‹ Le mois de Jeanne d'ArcChapitre 1 sur 79 · RUE DE MÉZIÈRES · texte numérisé non relu

RUE DE MÉZIÈRES

Tous droits réservés.

vemer, il exige le caractère autant que Tesprit; et qu*il met en action et en évidence Thomme tout entier... Qu*il y ait, à la guerre, des maximes Traies, utiles, résultant de l'expérience, comme il y a des préceptes d*État en politique, des sentences en morale, cela n'est pas douteux; mais qu*on puisse en rédiger un art, le réduire à quelques principes absolus, et ensuite vaincre avec, cela n'est pas probable. Autant vaudrait dire qu'on peut faire un art de la politique au moyen duquel tout homme serait grand homme d'Ëtat; un art de la vie au moyen duquel tout homme serait sage et heureux... Le but, sans doute, est constant, c*est de battre l'ennemi ; et, pour cela, on voit le vainqueur chercher le point le plus vulnérable : flancs, centre, derrières, dépôts, magasins, capitale; mais cela avec une telle variété de cas, que ce qu'il y a de commun dans tous n*est plus qu'une insignifiante généralité. »

Paris, 21 juin 1892.

Monsieur,

On vous a dit le très vif intérêt avec lequel j'ai lu vos éphémérides de Jeanne d'Arc. Je tiens à vous, assurer moi-même que je suis avec vous de

tout cœur dans vos revendications pour la mémoire de celle que vous appelez si justement la « Grande Française ».

Permettez-moi aussi de faire appel à votre patriotisme, en vous demandant de réunir vos différents articles et de les publier en volume. Je suis convaincu qu'en faisant connaître aux masses les prodiges qu'a pu accomplir un grand cœur animé d'un dévouement sans bornes à son pays, on donnera à chacun confiance dans l'effort qui lui sera demandé un jour pour la défense de la France.

Jeanne d'Arc a été bien évidemment suscitée par Dieu pour sauver la France; mais il est un autre point de vue sur lequel il faut appeler l'attention et qui se dégage très nettement de vos récits, c'est que l'exemple de Jeanne est à la portée de tous, puisqu'elle n'a employé que des moyens humains pour triompher des obstacles qui s'opposaient à la réussite de ses projets.

Elle n'a fait appel à aucun secours surnaturel pour vaincre l'apathie du roi ; pour imposer silence aux grossières moqueries que lui adressaient ces rudes hommes d'armes qui avaient assisté à cent combats, lorsqu'ils voyaient une pauvre fille des champs avoir la prétention de les diriger; enfin

pour triompher des armées anglaises plus nombreuses que les nôtres et aguerries par une longue série de victoires.

Quand j'étais en garnison à Orléans, j'ai suivi Jeanne pas à pas, sur le terrain de ses marches et contre marches, et je suis' arrivé à cette conclusion qu'elle avait agi en général consommé. Un pareil jugement, présenté au public d'aujourd'hui, soulèverait sans doute bien des sourires, et cependant, il est, je crois, conforme à la vérité.

Jeanne réunissait les conditions de bon sens et d'enthousiasme, de justesse dans le coup d'oeil et d'élan dans l'action qui font le succès à la guerre.

Ce qu'il faut bien poser, c'est que l'on est trop porté à donner à la science une part plus grande que celle à laquelle elle a légitimement droit.

Au xv« siècle, les armées étaient peu nombreuses; elles vivaient sur le pays. Le champ de bataille avait des dimensions assez restreintes pour que l'œil du chef pût en embrasser toutes les parties. Les évolutions tactiques étaient d'une grande simplicité.

Les premiers éléments de l'instruction militaire, si peu compliquée à cette époque, Jeanne les avait

acquis en écoutant à la veillée les récits de ses parents ou des amis de sa famille. Aux marches de Lorraine, si souvent foulées par Fennemi, tous les hommes, autrefois comme de nos jours, naissaient soldats.

