JEANNE A SAINT-LOUP
On se bat. » — « On se bat, dit Jeanne, et je ne suis pas là! En nom Dieu, c'est mal fait de ne m'avoir pas réveillée. Mon armure! Mon cheval ! » Elle se précipite par l'escalier et rencontre son page, Louis de Contes, dit Mugot.
« Ha, méchant garçon, lui dit-elle, le sang de France coule, et vous ne m'avisez pas! Allez donc quérir mon cheval ! » Pendant qu'il y va, la dame du logis et sa fille aident Jeanne à mettre son armure. Aussitôt armée, elle desceod, saute sur son cheval, fait remonter le page pour prendre sa bannière, la reçoit par la fenêtre et se met à galoper par la grande rue si rapidement que des gerbes d'étincelles jaillissent du pavé. « Courez après elle », dit la dame Bouchier à Mugot et à d'Aulon, qui achevait de s'armer. Ainsi firent-ils. Mais ils ne purent la rattraper qu'au lieu du combat.
Sur son chemin, Jeanne rencontra des gens chargés d'un brancard. Elle arrêta son cheval : « Qui portez-vous? » demanda-t-elle. — « Un Français. » L'homme était blessé, tout sai-
gnant. « Ah ! dit Jeanne, je n'ai jamais vu sang de Français que mes cheveux ne levassent! »
Un peu plus loin, elle se trouva en face d'hommes d'armes qui fuyaient. Ils avaient attaqué à la légère une bastille des Anglais, la bastille de Saint-Loup. Après un fier assaut, il leur fallait céder devant le nombre. A la vue de Jeanne, ils poussèrent do grands cris.
« Tournez le visage de Tautre côté ! » leur ditelle. Et elle les ramena.
Pendant trois heures, les Anglais tinrent bon. Mais les Français se sentaient maintenant invincibles. Pied à pied ils gagnent du terrain, tandis que la Pucelle va et vient dans leurs rangs, agitant sa bannière. En vain Talbot essaye-t-il d'une diversion pour dégager sa garnison de Saint-Loup. La bastille est emportée et ses défenseurs passés au fil de Tepée.
Jeanne pleurait de voir tant de gens mourir, et mourir sans confession. Elle réussit à en sauver quelques-uns qui avaient pris des habits de prêtre.