LES SOMMATIONS DE LA PUCELLE
Croix, qui était une position avancée sur le pont, avait sommé les Anglais retranchés aux Tourelles de déguerpir s'ils ne voulaient périr; et ils lui avaient répondu par des vilenies : <* Truande, retourne à tes vaches. Si tu fais ici demeurance, nous te mettrons au feu et te ferons rôtir. » Déjà ils allumaient en imagination le bûcher de Rouen.
Mais Jeanne restait fidèle aux idées de paix qui, dès le 22 mars, lui avaient inspiré la première ébauche de son grand message aux Anglais. C'était à Poitiers. Les théologiens, chargés de l'interroger, lui firent maintes questions; elle leur répondit de si noble façon qu'ils finirent par être subjugués.
Alors, s'adressant à l'un d'entre eux, au professeur Jean Eraut : « Avez-vous de Tencre et du papier? lui dit-elle. Ecrivez. » Il obéit. Et, le visage illuminé, elle dicta ces paroles : « Vous, Suffolk, Glasdas et La Poule, je vous somme, de par le Roi des cieux, que vous vous en alliez en Angleterre. Je suis envoyée
de par Dieu pour vous bouter hors de toute France. Rendez les clefs des bonnes villes que TOUS avez volées. Faites raison au Roi du ciel. Sinon, attendez des nouvelles de la Pucelle. Aux horions verra-t-on qui a meilleur droit. Vous serez tous chassés ou occis. »
Ne haïssant que la guerre et le péché, Jeanne n*avait pas de haine contre TAnglais. Mais elle le voulait hors France. Chacun chez soi!