Quant à la mise au point, Jeanne semble y avoir travaillé, car on voit dans vos récits qu'avant d'entreprendre sa campagne contre les Anglais, pendant les longues tergiversations de Charles Vil, elle montait journellement à cheval avec des écuyers, qui certainement avaient longtemps fait la guerre, et je la vois d'ici les accablant de questions sur les détails du métier. C'est qu'elle savait par intuition que, pour commander à des hommes, pour s'en faire obéir, pour leur inspirer une confiance absolue, il faut qu'un chef se montre en tous points supérieur à ses soldats.

Vous, Monsieur, qui connaissez si bien Jeanne d'Arc, vous retrouverez, dans cette voie que je ne puis qu'indiquer, une masse de faits qui, j'en suis convaincu, viendront à l'appui de ma thèse, thèse d'un soldat qui a toujours ruminé les choses de la guerre et qui est convaincu que la science n'est pas le facteur le plus important du champ de bataille. Avant la science, passent le caractère, la confiance en soi et dans les siens, le sang-froid

iO AVANT-PROPOS

qui permet de percevoir les indices et de les peser sûrement, enfin Taudace qui porte à tout entreprendre et déroute ainsi les plus savants calculs de Tennemi.

Nos généraux de la République n*avaient certainement pas eu le temps d'acquérir beaucoup de science, lorsqu'ils remportèrent leurs premières victoires; mais ils possédaient au plus haut degré la foi patriotique, la confiance en eux-mêmes et Taudace, ces deux filles de la jeunesse qui abandonnent trop souvent les hommes mûris par Texpérience.

Ma lettre. Monsieur, est déjà bien longue. Je m'arrêterais si je ne poursuivais un but pratique, et qui, j'en suis persuadé, peut avoir une heureuse influence sur les armées de l'avenir.

A la prochaine guerre, nous mettrons sur pied â 500000 hommes, dont un tiers sera encadré par des officiers de l'armée active ayant consacré tout leur temps et toute leur intelligence à se préparer au rôle qui leur incombera au jour de là bataille; mais les deux autres tiers ne seront commandés que par des officiers ayant passé deux ou trois ans sous les drapeaux comme soldats et sous-officiers et qui auront fait tout au plus deux stages d'un mois en qualité d'officiers de réserve.

AVANT-PROPOS il

Les programmes d'examen sont trop compliqués pour être sus à fond; d'ailleurs, il y a des changements continuels dans les manœuvres, dans Tarmement et l'organisation de l'armée.

La vie civile a trop peu de contact avec la vie militaire pour qu'on n'y perde pas rapidement la virile éducation reçue au régiment.

Ce sont là autant de causes qui expliquent cette inquiétude et, il faut bien le dire, ce manque de confiance en soi, que nous constatons trop souvent dans nos cadres auxiliaires.

Eh bien, c'est pour redonner confiance à ces officiers si nombreux, que je voudrais voir répandre vos éphémérides, en y joignant un commentaire expliquant à tous ceux dont le cœur vibre au souvenir de la vierge lorraine les services immenses qu'ils peuvent rendre sur le champ de bataille, sans qu'il y soit besoin de grande science ni de grande expérience.

Je voudrais leur persuader qu'un lieutenant à la tète de sa section, un capitaine à la tète de sa compagnie, peut, s'il reste ferme sur la position qu'il occupe, arrêter, pendant un certain temps, un ennemi dix fois plus nombreux, en l'obligeant à prendre des formations de combat qui lui feront perdre un quart d'heure, une demi-heure et

i2 AYANT-PROPOS

souvent davantage. Ce retard imposé à Tennemi est susceptible d'assurer le succès; car, Napoléon Ta dit : « La victoire est une question de minutes. »

Je voudrais convaincre tout commandant d*une troupe, si petite qu'elle soit, qu'en saisissant l'occasion de se jeter résolument en avant, il peut occasionner une panique dans les rangs de l'adversaire ou tout au moins dérouter les combinaisons de l'ennemi.

