CHAPITRE I
JEANNETTE D*ARC A DOlfREMT
21 mai 1425. — Jeannette d*Arc va tous les samedis soirs du mois de mai à la chapelle de Termitage de Bermont; elle allie à une ardente piété une ardente charité; elle se complaît à ouir les cloches et promet un cadeau au sonneur Perrin s*il devient plus exact à les sonner.
Pendant la belle saison et surtout au mois
de mai, Jeannette d*Arc allait tous les samedis
en pèlerinage à Notre-Dame-de-Bermont. Il y
avait une petite lieue à parcourir. Pendant le
trajet, l'enfant cueillait des fleurs le long du
chemin et en faisait des bouquets qu'elle
déposait aux pieds de la Vierge tenant Jésus
dans ses bras, de sainte Marguerite piétinant
le démon, de sainte Catherine conversant avec les anges, de saint Michel brandissant son épée flamboyante. Maintes fois, elle faisait brûler des cierges devant les images révérées; et toujours elle priait avec grande foi et grand amour.
— Tu es trop pieuse, lui disait son amie Mengette, d'un ton de doux reproche.
£t les garçons, entre autres son camarade Colin, raillaient sa dévotion. Mais tous Tavaient en amitié, tant ils la trouvaient douce, obligeante et point flère :
— Jeannette est toute bonne (tota bona)y disaient-ils.
Les tout petits enfants, sentant en elle une tendresse infinie, recherchaient ses caresses.
Elle aimait les oiseaux, et les oiseaux l'aimaient. Un de ses divertissements familiers était de leur émietter la plus belle part de son morceau de pain et de les voir s*abattre sur ses genoux ou sur ses épaules avec des cris joyeux.
JEANNETTE D'âRC A DOMREMY 33
Aux pauvres, Jeannette donnait avec joie tout ce qu'elle pouvait donner.
Le logis de Jacques d*Arc était près de l'église, au bord de la grande route, une des plus fréquentées de France; et il arrivait fréquemment que des passants venaient frapper à la porte pour demander asile. Ailleurs, on se méfiait. Il y avait tant de vilains routiers en ce temps-là! Mais chez le père d'Arc on était plus accueillant. Jeannette le voulait ainsi. C'était son plaisir de choyer les fugitifs qu^amenaient les cruels contre-coups de la guerre. Elle les forçait à prendre son lit et dormait au coin du foyer. ( Volebat jacere in focario.)
Garçons et filles, quand ils étaient malades, voyaient apparaître Jeannette à leur chevet, apportant à chacun aide et consolation. L'un d'entre eux, Simonin Munier, fut assisté par elle avec une sollicitude qu'il ne pouvait se rappeler sans émotion, même trente ans après.
Tandis qu'à Domremy on était pour Char-
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les YII, à Maxey on était pour les Bourguignons. De là de fréquentes batailles entre les enfants des deux villages. Ils en revenaient souvent blessés et tout saignants. Jeannette, alors, assistait les uns et les autres. Sa charité ne distinguait pas entre amis et ennemis. Elle voyait en tous des frères.
On remarquait que, loyale et franche, jamais elle n'accompagnait ses paroles d*un serment. Elle disait oui quand c'était oui, non quand c'était non.
Courageuse au travail, elle servait volontiers sa sœur et ses frères. Dès l'aube, elle faisait le ménage et, quelquefois, conduisait les animaux à la prairie; au milieu du jour, elle allait sarcler ou piocher la terre; le soir, elle cousait ou filait, et si bien qu'elle put dire plus tard : « Pour coudre et filer, je ne crains femme de Rouen. »
Sa grande joie était d'entendre sonner les cloches, dont l'harmonie sonore, portée par les vents, lui semblait un concert du ciel. Angélus