le soir. La garde nationale ayant été convoquée, les ouvKers n'ont pas agi, mais leurs intentions étaient mauvaises. Je dirai un mot de M. Cabet : le 15 mai, il me devait 3 à 400 francs ; je le vis à onze lieures. Il se préparait pour une séance que son club devait tenir le soir. On a donc eu tort de supposer qu'il était au mouvement.
D. « Vous n'avez pas su si M. Albert et M. Louis Blanc étaient allés à l'Hippodrome ?
R. ' Non.
D. • Quels étaient les rapports de M.
Louis Blanc avec les délégués? Y avait-il autre chose que ces séances, ces discours?
/i. • Certaines séances avaient un caractère confidentiel. L'objet de ces séances était politique.
D. « M. Ledru-Rollin marchait-il avec Louis Blanc? Y avait-il des rapports intimes entre eux?
R. « Non , du tout, ils ne s'cslimaient nullement. •
Aujourd'hui , on a eu connaissance du
dossier de l'enquête qui a rapport à Louis Blanc. Ce dossier se compose de dépositions judiciaires recueillies dans l'instruction de l'alTaire du 15 mai, de quelques lettres, de pièces diverses et de plusieurs discours prononcés par M. Louis Blanc, et r(!tablis dans leur texte primitif par M. llippolyle Prévost, sténographe du Moniteur.
MiM. Lacaze, Biclard, Baze et Roux, représentants du peuple, ont entendu M.
Louis Blanc féliciter les ouvriers d'avoir conquis le droit de pétition qu'on ne pouvait plus leur contester.
M. James de Moiilry l'a entendu, au contraire, dire au peuple : • Retirez-vous, ne violez pas voire propre souveraineté. •
M. Bénafori, étudiant eu médecine, dépose dans le même sens que les quatre premiers représentants, et M. Louis B'anc demie à sa déposition le plus formel démenti.
M. MalluOe, ingénieur, M. Artigues, docteur en médecine, M. Léon Paillei, homme de lettres, reproduisent la déposition de M. Bénafort.
M. Artigues ajoute même : M. Louis Blanc continua en ce sens et en s'adressant au peuple :
" Ne vous laissez pas abuser par les promesses de ces prétendus représentants du peuple, puisqu'ils n'en comprennent ni les besoins, ni les intérêts. • {Prétendus repréneiitanls est textuel.)
Même dénégation de la part de M. Louis Blanc.
A l'appui de cette dénégation, M. Louis Blanc montre des lettres de M. Buski, major polonais , qui lui écrit pour mettre son témoignage à sa disposition, el de M. Biouvvn Séguard , qui attirme qu'il a entendu M. Louis Blanc supplier le peuple de se retirer, l'exhorter à laisser à l'Assemblée toute sa liberté, etc., etc.
Le dossier passe à un autre ordre de faits, à la question de savoir si M. Louis Blanc a été ou n'a pas été à l'Hôlel-dc- Ville.
M. Lemaigrc, marchand de vin, est la personne qui a donné asile dans son cabriolet à MM. Charles et Louis Blanc, ou portés en triomphe, ou poursuivis du côté de la rue Sainl-Doniinique; tout ce qu'il peut dire, c'est qu'ils avaient l'air tous deux iort effrayés, et que Louis Blanc voulait absolument se rendre à l'Hôtel-de-Tille.
Le lémoii), mis en présence de Louis Blanc, déclare le recoiiiiaîlre, el Louis Blanc recounaîl le lémoiii; seulenieul, il nie avoir eu riiileniion d'aller à l'Hôielde-Vilic. Il avoue seulenienl avoir élé préoccupé de l'idée que sa présence à l'IIôielde-Ville pourrai! calmer leséuieutiers.
Le uuioin adirme que c'était chez Louis Blanc comme une idée fixe de se rendre à iHôtoldc-Ville.
Chacun a persisté el signé.
Le témoin Arnaiilt, parent du précédent , tl chez lequel Louis Blanc cl son frère sont descendus quelques iusianls, déclare que Charles Blanc lui a dit : Il faut que mon frère s'en aille bien vile et puisse parler aux masses, afin d'éviter la guerre civile.
Louis Blanc ne croil pas que son frère ail pu dir(î cela.
Le témoin persiste.
M. Pngel, subslilul du procureur de la République, a été saisi de voir Louis Blanc sur le Quai aux Fleoirs, en compagnie de trois hommes proprement vêtus et armés chacun d'un fusil de munition.
Louis Blanc ne dénient pas celle déposition, à l'exception de laj)résence des trois hommes armés.
Wairin , vétérinaire, aflirnie avoir vu Louis Blanc à l'Hôlel-de-Ville; il ne serait pas venu apporter sa déposition à la justice spouianémeni si, au lieu d'avoir à accuser, il avait eu à défendre.
Du reste, il a parlé de ce fait à M. Antoine, représentant du [)euple ; à M- Woirhaye, représentant du peuple aussi; à M. Fortin, tenant l'estaminet de France, bazar Bonne-Nouvelle, età M. Aubry, lieutenant de la 10" légion.
Copie d'une tel Ire déposée par le tieur Lamblin, le 21 juillet 18^8, el liouve'e pur lui le 15 tnui dans la salle du secrétariat-général, à f Hôtel de ville.
