‹ Le MoisChapitre 63 sur 75 · HONGRIE · texte numérisé non relu

HONGRIE

7 octobre. — Le comte de Lemberg a été assassiné. Cet assassinat n'est point le crime d'un seul. .\ la nouvelle que le comte arrivait pour prendre le commandenieni des troupes , le peuple en furie s'est armé de faulxet a couru au-devant de la voilure qui amenait le malheureux général. Un monaenton a espéré qu'on pourrait le sauver en le conduisant à la diète ; mais bientôt toute défense directe ou indirecte est devenue inutile. Le malheureux général,

arraché de sa voiture, a été coupé en morceaux, puis les lambeaux de son corps ont été traînés par la ville.

9 octobre. — Peu de nouvelles positives encore de la Hongrie. Il paraît toutefois que les Hongrois oui remporté une petite victoire à Velencre.

11 octobre. — Voici ce que dit la Gazette de Bres/au du 6 octobre : « Hier, on a confisqué une somme considérable envoyée de Vienne à Jellacliich.

« On organise ici la landwehr. L'autorité municipale a adressé une proclamation aux habitants pour les exhorter à prendre les armes contre l'ennemi. -

14 octobre. — L'empereur est en fuite; il s'est réfugié à Linlz. Il y a déjà à Vienne 90 morts à i'Hospice-Général. A l'Arsenal, 30 à UO gardes nationaux et militaires sont tombés; au pont de Tabor, 5 étudianls et 25 soldats.

L'empereur a écrit à la diète qu'à l'avenir il agirait avec énergie et vigueur.

16 octobre. — On a reçu à Vienne la nouvelle que les troupes de Jellachich sont entrées sur le territoire autrichien, près de Bruck, sur la Leitha.

18 octobre. — Le courrier de Vienne du 11 a manqué. Des nouvelles particulières, mais qui méritent confirmation, parlent du boinbardenieni de la ville par l'aimée réuniede Jtllachich, Aurrsperg etWindischgraetz. Voici quelques nouvelles positives :

L'empereur a été trouvé par le ministre Hornbostl à Hadersdorf, derrière Kiems.

Comme on l'avait supposé, le ministre nommé par la diète a profité de cette occasion pour rester avec l'empereur.

Jellachich a formulé les conditions suivantes :

« Dissolution de la.légion académique.

« Arrestation des|nicurlriers du ministre Laiour.

« Fermeture des clubs. »

Sous ces conditions, Jellachich a promis d'entrer à Vienne et de se placer sous les ordres de la diète.

Le prince^de Windischgraelz, à la tête d'un corpsi d'armée de 10,000 hommes, s'est porté sur Vienne, où ses troupes sont déjà arrivées en partie.

L'empereur a publié, en outre, un manifeste adressé aux paysans de ses Etals. Dans ce manifeste, il garantit aux paysans les franchises des dîuics, et déclare traîtres ceux qui leur font accroire que l'em-

pereur songe a levpiiirsur ses concessions.

22 octobre. — L'empereur a été reçu

avec acclanKiiions à Olmuiz, où sa voilure

a éiédélelée et traînée parles populations.

26 octobre. — L'empereur cherche et offre tous les moyens de conciliation.

27 octobre. — Les Hongrois arrivent.

28 octobre. — (Vienne, le 23 au soir.) — Trois régimenis hongrois, qui devaient

seconder les insurgés de Vienne, se sont joints à l'armée de Jellachich. Ce sont deux régimenis de cavalerie et un d'artillerie; les autres se sont retirés, se sentant trop faibles. La populace de Vienne, furieuse, s'est livrée à toutes les exactions et au pillage.

Toute la pnpulaiion s'est mise sous la protection des ministres des puissances étrangères qui se trouvaient àVicnne pour échapper an châlimcnl qu'elle redoute.

50 octobre. — Décidément Vienne ne se rendra pas et tentera les armes.

Le bombnrdement commencé hier a continué aujourd'hui louie la journée. Les Viennois ont riposté vivement, mais sans succès, parce (]u'i!s n'ont pas de bons artilleurs. Le feu des troupes impériales est très-actif; elles l'ont d'abord ouvert du côté du Praier. Elles se sont retirées ensuite dans le Grunau, et y ont continué le feu.