C'est une poignée de dragons de Sicile qui a gagné la bataille de Custozza, et la glorieuse charge des 300 cavaliers de Kellermann est à jamais inséparable de la victoire de Marengo.

Il faudrait bien établir que, pour faire preuve d'initiative et pour proûter des occasions, un chef doit reconnaître ce qu'il a à sa droite et à sa gauche, se tenir au courant des phases du combat et ne pas croire que l'on a rempli tout son devoir quand on est resté bravement inerte devant sa troupe, sous le feu de l'ennemi.

Il faudrait affirmer que le commandement, à tous les degrés, doit associer ses subordonnés à ses projets, de telle sorte que tous n'aient plus qu'une seule âme, celle de leur chef. Pour arriver à ce résultat, il faut l'avoir préparé à l'avance, en inspirant confiance à ses soldats.

Connaissez vos hommes par leur nom : ils ont bien le droit de ne pas être traités en inconnus, ceux auxquels vous demanderez demain le sacrifice de leur Tie au nom de la patrie et de votre honneur militaire.

Ceux que vous interpellerez par leur nom pendant le combat, courront au-devant du danger, fiers de penser que vous les avez choisis pour donner l'exemple à leurs camarades.

Montrez-vous soucieux de leur bien-être : ils seront profondément reconnaissants de tous les témoignages d'intérêt et d'affection. Ils seront fiers de leur chef et hausseront leur cœur à la hauteur du vôtre, s'ils vous savent en outre prêt à tous les sacrifices pour le salut de l'armée et si vous leur avez donné l'exemple d'une foi inébranlable dans les destinées de la patrie.

Ce portrait du chef, vous l'avez tracé vousmême. Monsieur, en nous montrant les merveilleuses qualités qu'a déployées Jeanne pendant sa magnifique épopée. Il vous appartient de compléter votre œuvre en passant des grandes lignes aux détails pratiques, techniques même, et de donner ainsi un modèle que nos jeunes officiers auront sans cesse devant les yeux dans les guerres futures dont dépendra l'avenir de la France.

i4 AVANT-PROPOS

Je VOUS livre ces idées et je vous prie d'en faire votre chose; car la position que j'occupe m'interdit d'associer mon nom à aucune publication.

Veuillez agréer, Monsieur, avec l'assurance de ma vive sympathie, l'expression de mes sentiments les plus distingués

Général X....

Aussitôt lue cette belle lettre, j'allai voir son auteur, qui ne m'était connu que de réputation. Durant notre entretien, il se livra à des commentaires dont je fixe ici le souvenir pour l'enseignement de nos jeunes officiers :

I. — Jeanne avait les deux qualités maîtresses que demande Jomini : « ce courage moral qui mène aux grandes résolutions et ce courage physique qui domine les dangers. »

« La science, selon ce maître, n'apparaît qu'en troisième lieu », même pour un général d'armée, — à plus forte raison pour un chef de compagnie et de section placé le plus souvent en face

d'un danger immédiat. C'est sous le feu, à quelques centaines de mètres de Tennemi, qu*il devra prendre des résolutions d'où dépendront le sort de ses hommes, et peut-être celui de Tarmée.

Qu'il lui importe de posséder du savoir, surtout ce vrai et bon savoir qui n'a rien de commun avec l'érudition et où dominent « quelques principes régulateurs dont on est fortement pénétré », cela ne fait pas doute. Mais encore est-il incontestable que le moral compte pour les neuf dixièmes, dans la capacité de Tofficier subalterne.

Jomini insiste avec raison sur l'énorme influence du « caractère personnel », que nous voyons si droit, si bon, si grand, si merveilleusement sympathique, en Jeanne d'Arc.