• Rue de l'Arbre Sec.
• Je tecril ce mot pour que lu ne soit
• inquiète, je suis avec Albert et Louis le ^ « Blans el nous, el la sainblé est destitué. W * Nous tenon séance celle nuit au Luxsam-
• boiir.
• Je le salul,
I« Ton marie. • Ccrlifiée conforme, le 28 juillet 1868.
Le juge d'instruction.
Signé : Ernest Beutuand.
Au citoyen OdHon-Barrot, président de la commission denquéle.
« Citoyen, je viens de lire aujourd'hui seulement le rapport de la commission d'enquête, el j'y vois avec surprise que des léinoins disent avoir vu le citoyen Louis Bliinc à l'Hôtel de ville, que d'autres prétendent l'avoir vu sur le quai aux Fleurs eu compagnie de quatre hommes armés.
« Voici les faits que j'ai à révéler, et qui feront connaître toute la vérité :
« Le 15 mai, à cinq heures cl demie du soir, je me suis rendu à l'Hôtel de ville, pour me mettre dans les rangs de la 11' batterie, dont je fais partie. Ne la trouvant pas, je revenais chez moi par la rue de la Cité, lorsque j'ai reconnu le citoyen Louis Blanc, accon^pagué de son frère. Je courus à lui, pour lui demander ce qui se passait, el, comme il ne paraissait pas mieux renseigné que moi, je le quittai après avoir parcouru le quai aux Fleurs dans toute sa longueur, do la rue de la Cité au Palais de Justice; j'étais accompagné d'une personne donlje ne connais pas le nom, et que je voyais dans un café ; moi seul j'étais armé de ma carabine.
« Quelques secondes après, je montai dans un café sur la place qui se trouve audevant du Palais de Justice, et je vis de là Louis Blanc, accompagné toujours de son frère, se diriger vers le ponlSaiul-Michel, en longeant le Pabis de Justice.
« Redon, « Rue du Pelil-Lion-Saint-Stilpice, 15.
« Paris, le 11 acût 18/i8. »
Pour épuiser le doSsier de M. Louis Blanc, il nous reste à publier quelques extraits des discours prononcés au Luxembourg ; mais ces discours sont trop longs, et les dépositions des témoins prouvent assez les dispositions de M. Louis Blanc. Ces discours du Luxembourg ne tendaient »pas à autre chose qu'à faiie élire représentants vingt ouvriers que M. Louis Blanc eût toujours eus sous la main.
Dossier de M. Caussidiêre.
Une grande partie de ce dossier est absorbée par les dépositions relatives à un déjeuner qui a eu lieu dans un café de Sainl-Cloud. Ces dépositions se répètent toutes, sans présenter un grand caractère de ceriiiude. Voivi la principale :
M. Mario-Lcinis Nouruv, quamnte-Hejil mis, Itmottadier, demeurant à Saint- Cloud , avenue du Château, 15. —
" Le dimanclio, 18 juin, jetais occupé à me faiie la barbe, dans une pièce qui n'était séparée que par une mince cloison d'une salle où étaient huit personnes venues prendre le café à mon éiablissenieni. • J'ai reconnu parmi elles la voix de M. Désiraboife, gouverneur du cliàtean de Sainl-Cloud ; ils parlaient laiilôl liant, tantôt 5 voix basse, et se plaignaient ilc la manière dont étaient gérées les aiïaires publiques. Ils disaient qu'ils avaient fait la révolution de 1830 et celle de février, qu'on donnait les places à ceux qui ne les niéiitaient pas, qu'eux, bons républicains, on les mettait de côté ; que ceux qui étaient dans les bureaux se f d'eux, qu'on verrait plus lard, qu'il fallait que ça finisse. Un de ces messieurs, qui avait la voix assez forte, répondit : Ils ont manqué leur coup, ce sont des là(hes; ils avaient des pistolets, ils devaient leur brûler la cervelle, et ce serait fini.
«Un antre, qui avait presqu'une voix d'enfant, reprit : Ils auraient dti les poignarder tous ; en ce moment, ils bai'^sèrenl fa voix, et je n'ai pins rien entendu. J'ai pensé qu'ils avaient voidn faire allusion à ce qui s'était passé le 15 niai. Lorsqu'ils sont sortis, j'ai reconnu parmi eux Canssidière, dont je ne savais pas encore le nom : c'est une personne qui se trouvait là qui me l'a nommé; elle m'a aussi nommé Grandménil et Flocon; elle m'a aussi nommé les autres, mais je ne me rappelle pas leurs noms.
- Un d'eux était très-petit. J'ai vu depuis M. Louis Blanc, il m'a semblé que c'était la môme taille et la n-.ênie tournure ; mais je ne pourrais allirnterque ce fût lui; je n'ai vu ces messieurs que par derrièie. Caussidîère est venu plusieurs fois < hez moi avant les journées de juin, surtout dans les derniers jours; je l'ai servi, notamment deux jours de suite; il était avec M. Désirabode. Je ne les ai pas revus depuis les journées de juin. •
M. Dcsbans, syndic à la halle au beurre, vient déclarer que plusieurs fois les forts de la Halle ont été mandés à la Préfecture, du temps de M. Caussidière, pour des réunions dont on ne savait ni la cause ni le but.