31 octobre. — Les nouvelles reçues aujourd'hui de Vienne vont jusqu'au 25. Par une proclamation datée le £3, le feld-marecbal Windischgraeiz a donné aux Viennois quarante-huit heures de délai pour faire leur soumission. Le bombardement n'a pu, par conséquent, commencer que le 2à au soir, ou le 26 au matin. Les combats racontés par les voyageurs, arrivés ;i Breslau le 2-5, étaient donc des combats partiels provoqués par des sorties laites par les assiégés.

^ Le grand fait du mois de novembre à l'iuiérieur, c'est la prochimaiiou de la Constitution qui aeu lieu le 12, sur la place de la Concorde, le temps étant fort humide, par la bouche de M. Marrast, président de l'Assemblée nationale. A part, cet événement qui n'a pas fait grand bruit , car qui est-ce qui prend de nos jours les constitutions au sérieux, même parmi ceux qui les font, aucun fait bien important n'est venu préoccuper les esprits. La république rouge a continué sa campagne de banquets

et les clubs ont commencé à agiter la question des candidats à la présidence de la République. Quant aux affaires, au mouvement industriel et commercial, il est resté le môme, c'est-à-dire à peu près nul. La France attend, la France espère. L'cli'ction du lO décembre va décider de son sort peut-être pour un long avenir. Dieu veuille que l'élu du peuple puisse réaliser la légitime attente du pays, c'est-à-dire im gouvernement honnête et fort !

Au dehors, le mois de novembre a vu la révolte et l'anarchie enfin vaincues à Vienne. L'Autriche, dont on a tant de fois prédit la dislocation, se transforme, mais n(; se dissont pas. A Berlin, le conflit entre le roi et l'Assemblée est parvenu au pins haut point de gravité, mais déjà on peut prévoir (|ue si le roi demeure ferme et i-ésolu, les choses prendront la même tournure qu'à Vienne, peut-être même sans effusion de sang. L'Italie est en proie à la fièvre auarchi(|ue ; l'Espagne sommeille ; l'Angleterre et la Russie regardent et atlendent.

1" NOVEMBIiE.

Le décrelrclaiif à l'élection du président de la République est publié aujourd'hui par h Mouilcur.

2 NOVEMBIiE.

Dans la séance de l'Assemblée d'hier, M. Félix Pyai, à piopos de la révision de la Constitution, a prononcé un discours qui est un véritable manifeste de guerre. M. Pyat demande la consécration du droit au travail dans les termes les plus ridicules. L'orateur veut supprimer le prolétariat; il ne sait guère comment; mais il veut êire populaire; peu lui importe le reste.

3 NOVEMBUE.

Hier jeudi est parti le septième convoi de colons pour l'Algérie.

Un soleil, comme on en voit rarement dans cette saison, éclairait celle cérémonie ; aussi, dès neuf heures du matin, le quai Saint-Bernard et le port étaient-ils encombrés d'une foule considérable que couienaient à peine un bataillon du 29" de ligne et un détachement de gardes mobiles, le convoi comptait 800 (-olons, il occupait neuf bateaux, que remorquait un hateau à vapeur, le Neptune. Tout autour une quantité de barques sillonnaient la Seine, montées par des curieux, des pa-

reols et amis des colons. Plusieurs :iutorilés civiles, parmi lesquelles on leniaiquait quelques lepi éscntauis, assisiaieni à ce dëpari. A dix Ikhits, un vicaire de Noue-liame, accompagné d'autres ecclésiastiques, est venu bénir les colons et leur drapeau, et une dcnii-hetne après le convoi entier quillait le port au milieu des chants palrioii(iues et saluant la foule de ses acclamations, en signe d'adieu. Ce convoi part, dii-on, pour la province d'Oran.

Au moment où le Neptune venait d'abandonner la remonpie du convoi des colons algéiiens, au l'on- à -l'Anglais, une chaloupe montée par di iix dames cl deux messieurs s'élant amarrée à ce bateau à vapeur, dans rinieuliou de revenir plus promptemonl à Paris, la corde cassa et cette frêle embaicanon fut engloutie par les vagues. De prompts secours venus de tous côti's ont heureusement sauvé ces navigateurs, qui en ont été quittes pour aller se sécher dans la maison la plus voisine.

4 >OVEMBnE.