« Un homme brave, dit-il, juste, ferme, équitable, sachant estimer le mérite des autres au lieu de le jalouser, et habile à le faire servir à sa propre gloire, sera toujours un bon général et pourra même passer pour un grand homme. Malheureusement, cet empressement à rendre justice au mérite n'est pas une qualité commune ; les esprits médiocres sont toujours jaloux et enclins à se mal entourer, craignant de passer dans le

monde pour être menés et ne sachant pas comprendre que rhomme placé de nom à la tête des armées a toujours la gloire presque entière des succès, lors même qu'il y aurait la moindre part. »

Qui pourrait dire le nombre des batailles qu'a fait perdre une mesquinerie de caractère, une inspiration de basse jalousie I II importe peu d'avoir l'esprit grand, si Tàme est petite.

IL — Jeanne savait se montre^' sévère, sans cesser (Têtre la bonté même. Elle alliait notamment à une douce et inaltérable belle humeur une rigou^ reuse sévérité pour les pillards, honte et fléau des armées.

Le maréchal de Saxe dit avec raison qu'un général doit « être doux; ne pas savoir ce que c'est que la haine; punir sans miséricorde et surtout ceux qui lui sont les plus chers, mais ne jamais se fâcher; être toujours affligé de se voir dans la nécessité de sévir; s'ôter de l'idée que c'est lui qui punit; et persuader à tous qu'il ne fait qu'administrer les lois militaires. Avec ces qualités, il se fait aimer; il se fait craindre, et se fera sans doute obéir. »

' Ces procédés, dit le général, étaient encore de

tradition dans notre armée, il y a quarante ans. Quelques capitaines quand ils nous mettaient aux arrêts, nous autres sous-lieutenants, ajoutaient : « Ce n'est pas moi qui vous punis ; c'est le règlement. »

III. — Jeanne avait grand souci du bien-être des hommes d'armes et veillait à ce qu'ils fussent bien restaurés avant d'en venir aux mains.

C'est là précisément ce que veut Thiébault, le célèbre auteur du Manuel d'état-major, dont voici résumées les recommandations :

« Il faut visiter souvent les troupes dans leurs quartiers ; voir comment elles vivent, sont nourries et couchées; s'assurer que les armes sont bien entretenues et les munitions bien conservées; vérifier si vos gens reçoivent bien exactement ce qui est donné pour eux; juger par soi-même des soins administrés aux malades qui sont dans les hôpitaux; veiller à ce que les chefs de corps voient continuellement leurs hommes et s'en occupent toujours; se rendre compte de tous les besoins présents, prochains ou éloignés; enfin ne rien négliger de ce qui peut ajouter au bienêtre du soldat et bien le convaincre de la sollicitude qu'on a pour lui. »

IV. — Jeanne était familière avec les hommes (Tarmes et connaissait parfaitement son monde.

Bien connaître ses subordonnés est un devoir pour le chef; c*est une marque d'intérêt et une politesse qu'il leur doit en temps de paix; c'est un grand moyen d'action en temps de guerre.

Vous voyez un soldat qui hésite. Appelez-le par son nom à haute voix ; ce même homme qui serait resté volontiers à 50 mètres en deçà de la crête, ira se faire tuer à 150 mètres au delà.

On est forcément avare de croix et de médailles, même en campagne. L'homme auquel on donne une mission périlleuse ne peut donc aspirer souvent à d'autres récompenses qu'à la satisfaction de penser que, s'il périt, ses officiers et ses camarades conserveront de lui un bon souvenir; qu'ils diront le soir au bivouac : « Un tel s'est conduit comme un brave soldat » ; et qu'on le répétera à sa famille. C'est là la gloire pour le troupier. Elle vaut bien celle réservée aux grands chefs qui dépend.... de l'opinion publique.

Du reste, à toutes les époques, les généraux, même ceux qui, comme Cyrus et Napoléon, mettaient en mouvement des armées de 500000 hom^ mes, ont fait tous leurs efforts pour que chacun de leurs soldats, ceux du moins qui s'étaient dis-

tingués, pût croire qu'il était connu de son chef.