Plusieurs dépositions roulent sur la part que M. ranssidière aurait prise aux journées de juin. Voici les deux principales :
M. Jean-Théodore Bozon, 35 avg, ngent de la police municipale, service des maisons garnies, demeurant à Paris, rue Conslantine, 17.
« Le 23 juin, j'étais allé dans le quartier Saint-Antoine avec M. Rollet, pour voir ce qui se passait. Nous trouvant près d'une barricade, vis-à-vis l'église Saint-Paul, j'aperçus nue personne qui venait de franchir la barricade, et qui me parut éire M . Caussidière. Je le dis à l'instant à Rollet. Il me répondit : « Ce n'est pas possible, » et se rapprocha pour le mieux voir. Il me dit ensuite que c'était bien lui.
« Quelques-uns des hommes qui travaillaient à la barricade s'approchèrent de lui, ils lui serrèrent la main, ils causèrent enfemb'e pendant quelques minutes. Il continua ensuite à marcher vers l'Hôtel de ville; nous ne savons ce qu'il est devenu. Nous nous sommes dirigés nous-mêmes du côté de la place de la Bastille. Autant que j'ai pu le remarquer, Caussidière était vêtu d'une redingote marron ; il avait sur la tôle un chipeau noir. Nous n'avons pas parlé de ce fait an |,réfet de police, parce que Rollet avait quelques craintes; il redoutait une vengeance parlicnlièrc.
« Un jour que je causais avec un officier de paix, il fut question des personnes qui pouvaient se trouver compromises. Jai cité le nom de Caussidière ; je lui dis qu'il serait bien possible qu'il fût compronTis, et je lui dis ce que j'avais vu. Il me demanda si j'en avais parlé Ji; fui dis q-:o Je n'en avais parlé à (pii que ce fift, parce que la pei sonne qui était avec moi m'avnit fait cr.in.lre qu'il n'en résultât quelque danger pour nous. Je suppose que c'est cet officier de paix qui a révélé le fait.
« Il en a été aussi question dans noire bureau, j'en avais parlé aux personnes qui travaillaient avec moi, et comme elles ne voulaient pas me croire, j'en aT appelé au témoignage de M. Rollet. Ces personnes sont : M. Cardon, brigadier; M. Belle, contrôleur; M. Bondeville, inspncieur. •>
Lecture faite, ont signé : Lamotte, Bozon, Ernest Bertrand.
M. Rollet (Marie-Charles), cinquanteneuf ans, contrôlcur-géne'ral des maitons garnies de la ville de Farts, y
demeurant, rued'Arcole,^. — (21 juillet.)
« f.e 23 juin dernier, de une à deux heures, jiî suis allé avec Bozou dans le quartier Saiiii-Auloine, pour voir ce qui se passait. Nous avions d(-jù parcouru une partie du quaiiifr, lorsqu'au moment où, après avoir visité quelques rues transversales, nous revenions par la rue Sainl-Aiiioine,à la place' de la Bastille, pour lepremlre le boulevart, à peu de distance d'une barricade, (,ui était 'oniniencée auprès de l'éjçlise Saint-Paul, Bozon m'appela, j'étais à quelques pas en avant ; lorsque je (us près de lui, il me dit: « Regardez donc, voilà M. Canssidière. »
« Je r<';.'.ardai du côté qu'il m'indiquait, ef je le vis. en e flet. Il allait dans la direction de l'Hôtel -de-Ville. Quelques individus qui iravaillaienl à la barricade, et qui me parurent cire des montagnards, s'approchèrent de lui et lui duiinèrent des poignées de main. Je m'étais appioclié trèsprès, je ne leur ai pas entendu prononcer une parole. J'ai supposé que ces homnies étaient des montagnards, parce que j'ai vu souvent des hommes de ce corps, el que leur baibe leur douue une physionomie paniculière.
« Lorsqu'ils ont abordé CaussiJière, ils avaient un air saiisfait^Mous ne savons ce qu'ils ont fait ensuite, n* ce que Caussidière est devenu, nous ne pouvions nous arrêter, nous avons cuiuiiaié n2(l|||iroute.
« Je n'avais pas d'abord attaché "une grande iniporiaucc à ce lait, et je n'en avais pas pat lé; c'est Bozun qui, le premier, l'a raconté dans noire bureau, el qui eu a a^^pelé à ii'.ou témoignage. «
Lecture faite, le témoin a persisté et signé avec nous.
Signe : Rom.et, Er.nest Bertrand.
Copie d'une lettre saifie, le iôjuin 1848,
au dumicile du nettr liiotleau, à An-
gers.
Paris, le 8 avril 18?i8.
« Mon neveu,
« Je vous adresse ci-inclns deux règlements de la Société des Droits el des Devoirs.