La révision de la Constiiulion marche à grands pas. Un banquet consacn'' à la glorificntion de la Ilipublique di'inocralique et sociale vient d'avoir lieu à la barrière du Maine. L'arun-e des comparse» de la république ronge a vu ceiK; fois ses rangs s'éclaircir. M. Flocon, qui devait présider, s'est excusé.

Un autre banquet rouge a eu lieu à Graville, mais sans reientissement.

Divers arrêtés du chef du pouvoir exécutif instituent une commission des monuments historiques, une commission permanente des beaux-arts et une conmiission des ihéAircs auprès du ministère de l'intérieur.

Abd-el-Kader a quitté le château de Pau le 1" de ce mois, pour être transféré au chûteau d'Amboise.

L'Assemblée a terminé hier la révision de la Constitution. Le projet a été adopté par un vote d'ensemble à la majorilé de 739 voix contre 30. Après l'énoncé de ce scrutin, l'Assemblée s'est levée et a crié trois fois : Five la lie'publique!

Le ministre de l'intérieur vient d'adresser aux préfets nue circulaire relative à léleciion du piésideni de la République. |

fi KOVEMBUE.

Le septième convoi des colons algériens est paiii hier. Il va fonder la commune de 1 odi, près Coîéah, dans la province d'Alger.

On écrit de Londres à V4siemble'e nationale que, ces jours derniers, les membres de l'ancienne famille royale de France, "qui habitent Claremont, ont failli être victimes d'un accident qui a offert les symptômes les plus alarmants.

Chacun d'eux s'est trouvé subitement atteint de violentes douleurs qui présentaient tous les caractères d'un empoisonnement. Le bruit s'en est prompiement répandu et accrédité. Comme M. le duc de Nemours n'avait pris qu'un verre d'eau, on s'est empressé d'analyser ce qui restait de l'eau ((u'on avait servie, ei on a trouvé qu'en effet elle renfermait eu assez forte dose un toxique très- pernicieux, mais on a découvert en même temps que ce poison était produit par le cuivre des conduits et des réservoirs (|ui alimentent le château de Claremont.

Grâce aux soins intelligents de M. le docteur Clarck, médecin du roi, les progrès du mal ont éié prompiement neutrali.^és, cl à celle heure la sanlé de l'ex-famille royale ne donne plus aucune inquiétude.

Le iVotiileur publie le texte de la Constiiulion ainsi que le décret d'hier, qui en fixe la promulgation au 12 novembre pour Paris, et au 19 pour les départements.

— M. le général Cavaignac vient de prendre des mesures pour faire exhumer les restes de son père, mort en exil en Belgique, lisseront inhumés au cimetière du Père-Laehaise, dans le même tombeau que GoJefroy Cavaignac.

Les nouvelles des Aniilles sont peu rassurantes. Quoique la iranquiliié matérielle s'y niainiicnne, il n'en est pas moins vrai que nos colonies sont ruinées. Les colons n'espèrent leur salut que dedeux remèdes: l'indemnité et l'émigration européenne. Or, contre l'indemnité, il y a le vide affreux du trésor de la République, et, contre l'émigration européenne, le climat des tropiques.

Hier, prndant la séance, M. Marrasi a pris la parole comme rapporteur de la commission de la Consiitiulon, pour indiquer les lois organiques que la commission propose à l'Assemblée de voter avant de se séparer. La commission en avait d'abord fixé le nombre à douze; mais elle l'a réduit à neuf, dont voici les titres : 1" responsabilité des dépositaires de l'autorité pn- Dlique ; 2» conseil d'Etat ; 3° loi éleeiornle ; W loi d'organisation départementale ei municipale; 5° loi d'organisation judiciaire; 6° loi sur l'enseignement; 7° loi sur l'organisation de la force publique, aimée et garde nationale; 8" loi sur la presse; 9" loi sur l'état de~ siège. M. Marrasi a ajouté que, pour rattacher ces lois à une pensée commune, et pour éviter les coniradiciions et les disparates, il était chargé de proposer d'en confier la préparation à une comuiission de vingi-ciiiq membres, qui s'appellerait commission générale des lois organiques, et qui se subdiviserait en sous-commissions pour la préparation de chaque loi. Toutefois, cette dernière proposition n'a pasété formulée dans le projet de décret.