Il leur arrivait d'user d'artifices. Le bon effet ne laissait pas d'être produit.

Traitez chacun comme s'il était individuellement connu de vous. Les naïfs le croiront, et les sceptiques vous seront reconnaissants de l'effort que vous aurez fait pour le leur faire croire.

V. — Jeanne s'entendait à donner Vélan aux troupes par des mots électriques, qu^on se répétait de rang en rang et qui décuplaient les courages.

Un chef doit occuper continuellement l'esprit du soldat pendant la campagne et surtout sur le champ de bataille.

Le Maréchal Bugeaud, durant ses campagnes d'Afrique, avait coutume de dire tout haut devant son clairon de planton tout ce qu'il voulait que la colonne sût ou crût.

Les proclamations de Napoléon I«' étaient un aliment pour la conversation des bivouacs, et les mots heureux qu'il laissait tomber avant la bataille, en avant du front de ses régiments, pour en rappeler le passé, avaient une influence considérable sur l'issue du combat.

De même César. Qui ne sait que, pour transformer en héros les soldats d'une légion qui

s'étaient laissés battre par rennemi, il lui suffit d'un mot : « Quiritesf... » Pékinsf...

Au moment du danger, il sera bon de parler au soldat la langue qui lui est familière, c'est-à-dire d'employer les commandements de la théorie, et de les émettre dans le haut de la voix, avec la tonalité réglementaire.

La discipline a tellement assoupli le soldat à l'obéissance à des ordres donnés dans cette forme, qu'il obéira machinalement, quelle que soit son émotion.

Puis, l'offîcier aura toujours ainsi à sa disposition, pour faire exécuter ses ordres, une forme concise et énergique grâce à laquelle il ne laissera pas percer devant ses subordonnés la préoccupation qu'il peut avoir.

A la bataille de la Moskowa , le maréchal Davout trouve un régiment en débandade après l'attaque infructueuse d'une redoute. Il se jette au-devant de lui et le remet à peu près en ordre derrière une compagnie de grenadiers qu'il place face k la redoute. C'était en effet son habitude sur le champ de bataille, de conserver à sa main une compagnie sans sacs, dont ^il était sûr, et qu'il envoyait aux différents points où il pensait qu'elle serait nécessaire. Cela fait, le maréchal

met Tépée à la main et commande le maniement comme à la manœuvre , faisant recommencer les mouvements, trouvant que Ton ne tapait pas assez sur la crosse et que Ton manœuvrait un peu mollement. Pendant ce temps, les boulets de Tennemi enlevaient des files entières. N'importe. Tous ces braves gens qui avaient perdu le tiers de leur effectif et qui tout à Theure ne voyaient le salut que dans la fuite ont maintenant repris leur sang-froid. Lorsque le maréchal les reforme en colonnes par sections pour les porter en avant, le mouvement s'exécute comme à la manœuvre... et la redoute est enlevée.

C'est ainsi que, pour remettre debout les cœurs des hommes, il suffit quelquefois de mettre en branle leur machine. Une accoutumance établie est un puissant levier d'action.

VI. — Jeanne^ entreprenante et hardie autant que circonspecte et sage^ avait au plus haut point Pesprit d'initiative.

L'initiative! Voilà une des qualités les plus nécessaires à un chef à tous les degrés de la hiérarchie. Tout le monde le reconnaît; mais on admet aussi volontiers que, comme le génie, elle -est l'apanage de quelques-uns; que l'on naît avec

de rinitiative, et qae ceux qui ne sont i>as du nombre des élus auront beau faire, ils n'en acquerront jamais. Grave erreur. On a facilement de rinitiative, toutes les fois que Ton s'est mis en position de Texercer par une bonne étude de tous les facteurs de la situation où Ton se trouve; et, plus on s'essaie à en avoir, plus on en devient capable.