« Cette Société, qui est à moitié secrète quant à l'at lion, a pour but : 1° d'tissocier I tous les combaitanis de février et tous les I républicains de France qui voudront se , joindre à nous pour anéantir la mauvaise (volonté de la bourgeoisie; 2° d'éclairer ces braves citoyens sur leurs véritables devoirs
ei droits, afîn de leur démontrer les immenses avantages qu'ils onl à retirer du système républicain (c'est loujoursTaucieu plan de la Rcfunne.') /
« Voilà huit joiifs que nous passons les nuits à la Préfecture, avec Marc el acle (mot illisible) à travailler à notre déclaration des droiis et à noue profession de foi : c(la est très-difllcile ; cependant nous touchons à la tin de notre travail. Nous le ferons imprimer avec uue instruction pour l'établissonient des clubs de province; et, lorsque tout sera pi et, nous vous l'adresserons, puis nous vous enverrons des commissaires qui vous feront part de nos secrètes intentions. Nous ne pouvons guère nous mêler des élections départ» meniales; tous nos soins se portent sur cellesdel'aris, iNous voulons avoir au moins vingt ou- VI ieis et quatorze bourgeois bien connus dans la nouvelle Conveuiion. Nous avons l'assuiance de réussir. Avec ce noyau et notie société, nous sommis couipiélemciit les maîtres.
• Si j'avais eu le temps, j'aurais pris une mission extiaordiiiaire pour les quatorze départements de l'Ouest. J'irai après les élections monter la société.
« Vous savf z sans doute qu'il nous a été prouvé que Lucien de LahodJe était mouchard depuis deux ans. Nous le tenons au cachot, il a tout avoué. Aujourd'hui, nous jugeons B'auqui ; nous n'avons pas tout à fait les pièces convaincantes, mais Barbés est convaincu que c'est aussi nu mouchard. Dans quelques jours nous saurons à quoi nous en tenir. Il faut laver notre liuge sale cl que la justice du peuple se fasse.
" Vous ferez bien de venir avant les élections passer deux jours, vous en apprendrez plus dans une heure que par ceni lettres.
« Marc .vous recommande vivement de fabriquer dans le plus grand secret et d'apporter quelques-unes de vos bombes.
Vous ne craignez plus rien, mais silence chez vous el ailleurs à ce sujet.
• Salut el fraternité. Je cours à la posie.
Signe' : GnANDMÉNii-.
Pour copie, tigné: Bordillon.
M. .\LLABD , chef de la police de êûreté {il juillet.)
« J'ai déjà fait connaître lout ce que j'avais à vous dire ; el si je voulais le répéter niainieuaul, je n'y niietirais aucune suite.
• Avant le 15 mai, les monlngnards éiaieiit mécontents , menaçaient de tout renverser; mais il n'y avait aucun fait sur lequel on piit poursuivre. A la préfecture de police, il a vu tout ce qui s'est passé le 15 mai et dans la nuii. Ce fui une nuit d'éponvanie.Les monlagnariis, armésde poignards et de pistolets, eriaient : « Vive Barbes! vive Blauqui ! » Dans la journée, les nioniagnaids, enceinlure rouge, arrivaient en se féliciiant et disant que le gouvernement était renversé, la chambre dissoute, etc.... M. Caussidière était malade, au lit. Il s'est levé dans la nuit, quand la commission executive le fit demander. Je l'avais prévenu, ie ih, qu'il y aurait de l'àchcux cvénemenls le lendemain.
D. « Ces cris étaient séditieux ; comment M. Caussidière pouvaii-il les permettre?
Ji. '• Je ne sais si M. Caussidière pouvait entendre les ci is qui se proféraient loin de lui.
£>, « Quels ordres donnait M. Caussidière?
B. « Aucuns. Il était au lit Quand il alla à la commission executive, il était minuit, minuit et demi. Dans la nuit du 15 au IG, il rcviui à trois heures, excédé de fatignc.
« Les montagnards le crurent enlevé et firent des cris effrayants. A son retour, ils se calmèrent.
• J'ai annoncé souvent à la commission executive, avant les événements de juin, que les montagnards se réunissaient, qu'ils avaient de la poudre et dis balles. On a fait des cartouches et des balles à la préfecture de police, pendant que M. Caussidière était préfet. Je ne m'occupais plus de politique, mais de la police de siireié, et j'ai peu de choses à dire sur lesrelationseulreM. Caussidière et Sobricr.
• Cependant, je ne puis pas douter que leshouiniesdelagarderépublicaineéiai nt complices de renvahissemeni de l'Assemblée nationale. Je l'avais dit à M. Caussidière , qui croyait que la manifestation serait pacifique. Quand les montaijnards revinrent de l'Assemblée en proclamant le gouvernement provisoire, dont M. Caussidière faisait partie, les tambours battirent aux champs. Je me rappelle même que les gardes nationaux de la Côled'Or y étaient avec un de leurs oflîciers à leur tête. Je ne sais ce que disait et faisait M. Caussidière. Je crois que M. Eloiu était près de lui.
JVous ne rendons pas compte des au-
tres dépositions qui n'offrentaucun intérêt.
Aujourd'hui, la demande en aulotisaiion de poursuites contre MM. Louis Blanc et Caussidière a été pn'^sentée à la Chambre.
Rien de nouveau.
On attend avec impatience la décision de la Chambre sur la demande en autorisation de poursuites.
25 AOIT.
Aujourd'hui, M. Bauchard a donné lecture à la Chambre du rapport de la commission d'enquête.
Nous regrettons de ne pouvoir donner les détails de cette séance, qui s'est prolongée jusqu'à six heures du malin, et qui a été pour M. Ledru-Rollin l'occasion d'un véiiiable triomphe.
L'Assemblée autorise les poursuites contre MM. Louis Blanc et Caussidière.