La candidature à la présidence de la République avait étç offerte, de divers points de la France, an maiéchal Biigeaud. L'honorable maréchal re.ioncc à cette candidature.

Abd-el Kader est arrivé hier soir, en bonne santé, au château d'Amboise. |

Le minisire de l'insiruciion publique et des culies vient d'adresser à M.M. les archevêques et évêques, sous la date du 8 de ce mois, une circulaire à l'occasion de la promulgation de la Constitution.

Un grand nombre de représentants ont quitté Paris depuis quelques jours, pour aller dans leurs dépariements recruter des voix à M. le général Cavaignac pour la présidence de la République. Chaque jour des congés nouveaux sont demandés et la chambre est menacée de ne plusse trouver en nombre bientôt pour que ses délibérations soient valables.

Le général Cavaignac, au moment de s'offrir au choix des électeurs pour la pré-

sidence de la République, a cru devoir publier un manifeste.

Le comité permanent de la presse départementale, élu par un congrès qui s'est réuni à Tours il y a quelques mois, vient de délibérer sur le choix à faire d'un candidat à la présidence de la République. W a décidé qu'il recommanderait aux membres du congrès, et à ses amis de la presse et de la France dépaitemenlales, la candidature de M. Louis-Napoléon Bona|,arte.

Proclamation, de la Constitution.

Hier le temps, magnifique pendant une partie de la nuit, a change tout à cviip vers le matin. .\ un ciel clair et serein a succédé une neige fine et presque cois'.inue. Cependant les tambours baliaient le rappel, mais les légions ne luonîraient pas leur empressement accoutumé. La population ne se portait pas non plus vers la place de la Comuirdc avec celte curiosité qui fait cependant le caractère essentiel d3 la population parisienne.

Il esl vrai que les préparatifs de la féie élnieni peu grandioses.

En avant de la grille des Tuileries, s'élevail iijie tente carrée en velours rouge, doublée de drap d'or, sons laquelle était dressé un autel. Uu vaste escalier, interrompu au milieu par un repos, formant une Large plate forme, conduisait de la place à r.'iulel.

Derrièie l'autel, était ménagée la place des musiciens. A droite et à gauche, deux grandes tribunes, dont la décoration se ressentait un peu de la hâte apportée aux préparatifs, attendaient l'Assemblée nationale et les corps de l'Etat. Deux autres tribunes, d'une décoration tout à fait mesquine, et qui n'éiaieut pas même complètement abritées, étaient réservées au public muni de billets.

Les tribunes étant en arrière de la lente servant de chapelle, il en résultaii que ni les repr('sentauts, ni les autorités, ni les invités ne pouvaient voir les officiants.

La place était décorée au pourtour d'une centaine de mâts pavoises de banderoles et d'écussons, sur lesquels étaient écrits les noms des départements et de nos colonies d'Afrique et d'Amérique.

D'autres mâts, plus élevés, portaient des flammes avec l'inscription : 24 fdcrier. Sur

quatre banderoles, anx angles de la place, on lisail : Constitution de 18Ù8. Au pied de l'obélisqne, et faisant face à l'antel, étail élevée une siaïue de la République, lenanl à la main la Constiliilion. C'est devant cette statue que se soni placés le général Cavaignac, le général Lamoricière et le général Cbangarnier au moment du défilé.

De Larges rubans incolores bordaient la ligne que l'Assemblée nationale devait suivre pour se rendre de son palais à la cérémonie. Il en était de même du côié de la Madeleine, sur le passage que devaient suivre l'archevêque et son clergé.

A neuf heures, l'archevêque est sorti de la Madeleine : on peut évaluer à plus de cinq cents les ecclésiastiques qui le précédaient, marchant sur deux rangs. L'archevêque, qui porte encore le deuil de son prédécesseur, avait la mitre d'argent; les quatre prélais qui l'assistaient avaient la «litre d'or; tous avaient la crosse à la main.

L'Assemblée nationale s'avançait de son côté, avec le pouvoir exécutif. Le piésident de l'Assemblée et le bureau, ainsi que le président du conseil et les ministres, se sont arrêtes à la plaie-forme faisant repos du grand escalier qui conduisait à l'autel. Cest là que M. Armand Marrast a donné lecture de la Constitution.

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