Le général ne peut être partout. Quand une bonne occasion se présente, Tofficier qui resterait inactif sous prétexte qu'il n'a pas d'ordres, serait coupable. L'initiative dans ce cas n'est pas seulement un droit, c'est un devoir.

Les armées modernes, composées pour les deux tiers de réservistes, seront, en raison de leurs effectifs gigantesques, exposées plus qu'autrefois aux paniques. L'effet moral d'une charge de cavalerie, d'une poignée de tirailleurs ou d'une batterie prenant au flanc la position de l'adversaire, décidera souvent du succès : notre histoire militaire est pleine de faits de ce genre.

Un bon chef, au lieu de s'enfermer dans un silence mystérieux, a soin d'ouvrir carrière aux initiatives individuelles et, s'il se peut, indique à tous, avant le combat, les résultats à atteindre. Chacun alors, même le simple tirailleur, concourt

avec intelligence à rœuvre commune. Ainsi pensait le maréchal Bugeaud, de qui est cet aphorisme : « Le plan, au moment de Te&écution, doit être connu du plus grand nombre possible de ceux qui doivent Texécuter. »

Pourquoi manque-t-on d'initiative? Le plus souvent ce n'est ni faute d'intelligence, ni faute de sang-froid ; c'est uniquement crainte des responsabilités.

Dans l'ordinaire de la vie, on ne voit que gens qui se couvrent de l'exemple des autres, toutes les fois qu'ils ont à faire acte de volonté.

Pour la masse, le prétexte est : « Cela s'est toujours fait ainsi. »

Les politiques allèguent des maximes qui ne sont souvent que des lieux communs.

Les militaires se prévalent d'un article de règlement dans lequel, comme dans toutes les généralités, « chacun trouve à boire et à manger » ; ou bien ils invoquent une instruction générale, écrite pour donner aux officiers des vues d'ensemble et non pour les guider à la lettre dans toutes les opérations de détail.

Jamais on ne répétera assez aux officiers :

« Toutes les fois que vous avez un problème

tactique à résoudre, soit sur le champ de manœuvre, soit devant Tennemi, il &at oublier ce que vous avez appris et ne voir que le ca$ partial lier. Ayez toijgours sous les yeux l'objectif tangible, immédiat. Ne demandez à Tétude que ce qu'elle peut donner : le développement de Tintelligence, la connaissance des voies et moyens. Prise ainsi, elle vous sera d'un immense secours puisqu'elle vous aidera à résoudre le problème posé. Mais gardez-vous de faire appel à la mémoire. Les bons médecins disent : « II n'y a pas de maladies; il n'y a que des malades ». Eh bien, à la guerre, c'est comme en médecine : le diagnostic est tout.

VII. — Jeanne avait au plus haut point V esprit de persévérance, « Sus! Sus toujours/ s*éeriait-elle. Frappez dedans! Et tout sera vôtre! »

Oser d'abord, persévérer ensuite, tout est là :

« Mes enfaifts, s'écriait le maréchal Davout à Auerstaëdt, un roi de Prusse a dit : la victoire est aux gros bataillons. Il en. a menti. Elle est aux entêtés comme nous I »

les instruments de torture, tient tète aux juges et aux bourreaux, puis abjure, renie son abjuration et est brûlée.

Le Conseil supérieur de llnstruction publique a voté la fête scolaire de Jeanne, et le Parlement votera bientôt sa fête nationale. De là rintérèt qu'il y a à rappeler, au jour le jour, les faits qui établissent que mai est bien le mois où Jeanne d'Arc doit être glorifiée par les écoliers d'aujourd'hui et par tous les Français de demain.

Au surplus, il ne s'agit pas de faire du mois de Jeanne une sorte de concurrence au mois de Marie.