MM. Caussidière et Louis Blanc qui avaient demandé et reçu l'autorisation de rentrer chez eux pendant une heure ont profité de cette autorisation pour s'enfuir.
Voici la lettre que M. Louis Blanc a adressée au Journal des Débats.
« Frappé, non comme coupable, c'était impossible, mais comme ennemi par des hommes en qui les passions politiques ont fait taire tout s^|hienl d'équiié, je m'éloigne pour mieux protesiar contre les conséquences de l'étal de siège et l'empire de la force. Je ne puis croire que la France soit d'humeur à souffrir que le cours de la justice régulière reste suspendu longtemps encore. Quand le jour des débats sera venu, je serai là. « Louis Blanc
« 26 aoiît 1848. «
Le nouveau projet de constilulion a été présenté à la Chambre.
JN'ous le donnerons en entier dans le prochain numéro.
Rien. Les événements semblent s'arrêter comme pour laisser aux esprits le temps de se remeilre de l'enquête. L'abondance des matières nous empêche de donner les nouvelles des départements et de l'étranger de ce mois. Nous en publierons le résumé le mois prochain.
PAI\I6.— TVPOGRAPHtE Dlî E.ET V.PEN'.'.UD FRÈRES, JO, KUK DU FAUBOURG-MONIM.lRTBB.
IV* lf.^15 Oclobre 1S48.
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RÉSUMÉ MENSUEL, HtSTORiaUE ET POLITiaUE O: TOJS LES ÉVÉNEMENTS
IXTIÈRtMIKT RÉDICA
Par AIiEXAI% DBE DUMAilJ.
Hier M. Marrasl a faii son rapport à la Chambre sur le nouveau projet de coiisliliilion. Nous voudiions pouvoir ciler son discours qui rcnlermede belles choses ei surlout la logique qui fait le principal mérite de l'ex-rédacti'ur devenu re;)résenlant du peuple, président de rAss<niHée nationale et en chemin de devenir vice-président de la République si, comme on le craint, l'Asseujblée nationale s'arroge le droit de nommer cUe-niênie le président attendu.
Quand on voit les actes de notre nouveau gouvernement, lorsqut Ion entend sourdie dans les rues ou confiJeniiellenient le mécontentement public exci.é par la misère, par l'aibiiraire ou par les passions, on s'arrête, con-'iiucu une cet état de choses ne pouria dunr, et l'impossibilité de la République devient apparente. Puis, lorsqu'on lit les discours des honmns qui ont proclamé celte république, quand on les entend, logiciens politiques, déduire les uuesdesauires les raisonsde la Ili-publiqtic et arriver à prouver providentiellement et maihémutiiineinent que la France, nouseulemenl a besoin du système républicain, mais ne peut même être sauvée que par lui, on se demande avec eiïroi ce qui
résultera un jour de ces deux opinions, de la misère d'un côié, de la nécessité de l'autre et du choc qui loi ou lard doit avoir lieu entre les partis déguisés encore par des mots.
Ainsi, voii:i comme M. Marrast s'exprime dans le commencement de son discours ei vous aile/, voir comme la France serait disposée à comprendre et à ajcepter les conclusions, s'il n'y avail derrière ce mai^nifiiiue rideau, sur lequel on a écrit : République fratiçiihe, le ihéàtre des discordes, des misères, des terreurs auxquelles le paysesi en proie depuis le iU février.
• Ce n'est pas en un jour, citoyens représentants, dit M. Miiirasi, que les nations se décident à ces changements qui niodilieni profondément leur position.
• La Franie a été préparée, par les soixante années qui fuient devant nous, à la forme de gouvernement qu'elle s'est enfin donnée.
• Que votre pensée embrasse d'un seul regard ce long drame dont la dernière scène nous touche. Quelles vicissitudes, quelles épreuves, quelles expéiieuces nous ont manqué ?
• Après l'effiji l prodigieux qui brisa l'ancieiiiie société, la Fiance a tout essayt?, tout subi. Les cruelles douleurs de la
* M. RFir.><iKR prévient ses souscripteurs qu'il est en mesure de donner désormais son journal du 10 au 15 Je cliu(|uc- mois. — A'irossi.T riijoureuscmeiii franco, 4 fr, par an, en un mandat sur la poste, b M. Rkig:<veh, 171, ru« Jlontmartrc. il
— 5âi
guerre civiU', les biilianlcs déceptions de la gloire, les ainei liimes de lu défaite, la nioiiarcliie alsolae du génie, la niuiiarcliic iem|)éié(' et sans j^énie, et la légiiiiiiiié, et rillcgiliniité, les pouvoirs fondés ^^^ des iradiiioiis < l les poiivoiis fondés suries ialéréls.... Tout s'est usé, épuisé, jusqu'à ce qu'à ces souverainetés usurpées, comprcssivi s ou défaillantes, le peuple eu ait substitué une qui ne saurait ni s'épuiser, ni [lérir : la sienne, celle de tous ses enfants appelés au n)èn;e litre à prendre une pari égaie au ( hoix des liouimes qui duiveiil diriger ou gouverner.
• L'ininuiablientliaîncnnentdesfailsnous a donc coiuiiiils et nous attache à la Ili'publique.
« Mais les faits ne s'encliaînent point au gré du luisard ; le sillon qu'ils tracent en se succédaui atteste l'action d'une logique supérieure à d'aveugles caprices. Les laits, à mesure qu'ils tombent de la main du temps, semblent souvent, il est vrai, heurter le bon seus, la justice, ei réduire l'histoire au jeu de la force ou au désordre de (a folie. Quand on les examine, cepen- «lant, dès qu'un but est atteint, on les voit en quelque sorte s'aligner à travers l'espace que les générations ont pai couru, et ils apparaissent alors comme l'éclaiani témoignage de la loi invisible qui régit les sociétés.
• Celle loi de progrès, qu'on a longtemps niée, a sa racine dans la nature même de notre espèce. Oui, toute société esl progressive, parce que loul individu est éducable, perfectible : on peut mesurer, limiter peut-être les facultés d'un individu; on ne saurait limiter, mesurer ce que pcuveni, dans l'ordre des idées, les intelligences, dont les produits ne s'ajoutent pas seulement, mais se fécondent et se multiplient dans une progressioii indéfinie.
• En vertu de cette loi, les peuples augmentant sans cesse leur industrie et leurs lumières, accroissent dans lu même proportion leurs besoins matériels et leurs besoins moraux. Ces besoins s'éiendcni, pénètrent dans toutes les couches du sol, et lorsque les instiiuiions ks compriment ou les refoulent, il vient un jour, une hiure «ù le progrès, débordant de toutes paris, emporte les résislances, et se fait jour par de terribles déchirements.
« C'est ce qu'on nomme les révolutions. Émanées de la volonté ualiouale, elles ue
sont pas autre chose que l'expression et la victoire d'un progrès accompli.
• Jlais les peuples seraient-ils condamnés à ces secousses violentes et périodiques? Koii.
" Le moy«n de les éviter, c'est, à notre avis, d'organiser les instiiuiions de manière que loutc idée juste, toute application utile puisse s'y encadrer snns < IToil; que le mouviment des esprits et des faits se régularise en s'appli<|uant; que toute amélioration puisse passer de la conviction d'un seul dans l'opinion du plus grand nombre, et de l'opinion dans les lois, sans aulie trouble que l'agitaiion causée dans l'atmosphère p(diti(|ue par le mouvement el la calme chaleur de la lumière.
<■ Que faut-il pour cela? .adopter une forme de gouvernement flexible, pénétiable aux inlérêis comme aux idées, où le sentiment public trouve lonjoiirs sou expiessiou sincère, el dont la morale soi rebelle à l'ambition ou à la violence des luinoi ilés. »
Certes, voilà ce qu'il faut, M. Marrast, el chaque fois qu'un gouvernement a voté, adopté ou imposé une constitution, celui qui était chargé de la taire compienJre au peuple a dû se servir d'expressions à peu près identiques aux vôtres. Mais il y a une (•hose que vous oubliez, c'est que si la France doit adopter une forme de gouvernement flexible, et dont la morale soil rebelle à lambiiion ou à la violence des partis, il faut, d'un autre côté, que cette forme ue gouvernement n'ait pas été, nous ne dirons pus discutée, mais établie sous le régime de l'arbitraire; et aujourd'hui, c'est par ce système que l'on pratique. La discuss'on esl à peu près iiilerdiie. Il faut qnc les journauxdeviennenl des courtisans e'ils ne veulent pas qu'on les congédie ou qu'on les supprime. Le silence est devenu la seide opposition qu'ils puissent faire, et de tout icnips le silence a éié en polilieiue une chose inutile el même dangereuse.
Cette constitution nouvelle que vous voulez n»etire à l'abri de l'ambition ou de la violence des minorités, esl votée elle-uiême par une minorité. Chaque fois qu'un amendemeni un peu libéral sera proposé, vous l'étouffercz aussitôt. Dans les théâtres de luarionneius, auxquelles nous ressemblons bien quchpie peu, chaque fois que le commissaire monlre la léie, Polichinelle lu donne uu coup de bâton sur la uuqiie.
en est de mémo de ix>s libertés. Elles so il III) dioit rcciiniui euniiiiu le coiiiini>s;iire eslime uuiortié léj>ule,el cepi'ndaiiuhjtiiie luis qu'ellis v(!ii!em se momier, il se trouve loiijotiis là (jiic-lq'ie Polichinelle |)oliii(iiie qui leur assène un eotip debàio i sur l:i lè;e, coup qui uelesiuo pas, niais(|ui lesaffaiblii à copoiiil(iu'ils't'i-oiilf!Uii assez loii<» iciiips avant quelles puiss. ni reparaiiie. Tous les gouveriieiiii'iils oui agi de nième les iius après les aiilre>, cl ce qu'il y a de irisle à dire, t'ts'. qii ils u;{iruMl toujours aiMsi. Vous changerez les mois ei non les lionimes, le masipieeitiun levisige, lesnioyens mais non tes anibilions. Crr.ycz-vous (pie parce que la France poriera une enseigne sur laqui Ile il y auia république an lieu de niJiian hi<', les liu r nies en dcvienilroul iiislaiiiaacnieai meilleurs? Vous qui devriez les premiers donner l'exemple , puisque c'esi vous (jiii avez fait la révoluiion, vors vous ser\ez de la lépublique comme un gourmand se sert d'un dîner. Vous ne laissez aux aiiii es que ce que vos amis ei vous ne pou\ez manger. S;iiis coîupier (|ue vous emportez le dessert dans vore poche.