Ce serait méconnaître la pieuse fille qui, en tète ' de ses lettres, voulait que figurassent toujours les deux vocables : n Jesus-Maria ».

Puis, qui ne voit qu'on abaisse le nom de Jeanne d'Arc toutes les fois qu'on en fait une arme de combat?

Mais, puisqu'il se trouve que c'est en mai

qu'elle a accompli ses actions les plus héroïques et les plus touchantes, quel catholique pourrait ne pas trouver naturel que le beau mois consacré au culte religieux de Marie soit également consacré à la commémoration patriotique de Jeanne d'Arc?

Vierge des vierges..,. Jeanne fut un beau lis des champs, toujours immaculé.

Vierge prudente.... Elle allia la finesse à la candeur, le bon sens à l'enthousiasme.

Vierge clémente.... Elle fit la guerre avec un esprit de paix et fut douce aux vaincus.

Vierge puissante.... Elle écrasa sous son talon le léopard anglais et rendit la France aux Français.

Vierge fidèle.... Elle excusa et glorifia jusqu'à la mort son cher seigneur le roi, qui Favait abandonnée.

Reine des martyrs.... Parmi ceux qui ont

p&ti et succombé pour la Patrie, qui fut si

grand qu'elle?

Étoile du matin.... Elle brille radieuse sur

notre France moderne, comme Taurore du beau jour où partout le sang de France sera maître.

Qu'elle unisse donc tous les Français dans une commune glorification !

Ils peuvent l'expliquer différemment. Us Tadmirent également.

Le propre de ces Ephémérides sera de s*appuyer, dans leurs évocations successives, sur deux documents qui sont loin d*6tre aussi connus qu'ils devraient Tètre et dont Tauthenticité ne peut être contestée : le Procès de condamnation et le Procès de réhabilitation de Jeanne d'ArCy documents précieux qui apportent Tappui d'une double série de preuves juridiques à l'histoire la plus étonnante, la plus belle, la plus instructive — et, en même temps, la plus certaine — qui fut jamais.

Dans l'un, les ennemis de Jeanne sont ses premiers apologistes. En machinant ces pro-

cës-verbaux contresignés par eux, ils méditaient un monument de leur vengeance, et ils ont édifié le monument de sa gloire. On ne peut lire les dramatiques interrogatoires de rhéroïne sans dire en son cœur : « Quels scélérats! Quelle fille sublime! »

Dans l'autre, on apprend Fhistoire et les propos de la bergère, de la guerrière, de la martyre, par la bouche même des témoins de sa vie, venant tour à tour faire leurs dépositions. Les marraines, les amies, les voisins de Jeanne à Domremy, le cousin qui, le premier, eut foi en elle et la mena à Yaucouleurs, les deux écuyers qui la conduisirent au roi, un moine qui Tinterrogea à Poitiers, nous donnent les plus vivants détails sur Tenfance de Jeanne et sur les épreuves qu'elle subit avant d'être acceptée par Charles VIL Puis, ses compagnons de guerre, Dunois, d'Alençon, de Gaucourt, Thibaut d'Armagnac, les bourgeois d'Orléans, son page, son intendant, son aumônier, nous racontent,

avec toute sorte de traits pittoresques, sa carrière de libératrice. Enfin, les greffiers du procès, des gens de Rouen, les complices de Cauchon eux-mêmes nous mettent au courant, en termes qui souvent nous touchent jusqu*aux larmes, de ses faits et gestes pendant sa captivité, son jugement et son supplice.

Ces pages sont Févangile du patriotisme.

Les Ephémérides sont ici disposées selon l'ordre des événements de façon à former un tout continu; et le livre, divisé en trente et un chapitres, comporte une lecture pour chaque jour du mois de mai.

A la fin du volume, un Almanach du mois de Jeanne d'Arc rappelle, au jour le jour, pour chaque date de mai, les faits dont elle est Fanniversaire et renvoie aux pages correspondantes.

Page 1