Quelle confiance voulez-vous donc que nous ayons dans vos promesses, malgré la logique qui les défend , logique (pii esl eniie vos mains eu qn'esi entre les mains du spadavsin l'ariiic dont il a l'habitude ? Quel (^ue soit le niodt." de g^nvernement qui P('gisse un pays, si bon, si hunorablc, si juste qui' soit ce mo !e, il aura loujoins déplacé (pielqu'iin, il aura loujours nui aux inlérêis d'un ou de |)lusi(nr8 punis, il aiiiM loujours, en satisfaisant cettainws ambition?, reciiléceiiaiiies convoitises, [iyaina donc toujours des mécontents qui leroni des parlis, car les partis ne sont pas aiiire chose, vous le savez aussi bien (|i;c nous, que ralli:ince de beaucoup de méconieiiis autour d'un i^enl. M.iinlenaui, qui a raison d'un parti ou de l'autre? Toule la politique des goiivei iiemeii s esl là, cl les révo'iilions ne se font pas pour antre chose que pour iraucher celle discu'-sioii. Ceux qui font cette r('voluiion la fini-ils pour prouver qu'ils ont rai^ou el couva net c leurs antagoniste»? Non. Ils la foui pour meure à la pot te ceux qui ne sont pas de leur avis. C'est la raison du plus foii, voilà tout. La fable du loup et de l'agneau remonieraii déjà jusqu'à Esope, si elle ne remoniait juscpia Cain.
Aussi, uous direz-vous, las de loulis ces
haines, avons-nous voulu fomler une république libre, cgile, fraie m Ile, ef éiouflerdius un immense cmbrassciiieiil loatcs les discordes de celle gravide famille qu'on nomme Ij Fiance ei qui un jour s'appellera le monde.
C'est, en effi;!, ce que vous nous avez promis, el peu ianl (pielque lemps'nous avons l'ait ce que nous avons pu pour y croire, mais à quoi oui abauii vos promesses. Où esl l'égalité, si ce n'est sur les murs?Oii esl la libiTlé? Nulle part. Où est la fraternité? Cherchez!
Quinze jours après que vous aviez lïiit fonctionner le siiATrage universel, ceux qui avaient combaliu avec vous en février, violaient votre Assemblée et la proclaniaicnt dissoute.
Qiiare mois après que vous aviez jeté sur le monde cet immense cri de liberlé, airpiel quelques piuvres petipjt's, imbéciles cl inipo!itiquement pla.niaiies, se sont laissé prendre, ceux qui vous avaient aidés à pousser ce cri, égoigt-aient cl massacraient dans les iiiesceux qui vous défen- (lairnt, el faisaient à votre drapeau celle tache sanglante des joiiinées de j^iin.
Vous êtes tous républicains, dites-vous, el vous ne pouvez même pas vous enlendre s'ir la siguiiicalion du mol qui doit vous rallii r, el vous pussi z votre vie à vous dire les nus aux autres : ce n'est pas de cette lépubliquc-là que nous voulions parler.
De laquelle vouUz-vous donc parler alors? Euesi-il donc plusieurs.
Pourquoi congédier la monarchie, si c'est pour retomber dans les abus qui vous la rendaient insupporiable, el pour faire naiircen six mois plusdediscorJcsciviles, plus de défiance, plus de haines qu'elle n'en avail éveillé en dix-huit ans, si c'est pour crier quand e'e>l inutile el pour vous laite quand les peuples, à qui vous aviez promis aide el pr.ieeiion, vous appellent; si c'est pour ipic l'assa>sinaii soit à l'ordre du jour, et que la mciidii^.iK' devienne uii' droii; si c'est pour rél^iblir la censure à ['•'•poque où la pressea le plus besoin d'être libre, el la prise de corps au mouienloù la misère débordi; ; si c'est pour faire danser à la présidence, tandis qu'on meurt liiiéraleUicnl de faim à Paris; si c'est ptiur jouer, vous républicains de la veille, le rôle de satisfaits du lendemain, si c'est enfin pour donner aux peuples qui nouî regardent ci
■ous siirveilloni l'rtrnngc spectacle de notre prrcoce désunion.
Nous savons bien que vous rejolpz tout cela sur les partis. Eh bien, si vous vouiez le savoir, il n'y a que doux partis en France : les n'^publicaiiis el les iioii-républicains : deu\ millions de ceux-là pctitêlre et (renie-lrois millions de ceux-ci, qui ne savent pas pour qui ils soni, mais quisavenlconlrequi ilssonl, — conlievons.
Louis-Napoléon, ou le comte de Paris ou Henri V, peu leur importe, pourvu que ce ne soii pas la llopubiique qui a promis la liberté et qui vole l'état de siège à perpétuité, qui a promis le travail et qni ne donne que l'impôt. On s'aborde dans les rues en se disant ceci : Eles-vous républicain, vous? et celui à qui cette question s'adresse, répoud invariablement : Certes
non.
Croyez- vous que ce soit la Rf'publique qu'on a défendue en juin? Non; c'est la famille et la propriété.
Si les gens qui faisaient les barricades, au lieu de menacer du pillage et de l'incendie, dans le cas n.ème où ils seraient vainqueurs, avaient pris le nom d'un pré' tendant quelconque, tout le monde eût peut-être fraternisé comme en février; il y aurait en plus de gens ivres, mais il y aurait eu moins de morts, et un nftuveau gouvernement serait peut-être proclamé, accepté, reconnu.
Ce que nous vous disons n'est pas pour vous menacer, c'est pour vous avertir. La vérité n'arrive pas jusqu'à vous, qui êtes les rois du jour. Vous n'êtes entourés que de gens qui ont besoin devons, et qui ont par conséquent des raisons de vous taire ce qni est. U faut dune que quelqu'un de désintéressé vous le dise: oui, la République était possible en France, cette belle et grande République que rêvaient tous les grands noms et toutes les grandes infclligences, à laquelle les plus opposants même eussent fini par se rallier, s'ils avaient vu sortir quelque chose de toutes les promesses qu'on nous faisait. Mais, en bonne conscience n'esi-il pas permis de se rejeter dans le passé, quand le présent est si triste?
N'est-i! pas convenable qu'on aime mieux l'héritier de Henri IVquc le fils du conventionnel Cavaignac, surtout quand on perd sa position, sa fortune ou sa liberté par l'avénemenl de celle nouvelle dynastie I On
ne détruit pas un principe comme un homme. Si la monarchie dont vous avez assez anjourd'l'ui a fait de misérables choses, elle en a fait de grandes.
Qneîs souvenirs a laisses notre première République, quelles espérances lait concevoir la seconde?
Est-ce assez pour le pays que les gens du National soient placés, et cependant il est logique et même indispensable que ceux qui ont combaitn pour un principe en prolitent le join- où il iriomplic. Il est tout naturel que le butin conquis soii pour les vaincpieurs; mais une révo'uiion sociale doit-elle n'être que la reproiiueiiou d'une bataille ? Non, mais tâchez d'empêcher que cela soit, et vous veirez s'il e.-.l possibe qu'on y arrive.
Pour un esitrit impartial, pour un spéciale ur di'sintéressé le spectacle de lous ces abus est malheureusement inévitable, et se représenteiaince>sammeni.Un pai ti iiiomphe, il place ses hommes. Les auties partis sont repousses ; ils se taisent par peur ou par prudence, et au bout d'un certain temps, ils recommencent à crier.
La liberté de la presse est proclamée.
Un mois après, celte liberté pousse à la guerre civile. On la supprime, les partis Client.
Le gouvernement nouveau commet des erreurs et l'on regrette l'ancien. L'ancien se remue ( t reparaît, replace ses hommes et renvoie ceux qui l'avaient renvoyé. Le parti renvoyé se reforme et crie, el ainsi de suite.
Les révolutions se font par envie, on s'y associe par enthousiasme; de là, au remords d"y avoir participé, il n'y a ([u'un pas. Comment faire?
Il faudrait contenter tout le monde.
C'est impossible.
Alors décidez vous à celle dure extrémité, d'être de la garde nationale, non pas pour bavarder au posie comme autrefois, mais pwir vous faire tuer sur ou contre une barricade.
Voilà où nous en sommes, et l'hivervient avec ses menaces de froid, de misère et d'émeute.
Il y a des économistes qui vous prouvent que la banqueroute est infaillible, pendant que des républicains de la veille font danser.
II y a des démocralcs qui crienl : vivent
Marai et Robespierre, pendanl que des Icgiliinisles crient : vive Henri V.
11 y. a, comme vous le veirez, dans le courant du Mots, une moitié de la Chambre qui monte sur i'auire.
Toute la position est dans le résultai des élcciions:
La majorité vote pour Napoléon ; réaction et curiosité.
Puis, pour Aciiillu Fould; réaction et besoin.
Puis, pour Raspail ; réaction et menace.
La réaction partout ; de la part des légiliniisics, de la part des -orléanistes, de la pai l des buiiaparii!>ies, de la part des républicains eux-mêmes, car il paraît que la Kép»bli(iue que nous avons, n'est pas celle des vrais républicains.
Celle des vrais républicains est décidément c<-lle du drapeau loupe et de la guilloiine. Et l'on riproilie à M. Murrast de faire trop de concessions à ce côté de la Chanibre.
Le vent viendrait-il de là?
Qu'a dû dire et penser l'ex-roi Louis- Philippe, en voyant la France chasser MAL Louis Bl:i ne Cl Causbidière, qui l'ont chassé, lui, et en la voyant rappeler Napoléon Bonaparte?
Que doit dire ITialie à qui nous avions promis iiotie appui ?
Que doit dire l'Aiigleierre, qui se fait l'hôtesse de nos exilés de toutes les couleurs et le garde-meuble de nos gouvcrnemenis ?
Que doit dire la Belgique, qui a eu un moment l'idée de se révolter, et qui voit maintenant où les révolutions nous mè- 'nini ?
Que doit dire l'Espagne, doni nousavons été fuicés de copier le Naivaez?
Que doit dire le monde, enfin, quand il nous voit, nous étudie et nous juge?
Il doit liie, s'il u'aime pas lu France; et la plaindre, s'il l'aime.
Heureusement, nos médecins vont appliquer sur ce pauvre coips malade une Constitution toute fraîche, ce (pii fait que les amis du malade déscspèient et que ses ennemis sont contents.